‹ Le Mexique au début du 20e siècle (volume 2)Chapitre 55 sur 65 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

du nombre

dos récompenses au noml)rc

des exposants

Grands Prix

Médailles d'or

Médailles d'arjjjcnt

Médailles do bronze

Mentions iionorables

Totaux

Paris (18891 . .

Chicago (189.V.

Paris ,'l»i>01 .

3 6.iS

■Jtir>

Le Mexique a lar^ciiutil profité des expositions pour l'extension de son marché, la multiplication de ses échanges internationaux, l'iminigration des travailleurs et des ca|)itaux. A Philadelphie, à la Nouvelle-Orléans, à New- York, à Chicago, à Atlanta, il s'est fait mieux connaître de la puissante République du Nord, dont les capitalistes, enhardis par les exemples probants mis sous leurs veux, ont apporté leur concours financier à l'industrie mexicaine. En 1889, à Paris, les progrès surprenants qu'il avait accomplis en quelques années furent une révélation et suscitèrent l'admiration de l'Europe entière. Le souvenir du beau palais construit en 1900 sur les bords de la Seine et celui des magnifiques spécimens de produits agricoles ou industriels qu'abritait cet édifice sont encore présents à la mémoire de tous; je me félicite de pouvoir, en cette circonstance, rendre hommage à la haute et habile direction de M. de Mier, commissaire général. Nul ne doute plus du degré de prospérité atteint par la nation amie, à laquelle tant d'affinités de race et de tempérament unissent le peuple français, qui a conquis de si chaudes synq)athies chez ce peuple aux affections fidèles et dont les aspirations démocratiques trouveront toujours leur écho sur la vieille terre gauloise.

De nouveaux succès attendent certainement le Mexi(|ue à la prochaine Exposition universelle de Saint-Louis, où sa représentation proiiicl d'être très brillante.

APERÇU S U K l'industrie

1. Généralités. — Comme je l'ai déjà rappelé, l'industrie trouve au Mexique des éléments nombreux de succès. Le sol et le sous-sol fournissent généreusement la matière première; des droits protecteurs barrent la route aux produits étrangers; l'élévation du change augmente encore cette j^rotection en majorant dans une proj)ortion considérable le prix des marchandises venues du dehors; enfin les pouvoirs publics prodiguent leurs encouragements à l'initiative privée. Aussi comprend-on les immenses progrès réalisés depuis moins d'un quart de siècle et les brillantes perspectives qui restent ouvertes pour l'avenir.

A la vérité, le combustible et la main-d'œuvre sont rares.

La houille ne se rencontre que dans quelques districts, et les transports intérieurs grèvent les charbons importés au point d'en élever le cours sur la place de Mexico à 18 ou 20 piastres, soit ''lO ou 50 francs : dès qu'on s'éloigne des voies ferrées, l'utilisation industrielle du combustible minéral devient presque impossible. Jadis si riches, les forêts ont été exploitées et défrichées sans prévoyance aux abords des grandes agglomérations ; elles ne présentent |)lus les ressources nécessaires pour l'alimentation pratique des générateurs de vapeur et autres appareils emplovés par l'industrie. Si les recherches de pétrole ont abouti dans certaines régions, si les espérances ne sont pas interdites, la mise en valeur des gisements n'est pas entrée jusqu'ici dans le domaine des faits accomplis.

Mais, à défaut de houille noire, le Mexique possède la « houille blanche ». De ses sierras, de ses pics volcaniques montant plus haut que les sommets alpestres et dressant vers le ciel leurs cimes neigeuses empanachées de fumerolles s'élancent des torrents, dont la force longtemps perdue fera bientôt la fortune de l'industrie mexicaine.

Sorti des flancs de l'Ixtacihuatl, l'Atoyao précipite sa masse d'eau sur les pentes regardant le Pacifique et a fait déjà de Puebla l'une des villes les plus industrielles de la République. Une partie des eaux de l'Atoyac, détournée dans les vallées d'Atlixco et d'Izucar, forme encore une série de chutes atteignant 75, 143 et même 243 mètres, et représentant ensemble 23000 chevaux.

D'autres chutes considérables, situées également dans l'État de Puebla et dépendant du district de Huachinango, fournissent environ 30000 chevaux et seront promptement utilisées.

Le Uio Grande se fraye |)assage à travers des roches éruptives par une série de cascades et de rapides qui « font du lit fluvial un gigantesque escalier aux gradins inégaux ». Une seule des cataractes, le su|>erbe Salto de Juanacatlan, avec sa hauteur de 18 mètres et sa largeur de 146 mètres, est capable de développer près de 30000 chevaux ef d'actionner toutes les usines de la ville voisine, Guadalajara.

Ainsi que l'indique son nom, le Rio Salto comporte nombre de chutes, dont l'une, dans l'Etat de San Luis Potosi, plonge de 70 mètres.

Plusieurs rapides se rencontrent au pied du pic d'Orizaba. Le Rio de la Antigua ne débite pas moins de (iO mètres cubes par seconde.

Dans l'Ktat d'Hidalgo, la Régla, (pii bondissait en une magniflcpie cascade entre des piliers octogonaux de basalte bleuâtre, a maintenant une partie de ses eaux captée par des tuyaux d'acier.

Non loin de Mexico, les déclivités du Rio de Tlalnepantla et du Rio de Monte .\lto ont permis de constituer des chutes de 60, 90, 120, l.')Oet 170 mètres, dont l'énergie transformée en électricité va se répandre et se distribuei- dans les artères de la capitale.

A cette nomenclature déjà longue, il faudrait ajouter les chutes du territoire de Tepic, les cascades du district de Huetjutla, etc.

L'utilisation des forces hydrauliques par les industriels investis de concessions n'est qu'ébauchée et laisse disponible une réserve considérable.

Des divers problèmes que soulève le développement industriel

348 I.F MEXIQUl- AU nEBUT DU XX" SIÈCLl-

du Mexique, l'un des plus graves consiste dans le recrutement de la main-d'œuvre.

Les Indiens et les métis, formant les trois quarts de la population, sont des hommes résistants, durs au labeur, habiles, patients, doués de persévérance, capables de devenir bons ouvriers, à la suite d'un apprentissage ass(>7. ra])ide. Mais leur éducation n'est pas faite : indifférents au progrès, ils n'aspirent pas à beaucoup de bienêtre, se contentent de peu, vivent d'une vie presque misérable, ne travaillent que dans la stricte mesure de leurs besoins, tiennent avant tout à la culture de leurs champs, vont d'autant moins vers l'industrie que la récolte est meilleure. Seule, la nécessité absolue les arrache à leurs tendances naturelles et leur fait alors accepter les plus modiques salaires : 25 centavos par jour, dans certaines contrées, jiour les manœuvres et les terrassiers.

Autant les étrangers pourvus d'une certaine fortune trouvent aisément au Mexique un fructu(Hix emploi de leur activité et de leurs capitaux, autant les modestes travailleurs blancs sont peu certains d'obtenir un salaire élevé, et cette incertitude enraye l'immigration. Sans doute, les mécaniciens et les électriciens peuvent gagner jusqu'à 5 piastres; mais ce taux ne dépasse pas celui des États-Unis du Nord et de l'Angleterre, et, d'une manière générale, l'ouvrier de ces pays qui aborde la terre mexicaine risque d'attendre longtemps une rémunération en rapport avec ses habitudes d'existence confortable : les consuls de l'Union et de la Grande- Bretagne dissuadent leurs compatriotes d'immigrer sans contrat préalable signé d'un grand industriel. Plus sobres et accoutumés à de moindres salaires, les artisans italiens arriveraient facilement à se suffire, comme maçons, tailleurs de pierre, stucateurs, mineurs, forgerons, mécaniciens, menuisiers, tailleurs d'habits, cordonniers; cependant, jusqu'ici, le courant les a davantage em- ])ortés vers la République Argentine.

Plus tard, l'éducation, pénétrant dans les couches profondes du jx'uple, augmentera ses aspirations, modifiera l(>s conditions du travail et changera la situation actuelle.

En attendant, apparaît un élément nouveau susceptible de ])rocurer un appoint considérable à l'industrie mexicaine. Depuis

quelques années, des milliers de coolies chinois et japonais ont débarqué dans les ports du Pacifique. A l'encontre de tant d'autres pays, le Mexique ne les repousse pas; il les attire, au contraire, par un service direct de navigation entre ses côtes et celles de la Chine. Cette immigration de travailleurs jaunes, prélevée sur les réserves inépuisables de l'Empire du Milieu, aura peut-être de grosses conséquences économiques.

Pendant longtemps, le Mexique a manqué de capitaux suHisants pour tirer parti des ressources dont l'avait comblé la nature. Le rétablissement de la paix intérieure et la consolidation du crédit ont rassuré les capitalistes, qui, de plus en plus nombreux, apportent à ce beau pays leur concours financier. C'est aux étrangers que sont dues la fondation ou la commandite des industries de premier ordre. Empêchés par des taxes presque prohibitives d'introduire leurs produits, ils sont venus établir dans le pays, sous la protection de ses douanes, des usines et des manufactures qui contribuent grandement à sa prospérité.

2. Industries alimentaires. — La facilité avec laquelle croît la canne à sucre sous les latitudes tropicales explique la place prise, de vieille date, au Mexique, par V industrie sucrière. Ce fut une des industries exercées dans le pays sous la domination espagnole : ne pouvant fabriquer elle-nïème, la métropole profitait des produits de sa colonie. D'après Humboldt, la production était alors plus active (pi'aujourd'hui et donnait lieu, chaque année, à une exportation considérable; la cour royale de Madrid s'approvisionnait exclusivement à Cordoba (État de Vera-Cruz) ; sur les marchés de Cadix et de Santander, le sucre mexicain était coté très haut. Durant la guerre de l'Indépendance, les plantations de canne furent délaissées, pour n'être vigoureusement reprises qu'à une époque rapprochée de la uôtre. .actuellement, les sucreries suffisent aux besoins de la consommation.

Tandis qu'ailleurs les fabricauls de sucre achètent leur matière première, c'est-à-dire des cannes pour Cuba et la Louisiane, des betteraves pour le Aord de la France, la Bohème, la Moravie, etc..

au Mexique ils sont leurs propres planteurs, à l'exception de quelques industriels nord-américains qui ont récemment conclu des marchés avec des propriétaires d'haciendas. La fabrication est par suite très divisée. Au début de l'année 1903, la statistique ne dénombrait pas moins de 1124 sucreries, dont 116 seulement avaient un rendement annuel supérieur à 100 tonnes, 16 autres oscillant entre 100 et 50 tonnes, et les 992 dernières descendant au-dessous de 50 tonnes.

Bien que la betterave pousse dans la zone froide des hautes terres, le Mexique ne met guère en œuvre que la canne à sucre. C'est naturellement dans les régions les plus propices aux plantations que l'industrie sucrière a surtout grandi. Les tierras calientes et les tierras templadas se prêtent à la culture de la canne. Mais, à l'ouest, sur la côte brûlante de l'océan Pacifique, depuis Guyamas jusqu'à la frontière du Guatemala, le sol desséché exige des irrigations qui ne peuvent être obtenues qu'au prix de travaux onéreux. Au centre, la terre, pour produire, doit aussi être irriguée; toutefois, les nombreux cours d'eau de la région facilitent la tâche du planteur. Enfin, dans la zone d'alluvion s'étendant à l'est du pays, la fréquence des pluies rend inutile l'exécution de canaux d'arrosage; par les conditions climatériques aussi bien que par la qualité du sol, cette zone peut être comparée à Cuba, la contrée qui tient le premier rang dans le monde entier j)Our la production de la canne à sucre. Ainsi s'explique la concentration des fabriques les plus nombreuses ou les plus puissantes dans les Etats de Morelos, Nuevo Léon, Vera-Cruz, Jalisco, qui, à eux seuls, fournissent une quantité de sucre supérieure au contingent de tous les autres Etats réunis.

11 existe encore des sucreries tout à fait primitives. Un grossier moulin de bois y exprime le jus des cannes, qui est ensuite cuit au degré voulu, puis porté dans un réfrigérant et malaxé au moyen d'une spatule jusqu'à ce qu'il forme une bouillie épaisse, par l'union intime du sirop et du sucre cristallisé; la pâte, mise dans une forme de grès ou de bois, se prend en une masse consistante de couleur brunâtre, que le fabricant livre au commerce sous le nom de « panocha » ou de « piloncillo » et dont use la consom-

mation locale. Plus de la moitié du panocha provient des États de Morelos et de Nuevo Léon.

A côté de ces établissements rudimentaires, de nombreuses fabriques se montent avec un outillage perfectionné, notamment : dans l'État de Vera-Cruz, à El Ilijo et de Tlacotalpam au Paso de Hule; dans l'État de Puebla, à Izvicar; sur plusieurs points de la vallée d'El Fuerte. Beaucoup d'appareils viennent de France, d'autres de la Nouvelle-Orléans, d'autres encore de Brunswick. Le sucre blanc sortant de ces fabriques est de belle qualité et peut se comparer aux produits vendus sur le marché européen.

Les grandes sucreries ne traitent guère plus de 500 tonnes de cannes par jour, alors que beaucoup d'établissements cubains mettent en œuvre 900 à l 100 tonnes, plusieurs même 2000 tonnes. Malgré l'infériorité du rendement de la canne, qui peut être évalué à 8 pour 100, le prix de revient est moindre dans les États-Unis mexicains que dans l'île de Cuba, grâce à la différence des salaires (50 à 75 centavos, au lieu de 1 dollar or à 1 dollar et demi). Ce prix n'excède pas 8 à 10 centavos le kilogramme, pour les grandes fabriques mexicaines.

A la faveur du tarif douanier, qui frappe d'un droit de 15 centavos le kilogramme de sucre étranger, les fabricants mexicains réalisent de notables bénéfices. En 1900, le prix moyen de vente a varié de 19 à 24 centavos.

Dans la région du Nord-Ouest, où les capitaux américains sont largement engagés, les fabricants ont formé un trust, f|ui leur a permis de vendre leurs produits aux j)lus hauts cours. Ce groupe- UKMit d'intérêts semble devoir s'étendre à tout le Mexique, car les producteurs viennent de fonder à Mexico un « Ccntro Azucarcro », association sucrière imitée de celles qu'on rencontre à Cuba, au Pérou et dans la République Argentine. L'objet déclaré de l'institution consiste à développer l'industrie du sucre, à vulgariser les nouveaux procédés de culture et de fabrication, à former des ingénieurs et des ouvriers; mais le résultat le plus immédiat pourrait être une hausse des prix.

Le tableau suivant donne l'état de la production sucrière à la fin du siècle :

Ll' MEXIQIIF. AU DEBUT DU XX" SIKCI.i:

DlîsiC.NATION

DKS

OAMI'AONKS OU DKS KTATS

Movi'inK^s.

Basse-r.aliiornic . .

Cainpcche

Chiapas

Coahuila

Colima

Durango

Guaiiajualo

Giierrero

Hidalgo

Jalîsco

Mexico

Michoacan

Moi-ulcis

Nucvo Leou

Oaxaca

Piiehia

Qiieretaro

San Luis Potosi . . ,

Sinaloa

Sonora

Tabasco

Tatilaulipas

Tcpic

Vera-Crii/,

Viicatan

Zacatecas

Totaux

sicm: ni.ANC

Valeur

Vale

PRODLCTION TOTAI.K IJE 189(i A 1900

rBrn>L'C.Tin.\ IJKS IHVKHS ICTATS KN 1899-1900

Poids

Valeur

Plus de 2000 distilleries extraient l'alcool des mélasses, du piloncillo, du maguey, du maïs ou du raisin.

Ce sont les dérivés de la canne à sucre qui fournissent de beaucoup le plus fort contingent : sans parler des distilleries mixtes, celles où se traitent exclusivement les mélasses et le piloncillo ont donné, en 1899-1900, 211000 hectolitres sur un total de 348000. Très souvent, on voit dans les haciendas la distillerie annexée à la sucrerie. Aussi les régions qui livrent à la consommation le plus de sucre sont-elles également celles qui produisent le plus d'alcool. En tête, s'inscrivent les Etats de Vera-Cruz, Morelos et Puebla, avec une fabrication dépassant celle des 26 autres Etats; puis viennent le Yucatan, le Michoacan et le Chiapas.

Les distillateurs tirent du maguey une sorte d'eau-de-vie, connue de longue date au Mexique, très appréciée et dite « mezcal » ou « tequila » suivant le procédé de fabrication. Plus de la moitié du mezcal et du tequila provient des Etats de Jalisco, San Luis Potosi et Zacatecas, bien qu'ils aient un nombre de distilleries inférieur à celui des Etats de Sonora, de Sinaloa et de Coahuila.

Quant aux autres matières premières, grains et raisins, elles n'entrent que pour une faible part dans le total de la production.

Généralement exercée comme l'industrie du sucre par les planteurs eux-mêmes, celle de l'alcool présente une égale dissémination. Beaucoup de petites distilleries ne vont pas au delà de 10, 20 ou 30 hectolitres par an. Mais les grandes fabriques, pourvues d'un outillage moderne et distillant jjlus de 1 000 hectolitres, ne sont pas rares; il en est à Tequila (État de Jalisco), à Acula (Etat de Vera-Cruz), à Buenavista(Etat de Morelos), qui atteignent 6 000 ou 8 000 hectolitres.

Outre les eaux-de-vie, rhums, mezcal ou tequila, les distillateurs font des spiritueux extraits de plantes parfumées qu'ils récoltent sur les terres chaudes. Quelques-uns imitent les liqueurs étrangères, en particulier les liqueurs françaises, assez recherchées.

Les droits de 40 à 55 centavos et de 35 centavos par litre, qui frappent respectivement l'importation des alcools et celle des liqueurs, assurent à la distillerie une prospérité facile.

Voici, d'après la statistique du Ministère des Finances, quelle a été la production de l'alcool pendant l'année fiscale 1899-1900 :

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