POESIE
l^'iiitensité tic vie qui a pu nuire à l'architecture, à la sculpture et à l'art dramatique n'a pas arrêté, au Mexique, le mouvement littéraire; au contraire, elle l'a développé, et il s'accentue journellement. Des théâtres ont été bâtis à Mexico, où l'on joue non seulement des auteurs étrangers, mais aussi des auteurs nationaux. Amoureux du beau dans toutes ses manifestations, les Mexicains comptent parmi eux des poètes, des romanciers, des orateurs, des écrivains de haute valeur. Des journaux importants se sont mis à la tête d^i mouvement littéraire.
Cela n'est pas suffisant. Y a-t-il une littérature mexicaine? On l'a nié. Et D. Marcelino Menendcz y Pelayo écrit : Nuestra liteiatiira naciorud par ningunn parte acaba de aparecer.
Formulée avec une telle rigueur, cette critique est absolument inacceptable. Si l'on veut dire ainsi que le Mexique ne possède pas encore une littérature qui est le propre d'une race particulière, une littérature qu'on doit trouver là, avec sa physionomie originale, et non ailleurs, la critique est à peu près exacte; car le Mexique, fils de l'Espagne, ne peut et ne doit avoir qu'une littérature espagnole. Mais, si l'on veut dire qu'il n'y a pas une production littéraire intense, née de cerveaux mexicains et reflet de leurs pensées, de leurs aspirations, de leur culture, on se trompe étrangement. Le temps n'est plus où l'on classifiait les littératures d'après les langues parlées. Trop de races, trop de nations, parlent aujourd'hui la même langue. L'Angleterre et les États-Unis, d'une part, l'Espagne, le Mexique, le Pérou et la République argentine, d'autre part, ont un parler identique, et aussi le Portugal et le Brésil. Néanmoins, ces peuples diffèrent profondément.
Il y a nminlcnnnt une nation mexicaine, et, par conséquent, une
littérature mexicaine. Elle est évidemment en langue castillane, car il ne pouvait pas en être autrement; mais elle ne ressemble pas à la littérature espagnole. Elle a le parfum du terroir. Le Mexique ne s'était pas seulement airranchi, au commencement du xix° siècle, du joug politique de la métropole, il avait tourné les yeux vers l'Europe, et quand fut scellée la réconciliation entre la mère patrie et son ancienne colonie émancipée, un Mexique nouveau était apparu, et avec lui une littérature nouvelle. L'aflVanchissement littéraire était venu en même temps, et, lorsque le Mexique n'eut ])lus rien à craindre de l'étranger, il ])ut complètement, définitivement, avoir une littérature nationale.
Il fallait au Mexique, comme à tous les peuples, cet affranciiissement politique pour avoir sa littérature propre. Le joug de l'Espagne n'était pas seulement politique, il était aussi littéraire. A l'origine, aucun livre ne pouvait entrer dans la colonie sans avoir passé auparavant ])ar la censure sévère du Conseil royal des Indes. Les livres « profanes » étaient interdits, « los libros que traten de materias profanas y fabulosas y historias (ingidas se siguen muchos iiuonvenientes. Mandamos a los gobernadores que no los consientan imprimir, vender, tener, y j)rovean que ningun Esj)aiiol ni Indio los lea ». De là, impossibilité absolue pour la littérature mexicaine de se développer. Cette surveillance se relâcha au cours des siècles, et l'on vit que le talent ne demandait qu'à naître. Alors apparaissent Alarcon, sœur Juana Inez de la ('ruz et Sigiienza y Gôngora.
Mais Alarcon, quoic[ue ni à Mexico, est un génie espagnol ; c'est dans la péninsule (ju'il vécut, et l'Espagne le revendique, aux côtés de Calderon et de Lope de Vega.
C'est encore l'influence de l'Espagne que l'on retrouve chez sœur Juana Inez de la Cruz, celle qu'on a appelée la dixième muse, cette femme admirable qui défendit avec élo(pience les droits de son sexe et qui fut pers?cutée par ses su])érieurs. Elle eut pour modèles Sénèque et Calderon de la Barca; c'est toujours l'induence espagnole-que l'on voit dans son mysticisme un peu précieux, c'est le « cultisme » de l'époque. En somme, l'Espagne règle le goût du Mexique et lui impose ses mœurs, sa littérature et sa science.
Le temps marche, les idées de ju'ogrès du xviii" siècle pénètrent
au Nouveau Moiule; des ferments d'émancipation gernieiiL, malgré l'liK|uisition toujours i)iésenle et toujours menaçante, et malgré les anathèmes du elergé; le curé Hidalgo lance le cri de guerre de rindépendancc. Signal de la liberté, ce fut en outre le signal de l'indépendance littéraire. El llustiador ainericano, revue hebdomadaire, répand les principes du droit public. Des journaux se fondent; El Pensador, El Sol elElCorreo de la Federacion publient les premières œuvres des jeunes poètes qui avaient combattu par la plume, en IHi'i; des foyers littéraires surgissent dans les trois grandes cités de Mexico, Guadalajara et Mérida.
L'élan est donné, le Mexique agit, pense, écrit. Ce serait une œuvre considérable, dé|)assant le cadre et les proportions de ce tableau, que de vouloir faire même un résumé rapide de l'histoire littéraire du Mexique au xix' siècle. Elle est intimement liée à riiistoiic politique du pays.
Si la guerre et la lutte favorisent la production littéraire et font souvent éclore le talent, la littérature ne ])eut vraiment se dével(ip])cr (pie dans le calme et la ])aix. .lusqu'cn I8G7, le Mexique ne connut |)as ce calme nécessaire. Luttes intérieures pour s'organiser, luttes extérieures pour se défendre; il eut à combattre pour vivre. La guerre a ceci tie bon, c'est qu'elle fait que les individus se connaissent davantage, se res.serrent; unis dans les combats, ils restent unis après la bataille. De cette union est né le progrès littéraire du Mexitpie. Les luttes politiques finies, on n'eut plus qu'à penser à la gloire de la patrie. C'est l'époque de ces veladas lilerarias, instituées par Martinez de la Torre, un des défenseurs de Maximilien devant le Conseil de guerre. Ces réunions, où se riMTcontrent de jeunes poètes, de jeunes littérateurs, qui firent éditer deux remarquables publications : El Renacimiento et El Domingo, ont beaucoup aidé à donner aux lettres un vigoureux élan. La date de I8G7 n'est pas seulement celle d'une renaissance littéraire, elle est le point de départ d'une direction nouvelle donnée au mouvement intellectuel; le Mexique veut enfin être lui-même, comme le dit la formule du NigromarUe (Ignacio Ramirez) ; il ne veut être a ni espagnol, ni français ». Jusqu'alors, la littérature mexicaine n'avait pu que s'inspirer de la littérature espagnole.
Son évolution suit son développement en Espagne. Aux odes patriotiques de Don José Manuel Quintana correspondent au Mexique les imitations de Quintana Roo et de Sanchez de Tagle; au romantisme espagnol de Garcia Gutierrez correspond le romantisme de Hodriguez Galvân et de Fernando Calderon; la renaissance du théâtre en Espagne avec Moratin est suivie au Mexique par le théâtre de Gorostiza.
Mais les événements de 1867, je le répète, avaient créé une génération nouvelle et orienté les esprits vers des modèles nouveaux. On se préoccupe des auteurs étrangers, et, de ]iréférence au latin, on étudie le grec dans les écoles. On lit Stuart Mill et le Cosmos de Ilumboldt, Gœthe et Schiller. Altamirano fait connaître Lessing. Peredo traduit le Dante, les drames de Paolo Ferrari, et publie sa célèbre étude de critique sur Œdipe au sujet de la tragédie de Martinez de la Rosa; le vieil acteur espagnol, Valero, ouvre une chaire de déclamation et recrute une troupe mexicaine pour représenter des œuvres nationales; la Ristori vient au Mexique et y fait une tournée triomphale. On fonde un théâtre national, et de cette impulsion donnée à l'art dramatique sort bientôt le talent avec le grand dramaturge José Peon y Contreras, le rival d'Echegaray.
Des sociétés scientifiques et littéraires s'organisent de tous côtés, avec leurs journaux. C'est une ère de progrès et de liberté ; le ministre de la Justice, Iglesias, protège la Société des Libres Penseurs à laquelle appartiennent beaucoup de ces écrivains de la nouvelle génération, et, à côté d'elle, on rencontre la Société catholique, qui compte des talents de premier ordre.
Le Mexique a dès lors ses écrivains, ses poètes, ses romanciers, ses dramaturges. Ils appartiennent à tous les genres; car, à proprement parler, il n'existe plus à'écoles littéraires. Il y a eu un Mexique classique, celui de Tagle; un Mexique romantique, celui de Galvân; aujourd'hui, il y a un Mexique moderne, éclectique et universel.
Peut-être est-ce la poésie qui a tenu et tient encore le premier rang en littérature; cela est naturel, car les Mexicains sont un peuple latin, et les nations latines se plaisent au rythme et aux
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images, elles aiment la mesure et le vers sonore. Le Mexique a hérité de l'Espagne le culte de la poésie.
Elle est considérable à présent, l'œuvre des poètes mexicains; il faudrait un volume, je le répète, pour retracer l'histoire de la poésie au Mexique. Ce volume existe d'ailleurs, c'est l'œuvre magistrale de Francisco Pimentel, qui dans son admirable livre : Historin critica de la poesia en Mexico, nous montre le développement de la ])oésie depuis l'origine jusqu'à nos jours. C'est un ouvrage documenté, vivant, d'un style coloré et vif, qui a placé son auteur en tête des critiques nationaux.
Le Mexique, je l'ai dit, a banni les écoles et les genres. Nous sommes déjà loin du lyrisme classique de Sanchez de Taglc ou (hi romantisme de Uodriguez Gaivân; toutes les écoles actuelles sont représentées chez les poètes. Guillermo Prieto, Justo Sierra, Acuiïa, Ignacio Hamirez, Luis G. Ortiz et tant d'autres, sont tour à tour lyriques, tragi([ues, épiques et, à la fois, anciens et modernes. Ce sont des poètes nationaux, comme Guillermo Prieto, le poète des humbles et des tristes, ce grand créateur qui pendant quarante ans a rempli les journaux et les revues, poète national et populaire, qui se sert souvent, comme dans sa Musa Callejera (Muse faubourienne), du dialecte particulier à Mexico, — dialecte si curieux et si étrange, composé d'espagnol et de mots indigènes. — Populaires aussi, José M. Esteva, de Veracruz, poète des légendes et des romances de sa patrie, poète des Jaroc/ios, et Manuel M. Flores et José Rosas, poètes de toute «me race. Ces auteurs sont de vrais Mexicains : ce sont les mœurs, les coutumes, les légendes de leur pays ([u'ils ont voulu peindre, et de là leur succès et leur originalité.
D'autres s'inspirent des poètes étrangers, coniTiie Segura, rexcellent traducteur de la Cloche de Schiller, qui recherche le style et la forme des anciens classiques, ou, comme Roa Bârcena et Arango y Escandon, recherchent le style romantique et traduisent le Mazeppa de Byron, ou, comme Vigil, s'inspirent des anciens de Rome et les traduisent. Ortiz imite Catulle et Properce, poètes élégiaques de l'empire latin; son délicieux volume les Ayes del Aima a la grâce légère des poésies françaises du xviii° siècle. Il fnidrnit les nommer tons; or ils sont légion les poètes mexicains.
ot une nomenclature ne suffirait pas. Ce qui se dégage de leurs productions, c'est surtout un sentiment national. Ce ne sont plus des poètes espagnols, mais, encore une fois et heureusement, des poètes mexicains. Ce qu'a voulu avant tout la nouvelle génération, c'est être véritablement nationale, et elle y est arrivée. Manuel Acuna, passé à la postérité. Manuel Flores, si tendre et si passionné, Juan de Dios Peza, le doux chantre du foyer et des enfants, qui a publié La Lira Mexicana^oix il a fait connaître non seulement ses œuvres mais aussi celles de ses confrères, en les répandant à l'étranger, sont vraiment des poètes du sol.
Elle a toute la gaieté et toutes les tristesses de son siècle, celte poésie mexicaine moderne, soit qu'avec Javier Santa Maria elle rie amèrement, soit qu'avec Antonio Plaza elle pleure, soit qu'avec Contreras elle touche au tirame. Cette poésie se préoccupe vivement du style et recherclic la forme élégante. Peredo en a tracé les règles dans son Arte mclrica.
Enfin, dans ces dernières années, ont brillé et sont devenus ])opulaircs dans tous les pays de langue espagnole, voire dans la ])éninsule ibérique, trois poètes mexicains, dont l'un est mort en pleine jeunesse : Manuel Gulierrez Najera, (|ui a ])u éclipser ses devanciers, Salvador Diaz Miron, dont les chants h lord lîyron et à Victor Hugo sont universellement admirés, et Luis Urbina, dont le talent s'épanouit et <pii travaille actuellement aux côtés de M. Justo Sierra, le sous-secrétaire d'Etat à l'Instruction ])ublique.
Ce sont là plus que des efforts, c'est une littérature tout entière qui est formée; le talent se manifeste partout, aussi bien dans le théâtre et dans le roman que dans l'histoire et dans la criti(|ue.
nOMAN ET IIISTOIUE
Le Mexi(jue a sos ronianciiMs aussi, et c'est principalement tians le roman, — ce miroir des mœurs, — que l'on peut étudier le caractère d'une littérature. Et c'est peut-être lui qui fait la gloire littéraire du Mexique. Le roman national existe depuis longtemps; il a été créé jiar Fernandez de LizardT, « el Pensador mejicano », comme on' le surnommait de son temps. Le Periquillo et La Quil'otita sont les œuvres types du roman mexicain. Ces anivres ne périront j)as. Le Pcriffuillo est le Gil Bios du Mexique, roman satirique, curieuse peinture de mœurs d'autrefois, précieuse pour l'étude d'une race. La Quijulila, sous une forme légère, est un roman puissant, qui renferme tout un plan de réformes de l'éducation de la femme. Fernandez de Lizardi fut le précurseur de Mora, de .M. Lerdo de Tejada, de Juarez, de Ramirez et de Zarco. 11 faut mentionn(M' aussi F'ernando Orozco y Berra, l'auteur de La Guerra de treinta ahos, sorte d'autobiographie, où sont dévoilés les al)us et le mauvais côté des mœurs léguées par le régime colonial. Dès l'origine, le roman mexicain a été national et a produit plusieurs chefs-d'a'uvre.
Mais riiistoire du roman mexicain est celle du roman euroJ)éen. Pendant (pi'lùigcnc Sue obtient, en Europe, son succès retentissant, le .Mexique le lit, et Pantaleon Tovar l'imite. D. Manuel Payno publie El Fistol del Diublo à la suite du Fils du Diable de Paul Féval. Au xix'' siècle, le roman mexicain et le roman français se dévelop|)ent parallèlement, et Mexico produit des romanciers comme Altamirano, Delgado et Sancho Polo.
Et cette littérature mexicaine est complète, car elle a ses critiques. C'est l'indice le ))lus certain qu'il existe une littérature mexicaine. La critique n'est j)as un genre secondaire, mais elle ne
naît qu'en second lieu. Il faut des productions et des créateurs pour qu'il existe des critiques. Ils créent en discutant les créations. Ce sont des générateurs d'idées. Le Mexique en possède, et d'illustres. La critique littéraire eut son journal dès le milieu du siècle, El Zurriago, rédigé par le comte de la Cortina, qui défendit les lois et la pureté du langage. Ce fut un critique âpre et sévère des écrivains de son temps. De nos jours, Altamirano, qui habita la France et y mourut, ainsi que Manuel Peredo, ne sont pas seulement des critiques mais aussi des penseurs. Les critiques d'art sont également nombreux : Aniceto Ortega et Alfredo Bablot sont connus.
Cette renaissance littéraire est générale; le Mexique a ses philosophes et ses historiens : Lucas Alaman, qui écrivit l'histoire du Mexique pendant la guerre de l'Indépendance, de remarquables Dissertations sur Fernand Cortcz, l'époque coloniale et l'histoire d'Espagne aux xv", xvi", xvii° et xviii^ siècles; Carlos Maria Bustamente, l'écrivain de la guerre d'Émancipation; Lorenzo de Zavala et José Maria, L. Mora, qui ont traité des premières guerres civiles du pays; Vicente Riva Palacio,qui avait entrepris cetteœuvre remarquable, le Mexique à travers les Siècles, avec le concours éclairé de Chavero, Vigil, Julio Zârate, Arias et Olavarria; Orozco y Berra, qui a publié une œuvre admirable, VHistoria antigiia de Mexico. Enfin, Garcia Ycazbalzeta, Luis Gonzalez Obregon et Francisco Sosa, par des investigations dans les archives historiques, des publications de documents inédits et de biographies nombreuses, ont prêté de réels services.
Nous n'avons pas l'intention, — encore une fois, le temps et l'espace nous manqueraient, — de donner ici une étude complète de la littérature mexicaine. Il y aurait trop de noms à citer parmi les disparus, comme parmi les vivants, trop d'œuvres intéressantes à étudier longuement. Notre seul but est de constater la vitalité toujours croissante de la littérature mexicaine et de la saluer.
Le Mexique devait nécessairement avoir une littérature brillante. Tout l'indiquait : son passé glorieux, son chaleureux patriotisme, sa civilisation, jeune et active. C'est une terre ardente que la terre mexicaine, c'est une nature courageuse et héroïque que la nature mexicaine. Sur ce sol de feu, arrosé du sang de tant de
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martyrs de la foi, de tant de victimes tombées pour la liberté, devait fatalement germer une littérature ardente et généreuse. « Les fleurs les plus belles et les])lus parfumées, ditMacaulay, sont celles qui croissent sur ces terres que fertilise la pluie de feu des volcans. »
Les événements de 1867, je le redis encore, donnèrent un nouvel essor à la littérature, et la firent progresser en lui apportant des modèles nouveaux.
Dès le lendemain de la guerre, surgit naturellement une littérature patriotique, et innombrables sont les articles de journaux et de revues, les narrations, brochures et discours ayant en vue le triomphe de la Nation. Albert Hans dans son ouvrage : la Guerre du Mexique selon les Mexicains, nous a révélé tout ce que les historiens du pays ont su tirer de ces événements. Chaque armée a son chroniqueur, chaque fait d'armes, son poète. Des généraux, des ministres, des rimeurs, ont raconté cette guerre, d'où est sorti le Mexique régénéré. Guillermo Priclo l'a chantée. Biographies particulières, récits politiques et militaires, tout existe. Les héros de la patrie mexicaine sont célébrés, non seulement par les poètes mais par les orateurs. Ignacio M. Altamirano a rassemblé les éloquents discours prononcés à l'occasion d'anniversaires ou de fêtes patriotiques, et dans lesquels l'Histoire butinera.
Donc, toute une littérature est née de la guerre, qui a produit aussi des romanciers comme le député Juan A. Mateos, — auteur du Soleil de Mai et du Ceiro de Las Campanas, — Olavarria y Ferrari, qui a publié Los Episodios nacionales, et Victoriano Salado Alvarez, qui a écrit Las Novelas historicas. Toutes ces œuvres, semées de « mexicanismes », rappellent les récits espagnols de Percz Galdôs. Et cette source n'est pas près d'être tarie.
La guerre contre l'intervention étrangère ne créa pas seulement une littérature patriotique; elle fit plus, elle orienta vers une voie nouvelle toute la littérature mexicaine. Le Mexique, séduit par la renaissance de la littérature espagnole, écoutait alors avec délices parler Castelar; il était séduit par la grâce de Campoamor. La littérature mexicaine allait encore une fois redevenir espagnole quand survint la guerre. Les guerres rapprochent parfois ; celle du
Mexique fut sanglante ; on se battait de part et d'autre avec énergie, et cependant sans haine, en s'estimant des deux cotés. Les hostilités terminées, non seulement tout dissentiment disparut, mais un rapprochement se fit entre les deux nations. Elle était puissante, en effet, la France de 1867, et on ne pouvait encore prévoir 1870. L'Exposition attirait le monde entier à Paris, Victor Hugo sur son rocher de Guernesey remuait l'Univers, Dumas fils avait succédé à son père; la France rayonnait sur les deux hémisphères par ses arts et sa littérature. Et c'est vers les modèles français que se tournèrent les écrivains mexicains. Nos désastres de 1870 accrurent encore |)our nous la sympathie du peuple mexicain. La France vaincue, Napoléon renversé, la République ])roclamée, rapprochèrent davantage les deux pays. La littérature devait s'en ressentir. La langue française est sœur de la langue espagnole, la culture intellectuelle est la même. Les Etats- Unis, de leur côté, progressaient alors, avec leur production énorme de journaux et de livres ; mais leur influence fut nulle sur la littérature des Mexicains, qui n'ont pas de sympathies pour la langue et l'esprit anglo-saxons. La France est en réalité plus près du Mexique que les Etats-Unis. D'ailleurs, Paris centralise la littérature de l'Europe, traduit et joue les auteurs de l'univers.
Mais, de nos jours, nous voyons s'accentuer un mouvement intéressant au Mexique. La France cesse d'être jiour ce pavs le seul représentant de la littérature européenne. L'Espagne renaît avec Perez Galdos, Echegaray et Pardo Bazan. Ce mouvement littéraire est accueilli avec joie par l'Amérique qui retrouve sa langue maternelle, cette langue que l'Académie mexicaine, correspondante de l'Académie royale de Madrid, propage dans toute sa pureté.
L'éducation littéraire, à présent complète, du peuple mexicain qui aime les arts et les lettres, s'est faite sous ces diverses influences. Le temps n'est plus où l'art était l'apanage d'une élite intellectuelle; l'art et la littérature sont devenus populaires. Les classes dirigeantes, la presse, ont fait l'éducation du jieuple. Le Mexique joue maintenant son rôle dans le mouvement littéraire du monde.
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