‹ Le Mexique au début du 20e siècleChapitre 35 sur 39 · POPULATION ET COLONISATION · texte numérisé non relu

POPULATION ET COLONISATION

Avant tout, il est nécessaire de constater l'état de la population et son accroissement. Un recensement de 1869 l'évaluait à 8 millions 1/2. Celui de 1900 la porte à 13 611694; le prince Roland Bonaparte croit (pi'en tenant compte des omissions, on peut estimer ([u'en I90.'{ elle atteignait au moins le cliilllrc de 14 millions 1/2 (I). La densité moyenne est encore très faible : environ 7 habitants pai- kilomètre carré. Toutefois, cette densité dépasse 30 dans l'Anabuac. Ouoi qu'il en soit, le nondirc total des habitants s'est accru de 70 pour 100 depuis 1869 : aucun autre État américain de la zone intertropicale n'approche de ce taux.

Les mariages, incomplètement enregistrés jusqu'ici, sont en général très précoces; un quart des femmes entre en ménage vers 16 ans (2).

Les immigrants sont peu nombreux; on en a recensé 57 500 en 1900. Ce sont surtout des Espagnols (16258) et des Américains des Etats-Unis (15 265), attirés, les premiers par l'affinité de race, les seconds par la fréquence des rapports économiques. Les Français (3976) viennent après les Guatémaliens (5 804). Les Anglais, les Allemands, les Cubains, les Italiens, les Chinois figurent à

(1) M. Matias HoMERO, en 1895, estimait que la population était de 20 pour 100 environ «upi'rieure au recensement, parce que beaucoup de personnes se dérobaient par crainte de l'impôt. Dans The Annah of the American Academy of polilical and social Science (january 190.'t), M. Walter K. VVkyl évaluait la population totale à 15 ou 16 millions.

(2) Dans les cinq années 1897-1901,11 a été enregistré 2 33611:) naissances, 296 593 mariages, 2 317 454 décès : ce qui indique un excédent des naissances sur les décès de 0,8 pour 100, et une moyenne de 17,08 naissances par mariage. En 1901, la statistique accusait 470 060 naissances, 60 227 mariages et 444 900 décès. Ces chiffres ne donnent que de» indications .ipproitimatives; l'élat civil est encore imparfaitement tenu.

raison de 2 500 à 2 900, pour chaque nationalité. Cette immigration est profitable au pays et mérite d'être encouragée tant qu'elle ne menacera pas la nationalité mexicaine.

Les colonies mormones, dont M. Ilippolyte Gomot loue avecraison la valeur agricole, se développent rapidement, et paraissent, avec non moins de raison, au prince Roland Bonaparte, devoir être surveillées, à cause de leurs aspirations et de leurs instincts particularistes. Le prince Roland Bonaparte, qui a étudié de visu les Mormons, affirme que ces colons ne fusionneront pas avec la nation mexicaine; il les considère comme l'avant-garde d'un peuple prolifique et envahissant.

Quant aux Chinois, leur nombre s'est accru avec rapidité de])uis le recensement de 1900. Dans la seule péninsule du Yucatân, on évaluait, au commencement de 1904, leur nombre à environ 10000; ils travaillaient surtout dans les plantations de henequen. Des milliers d'autres ont débarqué dans les ports du Pacifique, principalement à Manzanillo. On peut dire que le total des « Célestes » dépasse celui des Espagnols ou des Nord-Américains. Les Chinois se montrent au Mexique, comme partout ailleurs, laborieux et vivant de peu, mais ils restent antipathiques aux nationaux.

Comme quantité de Chinois réussissent, malgré la prohibition, à pénétrer aux Etats-Unis par le territoire mexicain, l'administration nord-américaine s'est émue et a proposé au Gouvernement de Mexico des moyens de contrôle au débarquement, moyens qui n'ont pas été agréés (I).

Il est à craindre que l'immigration chinoise ne devienne une question épineuse pour la nation mexicaine. Le prince Roland Bonaparte, dont la haute compétence est indiscutable, le pressent.

On a souvent prophétisé une infiltration nord-américaine ; mais celle-ci, purement économique, ne prend pas de proportions inquiétantes. L'ancien mouvement de colonisation, partant du centre vers le nord, qui a accompli tant de merveilles sous la domination

(1) Le 14 décembre 1899, un traité a été signé à Washington entre le Mexique et la Chine relativement à l'immigration de travailleurs chinois.

espagnole, a repris avec vigueur. Ce renforcement constant des populations septentrionales tranquillise les amis de la nationalité mexicaine. Le rapide développement des États de Sonora, de Chihuahua, de Coahuila et de Nuevo Leôn a frappé les observateurs.

Malheureusement, le mouvement d'émigration vers le nord ne s'arrête pas à la frontière; il la dépasse, et l'émigration de travailleurs mexicains aux Etats-Unis, signalée par le prince Roland Bonaparte, s'accentue. L'élévation des salaires et leur paiement en or on est la cause. H y a là, pour le Mexique, une perte sensible.

Le président Porfirio Diaz a encouragé l'immigration par des immunités fiscales. Il a repris une tradition des vice-rois, en fondant dans plusieurs régions des colonies et même des villes. Les chemins de fer ont facilité ces créations. La soumission des Indiens « bravos » du Nord, auxquels a été faite une guerre d'extermination, et celle des Mayas rebelles du Sud, dont le j)ays, naguère impénétrable, est devenu un Territoire (Quintana Roo), placé sous l'autorité du Gouvernement central, faciliteront aussi le peuplement, en même temps qu'elles parachèveront l'unité du pays.

En somme, les faits que nous venons d'énumérer et qui sont savamment développés dans l'étude du prince Roland Bonaparte, riche en aperçus nouveaux, attestent que le corps ethnique de la nation mexicaine est sain et doué d'une forte vitalité.

Page 1