L. DE LAUNAY
Ingénieur en Chef des Mines, Professeur à l'Ecole Supérieure des Mines de Paris.
L'industrie minière joun au Mexique un rôle tout à fait essentiel. Iai prospérité de cette industrie dans le passé est fameuse, et chacun sait quelles sommes énormes d'argent sont sorties, au xvi" et au XVII* siècle, des mines de ce pays; mais on connaît moins, parce f|u'il est plus récent, l'admirable essor que les mines mexicaines ont repris, depuis une vingtaine d'années, grâce au régime libéral inauguré par un Gouvernement réparateur. Les chiffres et les tableaux, que nous donnerons bientôt, montreront suffisamment cet état de ])rospérité, qui est de nature à appeler de plus en plus sur le Mexique l'attention des capitalistes étrangers. Il suffit de dire, dès à présent, que le Mexique dispute aujourd'hui aux Etats-Unis le premier rang comme pays producteur d'argent dans le monde ; sa production a été, en 1898, de 1772000 kilos d'argent, contre 1 76.") 000 aux Etats-Unis, soit près de 32 pour 100 de la production du monde, c[ui s'est élevée, en cette année, à 5 575000 kilos. En 1899, il est vrai, cette extraction de l'argent au Mexique a un peu baissé (1716000 kilos), tandis qu'aux Etats-Unis elle remontait à 1776000 kilos et, pour l'ensemble du monde, à 5 434000 kilos. (1) En 1901 elle a été de 1715000 kilos représentant au cours du marché (98 fr. le kilo) 168 millions et demi de francs. Ces résultats
(1) Les chiffres précis sont les suivants : en 1883-188'i ; 774 676 kilos; en 1884-1885 : 812079 kilos, en 1897-1898. 1 714 520 kilos; en 1898-1899 : 1771934 kilos; en 1899-1900 : 1 716214 kilos; en 1900-1901 : 1 715416 (d'après la statistique de l'industrie minérale en France et en Algérie pour l'année 1901). En 1902-1903: la valeur légale de l'argent produit est, d'après le lioletin de Estadistica fiscal, de 82 millions de dollars, soit environ 410 millions lie francs, correspondant à près de 2 millions de kilos.
paraîtront bien remarquables si Ton se reporte à une vingtaine d'années auparavant. En 1884, sur 2808000 kilos produits dans le monde, le Mexique n'en fournissait que 659000 contre H72000 aux États-Unis. De 1884 à 1900, tandis que les Etats-Unis, avec leur énorme organisation industrielle, accroissaient de moins de moitié leur production, le Mexique (en profitant, il est vrai, sur ce point, de son régime monétaire) réussissait à la tripler (1).
En même temps, résultat plus imprévu, le Mexique prend une place, chaque jour plus importante, dans la production aurifère. De 1038 kilos (3,2 millions de fr.) en 1889-1890, son extraction d'or est arrivée à 13838 kilos (42,9 millions) en 1898-1899 et 15448 kilos (47,9 millions) en 1900-1901. En 1901-1902, 15 554 kilos valant 53 millions 1/2 de francs. D'après le Bolctin de Estadistica pscal la valeur de l'or frappé en monnaies, de l'or et du minerai d'or exportés en 1902-1903, s'est élevée à 14805975 dollars, soit une augmentation de 4877000 dollars sur l'année précédente (1901-1902).
Enfin l'exploitation des métaux secondaires, qui annonce toujours, dans les pays où elle s'organise, une étape nouvelle de la civilisation industrielle, a fait récemment de grands progrès au Mexique.
Pour le cuivre, l'importante compagnie française du Boleo, en Basse-Californie, est arrivée à produire, en 1900, 11300 tonnes de cuivre, ou, de 1886 à 1901, un total de 91800 tonnes. Il existe, d'autre part, dans divers États, notamment à Aguascalientes, des usines, que nous décrirons, où l'on traite les minerais cupro-
(1) L'année fiscale 1900-1901 a marqué un progrès très sensible sur la précédente, non seulement pour les métaux précieux, mais aussi pour les métaux industriels. On a eu, en elfet :
Or mexicain frappé. . . % 8 848 895 $8 075 642
Argent mexicain frappé. 16 \'AÏ 879 10 872 874
Argent non frappé. . . 56235916 52 116284
Plomb 5 066 645 3 504 70.3
Cuivre 10 067,536 9 907 454
Les exportations de métaux montent, pour 1900-1901, à 105 202 766 $ contre 92 552 629 en 1899-1900 : soit une augmentation de 12648 137. Il est resté, pour la circulation monétaire nationale, un excédent de $ 2 739 430; quant à la production des métaux, qui caractérise mieux le progrès de l'industrie minière, elle a été de .$ 107 940196 contre $ 100 402 629, soit S 7537 567 déplus.
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argentifères. Le Boletin de Estadistica fiscal donne comme valeur de la production du cuivre en 1902-1903 18 millions 1/3 de dollars, en augmentation de près de 6 millions sur l'année précédente.
L'extraction du plomb, solidaire de celle de l'argent puisque les deux métaux sont fréquemment réunis, a atteint des chiffres considérables, par exemple à Mapimi (Etat de Durango), qui a fourni, en 1899, 16000 tonnes de plomb métallique. La valeur du plomb extrait, en 1902-1903, a dépassé 5 millions 1/2 de dollars.
On commence également à produire un peu de minerai de zinc; une usine de traitement des minerais antimonieux vient d'être ouverte dans l'Etat de San Luis Potosi et, pour inaugurer le xx" siècle, quelques grandes compagnies se sont constituées en vue d'exploiter et traiter les minerais de fer. L'antimoine, dont la production a triplé de 1901-1902 à 1902-1903. a produit dans ce dernier exercice une valeur do l 139000 dollars.
Les quatre tableaux insérés à la fin de cette étude, où l'on trouvera la production des minerais, la production des métaux et enfin la frappe de monnaie au Mexique, permettent de se représenter plus exactement ce développement général.
Il ne manque donc plus au pays que de riches mines de houille, auxquelles on cherche à suppléer par l'exploitation de gisements charbonneux dans la Sonora et l'État de Coahuila, ou par la mise en valeur plus complète des forces motrices hydrauliques.
Dans ces beaux résultats obtenus, nous verrons bientôt quelle est la part de la nature, qui a si admirablement doté le Mexique en ressources minières; quelle est, d'autre part, celle de l'initiative nationale et de l'habile direction, qui a su organiser un régime légal bien conçu, en conquérant la confiance générale, et fournir à l'industrie nationale le réseau de voies ferrées nécessaire à ses progrès; il faut aussi, pour être juste, remarquer de suite l'appui apporté au pays par les étrangers de diverses nations, que le Mexique a eu le bonheur d'attirer et la sagesse de retenir. Parmi ces étrangers, citons, tout d'abord, nos compatriotes, qui ont organisé les grandes mines de cuivre du Boleo, tout en regrettant que leur participation dans les autres industries n'ait pas été, jusqu'ici,
aussi étendue qu'elle pourrait l'être. Les Américains du nord, voisins immédiats du Mexique et voisins volontiers envahissants, sont fiers des installations qu'ils ont faites à Aguascalientes, Chihuahua, Durango, San Luis Potosi, Nuevo Léon. Les Anglais ont formé la j)uissante compagnie qui exploite les antiques gisements de Pachuca et de Real del Monte. Les Allemands fournissent, en concurrence avec les Américains, beaucoup de machines, en particulier des appareils de préparation mécanique cl de concentration. 11 y a, dans cet appel au concours des étrangers sous forme de ca])itaux et d'hommes, que tout ])ays en développement est conduit à faire, bien des questions délicates, une juste mesure souvent difficile à garder : le Mexique paraît s'en être tiré à son honneur.
L'étude sommaire, que nous allons consacrer à l'industrie minière et métallurgique mexicaine, se divisera en un certain nombre de chapitres, qui s'imjjosent d'eux-mêmes. Nous aurons, en effet, à examiner tour à tour :
L La législation minière mexicaine; le régime légal et administratif auquel sont soumises mines et usines; l'influence du régime monétaire mexicain sur leur développement; l'organisation des services et notamment de l'Institut Géologique, destinés à favoriser les progrès de cette industrie ;
IL La constitution géologique du pays et la distribution des substances minérales utiles;
III. L'exploitation technique des mines; la concentration et la préparation mécanique des minerais extraits;