‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 40 sur 65 · IX. — Plantes médicamenteuses et oléagineuses · texte numérisé non relu

IX. — Plantes médicamenteuses et oléagineuses

Les plantes médicinales du Mexique ont fait la fortune de la vieille pharmacopée, et bon nombre d'entre elles figurent encore au Codex.

Tout d'abord se présente une interminable série de purgatifs; nous n'en donnerons pas toute la nomenclature, elle eût fait se pâmer d'aise les médecins du temps de Molière.

La purge de j'alap est, de tous, la plus répandue. Elle tire son nom d'une ville devenue très prospère. La plante est une convulvacée qui se rencontre dans l'État de Veracruz et généralement dans la zone tempérée. De la racine on extrait un cathartrique puissant. La purge de jalap fait marcher des usines et ce n'est pas son moindre bienfait.

Non moins connu est le ?icin ou palma Christi (au Mexique, higuerilla), plante arborescente, de cinq ou six mètres de hauteur, aux feuilles larges et élégantes. C'est, au dire de Pline, le plus ancien des purgatifs; son succès n'est pas dû à la mode, puisqu'il soulage encore après tant de siècles.

Le pignon des Barbades donne des semences noirâtres, d'une saveur térébinthacée. Trois de ses graines produisent des effets auxquels ne résiste pas l'intestin le plus rebelle. La substance qu'on en retire fournit l'huile de croton-tiglion, puissant rubéfiant de la peau, dont on se sert parfois à l'intérieur, non sans danger, pour rendre plus actifs les effets de l'huile de ricin. Cette fraude mériterait des répressions sévères.

Après les purgatifs, parlons du dépuratif par excellence, du moins au dire des Anglais et des Américains, la salsepareille ; ils en font une étonnante consommation. Liane puissante, la salsepareille s'attache aux grands arbres des forêts où les indigènes vont la cueillir; la drogue est extraite de la racine. Le sirop de salsepareille ne se vend pas seulement dans les pharmacies, comme en Europe, mais dans tous les débits de boisson du Nouveau Monde où les sociétés de tempérance en recommandent l'usage. Le Mexique est son pays d'élection, l'exportation y atteint 200000 piastres.

Le mezquite est un arbre de la famille des légumineuses. Il produit un fruit duquel on tire par distillation une eau-de-vie, mais il sert surtout en médecine. La racine et l'écorce sont astringentes, les feuilles en décoction diminuent la chaleur de la fièvre et on en compose un baume très apprécié dans les ophtalmies.

A la même famille aj)j)artient le baume improprement appelé du Pérou. C'est un arbre dont l'écorce blessée laisse couler un suc propre à la guérison des catarrhes; grâce à son odeur suave, il trouve aussi son utilisation dans la parfumerie.

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I>e piru s'emploie à peu près aux mêmes usages ; il est très abondant dans la vallée de Mexico et rappelle par son feuillage le saule-pleureur.

Il n'est pas jusqu'à la phtisie qui ne trouve son spécifique dans la végétation mexicaine; les indigènes attribuent de merveilleuses propriétés à Vayacahuite, de la famille des borraginacées.

De tous ces produits, un des moins connus et le plus précieux peut-être, est Vargémone {argemona mexicand) que l'on trouve sous toutes les zones. Les Indiens l'appellent chicalote, et les Espagnols la désignèrent sous le nom significatif de chardon bénit.

En elle, tout est utile. Soulfrez-vous d'une ophtalmie? le suc de la plante fait merveille. La dysenterie la plus persistante disparaît sous l'astringence de la décoction des graines, et l'huile retirée est un purgatif infaillible. Cette racine est employée aussi à cicatriser les ulcères.

Comme on le voit, l'argémone peut à elle seule approvisionner une officine; les apothicaires mexicains devraient en faire l'emblème de leur industrie.

Citons enfin l'arbre merveilleux qui a ouvert à la médecine une voie nouvelle, le quinquina. Depuis un demi-siècle, on le cultive avec succès à Cordova et dans plusieurs Etats, (^e n'est pas seulement un produit d'exportation; les habitants des deux Amériques apprécient ses bienfaits. En cela ils se montrent plus justes que Voltaire qui prétend que Dieu, dans sa prévoyance coutumière, a placé la fièvre en Europe et le quinquina au Pérou.

Les plantes oléagineuses dont ou tire les huiles industrielles et comestibles ne manquent point; nous citerons celles qui entretiennent le commerce d'exportation.

h'olivier croît de préférence dans la zone tempérée et sur les hauts plateaux. Sa culture, simple et peu coûteuse, n'est pas répandue comme elle devrait l'être, et la faute en est au système |)roliibitif de l'époque coloniale qui favorisait la production de la métropole en sacrifiant l'intérêt des colonies. Depuis que cette barrière a été levée, on a planté des oliviers en grand nombre et plusieurs haciendas fabriquent l'huile, de vente facile et d'un bon produit.

V! aracllide donne une substance oléagineuse très recherchée pour la fabrication du savon et pour l'éclairage. Là ne se bornent pas ses usages. Les Mexicains, en effet, sont très friands de son amande qu'ils font griller et mangent sans autre préparation. Ils emploient aussi l'arachide en tourteaux de deux sortes; ceux qui contiennent le fruit décortiqué rendent de grands services dans l'engraissage du bétail; les autres servent au besoin de fumier.

Enfin, comme la fraude se glisse partout, l'huile d'arachide, obtenue par expression à froid, additionne souvent l'huile d'olive, et les débris de l'amande se mêlent au cacao dans la fabrication des chocolats de qualité inférieure.

L'huile de sésame est destinée à la table. La graine est tirée d'une plante annuelle utilisée dans les Etats de Guerrero et de Michoacan. L'Europe en importe une énorme quantité et l'emploie en coupages des produits de l'olivier. Dans tout l'Orient, on s'en sert comme huile comestible depuis la plus haute antiquité.

On tire l'huile de palme de nombreuses espèces de palmiers qui croissent dans les forêts des Etats de Veracruz, de Tamaulipas et de Tabasco. Comme la matière est inépuisable et appartient à tous, l'huile ne coûte guère que le prix de la fabrication. Elle est surtout demandée pour les bougies et les savons.

De la chia sort une substance siccative, aux mêmes propriétés que l'huile de lin, et la cacahuananchi produit une matière épaisse qui se convertit d'elle-même en résine ; on en obtient de beaux vernis.

Toutes ces huiles seraient des produits excellents pour l'exportation, mais il en est des grains oléagineux comme des fruits, comme des textiles, comme des bois. Un dixième à peine est utilisé; le reste tombe, pourrit sur place et engraisse la terre d'un humus toujours plus épais qui sera peut-être la fortune des générations à venir.

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