ARCHITECTURE ET SCULPTURE
Et le goût mexicain se forme non seulement en peinture, mais dans les autres branches de l'art. Depuis vingt ans surtout, les villes se sont embellies, de nouveaux monuments ont été construits; des architectes et des sculpteurs ont donné leur talent pour la grâce, la grandeur et le charme des cités. Mais, comme il arrive généralement, lorsqu'il s'agit de civilisations nouvelles qui se développent rapidement, on construit avec hâte, et le progrès artistique ne répond pas toujours au progrès économique.
La population s'accroît et avec elle les besoins de plus en plus urgents, au fur et à mesure des progrès de la vie moderne. Pour satisfaire ses demandes, il faut agir vite, et l'art en souffre. C'est ce qui explique qu'au Mexique, comme dans tout le Nouveau Monde, l'architecture et la sculpture sont inférieures aux autres arts. Elles le sont parfois, — l'architecture du moins, — dans notre Europe qui veut faire grand et qui n'atteint souvent qu'au colossal. Au Mexique, on devait bâtir, et bâtir promptement; la nécessité était pressante, et on n'avait pas le temps de créer un style, ce c[ui, en architecture, demande des années, pour ne pas dire des siècles. N'ayant pas le loisir voulu, on dut prendre un style déjà connu; aussi, élevés à l'école du style néo-grec, les architectes mexicains s'en emparèrent, tout en essayant de le modifier un ])eu, en l'adjoignant au style espagnol de la décadence, lequel avait jusqu'alors servi pour la construction de tous les monuments. Cependant ils cherchèrent, car ils en voyaient les défauts, à lui donner un caractère spécial au moyen de l'ornementation, des marbres, des bronzes, des dorures répandus à profusion. Ils firent grand, eux aussi, et ils firent riche, par conséquent lourd, sans arriver à créer un style personnel.
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Quant à l'ancien style de la Renaissance espagnole, qui correspond à notre rococo français, il fut, au Mexique, légèrement modifié par les nécessités mêmes de la vie. Les matériaux dont on se servait, les pierres volcaniques du sol mexicain, contribuaient à son ornementation. Dans l'intérêt de la défense, les couvents, les églises, solidement construits, massifs, résistants, devenaient des forteresses pour résister aux attaques d'un ennemi toujours possible et aux secousses d'un tremblement de terre toujours imminent. Ce fut une architecture de défense, défense contre l'ennemi, défense contre la \aturo. Les villes mêmes, comme Guadalajara par exemple, étaient des citadelles. Mais cette architecture de l'époque coloniale, qui, jusqu'à ces dernières années, resta toujours espagnole, produisit cependant des œuvres remarquables et qu'il nous faut citer, comme l'Kcolc des Mines, le Collège de San Ildefonso, aujourd'hui Ecole Préparatoire, les cathédrales de Mexico et de Puebla, le pont du Roi ou pont National de Veracruz. Ce sont là des œuvres achevées, parfaites, définitives, et qu'on chercherait (Ml vain à imiter. Il s'est trouvé au Mexique, proclamons-le, des architectes de grand talent et qui ont créé de belles œuvres, tels que Très Guerras, mort en I8.'{3, qui dégagea l'architecture de ce qu'elle avait de factice; il construisit l'église du Carmen, le pont de Celaya, ainsi que l'ancien théâtre de San Luis Potosi.
Les théâtres de Guadalajara et de Guanajuato, que l'on a inaugurés récemment, sont de véritables nuM-veilles possédant tout le luxe et le confort des plus beaux théâtres d'Europe.
C'est véritablement une fièvre de construction qui, depuis quelques années, s'est emparée du Mexique. On construit, on transforme, plutôt, la Bibliothèque nationale de Mexico; des concours publics internationaux d'architecture s'ouvrent pour l'édification des monuments tie l'Etat. Malheureusement ce sont parfois les architectes étrangers qui obtiennent le [)rix du concours. Et cependant, il y a, je le ré|)ète, des hommes de valeur sortis de l'Ecole des Beaux-Arts, comme Agea, Rodrigue/. Arrangoyti, Jimenez, Anza, Antonio Rivas et tant d'autres. Mais le reproche <[u'on leur adresse, c'est d'être plutôt des constructeurs que des artistes. Ils ont, dit-on, plus de science que de sentiment et s'attachent da-
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vantage à l'utilité qu'à la beauté. Ils n'en sont pas en réalité responsables; la faute en est au développement trop rapide et trop brusque de leur pays. Ils n'ont pu faire qu'une architecture de transition, du style espagnol modifié. Quoi (ju'il en soit, les progrès sont sensibles de jour en jour, et chacun y collabore, le Gouvernement et les particuliers. Le Gouvernement met au concours les édifices qui doivent s'élever sur la prolongation de la belle « avenue du 5-Mai » et donne des récompenses importantes. Le riche citadin, qui se fait élever une demeure bâtie dans ce style un peu incomplet, essaie de lui donner un je ne sais quoi de national. Elles sont luxueuses à l'intérieur, ces maisons de Mexico, ornées et décorées de marbres et de pierres du pays. Le Mexicain aime son intérieur et le pare. De cette passion du beau et du luxe naîtra inévitablement un style.
C'est cette même hâte qui a jusqu'à présent empêché la sculpture de faire des progrès aussi rapides que la peinture. Il ne suffit pas de produire, il faut faire bien; et des constructions trop hâtives, des commandes trop pressées sont en somme désastreuses pour le sculpteur. C'est ce qui est advenu au Mexique. La fièvre des monuments et des statues s'est abattue sur le pays, comme sur notre France. Avec raison le Mexique a voulu honorer ses héros et fies gloires; mais ses artistes n'ont pas encore eu le temps d'affirmer leur personnalité. Ils ont voulu faire grand et, encore une fois, ils ont fait lourd, — c'est le résultat ordinaire. En général ils ne sont pas « modernes », et à l'heure où notre école française se rapproche du naturalisme d'un Donatello, ils en sont encore à la sculpture classique de Canova. Il y a cependant de nombreuses exceptions, et c'est une remarquable œuvre d'art que le monument de Juarez au cimetière de San Fernando, des frères Islas. Ces derniers ont surtout contribué à sculpter les gloires de la patrie. D'autres les ont suivis, tels, l'auteur de la statue d'Hidalgo, à San Luis Potosi, et Noreîïa, professeur à l'Académie et auteur de la statue de Cuauhtemoc (notre Guatimotzin).
Un artiste d'avenir, dont les sculptures ont été remarquées à Paris en 1900 (où il eut le grand prix), Jésus Contreras, est décédé récemment. C'est lui qui avait créé et dirigé la Fonderie artistique
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nationale et élevé la plupart des statues érigées sur le paseo de la Reforma. C'est une perte très sensible. Je ne puis passer sous silence le nom de Gabriel Guerra, mort aiissi, malheureusement, en 1893, moderne et varié, l'auteur du bas-relief, si impressionnant, représentant le supplice de Cuauhtemoc, et de cette statue d'Homère, si vivante. Nous avons vu, à l'Exposition de 1889, ses bustes arrivés trop tard pour être soumis au jury, mais auxquels Meissonier, qui les avait admirés, fit, avec justice, décerner une médaille.
Je le redis avec satisfaction, le Mexique a des sculpteurs; il voit leurs qualités et sent leurs défauts. Et ils sont nombreux aujourd'hui les artistes qui tentent de créer une sculpture mexicaine. Don Enrique Alcciati, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts, s'est déjà affranchi de la routine classique; d'autres, à l'exemple de D. Diego Almaraz y Guillen, veulent au contraire renouveler l'ancienne sculpture espagnole sur bois, qui a fait autrefois la gloire de rEsj)agne, et cherchent, dans l'inspiration ancienne, le genre de l'avenir, comme si Berruguete devait et allait revivre.
Le plan des études de l'Ecole nationale des Beaux- Arts vient de subir une transformation radicale à la suite d'une loi de l'Exécutif, loi ayant pour but d'étendre les connaissances pratiques de ceux qui se destinent aux carrières artistiques.
Pour les architectes, par exemple, on accroît les connaissances techniques, qui sont la base de leur art. Les études des peintres, des sculpteurs, des graveurs sont aussi modifiées. On ne règle plus les cours par année, afin de permettre à ceux qui ont le plus d'aptitudes de terminer rapidement leurs études. On a fait, en outre, de nombreuses réparations dans l'Ecole nationale des Beaux-Arts et renouvelé le mobilier ainsi que les outils des élèves.
Ainsi, il n'y a pas seulement des efforts individuels. On encourage les Beaux-Arts. On cherche à développer chez l'enfant le culte du beau. En 1903, dans son rapport au Congrès, le président Pnrfirio Din/ constatait les résultats obtenus en ce sens.