VII. — Le Mûrier
La culture du mûrier donne la mesure des sacrifices que sait faire le Gouvernement mexicain lorsqu'il trouve l'occasion d'étendre le domaine de l'agriculture et de l'industrie.
Depuis longtemps, on avait compris de quel intérêt serait l'établissement de la sériciculture. Dès 1807, une ordonnance du viceroi de la Nouvelle-Espagne accordait aux planteurs de mûriers une prime exceptionnelle : la cession à moitié prix des terrains appartenant à la Couronne.
A différentes époques, d'autres avantages non moins sérieux leur furent offerts.
Des colons indigènes, des immigrants venus des différents points du globe, tentèrent d'en profiter; ils y perdirent leurs capitaux et leur peine; leurs efforts furent vains.
11 devait en être ainsi: ce fut un Français, M. Hippolyte Chambon, qui démontra scientifiquement les causes de cette stérilité et indiqua le remède.
11 avait étudié la sériciculture dans son j)ays, où la culture du mûrier, l'élevage du vers à soie et la filature du cocon servent de préface aux travaux de la grande industrie lyonnaise, modèle de force, de bon goût et de haute fantaisie artistique.
Après de nombreuses expériences, il acquit la certitude que le mûrier noir indigène, — le seul connu au Mexique, — donnait une léuillc impropre à la nourriture des vers à soie; sous l'influence de cette alimentation, ils étaient atteints d'anémie et fournissaient une matière sans résistance, partant sans valeur industrielle.
De là à régénérer les plantations indigènes, il n'y avait qu'un pas. M. Chambon fit venir, des pépinières de France, le mûrier blanc de Chine, qui s'acclimata fort bien; à l'aide de ses feuilles, il se livra à de petits élevages qui réussirent à merveille. Ces essais ne furent pas l'œuvre d'un jour; il y consacra plusieurs années, et quand il fut fort des résultats acquis, il demanda l'aide du Gouvernement et l'obtint.
252 LE MEXIQrK AU DÉBUT DU XX» SIÈCLE
En 1894, le gouverneur de l'État de Mexico fonda, dans trois districts, des écoles pratiques de sériciculture « munies de l'outillage nécessaire et placées sous la direction de moniteurs compétents». En même temps, il acheta à M. Chambon cent mille mûriers qui furent distribués gratuitement. Peu de mois après, le gouverneur de l'Etat de Guanajuato lui adjugeait un vaste terrain, situé près d'Irapuato, pour y établir une plantation de mûriers. Enfin, le Ministère de Fomenta lui prodiguait les subventions et les encouragements.
Des mesures d'ordre plus général furent prises en même temps par les pouvoirs publics. C'est ainsi que, dans la loi de finances de 1896, le gouverneur de l'Etat de Jalisco exempta, du paiement de linipôt sur la valeur fiscale des propriétés urbaines et rurales, les plantations de mûriers pendant dix années, comptées à partir de la date de la plantation.
Enfin, le 5 septembre 1896, la sériciculture reçut ses lettres de grande naturalisation. Le général Porfirio Diaz préconisa, dans son message, la culture du minier; il voulut rappeler « la fête de la soie )) que l'on venait de célébrer à Irapuato, et dont le héros avait été M. nip])olyte Chambon.
Je sortirais de ma tâche en étudiant ici l'industrie séricicole dans ses ])hases de fabrication. Je dois constater seulement qu'à l'heure actuelle il y a au Mexique 200000 mûriers de Chine exploitables et que ce nombre avant peu sera doublé. Mais, dût-on s'en tenir à l'état présent, le Mexique pourrait, dans quelques années, produire 26000 kilos de soie grège, soit le double de la quantité qu'il fait venir de l'étranger. D'importateur devenir exportateur, n'est-ce ])as un beau résultat?