‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 43 sur 65 · V. Les résultats généraux et les tableaux statisti(|ues · texte numérisé non relu

V. Les résultats généraux et les tableaux statisti(|ues

Dans cette étude, on le voit, nous commençons par étudier le régime légal avant même d'examiner la constitution géologique des gisements. C'est, en effet, que ce régime, circonstance d'aspect contingent, nous parait, en réalité, celle dont l'influence sur le développement industriel est la plus capitale : la loi minière, suivant qu'elle est bien ou mal conçue, pouvant (comme l'histoire du Mexique même l'a montré avec une singulière clarté) favoriser ou interrompre presque instantanément l'essor de cette industrie. On

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nous permettra même d'ajouter que, dans cet ordre d'idées, l'exemple du Mexique peut fournir un utile enseignement, soit à d'autres pays du Nouveau Monde à peu près aussi favorisés par la nature, mais moins habilement gouvernés, soit encore à de très vieilles nations, que tentent parfois, en cette matière délicate, des innovations et des révolutions périlleuses.

a. Législation minière.

/'. Organisation administrative et Institut géologique.

a. LKGISLATION MINIÈHE

Le régime légal, auquel sont soumises les industries minières mexicaines, a beaucoup progressé, depuis que le pays s'est afTranchi de l'Espagne : il a surtout, depuis une quinzaine d'années, reçu les perfectionnements les plus notables dans le sens le plus libéral. Ces perfectionnements, coïncidant avec l'établissement d'un régime politique stable, favorable à toutes les industries et avec le développement considérable des voies ferrées, qui en a été la conséquence, ont permis l'arrivée de plus en plus importante des capitaux étrangers, l'introduction des procédés les plus modernes dans l'exploitation des mines et dans le traitement métallurgique; ils ont été ainsi une des causes premières les plus essentielles dans la fortune actuelle du Mexique, qui repose, pour une si grande part, sur l'extraction des métaux précieux. C'est surtout sur l'esprit plutôt que sur la lettre de cette législation que nous croyons devoir insister ici; ceux que cette question intéresserait spécialement la trouveront développée dans divers autres ouvrages (1).

Pendant toute la durée de l'occupation espagnole, c'est-à-dire pendant trois siècles (1521-1821), le régime des mines au Mexique a été réglé par les fameuses ordonnances de Mexico. Dans ce régime, partant de cette idée que les métaux précieux constituaient une richesse permanente, enfouie dans la terre comme un trésor dans un coffre-fort et appartenant à tous, c'est-à-dire à la Couronne, on ne concédait le droit de les en retirer que comme une

(1) Le travail de M. Carlos Sellerier, publié à l'occasion de l'Exposition do 1900 ; Data referring to mexican mining (Mexico 1901), contient, pages 91 à 140, les divers décrets, lois et règlements récents relatifs à l'industrie minière mexicaine. Voir aussi : Aguillon, Législation des mines, 3 volumes, chez Baudry.

grâce spéciale, en échange d'impôts si onéreux, qu'ils absorbaient la majeure partie des bénéfices, et avec un système d'inquisition fiscale, qui ferait envie à nos modernes socialistes.

Avec la proclamation de l'Indépendance, le seul changement lut d'abord de substituer le mot Nation au mot Couronne comme propriétaire des mines ; mais le régime ne changea pas : il s'aggrava même par \i\ facilité laissée aux divers Etats de faire des lois minières particulières. Ceux-ci n'en profitèrent que pour accroître immédiatement les charges sur les mines, qui semblaient une source de revenu inépuisable. Avec l'état d'insécurité amené par la guerre, il en résulta un arrêt de plus en plus complet du travail, au moment où les difficultés croissantes de l'exploitation en profondeur auraient exigé, de la part des capitalistes, une confiance, que rien ne pouvait plus leur inspirer; et la baisse de l'argent mit le comble à un état de choses, qui aurait pu amener la ruine du pays, si l'administration libérale et éclairée du président Porfirio Diaz n'était venue y remédier et amener le grand essor actuel.

Les philosophes théoriciens pourront, il est vrai, nous interrompre ici pmir remarquer que, la quantité de métal précieux à extraire des gisements miniers étant limitée, si un régime légal plus favorable avait permis son extraction au début du siècle, on ne le retrouverait plus en réserve aujourd'hui: au moment où le Mexique en a besoin pour entrer à j)leines voiles dans le courant de la civilisation moderne, ce trésor aurait peut-être été gaspillé et perdu à jamais. C'est la question, toujours dclitate, de savoir lequel on doit préférer du système américain et plus généralement anglosaxon, aujourd'hui dominant dans le monde, qui cherche à tirer le plus vite possible parti des richesses naturelles, ou du système conservateur, autrefois pratiqué en Europe, dans lequel on ménageait ses réserves en bon père de famille et s'efforçait plutôt de n'en laisser perdre aucune parcelle que de rémunérer promptement son effort. L'homme a aujourd'hui une telle confiance dans les ressources de sa science, qu'il préfère le premier système, s'imaginant que, lorsqu'une richesse naturelle sera épuisée, il trouvera le moyen d'y suppléer par une autre. Un avenir, peut-être plus

prochain qu'on ne le croit, dira si notre raisonnement sera aussi goûté par nos descendants que par nous, et s'ils ne nous accuseront pas d'avoir répété le mot trop fameux de Louis XV : « Après nous le déluge. »

Quoi qu'il en soit de ces réflexions, qui pourront paraître ])aradoxales, c'était, vers 1885, j)our le Mexique, une question de vie ou de mort que la réforme de son système minier. Le nouveau code minier, mis en application le l""^ janvier 1885 et complété par une loi du 6 juin 1887, constitua un vigoureux et heureux coup de barre pour remettre à flot l'industrie nationale. C'est grâce à ces lois que les mines du Mexique ont pu prendre l'admirable développement, dont nous ferons bientôt le tableau détaillé.

Par cette loi de 1887, d'après un rapport du général Porfirio Diaz en 1897, que nous reproduisons ici, « on exonéra les mines de fer, de charbon, de mercure, ainsi que leurs minerais et produits, de tout genre d'impôts fédéraux, locaux et municipaux, sauf celui du timbre; on exempta de tout inq^ôt la circulation des métaux en barres ou monnayés et celle des produits des mines; on supprima la taxe qui frappait le mercure étranger (nécessaire à l'extraction de l'argent par amalgamation); on détermina que les mines ne paieraient plus d'impôt autre que celui de la frappe et que celles, non exceptées de toute charge, paieraient une seule cote, n'excédant i^as 2 pour 100 de la valeur du métal exploité; on fixa, comme maximum d'impôt, pour les usines de réduction, 6 pour 1000 de leur valeur totale; on supprima les droits de déclaration, translation de domaine, extraction et autres ; on autorisa le Pouvoir exécutif à passer des contrats de concession étendus et à concéder, sur certaines bases, des franchises spéciales aux particuliers ou conqiagnies, qui s'engageraient à verser un capital minimum de 200000 piastres dans l'industrie minière, et, finalement, on déclara exempts de droits de nombreux articles et produits, qui ont un rapport direct avec l'exploitation des mines, ou bien on abaissa considérablement ceux qui les frappaient. »

Parmi les réformes excellentes accomplies ])ar cette loi de 1887, réformes qui se commentent d'elles-mêmes, il convient d'a])peler l'attention sur la faculté laissée au Gouvernement de donner des

concessions étendues. C'était le moyen Je remédier à l'état de choses détestable, qui existe dans tant de pays, où, soit parce que la propriété de la mine est rattachée à la propriété de la surface, soit parce que les concessions sont accordées sous la forme de petits claims, pertenencias, etc., d'une étendue très restreinte, aucune industrie sérieuse ne peut se constituer sans employer d'abord, et |)arfois vainement, des efforts et des capitaux considérables à réaliser le groupement des innombrables parcelles entre elles. Ces petites concessions, dont l'apparence démocratique peut séduire certains esprits, n'ont ainsi pour résultat que de favoriser l'intervention des financiers dans les amalgamations et combinaisons diverses, dont ils retirent, au détriment du vrai travailleur, comme à celui de l'actionnaire proprement dit, des bénéfices énormes et plus ou moins licites.

A la suite de la loi de 1887, un essor immédiat se produisit au Mexique. En un an, on enregistra 2077 déclarations nouvelles de mines et 33 d'usines de réduction; 682 mines et 3 usines entrèrent en exploitation; 100 contrats furent passés pour l'exploration de nouvelles zones minières, contrats ayant versé au Trésor en garantie (580000 piastres, dont 115000 lui restèrent par suite de contrats caducs. En même temps, la production d'argent, qui avait été, de 1880 à 1886, d'environ 4680000 kilos) (l), fut, de 1886 à 1892, de 6022000 fvitos et ce au moment môme où se produisait, sur l'argent, une baisse énorme (2).

En présence de ces résultats, le Gouvernement mexicain s'est

dlLeschilIres ofliciels sont les suivants: 1880-1881: 714 515 kilos; 1881-1882 : 71'! 630 kilos; 1882-1883; 722683 kilos; 1883-188'»: 77'. 67f; kilos; 188'i-1885: 812079 kilos; 188.5-1886: 836080 kilos; 1886-1887 : 917368 kilos; 1887-1888: 962 190 kilos; 1888-1889: 1010574 kilos; 1889-1890; 957 025 kilos; 1890-1891 ; 1023 449 kilos; 1891-1892: 1151073 kilos.

(2) Nous conserverons, d'une façon générale, les estim.itions en piastres, qui peuvent être aisément converties en kilogrammes à raison de 24 gr. 42 d'argent fin par piastre. La piastre, ou peso, divisée en 100 centavos, vaut 5 fr. 43 au pair. Le dollar américain, qui renferme seulement 24 gr. 056 d'argent fin, vaut 5 fr. 34 au pair. Le cours réel de l'argent étant soumis à des variations considérables, une transformation des piastres eu francs risquerait d'entraîner des confusions. Nous rappelons que le kilogramme d'or fin vaut ^valeur intrinsèque) 3 444 fr. 44, ou (valeur pratique, d'après le tarif du change), 3 437 francs; le kilogramme d'argent lin, au rapport légal de 15 1/2, vaudrait (valeur intrinsèque) 222 fr. 22, tandis que le cours pratique était, en août 1901, quand ce travail a été écrit, de 97 fr. 50, et est tombé, en novembre 1902, au moment où nous corrigeons les dernières épreuves, à 85 fr. 25 : ce qui met la piastre mexicaine îi 2 fr. 05

pénétré de plus en plus de cette idée fondamentale, qui mériterait d'être prise en considération ailleurs, que la propriété minière doit être, autant que possible, solide et inattaquable, si l'on veut y intéresser, non pas seulement des joueurs à la poursuite d'un coup de fortune plus que problématique, mais des industriels sérieux; que l'acquisition première doit en être facile, l'exploitation libre, la transmission aisée, la conservation certaine et les charges en ra])port direct (progressif, si on le veut), avec les bénéfices.

Une nouvelle loi du 6 juin 1892, accompagnée de divers décrets, a consacré ces idées si rationnelles et permis l'introduction au Mexique des capitaux européens, nécessaires pour mettre en valeur les richesses naturelles du pays, en leur assurant toute la sécurité que peut comporter l'industrie minière dans les pays les plus civilisés. Cette loi simplifie les formalités nécessaires pour l'entrée en possession, rend la pro|)riété perpétuelle et irrévocable, moyennant le payement d'un impôt et supjjrime la dénonciation, ou déchéance, qui jieut semblera certains politiciens un moyen d'assurer l'exploitation des gisements, tandis qu'elle en produit seulement l'exploitation apparente, en effrayant, d'autre part, ceux qui, avant de mettre leur fortune dans une entreprise, demandent à n'avoir à lutter que contre les difficultés naturelles dont la science peut tenir compte, sans rester exposés, en outre, à des actes d'arbitraire administratif.

Dans les quatre premiers mois qui suivirent la mise en vigueur de la nouvelle loi, 847 demandes de consolidation, correspondant à 4467 droits de propriétés, furent adressées aux agences des mines créées par cette loi. Deux ans après, en avril 1894, le nombre des demandes s'élevait à 5 396. La production de l'argent, qui avait été (en chiffres ronds) de 1 151000 kilos en 1891-1892, fut de 1350000 kilos en 1892-1893, de 1423000 kilos en 1893-1894, de 1423000 kilos en 1894-1895, de 1491000 kilos en 1895-1896, de 1557000 kilos en 1896-1897, de 1715000 kilos en 1897-1898, de 1772000 kilos en 1898-1899, de 1716000 kilos en 1899-1900 et de 1817000 kilos en 1900-1901.

Un peu plus tard, le Gouvernement s'étant préoccupé de la nécessité de favoriser la production de l'or, afin de remédier, en

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ce qui concernait le commerce étranger, à la baisse persistante de l'argent, une législation également libérale, établie par la loi du \ juin 1894, fit rapidement passer le Mexique parmi les grands pays producteurs de ce métal dans le monde.

Cette loi avait pour résultat essentiel d'autoriser le Gouvernement à passer des contrats spéciaux pour l'exploration et l'exploitation des mines et placers d'or.

Pour les eflets de cette loi, on considère comme gisements aurifères tous ceux qui produisent de l'or pour une valeur supérieure à celle des autres métaux qui peuvent lui être associés.

Les concessionnaires peuvent faire, dans les zones qui leur sont concédées et à l'exclusion de toute autre personne, pendant six mois, des travaux d'exploration. Ils peuvent inqjorter en franchise toutes les machines, matériaux de construction et outillages qui leur sont nécessaires.

L impôt à payer, réduit au début au sixiènu; de 1 impôt ordinaire, s'accroît progressivement pour atteindre ce dernier au bout de onze ans.

Ces avantages sont accordés à la condition que les concessionnaires engagent dans l'aflaire un capital de 500000 piastres, porté à un million, au bout de cinq ans, et qu ils construisent, dans les deux premières années après la signature du contrat, un établissement pouvant traiter par semaine quatre cents tonnes de minerais.

A la législation minière se rattache étroitement, dans un j)ays comme le .Mexique, la législation monétaire, mais il n'en sera dit ici qu'un mot, la question devant être spécialement traitée dans une autre partie de l'ouvrage.

Cette question, si importante en tout pays et presque partout si délicate en raison des intérêts contradictoires qui se trouvent eu présence, s'est posée, jusque dans ces derniers temps, d'une manière particulièrement simple au Mexique, où l'extraction de l'argent est la grande et persistante industrie nationale. Malgré la baisse énorme de l'argent, resté encore le seul étalon monétaire, le prix de la vie et, par suite, celui de la main-d'œuvre ont relativement peu augmenté; le Mexicain, qui n'a pas d alfaires avec

l'étranger et qui n'est pas exploitant de mines, peut, dans une certaine mesure, s'imaginer que l'argent est toujours à son cours légal, au lieu d'être tombé à 85 francs. Un pays, dont la monnaie a subi une dépréciation de près des deux tiers, se trouve ainsi pouvoir vivre sans troj) s'en apercevoir.

Ce n'est pas à dire, pourtant, que l'industrie minière ne sup- ])orte pas rudement la conséquence de la débâcle du métal blanc; quand le mineur mexicain vend son argent au dehors, il n'en retire que la moitié du bénéfice auquel il aurait droit si le bimétallisme s'était généralisé, et son désir bien naturel serait, par suite, comme celui des silvermen de l'ouest américain, que l'on voulût bien consommer un peu plus de monnaie d'argent dans le monde.

b. 0HGANISA.T10N ADMINISTRATIVE ET INSTITUT GÉOLOGIQUE

Il est utile, pour le développement d'un ])ays comme pour l'avantage et l'agrément des individus, que l'intervention de l'Etat soit restreinte au règlement de ces intérêts communs, en vue desquels les personnalités ont cru devoir lui aliéner une partie de leur liberté. Une inquisition abusive, une réglementation maladroite, une fiscalité excessive, venant modifier les contrats, augmenter les charges, ou contrôler le fonctionnement commercial et les bénéfices, peuvent entraver complètement l'essor d'une industrie. L'Etat, re]>résentant de la communauté, a toutefois le devoir de faire respecter certains intérêts généraux, comme d'étudier certaines questions, pour la solution desquelles il est, en quelque sorte, le syndicat des diverses industries locales. Nous avons déjà vu comment l'Etat mexicain a compris la première partie, la partie négative de ce rôle; pour la seconde, qui est la partie positive, il a été créé, par le Ministère du Fomento, sur le territoire mexicain, 138 agences minières, réparties de la façon suivante : 1 pour Aguascalientes, 3 pour la Basse-Californie, 10 pour Coaliuila, 13 pour Chihuahua, 4 pour Chiapas, 1 pour Colima, 1 pour le District fédéral, 14 pour Durango, 2 pour Guanajuato, 5 pour Guerrero, 3 pour Hidalgo, 8 pour Jalisco, 4 pour Mexico, 1 pour Morelos, 5 jiour Michoacân, 5 pour Nuevo Léon, 5 pour Oaxaca, 9 pour Puebla, 3 pour

MIM'S'KT INDUSTKIKS MINIERES 273

Queretaro, 4 pour San Luis Potosi, 10 pour Sinaloa, 9 pour la Sonora, 1 pour Tabasco, 2 pour Tamaulipas, 3 pour Tepic, 5 pour Veracruz, 10 pour Zacatecas.

En outre, il a été organisé un Institut géologique, ayant déjà publié des travaux remarquables et dont nous voudrions dire quelques mots.

L'Institut géologique, qui s'appela d'abord Commission géologique, a été établi, à la fin de 1888, puis réorganisé, en 1891, sous la direction de Dn. Antonio del Gastillo. Ses travaux furent d'abord consacrés à l'établissement d'une carte géologique générale et d'une carte minière du pays.

La carte géologique, publiée, en 1889, au I : liOOOOOO", devait servir de base à l'établissement des cartes de détail, destinées elles-mêmes à organiser les recherches minières. Quant à la carte minière (l" édition en 1889, 2" en 1893), elle avait pour but de faire connaître au public l'immense quantité des gisements et leur variété. A partir de 1891, on commença les travaux détaillés, avec un personnel que la crise de l'argent ne permit malheureusement pas d'étendre autant qu'on l'aurait voulu. Ce personnel est composé d'un directeur M. José G. Aguilera, quatre géologues, un assistant, un préparateur de plaques minces et un secrétaire.

Jusqu'ici, les reconnaissances faites couvrent déjà près des sept dixièmes du territoire. Sur la moitié du territoire, on a établi les contours stratigraphiques et divisé les roches éruptives en deux groupes principaux, j)ré-crétacées et post-crétacées. Des études de détail ont été faites dans le Yucatan, par M. Sappcr, sur la coupe de Acapulco à Veracruz, dans les districts miniers fameux de Pachuca et Real del Monte, par MM. Ordonez et Rangel, et dans la région carbonifère de Zacualtipan.

Le Service a publié 14 bulletins in-4'', jjarmi lesquels nous citerons seulement, pour leur intérêt industriel, celui sur le district de Pachuca (184 p. et 14 pi.), celui sur Heal del Monte (108 p. et 26 pi.), la Bibliographie géologique et minière du Mexique, par 11. Aguilar (1898, 158 p.), et le Catalogue des Minéraux du Mexique, par J. G. Aguilera (1898, 558 p.).

En outre, diverses notices ont été publiées sur des districts

miniers; par exemple : Santa Gatarina (Hidalgo), Zopilote, Mezquital del Oro (Tepic), Puerto del Oro (Guerrero), Goyuca de Gatalan (Guerrero), Sierra de Baoz, Rio Florido, (Chihuahua), Ixtlan et Barranca del Oro (Tejiic), Rio Bravo, etc.

Il reste maintenant à exécuter ces cartes de détail, qui, en dehors de leur intérêt scientifique, sont si indispensables pour faciliter les investigations méthodiques, permettre de chercher ou de retrouver les substances utiles, éviter le temps et les efforts perdus, diriger les explorateurs, etc. Un pays, où l'industrie minière occupe autant de place et joue un si grand rôle, ne peut manquer d'entrer prochainement dans cette voie et de donner, à son service géologique, tonte l'extension qu'il rom|iorte.

MINKS l'T INDUSTRIES MINIERES 275

Constitution géologique du sol. — Métaux précieux.

Cuivre et métaux divers.

La houille et le fer. — Substances métalliques diverses.

Les forces hydrauliques.

Kn ce (|ui concerne la richesse métallique, le Mexique a été admirablement favorisé par la nature. Il est facile, en étudiant sa constitution géologique, d'en comprendre la cause; on peut se rendre comj)te en même temps pourquoi, par suite des mêmes circonstances, il lui manque malheureusement, en grande partie, ce qui a été, au xix' siècle, ce qui sera encore, quelque temps probablement, l'engin presque indispensable du progrès industriel, la houille : richesse précieuse, à la disparition même de laquelle tous les pays devront, dans un délai relativement court, suppléer par l'emploi d'autres forces naturelles.

Parmi les traits les plus caractéristiques de la constitution de notre planète et parmi ceux qui, ayant été les plus anciennement marqués dans son histoire géologique, doivent correspondre à sa structure la plus intime, il faut citer, en premier lieu, ce grand cercle d'elVondrcment, sorte tle cratère démesuré, qui constitue l'océan Pacifique. Tout autour de cette immense dépression marine, on voit, encore aujourd'hui, une remarquable ceinture, une couronne de volcans en activité, restes d'une activité éruptive, qui a été encore plus intense, avant notre époque, dans la première partie de la période tertiaire. Là se sont développées, avec une abondance incom|)arable, par suite de cette activité volcanique relativement récente, les manitestations hydrothermales souterraines, auxquelles on attribue, en général, la formation des filons métallifères. Assurément, de tels phénomènes avaient eu lieu déjà, à bien des reprises pendant les âges antérieurs, et ont eu lieu, durant cette période même, dans n<llllbr(^ d'autres régions du globe, mais jamais, ce

276 LE Mi:XlQUE AU DÉBUT DU X\' SIKCLE

semble, avec un développement })areil; et surtout ces incrustations métallifères récentes de la Couronne Pacifique jouissent, par rapport à beaucoup d'autres, d'un privilège essentiel : elles semblent avoir, en effet, subi, à un degré particulièrement favorable, l'action des forces érosives superficielles, qui ont pour résultat de raboter constamment notre planète, d'en détruire les saillies produites par les actions internes, de la niveler et, en même temps, de mettre à nu les parties de plus en plus profondes des filons métallifères, renfermées dans ces saillies. Or une étude générale, que nous avons eu l'occasion de développer ailleurs en décrivant d'autres régions minéralisées toutes différentes (1), paraît montrer, en résumé, que dans la constitution première des gîtes métallifères, les zones tout à fait superficielles présentent des veines émiettées, dispersées d'une manière peu favorable; puis vient, en profondeur, la zone riche, aux filons les plus nombreux et les plus réguliers : plus bas encore, ceux-ci disparaissent et se coincent, mais peuvent faire place à de grands amas intrusifs d'un type tout différent, qui est particulièrement bien défini en Scandinavie et au Canada. Il faut donc, pour qu'une région métallifère offre ses gisements dans les conditions les plus avantageuses, que l'érosion l'ait déjà entamée assez pour la réduire à peu près à un plateau irrégulier, sans atteindre cependant les filons jusqu'à leur racine : circonstances réalisées dans le cas du Mexique et de l'Ouest Américain.

Parmi ces gisements métalliques, qui forment ainsi une riche ceinture au Pacifique, ceux qui attirent surtout l'attention, étant donné qu'il s'agit en général de pays où le développement industriel est relativement récent, sont ceux des métaux précieux. Cela ne signifie nullement que les métaux moins nobles y fassent défaut; mais, en matière d'industrie minière, un pays, ])ar le fait seul qu'il se développe progressivement, qu'il se crée des moyens de communication et des industries nationales, commence généralement, ainsi que dans la légende mythologique, par l'âge d'or, pour passer à l'âge de cuivre et arriver à l'âge de fer. Contrairement à cette légende, c'est toutefois ce dernier qui marque la plus grande pros-

(1) Les Richesses minérales de l'Afrique (1 vol. iii-S" chez Béranger 1902),

périté. On peut, à cet égard, signaler le mouvement très important, qui s'est fait au Mexique, depuis 1899, pour mettre en exploitation des mines de cuivre, plomb, fer et houille.

Dans la Couronne Pacifique dont il vient d'être question, le Japon à l'ouest, la chaîne des montagnes Rocheuses et des Andes à l'est, ont eu, jusqu'ici, une importance minière prépondérante. Du nord au sud de l'Amérique, de l'Alaska à la Terre-de-Feu, la crête montagneuse, qui, suivie de plateaux plus ou moins étendus, longe, en s'élevant rapidement, le bord de l'océan Pacifique, est d'une admirable richesse métallifère : richesse, qui se poursuit vers l'est dans toute la zone sur laquelle ont porté les éruptions tertiaires, c'est-à-dire que, très large au nord dans les Etats-Unis, où elle s'étend jusqu'à la dépression du Mississipi, couvrant plus au sud à peu près toute l'étendue du Mexique, elle se rétrécit peu à peu dans l'Amérique du Sud. Sur toute cette zone, la richesse minière apparaît de plus en plus généralement répartie, à mesure que l'industrie humaine pénètre et crée des moyens d'exploitation dans des pays jusqu'alors inaccessibles; on en a eu récemment encore une preuve remarquable par les découvertes retentissantes des champs d'or de l'Alaska et du Rlondykc; on peut aisément prévoir que l'Amérique du Sud, où, jusqu'ici, tant de causes ont paralysé l'essor industriel, nous réserve potir l'avenir des surprises analogues. Mais nul pays n'a été aussi bien doté par la nature que le Mexi(pio, où tout le territoire, on peut le dire, appartient à la zone éruptive récente, dont nous venons de signaler la richesse métallifère. Quand on examine la carte géologique de ce pays, on est aussitôt fra|)pê par la façon dont y flamboient, de tous côtés, les couleurs rouges et orangées, par lesquelles on a l'habitude de figurei- les roches éruptives tertiaires. Ce flamboiement semble limage des innombrables gisements de métaux précieux, qui, figurés chacun avec une paillette du métal constituant, rendraient la carte minière du Mexique curieusement étincelante.

Nous avons dit plus haut qu'il y avait une certaine corrélation naturelle entre cette admirable richesse métallifère et le manque de combustibles minéraux, auquel, en dépit de quelques découvertes dont il sera question ultérieurement, le Mexique doit suppléer, soit

par l'importation de combustibles étrangers que facilite l'accroissement de son réseau ferré, soit surtout par l'utilisation de ses magnifiques forces hydrauliques. En effet, bien que les combustibles minéraux puissent se trouver dans les terrains d'âge géologique les ])lus divers, depuis les plus anciens jusqu'aux plus récents, c'est, en majeure partie, pendant la période dite carbonifère et les périodes voisines de celle-là, que se sont produites, sur toute l'étendue do notre globe, les principales accumulations végétales ayant formé la houille. Un pays dont le sol géologique est, en général, aussi jeune (|ue celui du Mexique, a peu de chances d'offrir des dépôts de houille comparables à ceux de vieux pays comme la Pensylvanie, l'Angleterre, l'Allemagne, la France, la Russie, l'Asie-Mineure ou la Chine. Cependant cela ne veut pas dire que la houille manque absolument au Mexique; les terrains secondaires et tertiaires de tout l'Ouest Américain, depuis le Colorado jusqu'au Chili, en renferment quelques abondants dépôts, constituant une richesse d'autant plus appréciée qu'elle est plus attendue et plus désirée; on a déjà trouvé plusieurs gisements intéressants de ces houilles d'âge secondaire au Mexique, et il peut s'en rencontrer d'autres encore dans l'avenir. Si nous entrons maintenant un peu plus dans le détail et si nous cherchons, sur la carte du Mexique, la répartition des grands territoires miniers, nous voyons que ceux-ci se trouvent surtout, le long de la Sierra Madré, dans la zone centrale, formée de hauts plateaux, dont l'altitude domine en moyenne 2000 mètres et se tient toujours au-dessus de 1000 mètres. Les plus anciens districts exploités se trouvaient à une distance relativement faible de Mexico vers le nord, entre le 20° et le 2;}° degrés, à Pachuca, Guanajuato, San Luis Potosi, Aguascalientes, Zacatecas, Fresnillo, etc. Dans ces dernières années, un mouvement, analogue à celui qui s'est produit aux Etats-Unis, a poussé les chercheurs vers les Etats moins centraux, jusqu'alors peu sûrs et dénués de moyens de communication et, par suite, moins fouillés, que la construction des chemins de fer se trouvait rajjprocher de la capitale. Tandis que les Américains du nord descendaient au sud vers la frontière mexicaine dans l'Arizona et le Nouveau Mexique, les Mexicains s'en rapprochèrent de leur côté en gagnant vers le nord, d'abord dans

MINES Eï INDUSTRIES MINIERES 279

les Etats de Chihuahua et Durango, traversés par la ligne centrale du Mexique, puis, dans la Sonora, que coupe'également la ligne de Guaymas aux Ktats-Unis.

Par suite de ce mouvement, le centre de gravité de l'industrie minière s'est notablement reporté vers le nord. Sur les 14539 concessions en activité que renferme actuellement le Mexique(l), l'État, qui en possède de beaucoup le plus et dont la production est la principale, tant comme valeur, que comme poids, est celui de Chihuahua (avec 56 mines d'or, 317 d'or et argent, 104 d'or, argent et plomb, 407 d'argent, 45 d'argent et cuivre, 399 d'argent et plomb, 14 de mercure, 79 d'or et cuivre, 46 d'or, argent et cuivre, etc., etc.).

Dans cet Etat de Chihuahua, les nouvelles de 1901 annoncent le grand développement du district de Parral, et la création de celui de Santa Barbara. Puis viennent Durango, Nuevo Léon, Hidalgo, Zacatecas, Sonora, Aguascalientes, San Luis Potosi, Guanajuato, Sinaloa, Coahuila, etc.

Parmi les anciens districts historiques, ceux où il s'est reconstitué une puissante industrie moderne sont, avant tout, Pachuca et Real del Monte, dont nous décrirons avec quelques détails les installations; puis Zacatecas, Aguascalientes, Catorce, Fresnillo, Guanajuato.

Quelques-uns d'entre eux ont, chacun le sait, donné, dans le passé, des résultats tout à fait extraordinaires : ainsi la Veta Grande de Zacatecas, qui passe pour avoir produit, entre 1548 et 1832, plus de 3 milliards de francs d'argent; la Veta Madré de Guanajuato, où l'on a rencontré des zones minéralisées continues d'une épaisseur de 30 à 40 mètres et où une seule mine, la Valenciana, a fourni plus d'un milliard et demi d'argent; le filon San Agustin de Catorce, qui a été reconnu, sur plus de 3 kilomètres de long, avec une puissance atteignant souvent 12 mètres. Les gisements, que l'on exploite aujourd'hui, ne renferment plus, sans doute, ces extraordinaires accumulations de minerais riches et faciles à traiter, sur un même point; mais les grandes masses de minerais comj)lexes, qu'on en extrait, donnent, grâce aux méthodes industrielles modernes, des

(I) Chiffres de juiu 1902.

280 I.K Mi:XIQUE AU DEliUT DU XX'- SIKCLE

quantités d'argent, qui, même avec la dépréciation actuelle de ce métal, ne représentent pas moins de 180 millions de francs par an.

Une énumération de toutes ces mines, qu'on peut trouver dans divers ouvrages, serait inutilement aride; nous en nommerons seulement les principales dans la partie consacrée à l'exploitation.

Les gisements mexicains sont, pour la très majeure partie, des filons complexes en relation directe avec les roches éruptivcs tertiaires, trachytes, andésites micacées ou anqdiiholiques, roches qualifiées de dioritcs quartzifères, etc. : conditions de gisements, qui se retrouvent également, plus au nord, dans l'Ouest Américain. La classification officielle établit, entre eux, des distinctions suivant la nature des métaux extraits, distinctions dont on a pu avoir une idée par la liste précédente relative à l'état de Chihuahua. Géologiquement, ces distinctions ne présentent pas l'importance qu'elles ont administrativement et industriellement. Souvent, en effet, le même champ de filons renferme, dans un point, tel métal dominant; ailleurs, tel autre. L'argent, le plomb et l'or, en particulier, sont souvent solidaires; souvent aussi les métaux précieux sont associés avec le cuivre. Il est à peine besoin de rappeler que, dans la classification des gîtes suivant le métal extrait, c'est, naturellement, la valeur de ce dernier et non sa quantité qui entre en ligne de compte; de telle sorte qu'un filon est classé filon d'or ou d'argent, même quand ces devix métaux précieux sont en quantité relativement très faible par rapport à d'autres métaux moins nobles.

Une autre remarque, qu'il est utile de faire jiarce qu'elle va à rencontre d'idées trop répandues dans la masse du public, c'est que la grande production du Mexique est obtenue, en somme, non par quelques poches de minerais extrêmement riches, comme celles dont la description permet de frapper aisément l'imagination des actionnaires, mais par de très grandes quantités de minerais assez pauvres. On rencontre le même fait caractéristique pour le pays qui tient la tête de la production aurifère dans le monde, comme le Mexique la tient pour l'argent, c'est-à-dire pour le Transvaal, où les minerais, extrêmement abondants et réguliers, sont d'une richesse médiocre.

Pour le Mexique, c'est là un cliangoment avec l'ancien état de

choses, qui a marqué la grande phase de prospérité au début de la conquête espagnole; à cette époque, on avait affaire à des minerais d'artieurement, ayant subi une concentration naturelle, et, en même temps, une transformation secondaire, qui les rendait directement amalgamablcs (1). La disparition de ces minerais précaires dans la profondeur (au maximum vers 400 à 500 mètres de la surface) a contribué, en même temps que les venues d'eaux de plus en plus considérables, à arrêter un moment l'exploitalion minière; mais, aujourd'hui, on a organisé d'une façon industrielle et moderne le traitement des minerais, beaucoup plus conslants en même temps que plus pauvres, de la ])rofondeur, et la phase dans laquelle on est entré a des chances pour se prolonger bien plus longtemps que celle à la(pielle nous venons de faire allusion.

Examinons maintenant, l'un après l'autre, les divers métaux : argent, or, plomb, cuivre, antimoine, étain, fer et les plus importantes substances minérales : houille, pétrole, onyx, opales, soufre, etc. (2).

a. MKTAUX

Argent. — Comme nous l'avons rappelé à diverses reprises, l'argeiil a le droit d'occuj)er la première place dans une énuuuMation des gisements mexicains. C'est le métal national; c'est celui dont la production a toujours atteint les chiffres les plus élevés. C'est l'argent, (pi'on exploitait à Zacatecas et à Guanajuatoj d'où l'on a retiré les milliards auxquels nous faisions allusion tout à l'heure; c'est lui également <pii constituait les « bonanzas » classiques de Pachu(;a, Catorce, etc. L'argent se rencontre, au Mexique, dans des

■ I) Il serait trop loiii; d'entrer ici dans les détails géologiqnes sur cette transformation en profondeur. On les trouvera développés dans mon ouvrage sur l'Argent, dans un mémoire inséré aux Annales des mines (1897; 9" série, t. XII) sous le litre ; Contribution à l'étude des gîtes métallifères et dans un article de la Revue Générale des Sciences (1900), sur les Variations des filons en profondeur.

(2) On n'oubliera pas que, dans ce chapitre, nous étudions seulement la géologie des gisements. Nous aurons à revenir, à diverses reprises, sur les grandes mines d'argent, d'or, de Ruivrc, etc.; au contraire, nous ne retrouverons pas ailleurs quelques petites substances, comme l'onyx, l'opale, etc., au sujet desquelles nous allons paraître donner de suite des détails disproportionnés.

282 ].E MKXIOl'l- Al' DKBrx DU XX" SIECLE

filons complexes où il est associé, le plus souvent, avec le plomb, et, accessoirement, avec les métaux inférieurs, zinc et fer, ([ui accom- ])agnent le plomb, parfois aussi avec le cuivre. Iai groupement de l'argent avec le manganèse, qui caractérise certains grands districts miniers du Montana, aux Etats-Unis, se présente aussi au Mexique;, notamment dans les filons s\dfureux com|)lexes de Real del Monte. Eu nu"'mo temps, l'argent dos mines mexicaines contient souvent un peu d'or, qui se concentre en certaines parties des gisements.

Dans la profondeur, l'argent de ces filons est, en majeure partie, combiné avec du soufre, parfois avec de l'arsenic et de l'antimoine, combinaisons complexes dont la métallurgie doit l'extraire. Mais, heureusement pour les mineurs, une métallurgie naturelle a précédé la nôtre dans toute la jiartie suj^érieure des filons, (jui s'est trouvée en contact avec la circulation souterraine des eaux, infiltrées à la superficie et chargées, par suite, d'air en même temps que d'acide carbonique. Cette métallurgie naturelle, qui, dans un pays de hauts plateaux ravinés comme le Mexique ou l'Ouest Américain, a pu être réalisée sur des profondeurs très notables, parfois comparables à celles-là mêmes qu'atteignent nos ex])loitations, a eu pour effet d'isoler l'argent (en même temps que l'or) et de le concentrer dans une certaine zone, dite de la Bonanza(l), c'est-à-dire de l'enrichissement, où il se présente sous une forme facile à traiter ])ar le procédé de l'amalgamation, classique au Mexique.

Le dépilage de ces zones d'enrichissement a contrib\ié, pour une grande part, à l'extraordinaire fortune des mines mexicaines, au xvi" et au xvii° siècle. Aujourd'hui, on est généralement passé au-dessous, dans les grandes masses de minerais inaltérés, restées vierges pendant longtemps, parce que l'extraction de l'argent y était difficile par les procédés anciens, mais d'où nos méthodes modernes retirent aisément les métaux précieux.

L'étude des principales mines d'argent devant être l'objet essentiel de l'étude qui va suivre, nous ne les nommerons pas ici. Parmi les grandes industries remarquables par leurs installations, citons seulement de suite celles de Pachuca et Real del Monte, (ni des

(1) On dit qu'il y a « bonauza » quand une mine produit, ou des miuerais très riclies, ou une grandi' abondance de minerais relativement pauvres.

travaux, dont le début remonte au xvi" siècle, portent sur un réseau de filons comportant deux directions à peu près orthogonales, réseau en relation avec des fdons de dacite et de rliyolite, qui recoupent eux-mêmes des andésites pyroxéniques vertes d'âge miocène, accompagnées de grandes masses de tufs.

Or. — L'or exploité au Mexique est, en grande partie, associé à l'argent : d'où résulte même ce fait un peu imprévu que l'augmentation relative de la valeur du métal jaune, c'est-à-dire la dépréciation du métal blanc, en amenant un ralentissement dans la production de ce dernier, peut, du même coup, produire une réduction dans l'extraction du premier, dont la valeur s'est pourtant accrm^

Il n'y a pas très longtemps que la production aurifère du Mexicpie est devenue importante; car, pendant trois siècles, l'attention avait été presque uniquement attirée sur l'argent, métal niexicain par excellence, constituant la monnaie nationale, la piastre, dont la réputation s'était étendue jusqu'en Extrême Orient. Cependant on connaissait, avant la conquête espagnole, l'existence de l'or au Mexique; les rois aztèques en possédaient des vases, des coupes, des bijoux, dont on peut voir les échantillons dans nos musées, et la légende veut même qu'une chaîne d'or énorme ait été lancée dans les eaux du lac de Texcoco, à l'approche des Espagnols.

La baisse énorme de l'argent, qui lui a fait perdre plus de moitié de sa valeur depuis une vingtaine d'années, a attiré de nouveau l'atlention sur l'or, surtout depuis 1894. La production réelle de ce métal est mal <;onnue, en raison de la facilité avec laquelle son exportation se dissimule et échappe aux droits. Si l'on se borne aux cliillres officiels, on trouve, comme le montre un tableau cijoint (tableau IV), 1363 kilos en 1890-1891, 7025 kilos en 1894-1895, 13 838 kilos en 1898-1899.

Parmi les nouveaux districts miniers aurifères ayant appelé l'attention, en 1898, on peut citer celui de El Oro, dans l'état de Mexico, sur les confins du Michoacân. Des veines de quartz aurifère dans l'andésite amphibolique existent à San José de Gracia (Sinaloa) et Mesquital del Oro (Zacatecas); d'autres fdons d'or se trouvent dans ces diorites andésitiques et granités recoupant les

28't LE MEXIQUE AU DEBUT DU XX-- SIECLE

calcaires crétacés (San José del Oro, Hidalgo San José, Tamaulipas). Des filons de quartz aurifères avec pyrites sont exploités par la Compagnie de Peras (Oaxaca), par la Compania Anglo-Mexicana à San José de Gracia (Sinaloa), par la Compagnie de Mulatos (Sonora). L'Anglo-Mexicana, qui avait d'abord échoué à Yedras, a obtenu, de 1894 à 1896 un produit brut de $ 2 700000 et net de $ 1300000. Dans l'état de Sonora, la « Sonora placer Mining and develop. G° » ex])loite les placers aurifères de l'Altar, qui ont produit 323 kilos d'or en un an.

Plomb. — Le plomb est abondant au Mexique, où, comme partout, il est souvent argentifère, parfois aussi aurifère. En raison de la valeur de plus en plus faible de ce métal, son extraction n'est jamais le but principal d'une exploitation; mais elle est, en une foule de points, le corollaire de la production argentifère, et quelques mines se sont trouvées, dans ces dernières années surtout, produire des quantités de plomb de plus en plus considérables : mouvement qui a des chances pour s'accentuer encore, dans l'avenir.

Parmi les exploitations de plomb mexicaines, il faut citer, en premier lieu, celle qui s'est organisée récemment à Mapimi (Durango) et qui, en 1899, a produit 16000 tonnes de jdomb métallique. La plupart des gisements de galène mexicains se présentent en veines ou en amas irréguliers dans les calcaires crétacés; nous citerons : Sierra Mojada (Coahuila); Mapimi (Durango); Zimapan (Hidalgo); Cerralvo (Nucvo Léon).

Cuivre. — La principale exjiloitation de cuivre mexicaine, celle du Boleo, en Basse-Californie, est une exploittation française. Organisée depuis 1886, elle traite des couches cuprifères interstralifiées entre des bancs de conglomérats et des tufs volcaniques, (pii appartiennent, soit à la partie supérieure du miocène, soit à la base du pliocène. Nous en reparlerons plus loin. La plus inqwrtante couche exploitée, dite couche n" 3, est la plus profonde; son épaisseur est de 0'"25 à 3 mètres : en moyenne, 1 mètre. Des couches de gypse et des dépôts manganésifères font partie de la même formation, dont l'étendue en longueur atteint, paraît-il, 150 kilomètres. Les minerais se composent, soit d'oxydes, soit de sidfures (sulfure

noir et rarement chalcopyrite). Parfois le carbonate bleu de enivre affecte une forme oolithique, qui a reçu le nom de « boleos ».

Les minerais oxydés sont incontestablement des produits de remaniement secondaire et de concentration locale, empruntés aux minerais sulfurés primitifs, qui tendent à dominer de plus en plus à mesure qu'on se rapproche du niveau hydrostatique (2;5 mètres au-dessus de la mer).

Il y a, en outre de cette mine principale, dans diverses parties du Mexique, des veines et filons cuivreux, souvent argentifères et aurifères, généralement mêlés avec des minerais complexes. Ou en trouve en relations avec des roches métamorphiques tlu crétacé; il en existe aussi dans des andésites à hornblende.

Nous décrirons, plus tard, des fonderies de cuivre à Aguascalientes, à San José (Tamaulipas), à Magistral (Chihuahuaj, etc.

Mercure. — La découverte de gisements mercuriels imj)ortants au Mexique aurait eu une très grande importance pour ce pays, surtout à l'époque où, tout le traitement des minerais d'argent se faisant uniquement par amalgation, le mercure nécessaire devait venir des mines espagnoles d'Almaden. Aussi a-t-on cherché cette substance avec activité, mais sans grand succès (1). La zone mercurielle de Californie, qui a d'ailleurs été rapidement épuisée, ne se prolonge au Mexique que par quelques veines cinabrifères sans valeur (avec livingstonite ou guadalcazarite), pour la plupart intercalées dans les calcaires crétacés, au voisinage des roches tertiaires

Antimoine. — On a commencé récemment à exploiter un peu il antinu)ine au Mexique dans les Etats de San Luis Potosi et de Oueretaro. Cet antimoine, sous forme de stibine, forme des filons réguliers dans les calcaires crétacés de la Sonora. La stibine existe également en veines accompagnées de galène, blende et pyrite à Cualac (Guerrero).

Étain. — On a signalé, en divers points, des fdons de cassitérite tertiaires (c'est-à-dire du môme âge que ceux de Bolivie), formant des veines de retrait très minces dans la rhyolite et contenant par-

^1] Oa exploite cependant avec béaéiice les liions de lluitzuco ^Guerreru).

286 1.15 MKXIQUE AU DEBUT DU XX-^ SIKCLK

fois des topazes. L'étain d'alluvions s'est concentré en quelques placers inexploités (Durango, Zacatecas, Guanajuato, San Luis Potosi, Jalisco).

Fer. — Le fer n'a eu, jusqu'ici, (|u'un rôle industriel insignifiant au Mexique; mais ses dépôts ne manquent pas, comme on peut s'y attendre dans un pays aussi généralement minéralisé.

On cite, par exemple, des veines d'hématite interstratillées dans les micaschistes de Guerrero, d'autres intercalées dans le Keuper, et surtout des dépôts importants de sesquioxyde ou de magnétitc dans le crétacé inférieur et moyen : montagne de Mercado (Durango), Monclova (Coahuila), Encarnaciôn à Zimapân, (Hidalgo).

Quelques grandes exploitations de fer commencent à s'organiser.

Manganèse. — Les oxydes de manganèse forment des veines notables dans le crétacé de Piiebla.

Bismuth et cobalt. — On parle de gisements de bismuth et cobalt récemment découverts à Pihuamo, Etat de Jalisco.

SUBSTANCKS MINKHALKS DIVERSES

L'exploitation des substances non métalliques, si on laisse de côté les pierres de construction, n'offre encore, au Mexique, qu'une importance assez faible, dont on peut se laire une idée en examinant le tableau IL

Houille. — Parmi ces substances, celle qui présente le plus d'importance 2)our l'avenir général du Mexique, est la houille. Nous avons déjà vu comment le peu de développement des terrains primaires au Mexique est une raison pour que les gisements houil- 1ers y soient relativement rares. Ce pays y remédie par des importations, qui en font, pour les États-Unis, un client très important. Le charbon de la Virginie et de la Pensylvanie y arrive par le port de Tampico et est distribué, soit par le chemin de fer central, soit par la ligne de Monterrey au golfe. On en importe également directement de l'Ouest Américain, parle chemin de fer national, et la Compagnie du Boleo importe d'Europe le coke qui lui est nécessaire. Mais il est facile de comprendre l'intérêt qu'il y aurait, pour le Mexique, à se disjienser le plus possible de ce tribut, et le soin

MF^mS T.r I.XDrSTKIES MIXlKRr.S 287

avec lequel on a recherché les gisements houillers, pouvant exister sur le territoire de la République.

Le terrain géologique, où le charbon minéral se rencontre surtout au Mexique, est la partie haute du crétacé supérieur; il y forme quelques bancs réguliers, mais souvent mêlés de schistes, exploités notamment dans l'Etat de Coahuila : en premier lieu, au valle de las Sabinas, par la Compagnie du cheniin^de fer international, puis à llondo, San Felipe et Santa Rosa, dans le même Etat; un gisement voisin de celui de Sabinas, à Barroterân, a été reconnu en 1899.

La mine de las Esperanzas (Coahuila) fournit actuellement 1200 tonnes de charbon et 250 tonnes de coke par jour; elle s'outille ])our arriver à 4000 tonnes de charbon et 800 de coke.

D'autre part, le trias de la Sonora (Keuper) renferme quelques lits charbonneux, ayant, pour la plupart, subi l'action mélamorphisante des roches éruptives tertiaires; ces charbons sont, tantôt des charbons bitumineux et pitcoals, tantôt des anthracites, ou même des graphites. Quelques bancs peuvent atteindre là2 mètres de puissance. La plupart sont trop éloignés des chemins de 1er pour être exploitables; cependant le Ferrocarril Southern Pacific a fait étudier récemment ceux qui se trouvent près du port de Guaymas, et l'on construit une ligne partant d'une station de la ligne Sonora et San Marcial, centre des gisements charbonneux de la Sonora.

Le même étage triasique renferme, à la limite des deux Etats de Puebla et d'Oaxaca, des lits charbonneux très minces, mêlés de sables et de schistes.

L'exploitation du charbon au Mexique, d'organisation tout à fait récente, puisqu'elle n'existait pas en 1893, a atteint, en 1898, un chiffre d'une vingtaine de millions de francs. Certaines de ces entreprises sont, parait-il, très prospères, notamment la Compania de Fuente, dont les travaux sont situés sur les rives du Rio Bravo et f|ui a pu distribuer déjà plusieurs dividendes.

Pétrole. — L attention a été très vivement attirée par la découverte récente du pétrole près du port de Tampico. Des travaux d'exploration, effectués pour le compte de grands financiers amé-

2t-'8 Llî MEXIQUE AU DÉBUT DU XX' SIECLE

ricains, y ont été commencés. On s'occupe également avec activité d'organiser l'industrie du pétrole dans diverses régions et de construire des raffineries.

Au voisinage de la ligne centrale, six puits foncés récemment ont donné, ])araît-il, de bons résultats.

On a également commencé des recherclics dans l'Etat de Gucrrero, le long du Rio Mexcala ou de las Balsas.

En dehors des combustibles et du pétrole, dans un tout autre ordre d'idées, les substances minérales non métallifères présentant le plus d'im])ortance au Mexique sont les onyx et les opales; nous dirons ensuite quelques mots du soufre, des argiles, etc.

Onyx mexicain, ou Tecali. — L'onyx ou tecali, que l'on trouve en divers points du Mexique, est une pierre d'une remarquable beauté. Avant la conquête, les Aztèques l'utilisaient déjà, mais seulement pour les temples et les vases sacrés : d'où son nom, qui est une corruption de « Teocali » (maison de j)ierre). Les carrières les plus fameuses sont situées dans les états de Puebla et d'Oaxaca, à Tecali, Tehuacân, Etla, etc. On cite, en premier lieu, dans le district de Tecali, à environ 30 kilomètres de Puebla, la carrière fameuse de Pedrara, qui produit surtout des oxydes verts légèrement teintés de rouge et de rose; jiuis, dans le district de Tehuacân, celles d'Antigua Salinas, la Mesa et la Sopresa. En moyenne, les blocs ne dépassent pas 37x25x15 centimètres. Un bloc de GO décimètres cubes, de qualité ordinaire, peut valoir 5 francs le décimètre cube, tandis qu'un bloc de 3/4 à i mètre cube, atteint 25 francs le décimètre cube.

Les variétés les plus estimées sont l'onyx vert pâle, le vert foncé, le vert foncé argenté et l'ambré. La variété rose de New Pedrara est fameuse. Elle vient de la Basse-Californie, où la New Pedrara Company de New York l'a tirée de quelques carrières, qui semblent épuisées. Les Etats de Coahuila et de Durango renferment également des onyx, moins connus jusqu'ici en Europe, mais sans doute appelés à un succès analogue. On en a pu voir quelques échantillons à l'Exposition de 1900.

Ces onyx sont une sécrétion récente, pliocène ou pléistocène,

formée par des eaux chaudes aux dépens de calcaires ou de schistes calcarifères plus ou moins purs. Le carbonate de chaux, dissous par les eaux, est ensuite redéposé en croûtes superposées, comme celles qui forment les onyx siliceux et les agates. On trouve, par suite, les onyx, en général, dans une gangue argileuse rouge ou brun foncé dure et compacte. La difficulté est d'en extraire des blocs un peu grands et sans cavités ni fissures. La plupart des onyx mexicains sont pléistocènes (quaternaires); cependant le técali blanc de San Antonio de las Salinas près de Tehuacàn (Puebla) paraît ajipartenir au pliocène supérieur.

Opales. — Les opales sont des veines de silice hydratée, que l'on trouve dans des roches éruptives tertiaires très acides, notamment dans des rhyolites et des trachytes. Elles atteignent, en quelques points du Mexique, une merveilleuse beauté. C'est en 1802, que fut découvert à Zimapân, Etat d'Hidalgo, un premier dépôt contenant des opales couleur de feu et rouge hyacinthe.

Les dépôts de la Hacienda de la Esperanza, Queretaro, découverts en 1855, ont été seulement dénoncés en 1870; on y a trouvé des opales de feu, couleur Arlequin et laiteuses. Des opales de feu existent également à San Nicolas del Oro et près d'Huitzuco (Guerrero), ainsi que dans le nord de San Luis Potosi.

Dans l'Etat de Guerrero, il y a quelques opales transparentes à traînées rouges, bleues et vertes. EnJalisco, on a trouvé quelques beaux spécimens d'opales- agates, offrant diverses teintes et couleurs.

L'opale commune du Mexique est vendue très bon marché, parce qu'au bout d'un certain temps, elle craque et perd sa couleur. Cependant on a trouvé, depuis 1891, en Queretaro, Michoacân et Guerrero, des gisements d'opales très dures et à couleur stable. L'opale commune et claire de Queretaro est vendue par grandes quantités, depuis 0 fr. 15 pièce; l'opale couleur de feu depuis 50 jusqu'à 500 francs. 11 y a, dans cet Etat, trois établissements, qui taillent plus de .50000 opales par an, opération faite d'une façon très rudimentaire et demandant moins d'un jour.

Certaines opales du Mexique présentent une seule couleur très accentuée : rouge, verte ou jaune, et sont alors supérieures aux

opales de Hongrie, où l'on ne rencontre pas cette particularité. Citons, comme gisements, ceux de l'Esperanza (Queretaro), de Maravatio (Michoacân) de Zimapân (Hidalgo) tous situés dans les rhyolites, l'Iris Mine (Queretaro) dans le trachyte.

On trouve encore au Mexique : beaucoup d'obsidiennes de toutes couleurs dans les roches éruptives tertiaires, notamment sur les versants des montagnes de Tequila (Jalisco), et près las Navajas (Hidalgo); des topazes à la Paz (Guanajuto) et à Conreto (Durango), dans les deux cas associées avec de l'oxyde d'étain; des grenats dans Chihuahua, près du lac Jaco, à Xalostoc (Morelos), etc. ; des tourmalines, en Basse-Californie, etc. Aucune de ces pierres ne donne lieu à une exploitation; cependant les obsidiennes ont été très employées par les Aztèques, qui les tiraient de vastes dépôts situés dans la montagne « las Navajas », près Pachuca, du Michoacân, de Tequila (Jalisco) et de la région de Queretaro.

Le soufre pourrait avoir une certaine importance commerciale au Mexique. Il se forme encore de nos jours dans les régions volcaniques (Popocatepetl, etc.) En outre, on en trouve des dépôts et veines dans certains calcaires crétacés (Sierra de Banderas, Durango). Au Popocatepetl, les gisements de soufre sont situés à l'intérieur du cratère et, pour y gravir, il faut d'abord suivre un sentier assez raide, puis s'enfoncer de 92 mètres au moyen d'un câble, enfin descendre une rampe de 600 mètres de long sur une pente de 0,30 par mètre, au bas de laquelle on trouve les dépôts de soufre sur un plateau horizontal.

On exploite des marbres fossilifères sur les hauteurs d'Orizaba (Veracruz). On utilise également beaucoup de tufs volcaniques comme pierres de construction.

L'argile de Salamanca (Guanajuato) est employée pour la fabrication de la porcelaine; on se sert, pour la même industrie, des argiles de Zacualtipàn. La terre à poterie de Tonalân, San Andrès, San Pedro, est réputée. Le gypse est exploité â Hostotipaquillo (Jalisco).

a. Exploitation des mines. — /'. Concentration et préparation mécanique.

a. EXPLOITATION DES MINES

L'exploitation des mines a fait, dans ces dernières années, de remarquables progrès au Mexique, et quelques-unes des installations les plus récentes peuvent soutenir la comparaison avec celles d'Europe ou des Etats-Unis. On a exécuté notamment de beaux travaux, tels que tunnels d'assèchement, transmissions de force électrique, etc., afin de lutter contre les imi)ortantes venues d'eau souterraines, qui ont toujours été un des plus grands obstacles à l'exploitation des mines mexicaines en profondeur. Nous décrirons, à titre d'exemples, l'organisation de la Compagnie Uéal del Monte et Pachuca, qui extrait des minerais d'argent, et celle de la Compagnie de Boléo, qui exploite des minerais de cuivre; après quoi, nous ajouterons quelques indications générales sur les diverses branches de l'exploitation des mines.

L'exploitation minière de Real del Monte à Pachuca (Hidalgo), l'une des plus ancieimes du Mexique, a subi diverses réorganisations successives depuis 1844 et, entre 1877 et 1896, elle est devenue le principal centre de production argentifère au Mexique, grâce aux mesures prises à diverses époques pour l'assèchement très difGcile des travaux en profondeur (1). C'est ainsi qu'on y a percé, au xviii" siècle, le tunnel de Moran de 2400 mètres de long; plus récemment, le tunnel de l'Aviadero de 4 kilomètres, terminé en 1868; puis, dans les dix dernières années, le tunnel de Rosario, de 1200 mètres, le drainage du puits San Juan, etc.; on a établi une série de machines d'épuisement, la plupart à simple effet du type Cornwall, une seulement (à la mine Dili-

(1) Voir, à ce sujet, Nature du 27 octubre l'JOU : Uu district miuier fameux, Real Uel Monte, aa Mexique.

cultad de Real del Monte) à double effet, système Wolf, avec pompes Rittinger et contrepoids hydrauliques d'une force de neuf cents chevaux, enfin on établit actuellement à Real del Monte une bombe centrifuge pour élever 10 mètres cubes d'eau par minute à 200 mètres de hauteur.

Vers 1895, l'inondation de quelques-unes de ces entreprises, surtout de la Camélia mine, envahie par une venue d'eau de 2000 litres par minute, amena à développer les moyens d'assèchement. C'est un peu après qu'on installa, sur la mine San Rafaël, une pompe actionnée électriquement par un courant triphasé, emprunté à la grande chute d'eau de la Barranca de Régla et fourni par la « Compaûia de potencia electrica de Hidalgo ». Cette même compagnie transmet, en même temps, de la force à quelques autres mines et usines, telles que la Dificultad de Real del Monte, les Haciendas de beneficio Guadalupe, la Union et autres de Pachuca.

En mars 1898, on commença également le tunnel Girault, qui part au voisinage de l'usine métallurgique de Loreto et doit se terminer à la mine Camélia, sur le grand fdon Vizcaina.

En raison de ces divers travaux, on annonce qu'en février 1903, les communications souterraines seront rétablies entre les mines Xotol, Camélia et San Rafaël et le niveau de l'eau abaissé de manière à permettre d'atteindre la zone des minerais riches.

Dans les mines de la Compagnie Real del Monte, l'extraction se fait, presque partout, par des machines à vapeur. On a organisé l'abatage à la dynamite en employant des fleurets d'acier, etc.

Le puits San Pedro de Pachuca a 504 mètres de profondeur. Huit autres puits de la même région ont une profondeur entre 335 et 437 mètres.

La Compagnie française du Boleo a d'abord exploité au moyen de petits puits de 100 mètres au maximum, à partir du fond desquels partaient des galeries de traçage. Actuellement, l'exploitation se porte de plus en plus sur l'aval-pendage des couches, au-dessous du niveau hydrostatique, où dominent les minerais sulfurés, plus pauvres mais plus constants que les minerais oxydés superficiels. On travaille par grandes tailles chassantes. L'extraction se fait en partie par treuils électriques. L'épuisement sert à

alimenter d'eau les machines et la population; on va essayer de l'épurer par l'ozone. Une usine centrale de distribution de force électrique, à Santa Rosalia, fournit 1 500 chevaux disponibles.

Si nous examinons maintenant les divers grands travaux qui caractérisent une mine, nous pouvons commencer paroles puits d'extraction.

Les exploitations ont, depuis longtemps, atteint une grande profondeur au Mexique, et la mine Valenciana de Guanajuato fut, un moment, la plus profonde du monde. Actuellement, nous venons de citer le puits San Pedro de Pachuca (504 mètres), le puits Amistad de la même Compagnie (437 mètres).

En fait de tunnels, nous avons déjà mentionné ceux de Real del Monte. A Batopilas (Chihuahua), on travaille, d'une façon continue, depuis 1884, à en perforer un, nommé le Porfirio Diaz, qui doit explorer toute la région nord du district et les profondeurs du filon Roncesvalles, à 411 mètres au-dessous des niveaux inférieurs de la mine du même nom. Ce tunnel, qu'on doit prolonger sur 10 kilomètres de long, en a déjà plus de 3. Les roches traversées y sont excessivement dures. On a commencé par travailler à la main, puis avec des perforateurs à air comprimé, enfin avec des perforatrices Ingerssol. Dans ces dernières années, l'avancement moyen était de 26 mètres par semaine; on compte le doubler avec une machinerie nouvellement installée.

A Guanajuato, le tunnel San Gayctano de las Ovejeras a demandé vingt ans de travail. A Catorce (San Luis Potosi) le tunnel Purisima Concepcion a une section de 4"'20 sur une largeur égale. A Zacatecas, le tunnel Purisima, appartenant à la Compagnie de Sauceda, a denumdé sept ans de travail et coûté 6 millions. Sa longueur est de 1900 mètres, sa profondeur au-dessous de l'orifice du principal puits de 218 mètres; il a été terminé en 1894.

Comme machinerie, on cite, outre celle du district de Real del Monte, celle de Rincon (Temascaltepec) ayant coûté 500000 francs; celle de l'Union Catorcena (San Luis Potosi), qui, la première, en 1877, employa l'air comprimé au Mexique; les moteurs Gorliss des Compagnies du Cerro-Colorado et Potrcro à Chihuahua.

Les installations électriques existent dans le district de Real

del Monte, où nous venons de les mentionner; on les retrouve dans quelques autres mines.

Enfin l'on cite la mine Promontorio (Durango) comme une des mieux installées du Mexique.

Des moyens de transport divers ont été organisés par plusieurs grandes Compagnies minières. Nous en citerons quelques exemples.

Dans l'État de Durango, la Compagnie de Penoles a établi diverses lignes de chemin de fer : une ligne à adhérence de 29 kil. 1/2 entre Bermejillo, sur le Central Mexicano R. R. et Mapimi, un autre chemin de fer à crémaillère système Abt de 3 kil., 2 (.330"° de différence de niveau, pente 13,6 "/„) montant à la mine Ojuela. Elle a installé, en outre, pour relier deux gisements séparés par un précipice, un pont suspendu de 313 mètres de long et 2 mètres de large, ayant coûté 208000 francs, dont 130000 pour le matériel et 78000 pour la main-d'œuvre.

La mine San Pedro à Monterrey (Nuevo Leôn) a un câble aérien de 700 mètres; la mine Azteca, dans le voisinage, a également un câble conduisant de San Antonio à la station du chemin de fer : câble, pouvant transporter 6000 tonnes par mois. Nous signalerons bientôt le chemin de fer souterrain, que l'on installe à Catorce.

Dans la Sonora, une Compagnie française, qui exploite des gisements de sel près de Caborca, a établi, sur 24 kilomètres de long, un chemin de fer monorail à traction normale. Le système se recommande par son économie; les rails pèsent de 45 à 12 kilos par mètre linéaire et, sur une pente de 50 millimètres par mètre, un cheval peut aisément traîner 3 tonnes.

En outre, les principaux chemins de fer miniers mexicains sont les suivants :

Coahuila. — Chemin de fer du Nord entre la Sierra Mojada et Escalôn; ligne du Hondo, appartenant à la Compania Garbonifera de Coahuila; ligne de Coahuila et Zacatecas, entre la raine Concepcion del Oro et Saltillo, capitale du pays.

Cliiliuahua. — Ligne de Santa Eulalia (24 kil.) entre Santa Eulalia et la fonderie de la Chihuahua Mining C°; ligne de Hidalgo del Parral (104 kilomètres) entre la mine et la station de .liménez; ligne de Rio Grande, Sierra Madré et El Pacifico, entre Ciudad Juârez et Casas Grandes.

Mexico. — Ligne, inaugurt'e en janvier 1900, entre El Oro et la station de Tultenango sur le National R. R.

Nuevo Léon. — Ligne Carmen (23 kilomètres, difTérence de niveau 880 mètres) à la Guadalupe Mining C".

San Luis Potosi. — Chemin de fer souterrain, commencé en 1896 <,'t déjà organisé sur 2 kilomètres de long, partant de Real de Catorce et devant traverser toute la Sierra en tunnel, avec branchement sur le Potrero.

Les mines sont situées, en général, dans des régions accidentées; il s'y trouve, dans beaucoup de cas, des torrents, permanents ou temporaires, soit à proximité, soit à une distance qui permet la transmission électrique. C'est une force immense dont on ne peut pas aujourd'hui calculer la puissance, mais dont on peut déjà comprendre l'importance pour les exploitations minières. Il a été parlé, dans un autre chapitre, de la « houille blanche ». Il serait opportun de la mentionner ici, parce qu'en plus de la force motrice qu'elle fournira, on peut ajouter l'éclairage dans les galeries, et la chaleur, pour le travail des minerais, contribuera quelque jour largement au progrès des industries extractives du Mexique.

Quelques mines emploient, pour leurs transports, des systèmes de navigation. Ainsi la Compagnie de Chiapas a deux bateaux à vapeur pour descendre les minerais à San Juan Bautista, d'où d'autres bateaux les conduisent à Frontera.

b. • l'RKPAII AT IO>' MÉCANIQUE ET C O N C E N T It A T I G N

La bonne concentration préalable des minerais pauvres est un des signes qui caractérisent le mieux une industrie minière bien conçue. Dans ces dernières années, la plupart des exploitations ou des usines mexicaines ont organisé les ateliers de concentration nécessités par la nature des minerais, relativement pauvres et complexes, qui forment aujourd'hui la majeure partie de l'extraction. Ces ateliers ont été munis de machines, venant en général d'Allemagne ou des Etats-Unis, et sont souvent très perfectionnés. En même temps qu'on y obtient un enrichissement en or et en argent, on y réalise aussi une concentration des métaux inférieurs, d'abord du cuivre, puis du plomb, et enfin, tout récemment, du zinc : métaux inférieurs qui sont évidemment appelés à jouer, dans l'industrie minière du Mexique comme dans celle de tous les pays arrivant à leur dernier stade de développement, un rôle de plus en plus considérable.

METALLURGIE

L'industrie minière du Mexique est, avant tout, comme nous avons déjà eu l'occasion de le rappeler plus d'une fois, une industrie qui vise l'extraction de l'argent. C'est là qu'est tout le passé du pays et, dans le présent, c'est là encore que les résultats les plus fructueux sont obtenus, puisque le Mexique est, pour la production de l'argent, le premier pays du monde. Néanmoins, une évolution de plus en plus marquée, à laquelle il a déjà été fait allusion, s'est produite dans ces dernières années. Tout d'abord, les minerais, dont on extrait l'argent, ne sont plus, en général, des minerais seulement argentifères, comme jadis ceux que l'on traitait par l'amalgamation au patio; ce sont des minerais complexes, dans lesquels d'autres minerais moins nobles, tantôt le plomb, plus rarement le cuivre, tiennent une place prépondérante. Le Mexique s'est trouvé ainsi devenir un centre de production pour ces deux métaux, dont le dernier, si recherché aujourd'hui, est, en outre exploité, pour luimême, sur une très vaste échelle, dans le gisement du Boleo. D'autre part, la baissé de prix de l'argent, baisse interrompue depuis quelque temps, mais qui laisse pourtant ce métal bien au-dessous de 222 francs le kilo, son cours légal, a appelé l'attention de préférence sur les minerais, qui, avec l'argent, contiennent des traces d'or : traces d'autant plus intéressantes que les procédés perfectionnés, auxquels on est arrivé l'écemment, permettent de les extraire en presque totalité. 11 en résulte que l'industrie extractive de l'argent produit, en même temps, dans une foule de cas, de l'or et du plomb, souvent aussi du cuivre et, si l'on peut, à la rigueur, dans une étude sur la métallurgie du pays, traiter à part la question du cuivre, il est du moins impossible de séparer l'argent, l'or et le plomb.

Ajoutons que, dans l'avenir, il se produira très vraisemblablement, au Mexique, ce qui a lieu dans tous les grands centres de minerais complexes. L'attention des capitalistes, d'abord attirée presque uniquement sur les métaux précieux, va évidemment se reporter de plus en plus sur les métaux inférieurs, cuivre, plomb et zinc, qui abondent dans ces champs de filons complexes, où, avec le progrès incessant des moyens de communication, avec l'installation de préparations mécaniques savantes, avec l'abaissement de prix de revient résultant de la fabrication des machines dans le pays même, on ira facilement les chercher.

Nous ne parlons pas ici des métaux rares, tels que le mercure et l'étain, dont on pourra découvrir des gisements exceptionnels, mais qui ne constitueront jamais qu'un élément très secondaire.

Au contraire, la métallurgie du fer, qui commence à se créer et dont le développement peut servir de critérium à l'état industriel réellement indépendant d'un pays, a des chances pour être appelée à un grand avenir (1). Les données géologiques nous manquent pour apprécier quelle valeur exacte peuvent avoir les gisements de fer du Mexique, et il est à craindre, vu le peu de développement des terrains sédimentaires non bouleversés par les éruptions, qu'on n'y trouve pas de ces grandes couches d'oxyde de fer régulières, comme celles qui font, par exemple, la fortune du bassin d'Alsace-Lorraine et du Luxembourg, ou de celui du Lac Suj)érieur aux Etats-Unis; mais, vu l'abondance extraordinaire des gîtes miniers au Mexique, il ne peut manquer d'exister de très grandes masses d'hématite, produites par l'altération superficielle et la remise en mouvement des gîtes sulfurés complexes, qui renferment des pyrites en profondeur : masses analogues, par exemple, à celles de la Tafna ou du r)jébel-Ouenza en Algérie. De tels gisements, surtout quand ils sont encaissés dans des calcaires (comme les terrains crétacés du Mexique) et lorsqu'ils ont pris la forme en amas, souvent avec intervention de carbonates, peuvent atteindre une valeur industrielle considérable. On est donc en droit d'espérer que l'industrie métallurgique du fer, qui commence à se créer au Mexique et qui

(I) La « Cornpauia de Hierro y Acero de Monterrey " achève l'inslalIatioD d'une grande usine, où l'on a appliqué tous les perfectionuemenls les plus modernes.

peut avoir une si grande importance pour l'avenir du pays, ne manquera pas de minerais de fer, si elle peut arriver à se procurer, dans des conditions favorables, les combustibles minéraux qui lui font encore défaut, ou réaliser la réduction du fer par des procédés nouveaux (tels que l'emploi de l'électricité, alimentée par des forces motrices hydrauliques) : procédés qui, pour être encore dans le domaine de l'hypothèse, n'en sont ])eut-être pas moins appelés à se réaliser un jour.

Nous allons maintenant examiner successivement, ])Our la métallurgie des principaux métaux, ce qui a été fait au Mexique.

a. MÉTALLURGIE DE l'aUGENT, DE l'oR ET DU PLOMB

La métallurgie de l'argent, solidaire aujourd'hui de celle de l'or, du plomb et parfois du cuivre, est, on le sait, très ancienne au Mexique, et elle y a passé, depuis trois siècles, par des phases diverses, provoquées : en partie, par les modifications que les minerais éprouvaient dans leur nature avec l'approfondissement des travaux; en partie aussi, par les variations dans les conditions économiques. L'une des méthodes classiques de cette métallurgie, le patio, y a été inventée. Actuellement, le Mexique, ayant à traiter des minerais complexes et difficiles, leur applique, comme nous le verrons, les systèmes les plus perfectionnés, dans la mesure du moins où le développement industriel général du pays le permet. Si l'on n'arrive pas, pour les minerais très riches, à extraire aussi complètement tout l'argent qu'on le ferait dans les grandes usines de France, d'Allemagne ou d'Angleterre, on s'en rapproche du moins remarquablement. Nous commencerons par résumer, en quelques mots, l'histoire et les développements de cette industrie, pour en étudier^ensuiteU'état actuel.

Quand les Espagnols occupèrent le Mexique, il n'y avait encore que peu de mines d'argent exploitées par les Aztèques. Les travaux, que les conquérants commencèrent, portèrent donc sur des minerais d'affleurements, ayant subi, jiar suite de leur altération superficielle] et( de leur oxydation, une transformation qui en rendait le traitement facile. Ces minerais, généralement de la caté-

gorie de ceux qu'on appelle des colorados, étaient formés, en principe, de sulfure d'argent, avec du chlorure et de l'argent métallique. En 1557, Bartolomé Médina, un simple ouvrier sans aucune connaissance chimique, — qui, ce jour-là, montra une singulière divination, — inventa le procédé fameux an patio, au moyen duquel on peut traiter rapidement et économiquement de grandes quantités de ces minerais riches superficiels. Ce procédé fut aussitôt installé à l'usine de Purisima Grande (Pachuca), qui l'emploie encore, et adopté avec enthousiasme de tous côtés.

On sait en quoi consiste cette méthode, d'une simplicité si remarquable : broyer le minerai plus ou moins fin, sous des bocards {molinos) et des meules (arrastras); l'additionner d'eau et l'étendre sur de grandes aires soigneusement dallées (patios); lui ajouter encore de l'eau jusqu'à consistance de boue épaisse; y incorporer un peu de sel marin, puis, au bout de quelques jours, du sulfate de cuivre (1) et du mercure; mélanger le tout d'une manière parfaite, sous le piétinement des mules, et laisser ensuite l'action naturelle de l'air et du soleil se produire pendant six ou huit semaines. Au bout de ce temps, l'argent est entièrement incorporé au mercure sous forme d'un amalgame presque liquide, que l'on comprime à travers des peaux de chamois ou de brebis, pour en extraire l'excès de mercure et qu'on finit par distiller dans des récipients en fer, afin d'y obtenir un bouton d'argent.

Comment, par quel hasard, à la suite de quels tâtonnements, Bartolomé Médina avait-il été amené à ce singulier mélange des sels de cuivre et du sel marin avec le minerai d'argent, qui constitue le trait caractéristique et fondamental de la méthode, nul ne le sait; peut-être en opérant sur quelque filon complexe de cuivre et d'argent. Toujours est-il que sa méthode si simple fut immédiatement employée, non seidement au Mexique, mais dans toute l'Amérique du Sud (Pérou, Chili, etc.). Elle suffit pendant deux siècles, et, jusqu'à ces dernières années, elle a fourni environ 90 pour 100 de l'argent extrait nu Mexique. Cependant, dès la fin du xviii' siècle, comme on commençait à entrer au Mexique dans

(1) Autrefois on employait le magistral (oxyde et sulfate de cuivre), obtenu en grillant de la pyrite cuivreuse.

la zone des sulfures complexes, peu favorables au procédé du patio, on y apprit les expériences faites, d'abord à Kongsberg (en Norvège), puis à Schemnitz (en Hongrie) et enfin à Freiberg (en Saxe), pour traiter ces minerais par le procédé de l'amalgamation aux tonneaux (ou tinettes), après grillage préalable : pi'océdé qui a conservé le nom de méthode de Freiberg; et cette méthode fut introduite alors dans les grands centres miniers mexicains, Pachuca, Fresnillo, etc.

Le procédé de Freiberg consiste, en deux mots, ayant des sulfures à amalgamer, à ramener d'abord, par un grillage, ces sulfures sous la forme oxydée (produite aux affleurements par l'altération naturelle), qui permet cette amalgamation.

Plus tard, quand l'industrie argentifère se répandit aux Etats- Unis, vers le milieu du xix° siècle, on perfectionna ce système en remplaçant les barils de bois saxons par des chaudières en fer, munies d'agitateurs intérieurs et, sous cette forme, le procédé, dit des pans, fut également introduit au Mexique.

Dans cette méthode, le minerai, préalablement broyé (et parfois soumis à un grillage chlorurant préalable), est mélangé avec de l'eau, du sel marin, du mercure et divers ingrédients chimiques (tels que du sulfate de cuivre), comme dans la théorie du patio; on le place dans le pan, et il y reçoit un mouvement rapide et constant, du centre de ra2)pareil à sa périphérie, produisant .ainsi, en quelques heures, l'amalgamation de l'argent et celle également de l'or, s'il s'en trouve dans les minerais. Ce système est rapide : ce qui a motivé son succès aux Etats-Unis, où le temps a toujours été compté comme un capital essentiel; mais il est imparfait, et il a fallu lui faire subir des perfectionnements, tels que le procédé continu de Boss, pour lui permettre de lutter contre les systèmes plus modernes de la lixiviation et de la fusion plombeuse.

Le procédé Boss classique comprend des bocards, suivis de pulvérisateurs (grinding pans), de pans d'amalgamation (amalgamating pans), de chaudières à agitateurs destinées à recueillir l'amalgame (settlers)et de tables de concentration pour les résidus, ou tailings.

La lixiviation, ou leaching process, à laquelle nous arrivons

enfin, consiste, en principe, après une calcination clilorurante, à « lessiver », à dissoudre tout l'argent contenu dans les minerais, au moyen d'un réactif chimique de peu de valeur, par exemple l'hyposulfite de soude (dont tous les photographes connaissent l'emploi pour dissoudre le chlorure d'argent), ou encore le cyanure de potassium, qui, jusqu'ici, n'a pas donné, pour l'argent, les mêmes excellents résultats que pour l'or. Après quoi, ayant fait passer l'argent en dissolution dans d'autres cuves, on le précipite par un réactif, tel que le sulfure de sodium.

Dans le procédé Russel, qui est une variante de l'ancienne lixiviation, on ajoute une certaine quantité de sulfate de cuivre à la solution d'hyposulfite de soude, de manière à former un hyposulfite de soude et de cuivre, qui permet de dissoudre l'argent engagé dans certaines combinaisons complexes, arsenicales ou antimoniales. Ce procédé est souvent employé comme adjuvant du procédé Patera, dans lequel l'hyposulfite de soude seul sert à dissoudre l'argent chloruré.

Quant à \a fonte plombeuse des minerais d'argent, c'est un procédé très naturel et très logique, dont l'idée a dû venir d'autant plus aisément qu'une grande partie de l'argent a été, de tous temps, extraite des minerais de plomb; jusqu'à l'invention de l'amalgamation au xvi" siècle, on n'en a pas connu d'autre. Lorsqu'on a. en edet, traité un minerai de plomb argentifère par les procédés assez simples, qui permettent d'en extraire le plomb métallique, ce plomb renferme, incorporé, l'argent qui existait primitivement dans le minerai. Ce plomb argentifère étant, à son tour, échauffé, sous un courant d'air, dans un vase poreux (et, notamment, dans une coupelle en cendres d'os), le plomb oxydé imbibe le vase, tandis que l'argent demeure intact, et, finalement, il reste, dans la coupelle, un bouton d'argent métallique, qui prend un moment l'aspect éblouissant, connu sous le nom de phénomène de l'éclair.

La coupellation était déjà pratiquée par les Phéniciens; on retrouve les preuves de son emploi dans toutes les exploitations de mines antiques, et sa description dans tous les auteurs qui se sont occupés de métallurgie, depuis Pline jusqu'aux alchimistes du Moyen Age et de la Renaissance. Ayant donc remarqué cette affinité

du plomb et de l'argent, à laquelle on attribuait, suivant les idées anciennes, des raisons plus ou moins mystérieuses, on a dû avoir, assez naturellement, l'idée d'incorporer des minerais de plomb aux minerais d'argent, qui en renfermaient peu ou même pas du tout, et ainsi est arrivé à se constituer, sur une échelle énorme, le procédé de la fonte plombeuse, appliqué d'abord exclusivement aux galènes argentifères et organisé surtout, dans ces derniers temps, par les Américains, soit dans le nord du Mexique, soit même dans les Etats de l'Ouest Américain, où les minerais d'argent mexicains venaient se faire traiter en mélange avec les minerais du Colorado, du Nouveau-Mexique ou de l'Arizona : système qui, avec l'emploi de petits fours à cuve soufflés, à ceinture d'eau refroidissante, du genre Pilz, donne d'excellents résultats.

En résumé, les procédés de traitement, appliqués aujourd'hui aux minerais d'argent mexicains, se présentent dans les conditions suivantes.

D'une part, les minerais riches vont, en général, se faire traiter dans quelques grandes usines de fusion (smelters), où l'on applique les procédés d'emplombage, telles que les usines d'Aguascalientes, San Luis Potosi, Monterrey et El Paso (Texas). Ces usines ne traitent que des minerais renfermant au moins 2 kilos d'argent à la tonne, qu'elles achètent, paraît-il, en payant l'excès d'argent, au-dessus de 375 grammes à la tonne, à raison de 3 centavos (un peu plus de 15 centimes) le gramme. L'or est compté pour sa valeur réelle.

Les minerais de seconde classe, qu'on ne peut concentrer, vont à des procédés plus économiques et occasionnant des pertes moindres, tels que le patio, dont le défaut principal est son extrême lenteur, ou encore le procédé des pans (perfectionnement Boss), qui est beaucoup plus rapide, mais arrive à une perte de près de 20 pour 100 de l'argent, tandis qu'avec l'antique méthode du patio on reste au-dessous de 7 pour 100. Ces deux méthodes d'amalgamation ont le défaut commun de perdre la majeure partie de l'or, qui est renfermé dans les sulfures (70 à 80 p. 0/0). Aussi, à Guanajuato, où la teneur en or est souvent notable, a-t-on essayé récemment, soit de récupérer l'or dans des concentrés en faisant suivre

les bocards de tables Wilfley, soit d'appliquer la méthode de cyanuration(l).

Les autres méthodes, dont nous venons de raconter l'évolution historique, ont également quelques applications, qui vont être passées en revue.

Voici, à titre d'exemple, ce qui s'est passé dans le centre minier si important de Real del Monte à Pachuca. Après la période, où, comme partout au Mexique, le patio tut uniquement appliqué, on construisit en 1760 un four de fusion pour les minerais riches, (four abandonné en 1886, quand on jugea plus avantageux de les exporter). En 1849, on installa le procédé de Freiberg et, de 1849 à 1858, sur 452000 kilos d'argent, 325000 furent produits par ce procédé, 70000 par le patio, 55000 par fusion, 2000 par lixiviation. Actuellement, la production se divise ainsi : 50 pour 100 au patio (rendu plus économique en ces temps derniers); 15 pour 100 au procédé des tonneaux (système Krônke); 15 pour 100 par fusion, à Aguascalientes, El Paso et en Angleterre.

Comme le montre déjà cet exemple, la plus grande partie, une partie de plus en plus notable des minerais mexicains, est traitée sur place; quelques-uns pourtant sont exportés, comme il arrive dans tous les pays, relativement neufs, qui n'ont pas encore atteint le maximum de leur dévelop[)ement industriel. Ainsi qu'il est facile de le comprendre, ces minerais exportés sont : d'une part, quelques minerais très riches; d'autre part, la masse principale des minerais pauvres.

Pour les minerais très riches, la raison en est que la perfection des procédés n'étant pas encore tout à fait la même au Mexique qu'en Europe ou aux Etats-Unis, on laisserait perdre une certaine fraction de l'argent contenu : fraction qui, dans ces minerais très riches, peut dépasser notablement le supplément de frais résultant du transport, des droits de douanes, etc.

Une balance analogue s'établit pour les minerais pauvres. Audessous d'une certaine teneur et à un certain degré de complexité, le mineur mexicain peut n'avoir plus intérêt à traiter sur

(1) On concentre les résidus des minerais traités, soit au pjitio, soit par le procédé Boss, pour en extraire le métal qu'ils peuvent contenir.

30'i LE MEXIQUE AU DEBUT DU XX<= SIECLE

place, alors que, placé dans des conditions économiques plus favorables, surtout en ce qui concerne l'achat de combustibles et avec des frais généraux déjà amortis par une grande industrie, le métallurgiste étranger peut encore trouver avantage à acheter ces minerais bon marché. Mais il est facile de se rendre compte que, si la mine mexicaine n'est pas placée dans des conditions particulièrement favorables, au voisinage immédiat d'un chemin de fer ou d'un port de mer, les frais de transport, de douane, de traitement à l'étranger et les bénéfices de divers intermédiaires absorbent la plus grande partie de la valeur de ces minerais : question capitale pour le petit mineur mexicain, dont la situation est souvent très précaire.

Quoi qu'il en soit, quelques chiffres permettront de se faire une idée de l'état actuel de cette industrie.

Tout d'abord, voici, pour n'avoir plus à y revenir, les minerais d'argent exportés (minerais, et produits métallurgiques) (1):

Passons maintenant aux minerais traités dans le pays. La proportion de l'argent, obtenu par les divers systèmes, s'est notablement modifiée, dans ces dernières années, comme le montre le tableau suivant, classé d'après l'ordre d'importance actuelle de ces procédés.

(1) Ces chiffres ne correspondent pas exaclement aux chilFrcs officiels, qui comprennent, en outre, l'argent monnayé exporte.

MI.XKS ET INDlSTiîli: S M I NIK Kl' S

Produits auro- argentifères apportés aux monnaies et bureaux fédéraux de 1889-1899 (en tonnes métriques)

ORHIINKS

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