IV. — La Canne à Sucre
Ija canne à sucre est cultivable en terre chaude et dans la plus grande partie de la zone tempérée. Elle pousse même en dépit de l'altitude, dans les vallées profondes, bien abritées, à une hauteur de plus de 2000 mètres et atteint la gradation saccharine la plus haute; les analyses ne laissent aucun doute sur ce point.
Il semble que cette culture doive donner des résultats utiles aux colons, puisque la consommation du sucre grandit d'année en année sur toute la surface du globe, et l'on s'étonne qu'au lieu de progresser, l'exportation mexicaine ait diminué sensiblement dans la dernière période décennale.
A cela il y a plusieurs motifs, et tout d'abord les aléa de la récolte. Non seulement la plante ne vit que peu d'années, mais encore elle est souvent dévorée par des animaux qui en sont très friands, et par une quantité d'insectes. Il suffit, du reste, d'une variation atmosphérique, telle que surabondance ou insuffisance de pluie, jjour faire tourner le jus en acide et anéantir totalement les espérances d'une saison.
Le plus grand ennemi de la canne sera la betterave qui, longtemps confinée dans le vieux continent, tend à envahir maintenant les Etats-Unis, le Chili et la République Argentine.
Le temps n'est plus où l'Europe s'approvisionnait aux colonies. Elle a rendu les pays tropicaux ses tributaires. Ainsi, la production totale du sucre dans le inonde s'est élevée en 1899-1900 à 5395000
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tonnes pour la betterave, et à 2 734000 pour la canne, soit un total de 8129000 tonnes. Or cette quantité dépasse de beaucoup la consommation.
Il n'est donc pas permis de compter sur un accroissement d'exportation; aux planteurs européens d'être très prudents.
Est-ce à dire pour cela qu'ils doivent déserter cette industrie? Non certes; le Mexique contient 986 exploitations sucrières, réparties dans les États de Chiapas, Nuevo Léon, Veracruz, Yucatan, Michoacan, Oaxaca, Guerrero, Puebla, Jalisco et Morelos; elles sont en général prospères. On recherche le sucre comme l'aliment respiratoire qui fournit sous le plus petit volume les matériaux de la combustion humide et entretient le mieux la chaleur. Il revient à bon marché, et les habitants achètent tout ce que l'on produit. Dans certaines régions de l'Amérique du Sud, on se sert parfois du sucre non raffiné, dont le prix est bien moindre, pour nourrir les chevaux et les mules lorsqu'on leur demande un travail inaccoutumé.
L'industrie nationale est puissamment protégée par un tarif de douane qui grève les sucres étrangers d'un droit de 15 centavos par kilogramme.
En résumé, si l'exportation sucrière a diminué, la culture de la canne est restée une opération fructueuse. En prévision des luttes économiques, les fabricants n'en devraient pas moins s'attacher à l'amélioration de la plante tropicale ([ue la betterave prétend détruire sous sa redoutable concurrence. Cette racine a été l'objet, en France et en Allemagne, de bien intéressantes expériences; par des méthodes de sélection, on a doublé son rendement. Il est bien rationnel de supposer qu'en soumettant au même traitement la canne, on augmenterait aussi sa richesse. Dans l'ère de progrès que nous traversons, toute industrie qui ne s'améliore pas s'expose à périr.