MUSIQUE
Chez les peuples conquis par Fernand Cortez, la musique n'était ni mélodieuse, ni harmonique, mais rythmique. Sahagun et Bernai Diaz del Castillo en parlent peu. Les instruments indiens : le teponaxtle ou tambour, le chirimia ou flûte, faite avec une canne creuse, le caracol, sorte de trompe, utilisé plutôt comme appel dans les temples, étaient surtout propres à produire la cacophonie.
La musique populaire que Ton joue aujourd'hui au Mexique provient indéniablement d'Andalousie ; cette musique fut importée par les conquérants, et à une époque où elle avait encore la saveur et le goût de celle des Maures, récemment vaincus. Son style est archaïque. La Zrtmac;<eca Chilena, leJarabe Tapatio, \e Zapateado, sont d'origine andalouse et dansés par les gens du peuple.
A rencontre du nègre, l'Indien, dans son éternelle tristesse, ne chante pas. Cela démontre la différence de caractère qui existe entre les deux races. La danse de l'Indien est grave, et il ne l'exécute que dans les grandes cérémonies religieuses; elle n'est jamais désordonnée comme celle du nègre, mais symbolique et, le plus souvent, incompréhensible pour nous.
Avec le nouveau culte implanté, et à l'imitation de ce qui existait dans la péninsule ibérique, les Espagnols introduisirent l'orgue dans les églises, pour accompagner l'office divin ; ils protégèrent la musique sacrée, que les créoles et les métis s'empressèrent de propager. On conserve des niotetes et des messes solennelles, qui prouvent l'aptitude des Mexicains à s'assimiler les arts et leur faculté d'imitation. Parmi les motetes les plus célèbres, on cite ceux de la cathédrale de Guadalajara.
Un chef de musique des régiments provinciaux (jui suivirent le
curé Hidalgo, lors de la proclamation de l'Indépendance, composa des sonneries militaires qui sont encore exécutées par les troupes de ligne.
Jusqu'à ce jour, la musique mexicaine a toujours été imitative. Toutefois, on constate quelque originalité dans Thymne composé, en 1838, par Rodriguez Galvân, pour exalter l'esprit de résistance à l'expédition française de l'amiral Baudin, dont faisait partie le prince de Joinville :
Guerra à los Galos, guei'ra,
ainsi que dans la chanson du même poète :
Âdios, ô Patria mia, Âdios, lierra de amor,
dont la musique a servi plus tard à la chanson de Riva Palacio : Adios, mania Carlota, laquelle était encore chantée par les forces républicaines devant Queretaro ; il y a également de l'originalité dans les Cangrejos, musique du maître Bustamente et paroles de Guillermo Prieto, laquelle, malgré sa tournure burlesque, devint le chant de guerre des troupes libérales de Juarez, en 1859-1860.
Les classes éclairées et l'armée avaient adopté notre Marseillaise comme hymne guerrier. Le besoin d'un hymne purement national fit reprendre l'air composé par le catalan Nuno, chef de musique militaire sous le président Santa Anna; la Marche républicaine et la Marche Zaragoza, toutes deux d'Aniceto Ortega, un bon musicien doublé d'un savant médecin, eurent un grand succès. La dernière n'est qu'un pas redoublé, devenu très populaire. Le général Angel Martinez, qui fit la campagne de 1870 dans l'état-major prussien, la fit jouer par les musiques allemandes, et, aujourd'hui, on l'entend, ainsi que la valse de Juvcntino Rosas, Sobre las Olas, dans les concerts d'outre-Rhin.
Après une tentative d'organisation d'un Conservatoire de Musique, dont Barili, oncle et éducateur d'Adelina Patti, devint directeur, les progrès de l'enseignement musical furent dus principalement à l'abbé Caballero, qui, avec ses propres ressources, fonda une académie, transformée plus tard en établissement national.
La succession de l'abbé Caballero fui recueillie par un groupe de maîtres et de dilettanti, rpii, durant l'occupation française, se réunirent pour cultiver et enseigner la musique. Le professeur Léon, les Ortega, Garcia Cubas, Bustamente, Rivas et d'autres constituaient ce noyau. Après sa rentrée dans la capitale, Juarez donna l'édifice de l'ancienne Université à la Société Philharmonique mexicaine pour lui permettre de continuer l'œuvre commencée.
En même temps, on ouvrit des chaires d'enseignement secondaire pour jeunes filles avec Peredo, Olivarria, Bablot, etc., et Valero, vieil acteur espagnol, fonda des chaires de déclamation. Au moyen d'une souscription particulière, dirigée par le président de la République, Sébastian Lerdo de Tejada, et MM. Antonio Mier y Cclis et Sébastian Camacho, on construisit un élégant théâtre, on subventionna une troupe, et on donna des représentations.
Sous la première présidence du général Porfirio Diaz, I\L Ignacio Ramirez étant ministre de l'Instruction publique, la Société philharmonique fut transformée en Conservatoire national de Musique, aux frais du Gouvernement fédéral. La modeste association fondée ])ar un humble prêtre devenait une institution d'Etat, grâce à l'ajipui d'une administration intelligente et libérale.
Le genre lyrique, bien qu'ayant toujours été imitatif et sans originalité propre, est en honneur; il a compté une artiste hors pair, Angela Peralta. Celle-ci, envoyée très jeune en Europe, fit ])our ainsi dire son éducation à !\Iilan. Douée d'une voix véritablement enchanteresse, elle recueillit des applaudissements sur les scènes italiennes et espagnoles, où on l'appela le Ruischor mcjicano^ le « Rossignol mexicain «.Elle revint souvent au Mexique, la ])rcmière fois, sous le règne de Maximilien. Alors, les habitants de la capitale la reçurent en souveraine (1).
Un des opéras dans lesquels Angela Peralta remportait toujours un immense succès était / Puritani. Quand elle jouait cette œuvre, le théâtre national de Mexico devait être occupé militaire-
(I) Ail (iiie du général van (1er Snilssen, ancien commandant du conliiigenl belge, dans un livre de Souvenirs publié à Bruxelles, il v a une dizaine d années, cet accueil oxliaordinaire fait à Angola Peralta causa un vif déplaisir à l'impératrice Charlotte, qui ne connaissait pas de telles acclamations.
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ment par un détachement français; on n'avait pas trouvé d'autre moyen d'éviter les manifestations hostiles auxquelles donnait lieu le duo bien connu des drapeaux :
Bello e afrontar la morle Gridando libcrta.
Durant une de ses tournées triomphales, Angola Peralta mourut de la fièvre jaune à Mazatlan.
Rosa Palacio, qui débuta à Florence, et Soledad Goyzueta, qui vit encore, ont également brillé; Maria Paniagua recueillit des applaudissements en exécutant les œuvres de son père.
Avant de conclure, nous devons signaler les compositeurs qui ont succédé, depuis le dernier tiers du xix" siècle, à ceux de musique sacrée.
Les plus aj)pré<iés sont : Ccnobio Paniagua, qui composa divers opéras applaudis; un de ses fils fonda un Conservatoire de musique à Pachuca; l'autre, Mclesio Morales, vint en Europe, subventionné ])ar un riche Mécène. Quelques-unes de ses œuvres ont été représentées en Italie, et toutes, au Mexique, ont été bien reçues. Le défaut de ces compositeurs a été de broder leurs ]iartitions sur de vieux livrets italiens, au lieu d'écrire directement sur des épisodes tirés de l'histoire nationale, non du temps des Aztèques, dont les noms sont intolérables en musique et même sur la scène, mais du temps de la domination espagnole.
Il nous faut également citer Gustave A. Campa, symphoniste de premier ordre et compositeur lyrique, ainsi que Meneses, un maître fort goûté.
Dernièrement, on a composé une troupe d'opéra mexicain, une autre de concerts, et, de plus, le Conservatoire national a un excellent orchestre, dont l'organisation première est due à Alfredo Bablot, d'origine française, comme son nom l'indique.
Parmi les meilleurs élèves du Conservatoire, envoyés, avec pension, dans le Vieux Monde afin d'y parachever leurs études, citons Villasefior, pianiste, et Carrillo, violoniste, qui ont suivi des cours à Leipzig. Le premier est aujourd'hui un des meilleurs interprètes de Wagner; le second a remporté tous les premiers prix. Un
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autre pianiste, Ricardo Castro, a cifeclué une tournée triomphale aux États-Unis, et s'est fait connaître avantageusement à Paris.
En ce qui touche l'enseignement, à l'heure où, à Paris, la question de la réforme du Conservatoire de Musique et de Déclamation est à l'ordre du jour et préoccupe les esprits, on voit le Mexique modifier le plan des études de son Conservatoire de Musique. Les classes de piano, de composition, de solfège, prennent une extension considérable, et l'on en crée de nouvelles, comme celles des instruments de bois et de cuivre, et celle des orphéons populaires, qui a pour but de former des orchestres. L'organisation des études permet aux élèves de suivre les classes ])roportionnées à leur force. C'est un enseignement gradué, qui comprend trois degrés, mais le nombre des années d'études varie pour chaque degré avec les capacités de l'élève.
Les examens, les limites d'âge, sont réglés avec soin ; on veut, dans la mesure du possible, donner aux élèves non seulement un enseignement mais aussi une méthode, et éviter ainsi les tâtonnements inévitables et souvent dangereux que rencontre le jeune instrumentiste dans l'étude d'écoles différentes. Le Gouvernement, qui songe à subventionner l'orchestre du Conservatoire, vient de faire adopter une mesure qui portera ses fruits. On a établi un système de pensions à l'étranger pour les lauréats des concours, une sorte de prix de Rome, comme celui que nous avons en France. Au moment même où la France vient de célébrer eà Rome le centenaire de la Villa Médicis d'où sont sorties tant de gloires, le Mexique sent tout ce qu'il y a de profitable à envoyer les jeunes gens de talent à l'étranger travailler pour soi, livrés à eux-mêmes, entourés d'une atmosphère d'art.
Créer des artistes pour la gloire de la patrie, c'est là la préoccupation du Mexique moderne, et les efforts faits ont été couronnés de succès. Partout on étudie, on innove.