‹ Le Mexique au début du 20e siècleChapitre 23 sur 39 · FRÉQUENTATION MENSUELLE · texte numérisé non relu

FRÉQUENTATION MENSUELLE

RÉSULTATS DES EXAMENS (i)

Garçons

Filles

Total

Elèves examinés

Elèves admis

dans une classe

supérieure

Elèves

qui oui accompli le

cycle des étuiles

(1) Voir, sur les chiffres fournis pour ces résultats, notre observatitïn géniTalc du chapitre prfct'dcut.

Mais ce n'est pas seulement l'instruction primaire à laquelle il y aurait lieu de donner une impulsion commune. Le système de l'indépendance des Etats n'a d'autres inconvénients pour les écoles, — inconvénients suffisamment grands, il est vrai, — que de ralentir le développement des créations et d'arrêter l'expansion des méthodes, chaque Etat n'étant stimulé que par lui-même. Pour l'instruction secondaire et l'instruction supérieure, les dangers sont plus graves.

IXSTRrCTÎOX rTHLIOIK 201

Le premier, c'est de concentrer la vie sur quelques points de la République, à l'exclusion de tous les autres. Sur les 7046 élèves, jeunes gens et jeunes fdles, recensés en 1901 dans les établissements d'instruction préparatoire, près de 2000 (exactement 1941), soit plus d'un quart, appartenaient au District fédéral. Le même District fournissait aux établissements d'instruction professionnelle 4762 élèves, soit plus de moitié du contingent total (8524). D'un autre côté, et c'est le point capital, sous le couvert des libertés locales, les routines se perpétuent : l'enseignement, sans autre contrôle que celui d'un profit immédiat, se borne à une préparation artificielle, les diplômes s'accordent à une éducation limitée et purement empirique; on fabrique au meilleur compte, c'est le mot qui a cours, des avocats, des médecins, des architectes. H s'ensuit une dépréciation générale des brevets; d'indulgence en indulgence, le niveau fléchit. Telle est la plainte unanime des esprits prévoyants.

Sans doute la centralisation a ses périls, lorsqu'elle excède la mesure. Mais il n'est pas impossible de concilier les droits de l'Etat avec les ménagements dus à l'initiative des pouvoirs locaux. Ainsi vient de faire, dans le Nouveau Monde, la République Argentine. Ainsi a fait de tout temps, et fait aujourd'hui plus que jamais, la République Helvétique, le modèle des républiques modernes. Dès qu'il apparaît que l'usage des libertés cantonales peut tourner au préjudice de la Fédération, le Gouvernement fédéral suisse intervient pour reprendre en mains les intérêts de la prospérité commune. C'est le rôle de l'Exécutif de se porter du côté où se produisent les menaces d'affaiblissement. Le Mexique, après avoir tant de fois subi l'épreuve redoutable de la guerre civile et de l'invasion étrangère, peut-il avoir un intérêt plus pressant que de fortifier l'unité intellectuelle et morale d'un peuple né d'hier à l'idée de nationalité?

L'administration de l'Instruction publique, au Mexique, n'est aujourd'hui encore (fu'une dépendance de l'administration de la Justice. Elle forme, à côté de la Justice, un sous-secrétariat; elle n'est pas un ministère. Le moment n'est-il pas venu qu'elle obtienne dans le Gouvernement le raiîg et l'importance auxquels elle a

droit? Bien d'autres questions, qui se posaient dans l'organisation politique et financière du pays, ont été résolues par des perfectionnements intelligemment apportés aux institutions primitives.

Une évolution aussi désirable ne pourrait trouver, pour s'accomplir, une main mieux préparéo que celle du sous-secrétaire d'État, M. Justo Sierra. Il en a tracé le programme, en associant à ses desseins le Conseil supérieur de l'Education nationale. Il a créé un Bulletin de l'Instruction publique, où sont recueillis tous les documents, lois, règlements, circulaires, qui rend compte, trois fois par mois, des délibérations du Conseil, des actes officiels, plans d'études et résultats des examens. Sous son active et libérale administration, tout s'achemine vers un progrès réfléchi et sûr, tout se pénètre du sens pratique qui est la marque de l'éducation nationale au Mexique.

Très sensible aux idées générales et sincèrement touché par les principes, le peuple mexicain n'est pas moins jaloux des applications et pousse aux résultats. Il est le plus américain des peuples latins. On sent qu'il porte dans ses veines le sang des deux mondes. A l'esprit d'observation philosophique des vieilles nations européennes, il joint l'ardeur des jeunes sociétés qui se hâtent vers l'action. Un Gouvernement aussi diligent qu'avisé a ouvert les voies. Pourvues de l'organe général d'action qui leur manque, toutes ses institutions d'éducation nationale prendront définitivement l'essor.

Gréard.

(Le 25 avril 1904, nous .nvoiis eu lu douleur de perdre subitement, dans la personne de M. Gréard, un de nos collaborateurs les plus distingués; la France a perdu un homme éminent qui, par son talent, ses écrits et ses services, a, dans une longue carrière, grandement honoré l'Université et les lettres.)

ALBIN HALl.ER

Membre de /'fnsitlnt. Professeur à fa Snrbonne

Si nous en croyons les historiens du Mexique, et aussi ce qui reste des monuments précolombiens, cet immense empire, au moment de sa conquête en 1521 |)ar Fernand Cortez, était arrivé à un degré de civilisation, voire même de prospérité, auquel ne s'attendaient pas les Kspagnols. La description qu'on a, en particulier, donnée de la ville de Mexico, avec ses vingt mille maisons et ses temples magnin((ues, ainsi que des richesses de toute nature que l'empereur Moctezuma avait accumulées dans ses palais, dans ses jardins et dans ses musées, en un mot de toute cette splendeur qui rappelle, dans une certaine mesure, celle des peu])les les plus célèbres de l'antiquité, dénotait chez la nation mexicaine d'alors un esprit industrieux, un développement intellectuel, un raffinement qui contrastaient singulièrement avec l'état primitif dans lecpiel vivaient les tribus indiennes des diverses régions du nord de l'Amérique.

« Il fallait <juc ce j)euple, sans communication avec des peuples éclairés, sans fer, sans écriture, sans aucun de ces arts à qui nous dev<ms d'en connaître et d'en exercer d'autres, situé dans un climat où la nature donne tout et où le génie de l'homme n'est point éveillé par les besoins, il fallait (jue ce peuple, qui n'était pas d'une antiquité bien reculée, fût un des plus ingénieux de la terre(l).n

Le gouvernement de ce vaste empire et de Mexico, sa capitale,

(1) Encyclopédie de Diderot et d Alembeht, 17"9.

avec ses trois cent mille habitants, ne s'imposait pas moins à l'admiration des conquérants.

« Lorsque les Espagnols arrivèrent au Mexique, dit Michel Chevalier, ils y rencontrèrent un royaume féodal, gouverné par un prince que soutenait une double aristocratie de nobles et de prêtres. Au lieu des bandes ou tribus d'Indiens nomades et chasseurs, que les Anglais et les Français rencontrèrent au nord, et dont le chiffre ne dépassait jamais quelques dizaines de mille, ils trouvèrent des populations nombreuses et sédentaires, régulièrement encadrées dans un ordre social complet : c'étaient des peuples adonnés principalement aux travaux agricoles, cultivant le maïs et le coton, et produisant de la cochenille; ils étaient habiles à tisser des étoffes délicates et à les teindre des plus vives couleurs. Ils savaient sculpter les pierres les plus dures, fondre et modeler l'or et l'argent. Ils possédaient même quelques outils de bronze écroui qui pouvaient remplacer passablement ceux d'acier. Leurs grandes villes, bien bâties, contenaient de vastes palais, de magnifiques jardins et des temples gigantesques. Ils avaient poussé la science astronomique à ce point que leur année solaire était plus parfaite que celle des Romains et des Grecs, et leurs pyramides étaient orientées comme celles des Egyptiens. Ils conservaient des annales écrites en caractères hiéroglyphiques. L'éducation de la jeunesse formait, semblo-t-il, un des premiers objets du Gouvernement, l'empire possédant des écoles publiques pour l'un et l'autre sexe. Il y avait, d'autre part, différents tribunaux pour rendre la justice, et même des juges des affaires de commerce. . . »

Ainsi, bien avant la conquête par les Espagnols, le Mexique possédait ime histoire et des traditions qui sont attestées par les monuments qu'il a légués à la postérité, et par les travaux imposants dont il a doté le pays, dont il existe encore maintes traces.

Si le groupe européen, qui forme, d'après les statistiques, le cinquième de la population totale du Mexique, possède une intelligence aussi développée (|ue n'importe quelle nation du Vieux Monde, le métis et l'indigène ne doivent-ils pas, par une sorte d'atavisme, à leurs ancêtres indiens, cet esprit industrieux et cette aptitude pour les sciences, qui ])araissent se développer de jour en jour chez eux, grâce à la diffusion de l'instruction publique?

SCIKNCKS 205

Après la conquête, la politique d'exclusion et de piotectionisinc exagérés, intransigeants, qui régnait à l'époque, réduisit naturellement les Espagnols à leurs propres forces. Peu nombreux relativement à la masse des naturels du pays, loin de la métropole et des milieux scientifiques du Nouveau Monde, et uniquement préoccupés d'asseoir leur domination sur des bases solides, ils ne purent donner toute leur mesure.

Néanmoins, dès 1553, le lils de Charles-Quint avait fondé l'Université de Mexico, où l'on enseignait la théologie, le droit et la science, et, en 1578, fut fondée la F'aculté de Médecine.

Cette impulsion donnée à l'étude de la science devait nécessairement avoir pour effet de former des savants, tel le D' Pedro Lopez, qui créa un asile pour les infirmes, et Francisco Hernandez, le médecin de Philippe II, Gregorio Lopez, qui chercha à employer la mandragore comme anesthésique.

Plus tard, dans le siècle de Pascal et Newton, le Mexique, lui aussi, avait eu ses mathématiciens, entre autres Carlos de Sigûenza y Gongora, tour à tour poète, philosophe et astronome, et D. Escobar Salmeron, qui étudia la comète de 1680.

Le xvm* siècle ne fut pas moins fécond en hommes de science, qui mirent, au service de leur pays, leur talent et leur savoir. Si les uns, ouvriers humbles et obscurs de la prospérité nationale, n'ont pas laissé de traces dans les annales de l'histoire, certains, mieux doiiés, ont attaché leur nom à des œuvres durables et sont inscrits sur le Livre d'or des illustrations mexicaines. Il en est ainsi de Velasquez, géomètre qui, à ses connaissances des mathématiques, joignit celles, non moins profondes, d'astronome, de géographe et d'ingénieur.

L'immensité de leurs possessions, le désir qu'ils avaient d'en faire le recensement et d'en connaître les limites et les contours,

206 1.1': MEXIQUE AU DEBUT DU W'^^ SIi:CI,i:

engagèrent les Espagnols à former et à recruter sur place des savants, qui fussent en mesure de dresser l'inventaire et la carte de leurs colonies. Aussi quand, à l'aurore du xix° siècle, Humboldt arriva au Mexique, il trouva non seulement une partie du travail accomplie, mais encore aide et assistance auprès des géographes du lieu. L'illustre savant ne manqua d'ailleurs pas de leur rendre un juste hommage et distingua entre tous Juan José Orteyza, jeune géomètre mexicain, dont les lumières lui furent souvent d'un si grand secours.

A cette époque, le Mexique était encore imparfaitement connu des Mexicains eux-mêmes. Cependant les travaux effectués n'en suscitèrent pas moins l'attention de ses géographes et de ses ingénieurs. La position des isthmes de Panama et de Tehuantepec est à peine exactement déterminée, que l'on pense à les percer. Et ce qui inquiète déjà les savants mexicains, ce sont précisément les difficultés auxquelles le xix" siècle s'est heurté: la profondeur des tranchées à creuser ou le système d'écluses à adopter et à établir.

Durant cette })remière période de la vie mexicaine, dite du régime colonial, les travaux des hommes de science n'avaient, à peu d'exception près, d'autre but que d'organiser systématiquement l'exploitation des richesses du pays et de trouver les procédés les plus économiques pour accomplir la tâche qu'ils s'étaient assignée.

N'en est-il pas ainsi de presque tous les peuples, à quelque, hémisphère ([u'ils appartiennent et sous quelque latitude qu'ils se trouvent? Un jour ou l'autre, la plupart ont le légitime désir de profiter, en vue de leur bien-être, de leur summum bonum, des conquêtes que la science a faites sur les divers points du globe. Certains d'entre eux, vu les conditions spéciales où ils se trouvent, orientent leurs recherches dans les voies qui leur semblent les plus profitables, ajoutent incidemment à ce que nous possédons sur la matière, et contribuent ainsi à augmenter le patrimoine intellectuel de l'humanité.

Au commencement du xix' siècle, elles étaient sans doute nombreuses les contributions que l'initiative et l'activité des Mexicains avaient apportées à la science et à l'industrie de leur pays, et si elles

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sont restées longtemps ignorées par les autres nations du globe, il ne faut en chercher la cause que dans l'isolement où cette belle colonie a été systématiquement tenue par la métropole, et dans la rareté des relations qu'elle entretenait forcément avec le reste du monde éclairé.

A cause de cet éloignement de la Nouvelle-Espagne du principal foyer intellectuel de l'époque, et aussi en raison de la pénurie des |)ublications et des journaux scientifiques dont elle souffrait, les découvertes, les innovations et les perfcctionnements que les savants, les ingénieurs mexicains, faisaient et introduisaient dans maintes exploitations minières, industrielles ou agricoles, restaient anonymes et n'ont pas de nom d'auteurs.

Connaît-on de nos jours Bartolomé Médina, cet esprit ingénieux (|ui a introduit le procédé de traitement des minerais d'argent par amalgamation, depuis si longtemps usité dans le pays? Un chimiste européen du siècle passé n'a-t-il pas pu dire avec raison : « Vraiment, les mineurs mexicains sont loin d'être aussi arriérés que nous les considérions. Voilà déjà trois cents ans que l'un d'eux a découvert un traitement métallurgique par amalgamation, si approprié aux minerais mexicains d'argent, qu'aucun savant malgré ses efforts n'a pu réussir à le modifier d'une façon sérieuse, afin de le rendre plus économique ! »

Les problèmes de tout ordre, que les besoins et les nécessités de la vie soulevaient journellement dans une contrée dont le climat, par suite de la configuration du sol et de sa position géographique, résume à lui seul tous les climats, depuis celui de la zone torride jus- (|u'à celui des zones glaciales, en passant par le climat tempéré, ces [)rol)lèmes, posés sans cesse, stimulaient les esprits, éveillaient la curiosité cl provoquaient l'action parmi les hommes et la jeunesse d'élite (|ui s'intéressaient aux destinées de la patrie.

Aussi à l'arrivée, en iSO.'J, d'Alexandre de Humboldt, dont le voyage a été qualifié de « deuxième conquête du Mexique », l'illustre explorateur trouva, à son grand étonnement, un peuple admirablement organisé pour l'époque, tant au point de vue scientifique qu'au point de vue social. Mexico possédait non seulement une Ecole des Mines, « Colegio de Mineria », fondée en 1792, mais encore des

musées scientifiques, des laboratoires, des collections de toute nature, où la jeunesse, avide de savoir, écoutait les leçons des maîtres et s'initiait aux conquêtes de la science moderne. Dans son remarquable ouvrage intitulé Essai politique sur la Nouvelle- Espagne, l'auteur ne peut se défendre d'une sorte d'admiration à la vue du mouvement scientifique, de la vie intellectuelle qui i-égnait à Mexico : « Aucune ville du Nouveau Monde, sans en excepter celles des États-Unis, n'offre des établissements scientifiques aussi grands et aussi solides que la capitale du Mexique.» Il nomme l'École des Mines, et le Jardin botanique. Et, au souvenir de visites qu'il avait faites dans les laboratoires où la chimie, science que l'on appelait alors « nueva filosofia », était étudiée par la jeunesse avec une passion mêlée d'une ardente curiosité, il ajoute : « Un voyageur européen serait surpris sans doute de rencontrer dans l'intérieur du pays, sur les confins de la Californie, de jeunes Mexicains qui raisonnent sur la décomposition de l'eau dans le procédé de l'amalgamation à l'air libre. »

Ce tribut d'éloges, rendu par le savant allemand, était aussi un juste témoignage de reconnaissance envers la nation qui l'avait accueilli et qui, généreusement, avait mis à son service, collaborateurs, matériaux et documents, tous éléments précieux pour l'œuvre qui devait révéler au reste du monde la civilisation, les ressources et l'avenir d'un des peuples les mieux doués et les plus privilégiés du Nouveau Continent. Comme le dit fort justement Elisée Reclus dans sa Géographie des Indes Occidentales : « Après le long sommeil que le régime du monopole absolu avait imposé au Mexique, l'ouvrage de Ilumboldt fut une sorte de révélation : il montra ce que pourrait devenir la colonie espagnole au jour de l'émancipation, déjà prochaine. »

Nous le verrons dans la suite, les pronostics de l'intrépide explorateur ont été réalisés vers la fin du siècle.

Les luttes et les troubles, qui ont accompagné la délivrance du Mexique, ont paralysé son essor pendant une période d'assez longue durée. La tourmente passée, on se remit à l'œuvre. L'impulsion donnée par de Humboldt encouragea d'autres explorateurs. Des voyageurs de toutes nationalités ne tardèrent pas à parcourir le pays ; les uns, comme Burkart, étudièrent les gisements miniers, et les autres, comme les Américains Stephens et Catherwood, et, vers la fin du siècle, Mandsley et le Français Charnay, furent à la recherche des ruines des remarquables monuments érigés par les peuples d'avant la conquête espagnole. Les Mexicains eux-mêmes ne tardèrent pas à prendre part à ces explorations scientifiques, et |)our donner plus d'intérêt, plus de cohésion et aussi plus de sanction à leurs recherches, ils fondèrent à Mexico une Commission de Géographie et de Statistique, qui est une des plus anciennes sociétés de ce genre cpii existent.

Les nombreux documents sur les différentes parties du territoire, enregistrés dans les mémoires de cette Société, ont servi de l)ase à Garcia y Cubas pour la première édition de son Atlas, en 1859. Plus tard, sous la direction de Diaz Covarrubias, on procéda au levé trigonométrique de la vallée de Mexico, commencement des travaux de géographie précise. Des érudits, notamment Orozco y Berra et Pimente), firent aussi des recherches sur hi distribution des tribus indigènes au Mexique, sur l'histoire de leurs migrations, l'origine, la parenté et la grammaire de leurs langues. Si l'on ajoute à toutes ces données les cartes dressées par les officiers américains pendant la guerre de 1846, les documents officiels publiés dans les Archives de la Commission scientifique, qui accompagna l'armée française, lors de l'c'xpédilion de ISCi, et surtout l'ensemble des travaux topographiques effectués par le service des cartes de l'armée du Mexique sous la direction du capitaine Niox (1), on comprend l'opi-

(I) Devenu général et collaborateur de cet ouvrage.

nion de l'éminent géographe français Elisée Reclus, qui considère cette entreprise cartograj)hique, embrassant en des milliers de feuilles toute la topographie du pays, comme supérieure à celle des États-Unis.

Parallèlement à ces déterminations, qui ont abouti à la connaissance rigoureuse et définitive des diverses régions du pays, les savants et les ingénieurs poursuivirent avec non moins d'ardeur le relevé des richesses minières dont le Mexique est, plus que tout autre, favorisé par la Nature.

Bien avant la conquête par les Espagnols, les indigènes savaient extraire l'or, l'argent, le cuivre, de leurs minerais, rencontrés à la surface du sol, et si, durant la conquête, on s'est borné à cette exploitation, négligeant celle d'autres espèces minérales non moins précieuses, comme le mercure, par exemple, c'était dans l'unique but de ne pas porter atteinte au privilège des mines d'Almaden, qui appartenaient à la métropole.

Par suite de la dépréciation qu'a subie, au cours du siècle dernier, l'argent, dont le Mexique faisait un commerce énorme, puisqu'on évalue à plus de 16 milliards de francs les quantités exportées depuis 1537, il a fallu porter ses efforts et son attention, non seulement sur les procédés d'extraction et de traitement en usage pour ce métal précieux, mais encore sur l'utilisation d'autres minerais.

Parmi les hommes de science qui se dévouèrent à cette tâche et qui contribuèrent par leurs travaux et leurs études à élargir les connaissances qu'on possédait sur les gisements miniers du Mexique, il faut citer en première ligne, D. Lucas Alaman, qui redonna à l'industrie minière l'élan et les capitaux qui lui manquaient depuis la guerre de l'Indépendance, Andrès del Rio, Mariano Barcena, le professeur Antonio del Castillo, Vicente Fernandez, Severo Navia, Santiago Ramirez, A. Aldasoro, Manuel Contreras, José G. Aguilera, etc., qui, à des titres divers, soit en qualité d'ingénieurs, de minéralogistes ou de pétrographes, soit enfin de géologues, ont déterminé les espèces ou fait l'inventaire des richesses minérales de leur patrie.

Si considérable que soit l'œuvre accomplie et si féconds qu'en

aient été les résultats, rétendue des régions à explorer et, éventuellement, à exploiter, reste immense, étant donné que les études et les prospections n'ont porté qu'en surface et non en profondeur.

Les industries qui mettent en valeur les ressources minières d'une contrée sont nombreuses. La métallurgie, et, en particulier, celles du fer, du cuivre, du zinc, de l'étain, etc., avec les industries connexes que ces métaux alimentent, la fabrication des produits chimiques si variés, ne semblent pas avoir pris au Mexique l'extension désirable, si nous nous en rapportons aux statistiques des importations. D'autre part, les annales de la science et de la technifpie révèlent peu de découvertes, peu d'œuvres originales de quelque importance, qu'on puisse attribuer à des enfants du Mexique. Il est vrai que dans l'évolution industrielle des peuples, les arts qui ressortissent à la mécanique, à la physique ou à la chimie, forment, au point de vue intellectuel, avec les arts proprement dits, le couronnement de toute civilisation.

Soumis pendant trois siècles à un régime colonial, c'est-à-dire déprimant, sans cesse arrêté dans son essor, en proie à des divisions intestines et en lutte constante avec les éléments, le Mexique a dû parer aux besoins les plus pressants avant d'entreprendre un labeur qui nécessite un certain recueillement, une longue préparation.

L'étude de la faune et de la flore du pays, le dénombrement des richesses agricoles qu'il possède, grâce à son climat, richesses non moins étendues et productives que celles qui appartiennent au domaine minier, présentaient d'ailleurs, pour une partie de l'élite intellectuelle de la nation, un attrait et en même temps un intérêt suffisants pour qu'elle y consacrât tout son temps et tout son savoir. L'utilisation et la mise en exploitation des territoires agricoles et forestiers s'imposaient, d'autre part, à l'attention des pouvoirs publics.

Là, encore, les services rentius par des savants, des naturalistes, comme José A. Alsate, Alfonso Herrera, Roman, José Ramirez, etc., par des ministres du Fomento à l'esprit éclairé, qui ont favorisé la culture du mûrier et l'élevage du ver à soie, ont eu une portée considérable.

Mais si les entrailles du sol mexicain sont fécondes en métaux

précieux et en minerais de toute nature, si sa surface se prête merveilleusement à toutes les cultures, depuis celles qui sont propres aux régions tropicales jusqu'à celles qui sont caractéristiques des régions froides, cette grande variété de climats, la topographie et l'état marécageux de certaines contrées entraînent avec eux des inconvénients et des dangers i)our la santé des populations qui y demeurent.

Outre les maladies ordinaires et le cortège inévitable de misères qui affligent l'humanité, dans quelque région qu'elle habite, le Mexique a vu, à diverses époques de son histoire, sa population décimée par des épidémies redoutables : le choléra, la peste, la variole, la fièvre jaune, cette dernière sévissant d'une façon endémique sur la côte veracruzaine et atteignant de préférence l'étranger, le non-adapté au climat. Au milieu de ces calamités, son corps médical a montré autant de dévouement que de science, en signalant aux |)ouvoirs publics quelles étaient les mesures prophylactiques à prendre, et en étudiant sur place le fléau, de façon à l'enrayer et à le vaincre plus facilement.

Alors que les différents pays d'Europe n'avaient pas encore tous adopté la vaccine, le Mexique l'introduisait de bonne heure chez lui; car, dès 1804, des Comités de vaccine, des « Juntas centrales » s'étaient formés pour inoculer les Européens et les indigènes.

Les études et les observations personnelles de ses médecins, à toutes les périodes du siècle qui vient de finir, ne le cèdent en rien, comme talent, originalité et conscience, à celles de leurs confrères européens et ont pris place dans les traités classiques sur la matière.

Parmi les illustrations médicales que compte le Mexique, il convient de signaler, dans la première moitié du xix" siècle : Miguel Jimencz, qui porta ses recherches sur la fièvre a petequial » ou «taberdillo », et perfectionna les procédés d'auscultation; Léopoldo Rio de la Loza, qui étudia le choléra en 1833, allant lui-même visiter les pauvres dans leurs maisons contaminées. Chimiste et patriote en même temps que médecin, il combat en 1847 pour la défense de son pays, et professe avec éclat la chimie jusqu'en 1874, tout en mettant ses connaissances au service de l'hygiène de ses concitoyens, en étudiant les eaux de Mexico.

La jeune Ecole médicale n'est pas moins riche en talents et en hommes éminents que son aînée. Elle continue ses traditions de savoir et de dévouement. Les belles recherches sur le a mal del pento » et le « mal Saint-Lazare », maladies inconnues en Europe, dont les D" Lucio et Alvarado ont entretenu les membres du Congrès de Médecine, qui s'est tenu à Moscou en 1897, la part qu'ont prise les délégués mexicains à la conférence médicale qui s'est réunie à Bruxelles en septembre 1902, et au Congrès international de Médecine qui s'est tenu à Madrid en avril 1903, font honneur tout à la fois à leurs auteurs et au corps auquel ils appartiennent.

La connaissance j^rofonde que les médecins mexicains ont des maladies spéciales au pays, la justesse reconnue et vérifiée de leurs observations, la conscience qu'ils mettent à les décrire, font que leurs confrères européens s'adressent aujourd'hui à eux lorsqu'il s'agit d'avoir des renseignements précis sur certaines d'entre elles, notamment, la fièvre jaune.

Les créations récentes, les missions nouvelles dont furent chargés des spécialistes distingués, choisis aussi bien à l'étranger que parmi les nationaux, montrent bien que le Gouvernement actuel continue à prendre toutes les mesures utiles pour se documenter, de façon à pouvoir parer, soit aux maladies qui régnent à l'état endémique dans certaines régions, soit à d'autres fléaux qui peuvent accidentellement surgir sur n'importe quel point du territoire.

C'est ainsi que le D' Alfred Dugès, le savant naturaliste français, qui réside à Guanajuato, vient d'être chargé par les autorités mexicaines de faire une étude sur les moustiques qui infestent les côtes de la République. Cette étude portera sur la classification de ces insectes, les mœurs des différentes variétés, etc., etc. Elle a pour but de déterminer le rôle joué par les moustiques dans la transmission des maladies paludiques en général, rôle déjà mis en évidence par les belles recherches du D' Laveran,de l'Institut Pasteur de Paris.

L'inauguration récente par le D"^ Liceaga, président du Conseil supérieur de Salubrité, d'un Institut bactériologique, répond aux mêmes préoccupations. Magnifiquement installé dans le quartier de la Colonia, à Mexico, ce nouvel établissement ne pourra manquer de rendre de grands services à la science et à la population.

A cet établissement, le Gouvernement ne manquera pas, sans doute, d'en adjoindre un autre dont l'utilité n'est pas moins incontestable. A la suite d'une épidémie de peste, constatée à Mazatlan, l'opinion publique, émue de la lenteur avec laquelle le corps médical est entré en possession du sérum de Versin, a réclamé la création, à Mexico, d'un Institut Pasteur, dont le but serait de préparer les divers sérums et vaccins contre la dipbtérie, la peste, la morsure des serpents, etc. Les avantages qui résulteraient de la possession sur place d'un semblable Institut sont nombreux. Le ])ays s'affranchirait de l'obligation de s'adressera l'étranger, et les médecins pourraient toujours avoir des sérums frais. On sait, en elTet, que l'efficacité de ces nouveaux remèdes n'a qu'une durée limitée, et qu'ils demandent à être renouvelés au bout d'un temps variable pour chacun d'eux.

Une autre création, d'une portée encore plus haute, a été préconisée par un des médecins les plus renommés du Mexique, le docteur Liceaga, à qui la capitale doit un véritable modèle d'établissement hospitalier. Déjà, en 1897, dans un mémoire communicjué au Congrès international de Médecine de Berlin, cet éminent savant signala les immenses avantages que présente le climat de la vallée de Mexico pour la guérison des tuberculeux. De là à proposer la création d'un sanatorium, il n'y avait qu'un pas. Ce jMojet, devenu celui d'un sanatorium international, semble pouvoir être réalisé. Un de nos compatriotes, le docteur Garnault, fait en sa faveur la plus active propagande.

Quelque hieii doué que soit un peuple, quelque privilégié qu'il soit par la Xatuie et cpielles que soient aussi ses aspirations, la seience ne peut y évoluer et y porter tous ses fruits qu'à la condition d'être organisée, soutenue, encouragée et d'avoir à son service un corps de maîtres initiés à ses méthodes, enthousiastes et pénétrés de leur haute mission, ainsi que les ressources matérielles indispensables à son exposition et à son développement.

L'organisation de l'enseignement à tous les degrés est actuellement poursuivie par les peuples qui ont quelque souci de leur évolution logicpie et de h-ur avenir.

Les réfornies et les créations qu'a entreprises le Gouvernement

fédéral dans ce sens, depuis un quart de siècle, sont remarquables,

et par l'esprit dans lequel elles ont été conçues, et par les résultats

qu'elles ont fournis. Il en a été parlé précédemment dans cet ouvrage.

Sur le territoire fédéral môme, l'enseignement secondaire est

représenté par l'Ecole nationale préparatoire dont la fondation, en

1868, est due à l'initiative du docteur Gabino Barreda, disciple et

élève d'Auguste Comte. Il y apporta les méthodes puisées à l'école

de l'illustre philosophe français, et en poursuivit l'application avec

autant de talent que de persévérance. C'est de là que sortirent des

hommes comme José Yves Limantour, le financier et l'homme

d'Ktat, comme Macedo, le criminaliste, Justo Sierra, l'historien et

le ])oète, comme Porfirio Parra, Manuel Flores, Otero et bien

d'autres médecins, comme Roman et José Ramirez, les naturalistes,

comme Eduardo Prado, Chavez, Valentin Gama, Alberto Best, les

mathématiciens et les ingénieurs, et nous en passons, tant ils sont

nombreux ceux qui font honneur à leur pays.

Avant cet établissement, véritable ])éj)inière d'hommes distingués, et dont l'institution était d'une importance capitale pour la préparation aux hautes études, le Mexique possédait, depuis l'année

18.)7, une école professionnelle pour les jeunes gens qui se destinent aux différentes carrières industrielles, agricoles et administratives.

En 1871, cette création eut pour corollaire et pour complément celle non moins utile d'une école professionnelle pour jeunes fdles, dont le succès est allé en grandissant depuis sa fondation.

A côté de ces diverses institutions, qui ressortent de l'enseignement secondaire, nous pouvons encore ranger deux Ecoles normales pour instituteurs et institutrices, fondées, la première en 1867 et la seconde en 1887.

L'enseignement supérieur comprend un ensemble d'établissements qui, tous, ont le caractère d'écoles d'application et préparent aux carrières libérales et scientifiques.

Il en est ainsi des Ecoles de Droit, de Médecine, de l'Ecole nationale des Ingénieurs, de l'Ecole d'Agriculture et de Médecine vétérinaire, de l'École de Commerce et d'Administration.

De toutes ces écoles, nous ne pouvons en parler ici que pour mémoire, puisqu'on les a déjà fait connaître (1).

La Bibliothèque nationale, installée dans l'ancienne Eglise de Saint-Augustin, en 1867, et le Musée national, complètent heureusement cet ensemble d'institutions en faveur desquelles, pouvoirs publics et particuliers, ne cessent de témoigner leur intérêt et leur sollicitude. Placées sous la dépendance du Ministère de la Justice et de l'Instruction publique, elles ne sont cependant pas les seules où la science dans ses multiples applications est représentée et cultivée.

(1) Voir le chapitre Instruction publique, par M. Gréard.

Des établissements existent en effet au Mexique, où certaines régions de la science captivent l'attention des savants, et où elles sont étudiées pour elles-mêmes ou dans un but pratique.

Tous ceux qui s'intéressent aux phénomènes astronomiques et météorologiques apprécient fort les services que rendent les Observatoires Central, de Tacubaya et de Mazatlan, et les diverses stations météorologiques disséminées sur le territoire de la République. Ils savent aussi la part importante que prend le premier de ces observatoires dans l'établissement de la carte photographique du ciel. Cette entreprise gigantesque, conçue par l'amiral Mouchez et sanctionnée par l'Académie des Sciences de Paris, a été répartie par le Congrès international de 1887 entre les différents astronomes du globe. Le travail qui incombe au Mexique ne comprend pas moins de mille deux cent soixante clichés. Malgré l'énormité de cette tâche, malgré aussi les nombreux travaux préparatoires qu'a nécessités l'installation du matériel et des instruments, les astronomes de Tacubaya ont déjà fourni des centaines de clichés pour la publication du catalogue. L'importance de ces travaux a obligé l'Observatoire d'acquérir, cette année même, un nouvel appareil photographique pour l'établissement du catalogue des étoiles.

En outre de ses travaux ordinaires, l'Observatoire de Tacubaya relève systématiquement et publie régulièrement des observations magnétiques.

Le service météorologique, dont le réseau s'étend peu à peu sur tout le territoire, grâce à la coopération de plusieurs Etats, de sociétés et de particuliers, multiplie ses observations et complète ses moyennes. Tout récemment encore, le Congrès de l'Etat de Yucatan a voté les crédits nécessaires à l'achat des instruments et à l'installation d'un Observatoire central à Mérida, ainsi qu'à la création de cinq stations nouvelles dans la province.

218 LE MEXIQUE AU DÉBUT DU XXe SIECLE

A l'Observatoire de Mazatlan, on se livre de plus aux observations sollicitées par le Gouvernement allemand, afin de participer aux travaux de la Commission anglo-allemande qui explore le

pôle sud.

Un congrès météorologicpie vient de se réunir pour centraliser à Mexico les données fournies par les divers observatoires, en y comprenant celles remises par le sismographe nouvellement installé et destiné à l'enregistrement des mouvements sismiques dus aux tremblements de terre. Le Gouvernement a prêté son appui à cette œuvre, qui n'a jias encore son analogue en France, et, chaque jour, le Journal officiel public les observations météorologiques. L'Observatoire, de son côté, insère dans son Bulletin mensuel tous les travaux qui y sont effectués au cours du mois.

Au nomi)re des établissements ayant une fonction déterminée, il est enfin juste de citer « le Colcgio militar de Chapultepec », où se forme et se recrn^e le corps des officiers de toutes armes, dont sont encadrées les troupes constituant l'armée mexicaine. Un de ses directeurs, le mathématicien et géologue D. Pedro Garcia Conde, tour à tour ingénieur et soldat, employa sa science à une réforme de l'armée et contribua ainsi à lui donner une base plus solide. Ce n'est d'ailleurs pas le seul ingénieur qui, soldat, ait mis son savoir au service de la patrie; d'autres ont pris part, avec éclat, aux ffuerres contre les Nord-Américains et contre l'Intervention françaisc, et ont ainsi acquis des titres à la gratitude nationale.

Indépendamment de ces institutions officielles, où l'on pratique le culte de la science envisagée sous toutes ses faces et servant à toutes les fins, il est d'autres moyens de l'encourager et de la faire progresser. L'initiative individuelle et réfléchie, l'initiative des groupes, des sociétés, voire même celle des congrès, quand elles sont indépendantes, dégagées de toute arrière-pensée personnelle, et uniquement suscitées par une idée noble et élevée, peuvent exercer ime influence des ])lus salutaires sur le développement et le progrès de la science.

Monopolisée par l'Etat, exclusivement enseignée dans ses écoles, la science, entre les mains de certains de ses représentants officiels, risque souvent de prendre un caractère d'orthodoxie et de

se trouver par là même paralysée et arrêtée dans son évolution progressive.

L'intervention d'initiatives étrangères cà celle réservée aux maîtres officiels a alors parfois pour effet de dégager les voies, de modifier ou de remplacer les doctrines, et d'ouvrir à l'esprit des horizons nouveaux.

Parmi les multiples rôles que peuvent jouer les associations, les .sociétés de savants et les personnalités isolées, celui cpie nous venons de signaler n'est pas le moins important.

Au Mexifpie, l'initiative privée a eu l'occasion de se manifester dans la fondation d'établissements scientifiques et de prix en faveur d(> travaux et d'œuvres déterminés. C'est ainsi que le D' Parada, de San Luis Potosi, a légué une somme de 10000 pesos pour récompenser un ouvrage de médecine, et que le D' Augustin And rade a fait un legs analogue de 2000 pesos en faveur de l'auteur d'un traité sur le diabète.

Quant aux sociétés scientifiques, elles ne font pas défaut au Mexique; nombreux et variés sont les services qu'elles ont rendus à la cause et à l'éducation nationales.

Dans la première partie de cette étude, nous avons eu l'occasion de faire mention delà Commission de Géographie et de Statistique, et d'indiquer les circonstances sous l'empire desquelles elle a été créée. Depuis sa fondation, cette Société a été intimement liée à l'histoire de la l\épubli([ue, et ni les guerres, ni les révolutions n'ont pu l'atteindre. Toujours à la tête du |)rogrès, c'est sous ses auspices qu'ont été étudiées les langues et les dialectes des indigènes, qu'ont été proposées les lois qui rendent propriétés nationales les monuments archéologiques, c'est elle enfin rpii a fait ado])ter le système métrique en ISÎ)G, et publié cette œuvre admirable, en vingt-deux volumes, cpTest le Bulletin de la Société. Elle vient de fêter « ses noces d'or », le cincpuinlième anniversaire de sa fondation, sous la présidence du général Porfirio Diaz.

Les travaux d'autres sociétés, comme l'Académie mexicaine des Sciences exactes physiques et naturelles, la Société scientifique Antonio Alzate, qui, sous la plume du D'' S. Bonansea, entreprend une campagne en faveur de la création des stations agronomiques.

la Société des Ingénieurs, la Société de Géologie, les Sociétés de Médecine, etc., sont consignés dans des publications et des périodiques, qui révèlent au monde savant les ressources, l'activité et l'originalité des hommes de science du Mexique.

La part qu'ils prennent aux divers congrès internationaux, auxquels ils sont toujours conviés, les communications pleines d'observations et d'aperçus nouveaux qu'ils y apportent, les fait apprécier à juste titre par leurs confrères étrangers, et la gloire qu'ils en recueillent rejaillit sur le pays tout entier et sur le Gouvernement qui le représente. Cet hommage indirect, que reçoit ainsi le Gouvernement du président Porfirio L)iaz,'cst d'ailleurs justifié. La sollicitude constante qu'il témoigne à tout ce qui peut rehausser le niveau moral et intellectuel de ses concitoyens, le souci qu'il montre de faire du Mexique l'une des nations les plus instruites et les plus affinées du Nouveau Monde, les magnifiques résultats qu'il a obtenus dans tous les compartiments de son administration, depuis son avènement à la présidence, sont du meilleur augure pour l'avenir de la République mexicaine.

L'iinmcnse chemin parcouru par le peuple mexicain depuis que, sous le souffle vivifiant de la liberté et sous l'égide d'une constitution sage, largement ouverte à toutes bonnes volontés et adaptée à ses mœurs, il peut donner un libre cours à son génie et à ses aspirations, et les progrès qu'il a réalisés, l'autorisent à avoir toutes les ambitions.

Sans doute, jusqu'à présent sa tâche a consisté à étudier les diverses régions de son vaste domaine, à les relier entre elles, à faire état de leurs ressources, tout en se mettant en mesure de pouvoir en tirer le meilleur parti, et, dans cette période toute d'organisation, il s'est attaché à s^assimiler et à se servir judicieusement des conquêtes scientifiques de ses aînés dans l'histoire du luonde. Nous avons vu plus haut qu'au cours de leur mission, c|uel{|ues-uns de ses hommes de science ont apporté leur contribution personnelle à l'édification de cette œuvre grandiose du siècle passé.

Mais la science est en droit d'attendre davantage d'un peuple si bien doué, et que la nature a comblé de ses meilleurs dons.

A l'inverse de ce qui se passait aux longues époques qui ont précédé le xix* siècle, épo([ucs où la routine, la tradition ou des pratiques résultant d'observations souvent répétées, régissaient seules les principaux actes de la vie, la science, issue de ces observations accumulées, a pris de nos jours une influence prépondérante.

Régnant en souveraine et intervenant, pour les renouveler et les féconder, dans toutes nos opérations, directement ou indirectement productives, aucun peuple ne saurait s'en désintéresser, sous peine de déchéance ou de voir passer entre les mains de plus forts, de mieux armés pour la lutte, son patrimoine national. Or il est reconnu que le développement progressif de l'industrie et de l'agriculture suit parallèlement celui de la science elle-même, et que les

nations où la production intellectuelle est la j)lus intense, la mieux utilisée, sont aussi celles qui finissent par avoir la suprématie au point de vue industriel et agricole.

Il ne faudrait toutefois pas se méprendre sur la manière dont il faut cultiver la science.

La resteindre au rôle de servante de nos desseins, c'est en réduire la floraison et en paralyser l'essor.

Pour qu'elle puisse arriver à son complet épanouissement et porter ses fruits, elle demande à être dégagée de toute contrainte et à être cultivée pour elle-même.

Ce sont les fruits d'une recherche désintéressée, incessante, de la véritable haute culture, que nous attendons de l'élite scientifique du peuple mexicain. Ils auront une saveur jiarticulière, parés et imprégnés qu'ils seront du génie national.

Son passé, les traditions qu'elle tient de ses ancêtres indiens et espagnols, et l'œuvre déjà accomplie préserveront la Nation mexicaine de la banalité et d'un utilitarisme trop étroit et trop borné, dans sa ])roduction scientifique.

Albin IIaller.

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