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(.■«(NSIDK HATIONS (;KN KKALKS
A 1 exception des îles, qui d'ailleurs cioisseiit ou diminuent en surface, s'unissent ou se fragmentent suivant le niveau de la mei', aucun domaine politique indé])endant n'est absolument limité paiun ensemble de frontières naturelles : partout, des espaces inteimédiaires ap|)artiennent à la fois aux deux contrées limitrophes, soit |)ar la forme du relief, soit par la nature des roches, les conditions du climat, les espèces animales et végétales, soit aussi par la parenté des populations et la communauté des traditions historiques.
Le territoire de la république Mexicaine olfre ce caractère de Iransition à ses deux extrémités continentales, du nord et du sud; d un <ôté. on ne poui'rait diie avec précision où finissent les (haines des Hochcuses et les gradins des hautes terres (h; l'Unic^ii nord-américaine, ni où commencent les plateaux du Mexique proprement dit; (le l'autre, le merveilleux et inextricable fourré de la végétation tropicale couvre également les pentes qui sont terre mexicaine et celles qui font partie du Guatemala. Mais ainsi qu'une amande ferme dessine ses contours dans une pulpe de matière plus amor|)he, de même le noyau de terres qui constitue l'Anahuac, l(! Mexique par excellence, forme une individualité géographique des mieux construites et en même temps des plus remarquables par les diversités cl les contrastes de sa grandiose unité.
36 LE MEXIQUC AU DÉHUT DT XX' SIKCLK
Vu de l'une des mers, occidentale ou orientale, le ])lateau mexicain ne présente guère que des faces abruptes. Il se dresse comme une place forte, n'ayant à l'extérieur qu'un étroit glacis et se relevant de toutes parts en escarpements difficiles à gravir, qui montent jusque dans la région des neiges et qu'enceignent, comme des écharpes de couleurs différentes, autant de climats distincts correspondant aux diverses altitudes : ainsi des pays étages, contrastant les uns avec les autres par les froidures ou les chaleurs, étaient habités par des populations qui ne pouvaient se dé])lacer sans avoir à courir les dangers de l'acclimatement. Il en résultait que les résidents du plateau, enfermés dans la haute citadelle, n'avaient guère à craindre les assauts des peuples de la zone inférieure. En premier lieu, ils étaient de beaucoup les plus nombreux, grâce à la nature de leur sol tempéré, qui ])artout se prétait au défriclienieJit et à la culture; ensuite ils devaient à cette prééminence de densité la formation de grandes villes et la naissance de classes industrielles, ingénieuses à tous les travaux, entre autres à ceux de la défense, tandis que les tribus parsemées dans les terres chaudes du littoral, n'ayant point à s'ingénier pour trouver leur nourriture, restaient dans leur torpeur intellectuelle primitive et ne pouvaient guère songer à l'escalade des hauts sommets et à l'attaque des montagnards. Aussi, lorsque les conquérants espagnols, forts de leur génie et de leurs armes de guerre, entrèrent dans le pays, ils constatèrent que l'empire de Moctezuma, établi dans le bassin fermé de Mexico, comprenait également la plus grande partie des pentes extérieuies : l'initiative de la conquête avait appartenu aux gens de la montagne, de même (|u'en tant de régions des Andes, de l'Himalaya, des Alpes, de l'Altaï.
Le pourtour de ce jjlateau mexicain, dont l'altitude moyenne, d après Perron, seiait de 1105 mètres, affecte la disposition d'une gigantesque mâchoire tournant sa convexité vers le sudest, tandis que les deux branches, très inégales, il est vrai, se dirigent, Tune vers le nord-ouest, l'autre, beaucoup plus courte, vers le nord. Une saillie de monts en hémicycle enferme l'ensemble des hautes terres, qui s'inclinent d'une manière générale dans la direction du nord, vers les bassins du rio Grande et du Colorado.
'Ar'ERÇU flKOGRAl'HIOUK 37
L'entrée naturelle du Mexique est celle qui s'ouvre toute grande par ces bassins, et les recherches des ethnologistes prouvent qu'en effet le mouvement principal des populations s'est produit par celte voie. C'est aussi dans ce sens que se sont tracés, sur les vestiges des anciennes routes historiques, les nouveaux chemins aux rapides convois qui rattachent Mexico à Saint-Louis et à New York. .Mais cette large ouverture du Mexique vers les contrées du Nord n'a point pour conséquence d'en faire une dépendance normale du territoire de la r{é|>ublique nord-américaine. En cette région, le manque d'eau a transformé la zone intermédiaire des deux Liais en déserts, que les lochers, les sables, les argiles dures lentlent difliciles à traverser, et que récemment de rares Indiens sauvages étaient les seuls à parcourir. Ainsi, les solitudes constituaient de ce côté une frontière |)arfaile, et de part et d'autre les populations civilisées, de langue anglaise et de parler castillan, étaient séj)arées par des tribus d'aborigènes, réfractaires à l'assimilation. Il est probable que les migrations des temps préhisloricpies s'accomplirent à des époques où le climat était plus Inimide et les vallées ])lus fertiles; cependant les peu|)Iades purent toujours se déplacer facilement à travers ces régions, grâce aux ruisseaux issus des vallées latérales et aux troupeaux de bêtes sauvages qu'ils rencontraient dans les plaines.
Quant au long appendice ])éninsulaire de la Basse-Californie, le « Four brûlant » d(>s premiers ex|)loraleurs, il est séparé du Mexi(pie actuel par la longue manche dite jadis « mer Vermeille » ou <.( gdlle (le Collez », mais il se rattache historif[uement à la grande terre par la continuité des rapports aussi bien cpie ])ar les droits de la découverte et de roccupation. La j)éninsule montueuse se continue au nord par la « chaîne Cùlière », ou Coast Ranime des Américains du Nord, tandis que le golfe de Californie a. de l'autre côté dw nœud montagneux de San Bernardino, son prf)longcment naturel dans la longue vallée que parcourent au sud le San Joaquin, au nord le Sacramento. L'étroite presqu'de «alifornienne était certainement plus large autrefois : des îles et des îlots situés au large de la côte occidentale sont les débris d'anciennes terres effondrées.
38 I-K Mi:xi(.)lM': AU DÉIUJI' DU \\' sii;c:i,R
A son extrémité méridionale, le plateau du Mexique est nellenienl limité par la dépression des terres de l'isthme de Tehuantepec, que l'on nomme ainsi d'après la ville principale qui s'y trouve, près de la rive du Pacifique. Pourtant, à l'est de cette frontière naturelle, le territoire politique continue de s'étendre dans les régions de l'Amérique centrale, et d'ailleurs il en fut toujours ainsi, non seulement sous le régime colonial, mais aussi avant la conquête espagnole. En effet, les Nahua ont occupé et colonisé le Soconusco, ils ont même poussé plus avant, et on les retrouve jusque dans le Nicaragua, où ils arrivèrent au moins un siècle avant l'apparition des Espagnols. Même d'autres émigi-ants du Mexique étaient venus sur les bords du lac de Nicaragua plus anciennement encore, en passant par le Guatemala, le Salvador, le Honduras et en y laissant des essaims nombreux (Albert Hans).
Au sud-est de l'isthme, la république mexicaine embrasse maintenant la province de Chiapas, qui confine à la république du Guatemala, tandis qu'au nord, elle s'est annexé, jusqu'au Honduras anglais, toute la péninsule du Yucatan, qui constitua au Moyen Age, avant l'arrivée des Européens, un foyer de culture très différent de celui de l'Anahuac, mais se rattachant également, ainsi que l'attestent toutes les traditions et qu'en témoignent l(>s biérogly])hes et le système du calendrier, au foyer toltèque de lancienne civilisation centre-américaine. Mais sous la domination espagnole, qui s'inquiétait peu des individualités nationales, les divisions administratives se réglaient surtout d'après les facilités d'accès, et le Yucatan devait se rattacher à Mexico, moins parce qu'il en complète le massif que parce qu'il appartenait par l'extrémité de sa péninsule aux mêmes parages que la grande île de Cuba, et se trouvait sur le chemin direct de l'Espagne, la mère patrie des conquérants. Quoique séparé du reste de la région côtière par les innombrables courants et marais du bassin inférieur de l'Usumacinta, le Yucatan entra donc, grâce à la mer qui l'entoure, dans la sjjhère d'attraction du Mexique, de par les lois de la gravitation des petits Etats vers les grands, de même qu'à l'autre extrémité du territoire mexicain, le domaine espagnol s'était accru, par delà les solitudes et les pays des Indiens sauvages, jusqu'aux sources
tlii Colorado et à l'admirable baie douille de Benicia et de San Francisco, qui s'ouvre sur le Pacifique par la « Porte d'Or ».
Les deux cotes maritimes du Mexique, à l'est et à l'ouest, coutrasteni <omme les deux frontières continentales par leurs conditions naturelles, et en conséquence, par leur rôle historique. Le littoral de l'est, de forme concave, limite à l'occident les eaux d'une méditerranée n'ayant que deux ouvertures, au nord et au sud de Cuba, sur l'Atlantique et sur la mer des Antilles : il a dû s'y |)roduire de tout temps un phénomène de convergence pour les produits des régions qui forment le pourtour de cette mer fermée : ce côté du Mexique est un foyer d'appel. L'autre rivage, qui se développe en une grande courbe convexe, et que baignent les eaux de l'immense Océan, dut rester au contraire, jusqu'à l'époque des grandes navigations mondiales, une côte solitaire, sans autres relations que celle du petit trafic riverain, de l'une à l'autre crique. Sur cette rive, les migrations de peuples et les rapports internationaux ont dû se faire de proche en proche le long du littoral; il est depuis longtemps prouvé que le Mexique n'est point cette terre de Fousang dont parlent les annales chinoises comme ayant été découverte, il y a treize siècles environ, par des navigateurs du Céleste Empire. Il n'est pas même probable que les Mexicains aient connu les iles volcaniques de Revillagigedo, qui dressent leurs roches à 600 kilomètres au large de la côte : llernando de Grijalva, auquel on attribue la découverte de ces îles dans la première moitié du seizième siècle, n'y trouva point d'habitants.
La superficie totale du territoire mexicain est évaluée à près de 2 millions de kilomètres carrés, soit environ quatre fois la surface de la France (1). Le Mexique est donc l'un des grands Etats après ceux qui occupent à eux seuls une part considérable de la rondeur terrestre, tels que l'empire Russe, les Etats-Unis, le iirésil, le domaine colonial de la Grande-Bretagne. Cette république représente en étendue environ la soixante-dixième partie des espaces continentaux, tandis qu'en population elle ne possède pas
(1) Superficie du Mexique en kilomètres carrés: d'après Behm et Wagner, 1 921 240; d'après Pefiafiel, 1 987 063.
encore la centième partie des habitants de la Terre. C'est qu'au moins une moitié du sol reste en dehors de l'aire du travail, soit pour la culture, soit pour l'exploitation des forêts ou des mines. Mais les ressources du Mexique sont pratiquement illimitées, puisque toutes les plantes utiles de la Terre peuvent y être cultivées et produites en abondance, et que les richesses du sous-sol s'y ajoutent à celles du territoire nourricier. En outre, le Mexique est indiqué pour exercer dans l'avenir un rôle spécial dans l'ensemble de l'humanité, comme intermédiaire naturel entre les côtes occidentales et les côtes orientales de l'Ancien Monde. Durant près de trois siècles, sous la domination espagnole, des voyages se faisaient régulièrement de Cadiz à Veracruz pour se continuer à travers le Mexique au port d'Acaj)ulco, d'où les galions se dirigeaient vers les Philippines. Do nos jours, le réseau des lignes de navigation embrasse le globe entier, mais certaines directions majeures restent indiquées comme les grands chemins par excellence. L'isthme de Panama, destiné à devenir un détroit, est une de ces voies histori(|ues futures; l'isthme de Tehuantepec, encore à peine utilisé en proportion des avantages qu'il peut ofliir, est aussi désigné comme une de ces routes qui prendront une importance universelle (1).
(1) Pourtour du territoire mexicain, points extérieurs: au nord du Colorado, sur.la rive droite, en aval du fort Yuma ; au nord-est, la bouclie du rio Bravo; au sud-est, Punta Molas. île de Cozumel (Yucatan); au sud. Barra Ayntla, sur le Pacifique; an nonlouest, côte du Pacifique, au sud de San Diego.
Caps principau.x : Catôche, au Yucatan; cap San Lucas, à la pointe de Californie; cap Corrientes, sur le Pacifique, au sud du rio Banderas.
APERÇU GÉOGRAPHtoUE <|
H E I, I E F nu SOL
Dans rorographic mexicaine, la rliaînc qui parcourt clans toute sa longueur la péninsule californienne, — Baja California ou « Basse- Californie )> — doit être considérée comme absolument à part des autres montagnes mexicaines: séparée des arêtes de 1 intérieur ])ar l'estuaire du Colorado, elle ('onlinue au sud la Sierra Nevada de la Californie américaine et constitue un ensemble de crêtes aux pointes fort inégales, et non encore explorées dans toute leur étendue.
Vers la racine de la presqu'île, dominant à la fois les deux mers, s'élève un massif de granit, le Calamaluie (308G mètres), au- (piel les espagnols, suivant l'habiliule de désigner les traits géograpliicpies d'après les saints du calendrier, donnèrent le nom de Santa Catalina. Prolongeant les épaulements de ce massif, une (haine de loclies tertiaires borde la rive du Pacifique et se montre de loin aux marins du large comme l'épine dorsale de la péninsule, mais elle se trouve interrompue vers le milieu de la longue terre, et précisément au milieu <ic la brèche, a sui'gi un volcan assez ra|)|)roché du golfe de Californie, le groupe des Très Virgenes, continué à l'ouest par d'autres cônes volcaniques. Les pilons de ce massif sont les seids qui, d'après les indigènes, épancheraient (mcore des laves et des vapeurs à de rares intervalles. Une éruption se s(!rait procliiite en 1857; cependant le géologue Gustav Eisen, qui explora récemment la contrée, affirme cpie le volcan est complètement épuisé (I). Une table de basalte, (pii rend toute agriculture impossible, occupe une grande partie de la région environnante. A lOuest, une chaîne iiulépendaute, haute de 1000 mètres
(1| Sur la carto île la page 19, lo volcan a l'Iô ro|iri''seiité comiiit' se troiivanl encore dans U période active.
et (lavanlage, forme une grosse saillie en dehors de la côte occidentale de la presqu'île et se prolonge an nord par un mnsoir cl par de hautes îles rocheuses.
Dans la moitié méridionale de la Basse-Californii-, la «haine principale, composée surtout de roches tertiaires, longe la côte de l'est, au bord du golfe; sa jxiinte culminante (1 388 mètres) est dite la Giganta, la « Géante » ; mais ce n'est pourtant point le sommet dominateur de la contrée. La ])ointe méridionale de la péninsule se termine i>ar une masse granitique dont un dôme atteint 1890 mètres. D'une manière générale, on peut dire que dans leur développement linéaire et continu d'environ 1200 kilomètres, les monts de la Californie péninsulaire se redressent principalement en quatre massifs : celui du nord, qui se rattache au Calamahue, celui du centre que commandent les pitons des Très Virgenes, la chaîne dont le centre se redresse à la Giganta, et le promontoire terminal, au pied duquel les eaux du golfe viennent s'unir à la houle du Pacifique. Presque déserte à cause du manque d'eau, tle l'extrême rareté des cultures, qui se cachent dans les bas-fonds, la péninsule n'est guère qu'une réserve minière d'or, de mercure et d'argent, dont la richesse, encore inconnue, est peut-être considérable.
Le rio Gila, qui coule de l'est à l'ouest vers le bas Colorado, sépare les montagnes nord-américaines de l' Arizona et les chaînes mexicaines de la Sonora et du Chihuahua. qui se profilent vers le sud-est en lignes parallèles, comprises dans leur ensemble sous le nom de Sierra Madré, la « Montagne Mère ». Elles se rattachent en effet à l'ossature générale de tout le territoire mexicain, mais se scindent en éléments distincts les uns des autres et présentant <les physionomies très diverses par suite de l'altitude, de l'orientation et de la composition des roches. D'ordinaire, la dénominatitm de Sierra Madré est réservée au système de saillies en crêtes et en massifs qui se développe sur une longueur d'environ 1 500 kilomètres entre le cours du lio Gila et celui du rio Lerma, le plus grand fleuve se trouvant en entier sur le territoire mexicain. Le noyau de la Sierra Madré consiste principalement en granits revêtus sur les deux versants de formations stratifiées, depuis les calcaires
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carbonifères jusqu'aux terrains modernes, mais principalement de roches mésozoïques. La liautcur moyenne des monts de la Sierra Madré s'élève graduellement dans la direction du sud : de 1500 njètres dans la Sonora, elle atteint le double dans le Durango; mais, partout, des massifs dressent leurs pitons au-dessus des longues ondidations de la cliaine. An nord, un soinnicl îles Alainos ou « monts ties Peupliers « a 1791 mètres; le |)ic des Frailecitos ou « Petits Frères », vers le centre du système, n'a ])as moins de :{000 mètres, tandis qu'au sud, la cumbi-e Pinial, dans la Siena dite de Nayarit, culmine à !} 450 mètres. Les déchirures volcaniques «)nt en maints endroits de la Sierra Madré bouleversé l'ordre primitif des monts, en les perçant de saillies nouvelles et en étendant au loin d'immenses coulées faiblement inclinées. Ainsi, le volcan de Pinacate (I 65(> mètres) s'avance en un lier promontoire à l'ouest de la Sierra Madré, dans les plaines de la Sonora, tandis qu'à l'autre extrémité, dans le Durango, s'étend un chaos de laves dures, un vaste désert de dalles lugueuses, rouges ou noirâtres, où rarement s'aventurent les chasseurs. C'est le malpaïs de la Brena, audessous duquel l'ancienne chaudièi-e i\v matières en fusion paraît être complètement éteinte. .\u nord de la coupure transversale où coule le rio Lerma, le sol du Mexique, brûlant en tant d'endroits, n'a plus de restes actifs de son ancien bouillonnement de laves, à peine une fumerolle du mont Pinacate, à hupielle les Indiens des alentours apportent des ollrandes.
Au sud du rio Lerma, le Ceboruio (2 164 mètres) couronne de son cratère le premier massif «les volcans actifs, (|ui parsèment les massifs montagneux du Mexique central dans le sens du nortlouest au sud-est. Il est probable que cette orientation générale des monts brûlants du Mexujue indi<|ue une corrélation des lorces à l'œuvre dans le sous-sol de la conliée : on se (h'niande même s'il n(^ faut pas voii' un nu'm»^ alignement de cassures volcaniques dans la série des bouches de f«Mi encore actives, ou depuis longtemps en repos, <jui se dirige transversalement au continent d'Amérique depuis les hauts sommets d'Havaïi, par les lies Revillagigedo, les volcans mexicains et les rangées des Antilles. On pourrait donc être tenté de considérer les volcans du .Mexique comme
formant un système orogénique à part et les décrire séparément, d'autant plus que les phénomènes ignés excitent un intérêt spécial par l'élément de magnificence et de terreur qu'ils apportent dans les tableaux de la nature. Mais on doit reconnaître que, dans la plus grande partie de son développement, la chaîne volcanique limitant au sud le plateau de l'Anahuac se confond avec le prolongement de la Sierra Madré occidentale, et qu'elle entremêle ses roches récemment éjectées avec les coulées anciennes d'éruption et toutes les formations stratifiées qui se sont succédé sur le rebord du plateau. D'ailleurs, l'ensemble des hautes terres qui commence au nord-ouest avec le volcan de Ceboruco et qui se termine au sud-est avec le superbe cône de l'Orizaba et ses longues croupes descendant ])ar degrés dans la plaine, ne présente aucune régularité géométrique dans son développement; c'est moins une chaîne qu'un piédestal allongé sur lequel se dressent des massifs inégaux en élévation et en grandeur : quelques-uns, les plus hauts du Mexique, sont presque inaccessibles, mais dans leurs migrations les peuples les ont tournés par les profondes dépressions du plateau : ces passages sont les seuils par lesquels ont dû de tout temps se diriger les voies historiques entre les diverses populations et se déterminer les destinées de la nation. Succédant au cratère actif qu<' s'est ouvert le Ceboruco en 1870 et qui flambait encore en 1875, un autre massif plus fameux-, le Colima, lance aussi des vapeurs et des laves : son activité, d'ailleurs constante, s'est exaspérée en I90;î. Par un contraste dont on retrouve des exemples analogues dans le reste de l'Amérique, le Colima se décompose en deux groupes dont l'un, le plus élevé (41530 mètres), a reçu le nom de volcan de Nieve ou « volcan de Neige », bien qu'il soit complètement inactif, tandis que l'autre (3960 mètres) est le vrai volcan de Fuego, le « volcan de Feu ». Du sommet, d'où se sont épanchées des coulées énormes pendant la période contemporaine, on voit de profonds ravins échancrer la montagne jusqu'aux plaines du littoral et à la nappe du Pacifique, et de l'autre côté, s'étendre à l'infini le chaos des pointes et des croupes pâlissant par degrés. A l'est du Colima, et comme lui, en dehors de la chaîne bordière du plateau central mexicain, s'ali-
gneiit deux auUvs vulcans, le Taneitaro (3665 mètres), et le cône beaucoup plus modeste d'apparence, mais plus fameux, le Jorullo (1315 mètres), (pie l'on disait autrefois s'être élevé dans l'espace d'une seule nuit, à la fin de 1759. Cette légende est née de l'amour tlu merveilleux; mais n'est-ce pas déjà un fait des plus remarquables cpie le fissurement du sol en un croissant régulier d'environ 12 kilomètres, et l'éjection par cette crevasse de cônes de cendres fumantes se dressant graduellement à plus d'un kilomètre de hauteur, là où s'étendaient naguère des campagnes cultivées et des bois? Des milliers de petits monticules, pareils à autant de pustules, avaient jailli des fissures environnantes, et deux ruisseaux recouverts par les débris s'étaient vaporisés. Par suite de la réfrigération continue du sol depuis la période de léniptiou, les eaux courantes iej)arurent en sources chaudes à <|uel(pies kilomètres du volcan, |)uis leur température diminua |)cu à peu avec le temps. Chaque voyageur (pii visite la célèbre montagne, constate un amoindrissement de la chaleur volcanicpic dans les eaux et les fumerolles; maintenant les pentes nouvelles sont revêtues de forêts semblables à celles des antiques sommets du voisinage.
Au nord de la rangée volcani([ue à hupielle appartient le Jorullo, la (haine majeure est ('gaiement percée de cratères, de fumerolles et de galeries verticales lançant des jets de vapeur. Le Nevado ou « Neigeux » de Toluca, (pii arrondit sa haute croupe Cl 578 mètres) blanche, au sud de la ville de ce nom, est lui-même un volcan; mais ses cratères, ne vomissant plus de laves, sont maintenant emplis d'une eau pure et glaciale qu'entourent des talus gazonnés. D'autres monts voisins furent aussi des loyers bridants, et leurs coulées de laves rugueuses descendent en escaliers formidables vers le bassin lacustre dans le([uel s'est bâti .Mexico, la capitale de l'ancien empire et de la moderne l\épubli(pie.
Au sud-est de celte même plaine élevée s'allonge du sud au nord un autre alignement volcanicjue, le plus fameux de tout le territoire mexicain, celui que domine la longue croupe neigeuse du PopocatepetI ou o mont Fumée », haute de plus de 5 400 mètres, — 600 mètres de plus <jue le mont Blanc ; — la limite des neiges
persistantes contourne le versant oriental à plus de 4300 mètres, et quelques petits glaciers crevassés descendent dans les ravins supérieurs formant la collerette du volcan. Déjà gravi pour la première fois par un des compagnons de Cortez, le Popocatepetl est probablement le plus haut sommet de la Terre qu'on escalade souvent, car il n'est pas seulement un observatoire incomparable, d'où l'on contemple en même temps la ville de Mexico, entourée de bois, tout le grand jardin de la « vallée » avec les villes de son pourtour, et le panorama sans fin des montagnes et des pentes jusqu'au versant brumeux du golfe; il était également visité naguère, comme usine naturelle, par les i'olcaueros^ qui venaient chercher tous les jours leur ])rovision de soufre dans la (( Bouche de l'Enfer ». Ce cratère formidable, dont le pourtour extérieur n'aurait pas moins d'une lieue et dont la profondeur est d'environ 500 mètres, ne rejette ni laves, ni cendres; mais quelques jets de vapeurs sulfureuses y fondent çà et là les neiges, les jaunissant sur de vastes espaces. Jusqu'à maintenant, les petits hommes qui pullulent en bas de hi montagne géante n'ont |)oint osé demander la force motrice de leurs usines à cet autre Encelade. Le Popocatepetl reste encore environné d'une sorte (h" mystère divin ])ar la légende antique : on voit en lui h; mont viril par excellence, le Dieu, tandis qu'au nord, Tlxtacciluiatl ou « Femme Blanche » est encore la déesse, et que, ])lus à l'est, le groupe inférieur en altitude du Malinche, Malinlzin ou Matlacueye (4107 mètres), serait la fille ou le fils des deux gigantesques époux. Quoique séparés de ces niasses éruptives ])ar des roches intermédiaires, d'autres volcans, (jui se dressent au bord oriental i\\\ plateau et dont on aperçoit le profil en cinglant le long des côtes, furent probablement les émissaires du même lac intérieur des laves. Un de ces volcans (4089 mètres), nommé le Cofre de Perote d'après sa forme quadrangulaire, qui est en effet celle d'un « coffre », et d'après le nom de la ville (pii se blottit à sa base septentrionale, est entouré de coulées qui se sont épanchées au loin, même jusque dans la mer, où le long récif dit Boquilla de Piedras est un reste figé de l'ancien fleuve de laves. Directement au sud du Cofre, un coteau contraste singulièrement avec lui par
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l'élégance et la régularité de son cône superbe : c'est le [)ic d'Orizaba ou le Citlaltepetl, le « mont de 1 Etoile », supérieur en élévation à toutes les autres montagnes du territoire mexicain : il a été fréquemment mesuré, et les résultats varient de 5450 mètres (Ferrer) à 5650 (Zendejas). D'après la moyenne des mensurations, l'Orizaba l'emporterait sur le Poporatej)etl d(^ 176 mètres (Heilprin, Douglass). Quoi qu'il en soit, le volcan de l'Etoile se dresse beaucoup plus majestueusement, ses pentes orientales reposant sur les avant-monts du plateau mexicain, dont la base plonge dans les alluvions marines. L'Orizaba, qui eut trois grandes éruj)tions depuis l'arrivée des blancs, semble être actuellement dans une période de repos. Son cratère suprême est empli de névé, et f|uelqaes langues de glace débordent sur le pourtour par les brèches du volcan. A l'exception du petit massif de las Derrumbadas, qui s'élève à 3 120 mètres vers le nord-ouest, tous les anciens cônes adventices sont dej)uis longtemps revêtus d'IuMbcs et lie bois.
C'est dans le voisinage du Popocalepell, vers le sud-est, que se trouve la « .Junla » ou la « Jonction », c'est-à-dire le bastion terminal de Tebuacan, où la Sierra .Madré de l'occident vient rejoindre la Sierra Madré de l'orient. Cette deuxième « Mère » est en moyenne beaucoup moins large et moins haute que celle de l'ouest; son altitude moyenne n'atteint pas 1000 mètres. De même que la Sierra occidentale, (jui limite le plateau mexicain du côté du Pacifique, la Sierra orientale, bordière du côté de l'Atlantique, est le prolongement d'une arête qui commence sur le territoire tics Etals-Unis : le rio Grande del Norle la coupe par une succession de défilés sauvages; les monts des Apaches, composés de roches calcaires, <|ue percent çà et là de petits massifs d'éruption, n'ont tlabord <[u un millier de mètres en altitude, mais la crête s'élève graduellement dans la direction du sud, de même c{ue la crête de la chaîne mère occidentale et l'ensemble du plateau (|u'enfermenl les deux rangées convergentes. Successivement on voit des cimes se profiler à 2000, à 3000 mètres et davantage, suivant en moyenne une orientation assez régulière, mais en beaucoup
d'enclroits constituant des massifs détachés, dont les seuils intermédiaires sont les chemins naturels entre le bord du golfe mexicain et les plateaux de l'intérieur. D'autre part, quelques groupes de montagnes très rapprochés n'ont pourtant que des communications difficiles l'un avec l'autre à cause de la présence des fornùdables ravins d'érosion qui entaillent le rebord du plateau : ce sont les barrancas redoutées, au fond desquelles il faut descendre, et dont on escalade ensuite les talus par d'étroits sentiers qui cèdent sous les pas, aggravant ainsi les difficultés de l'ascension. Les barranques les plus pénibles à traverser sont celles que les pluies ont creusées dans les cendres et les roches décomposées, glissant parfois sous le seul effort du vent.
Vers sa partie méridionale, la Sierra Madré de l'est se relie à l'autre chaine-mère par des rangées transversales et par des groupes épars donnant à l'ensemble une apparence chaotique. En cette région, les volcans Malinche, Cofre de Perote, Orizaba, exhaussent par leur grand relief la chaîne orientale, et là où se fait la jonction des deux systèmes orographiques, c'est en égaux qu'ils vont au devant l'un de l'autre. Unis on un seul massif, ils vont rejoindre au sud un autre système de montagnes, la Sierra d'Oaxaca, autre « chaîne-mère » — Sierra Madré del Sur — de laquelle se détache, comme une branche ])uissante du tronc d'un chêne, une rangée de monts étroite et régulière qui se prolonge vers l'ouest entre le littoral du Pacifique et la vallée profonde du Mexcala. Vers le milieu de cette arête se dresse, à près de 2200 mètres, un massif de roches éruptives dont les alentours sont fréquemment ébranlés par des tremblements de terre : en janvier 1902, la ville de Chilpancingo, située immédiatement à l'ouest de ce massif, a été renversée ])ar une terrible secousse, ainsi cpie plusieurs villes et villages du district environnant.
Le Mexique est l'une des contrées du globe où les tremblements de terre sont le plus fréquents et le plus destructeurs. On en a dressé le tableau depuis une période d'environ quatre siècles et demi, remontant jusqu'à l'époque prê-cortésienne : les annales des Aztèques mentionnent en effet de terribles catastrophes qui se produisirent sur le plateau, notamment en 1474. En admettant que les
tiépidatioiis du sol se succèdent au Mexique suivant un rythme assez régulier, on peut évaluer à vingt mille environ le nombre des frémissements appréciables de la croûte terrestre qui auraient eu lieu depuis la conquête dans le territoire mexicain. Les cartes des « isoséismes » nous montrent que le grand centre des tremble-
Vig. I. — Aire des principaux tremblements au Mexique depuis le xv" siècle.
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