GOUVERNEMENT ET ADMINISTRATION
Un maître en politique, M. Léon Bourgeois, a donné une analyse de la Constitution mexicaine du 5 février 1857, qui a organisé une République démocratique, fédérale et représentative. Cette Constitution, inspirée par celle de 182^i, a été modifiée sur nombre de points par des amendements, notamment par celui de 1887 on vertu duquel le président, élu au scrutin secret pour quatre ans, ])ar des électeurs au second degré et sanctionné par la Chambre des déj)utés, peut être réélu plusieurs fois de suite. Une loi de 1904 vient de porter de quatre à six ans la durée de la présidence.
Le président exerce le Pouvoir exécutif; il est assisté de sept secrétaires d'Etat qu'il nomme et destitue, qui ne sont pas responsables devant le Congrès et ne peuvent pas en être membres. La vice-présidence, supprimée pendant un temps, a été rétablie en 1904. Le vice-président est élu par le sulfrage populaire.
Le Pouvoir législatif appartient au Congrès composé de deux Chambres électives : la Chambre des députés (232 membres), élue pour deux ans, qui, entre autres fonctions, a seule le droit de voter les impôts, et le Sénat, renouvable par moitié tous les deux ans (deux sénateurs i)ar Etat et deux pour le District fédéral), qui, entre autres pouvoirs, a celui de ratifier la nomination des hauts fonctionnaires. Une Commission de permanence, composée de quinze députés et de quatorze sénateurs, veille dans l'intervalle des sessions. Le Congrès s'est intimement associé, sans défaillance, depuis plus d'un quart de siècle, à l'action régénératrice du président Porfirio Diaz.
Emané directement du peuple, le Pouvoir judiciaire est exercé
par la Cour suprême de justice, laquelle tranche les difFérends entre les États, et par les tribunaux de district, dont les juges sont électifs; il a, entre autres missions, celle de sauvegarder If liberté des individus contre les abus de pouvoir de l'Administra tion. Les membres du Congrès et les fonctionnaires de tout ordre, jusqu'au président de la République, sont responsables de leur actes devant les tribunaux ou devant la Chambre des députés.
Chacun des vingt-sept États de la Fédération est maître de sa propre constitution et de son Gouvernement, pourvu qu'il ne se mette pas en opposition avec les lois fédérales, et qu'il n'élève pas de barrières douanières ou légales contre les autres États. Chaque Etat a son gouverneur, sa législature, ses tribunaux. 11 y a partout un jury en matière criminelle.
Cette Constitution, qui rappelle celle des États-Unis, n'est pas moins libérale en principe que celle-ci. Elle consacre la liberté individuelle et prohibe les vœux monastiques; elle affirme : l'égalité de tous les citoyens, la liberté religieuse, le droit d'association, la liberté du travail, la liberté de l'enseignement, sous certaines conditions, la liberté de la presse, le respect de la propriété. Les étrangers jouissent, à l'exception des droits politiques, des mêmes libertés que les nationaux; la naturalisation est facile. Mais, en somme, la Constitution mexicaine s'adresse à un peuple composé d'éléments encore hétérogènes, qui a été trop longtemps divisé par des préjugés de classe et troublé par des dissensions pour pouvoir être, en fait, appliquée dans toute son ampleur.
L'ordre présent est la préparation à l'exercice complet de la liberté future. Le président Porfirio Diaz s'est appliqué à l'assurer en consolidant le pouvoir central. Il a limité à cet effet, et en vue de « fortifier et généraliser le sentiment fédératif », l'autonomie municipale de la capitale. Voici quelques exemples de cette politique. Depuis l'année 1903, les municipalités du District fédéral, et particulièrement celle de la capitale, sont devenues des Commissions consultatives, placées sous l'autorité directe du Pouvoir exécutif. Un article additionnel à la Constitution a interdit aux États de con-
tracter des emprunts à l'étranger : mesure importante dont le but est d'empêcher que d'imprudents contrats ne compromettent le crédit de la nation sur le marché du monde.
Des bandes de brigands, épaves des guerres civiles, répandaient la terreur dans le pays; l'organisation de la garde rurale, celle de la police urbaine dans le District fédéral et l'énergie du président ont fait disparaître ce fléau. Au nombre des mesures qui témoignent de la sollicitude du Gouvernement pour l'amélioration matérielle et morale do la po|)ulation, il est juste de citer la création, à Mexico, d'un pénitencier modèle, l'interdiction des jeux de hasard, l'amélioration des asiles d'enfants et des hôpitaux, le dessèchement de la Vallée de Mexico et l'assainissement de la capitale.
La question religieuse a été tranchée par la séparation absolue de ri^lglisc et de l'Etat; les propriétés ecclésiastiques sont devenues des biens nationaux; les communautés religieuses sont interdites. Néanmoins le clergé catholique, qui a reconstitué ses cadres, continue à exercer une grande influence sur les esprits.
De 1827 à 187,5, assure M. Léon Bourgeois, « aucun pays ne pouvait passer pour plus réfractaire à l'établissement d'une situation pacifique et normale ». Cependant, grâce à la politique intérieure dont nous venons d'esquisser les traits essentiels, et qui a été suivie avec fermeté et persévérance pendant trente ans, le Mexique est sorti du chaos. M. Léon Bourgeois dit avec raison : « Il n'est pas, en Europe, un homme d'Etat qui ne serait fier d'avoir obtenu ces résultats. »
L'œuvre est-elle achevée? Non. L'esprit, les institutions et la fortune des peuples sont sans cesse en mouvement vers un devenir perpétuel : c'est ainsi que la civilisation a une histoire. Si l'évolution se manifeste chez les nations mûries par les siècles, à plus forte raison chez la nation mexicaine, dont l'entrée dans la carrière du développement pacifî([ue ne remonte guère au delà d'une génération.
FINA.NCES ET CREDIT l'IjULIC
Une des questions les plus ardues était la question linancière (1). C'était aussi une de celles dont la solution était le plus nécessaire pour le relèvement de l'État.
Les recettes du Trésor, dans la période 1822-1844, avaient été en moyenne de 14 millions de piastres (2) et même, en 1844, avaient monté jusqu'à 34 millions de piastres (3); elles étaient descendues, sous l'influence des discordes civiles et des guerres étrangères, à 10 millions de piastres (4) en 1852-1853; puis, après s'être un instant relevées, elles avaient fléchi jusqu'à 5 millions (5) en 1865-1866. Les dépenses excédaient alors les recettes de 30 pour 100 et le déficit en dix ans (1867-1878) avait dépassé 50 millions de piastres (6).
Durant sa première présidence (1876-1880), le général Porfirio Diaz releva les recettes à 20 millions 1/2 (7) en moyenne et même à plus de 23 millions (8) la dernière année. Les charges restaient encore écrasantes; la dette extérieure était en soufFrance; une grande partie des revenus était engagée ; les fonctionnaires étaient incomplètement payés.
Depuis 1884, le président Porfirio Diaz a t'ait de la restauration
(1) Voir dans Ceographical and Stalislical noies on Mexico, par M. Malias Romkho (p. 139), le tableau «les recettes et dépenses depuis 1822.
(2) 76 millions de francs. Celle conversion de piastres (peso en espagnol) en francs et les suivanles sont calculées au pair, à raison de 5 fr. 40 la piastre. La diminution de valeur du métal argent par rapport à l'or a élé pour ainsi dire continue depuis 1875 sur le marche général, si bien que l'once d'argent, qui a valu en moyenne 60 pence 1/2 à Londres en I87I, n'en valait que 26,816 en 1903.
(3) 18'i millions de francs.
(4) 55 millions de francs.
(5) 27 millions de francs.
(6) 270 millions de francs.
(7) 111 millions de francs.
(8) 124 millions de francs.
des finances la grande affaire de son administration. Il a été puissamment secondé dans cette œuvre par le savant économiste, M. José Yves Limantour, auquel il a confié, dès 1893, le portefeuille des Finances.
Des économies furent alors réalisées, principalement ])ar la diminution du nombre des employés; des impôts nouveaux furent établis sans que les contribuables parussent en être trop foulés. La dette flottante fut consolidée (1885); la dette extérieure, contractée à Londres, fut réduite, en 1887, à '.iO millions de piastres (1); deux emprunts, l'un de 10 millions 1/2 de livres sterling (2), négocié à 6 pour 100 sur la place de Berlin, facilita la liquidatioji d'une grande partie du passif (1888), et l'autre, de 6 millions de livres (3), fut affecté au paiement des subventions accordées aux chemins de fer (1890); de nouveaux emprunts durent être faits : ils réussirent. Les titres anciens, multiples et divers, furent convertis (1893-1894) en titres de rente. « 11 n'y a plus de dettes flottantes, disait en 1896 le président, tout le passif de la nation est représenté en titres réguliers de la dette; qui portent intérêt. »
Les effets'^de ces réformes étaient déjà très sensibles à cette date. Ils devinrent plus manifestes durant les années suivantes. Aussi, en 1899, le Mexique a-t-il jju réaliser un emprunt de 22 700000 livres sterling (4) à 5 pour 100 pour rembourser celui qu'il avait contracté douze ans auparavant à 6 pour 100.
Quoique les revenus publics, qui ne dépassaient pas une vingtaine de millions de piastres en 1877-1878, se fussent élevés à 38 millions 1/2 (5) en 1889-1890, ils ne suffisaient pas encore pour solder les dépenses. Le déficit s'aggrava durant plusieurs exercices; il excédait 6 millions de piastres (6) en 1892-1893.
Le Gouvernement est enfin sorti des embarras financiers. En
(1) 162 millions de francs.
(2) 265 millions de francs.
(3) 151 millions de francs.
(4) 572 millions de francs.
(5) 208 millions de francs.
(6) 32 millions de francs.
1901-1902, les recettes du Trésor fédéral, dont près de la moitié est fournie par les douanes et presque autant par l'impôt du timbre, ont été de 66 774380 piastres (1) et les dépenses de 62275101 piastres (2). Il y a donc eu excédent des premières sur les secondes.
Les résultats de l'exercice 1902-1903 sont encore plus remarquables : 76023 416 piastres en recette et 68 222 522 en dépense, d'où un excédent de 7 800 894 piastres (3), c'est-à-dire de plus de 1 1 [)our 100.
Pour avoir une idée complète des dépenses publiques, il faut, au budget fédéral, ajouter les budgets des États dont le total formait, en 1902, 18 086952 piastres (4) en recette et 17 322707 piastres (5) en déj)ense, plus les budgets municipaux qui se sont élevés à 10 490901 piastres (6) en recette et à 10148 804 piastres (7) en dépense.
C'est iMi laison de l'amélioration générale des finances que le crédit du Mexique s'est relevé; l'emprunt extérieur, qui avait été coLé sur les places d'Europe 58 francs (le titre de 100 fr.), monta à 90 francs en 1895 et dépassa le pair à la fin de l'année 1899. Le 31 mars 1904, les bons du 5 pour 100 mexicain en or étaient cotés 103 à Londres (8).
Le Gouvernement mexicain en a profité, très légitimement, pour convertir en 5 pour 100, comme nous venons de le dire, les emprunts qu'il avait contractés à des taux supérieurs. Ses titres, néanmoins, ont de nouveau dépassé le pair en juin 1903.
Le président Porfirio Diaz a d'autant plus de mérite d'avoir atteint ce but qu'il a été, comme le font remarquer MM. Paul Leroy-Beaulieu et Alfred de Foville, fortement contrarié par la
(1) 361 million» de fr-incs. L'impôt du timbie, établi parla loi du 25 août 1893, a produit 25 millions de piastres.
(2) 336 millions de francs.
(3) 39 millions de francs.
(4) 98 millions de francs.
(5) 9'i millions de francs.
(6) 57 millions de francs.
(7) 55 millions de francs.
(8) Le ô pour 100 eu argent était coté i2.
338 LE MEXIQUE AU DÉBUT DU XXe SIÈCLE
baisse de l'argent. D'autre part, les droits de douane, qui constituaient une des fortes recettes du Trésor, étaient calculés sur la monnaie d'argent. Or le métal blanc qui, en 1876, était encore dans le voisinage du pair (1), a ])erdu presque constamment depuis vingt-cinq ans, si bien qu'en 1903 il valait, sur le marclié des métaux précieux, moins de la moitié (24 pence 1/16 l'once) de ce qu'il avait valu : d'où diminution de la fortune des propriétaires de mines et aussi diminution des recettes du Trésor. A cette dernière diminution on a en partie remédié en prenant, par la loi du 1" janvier 1903, une base en or pour le paiement des droits de douane, obstacle à l'importation (imparfaitement compensé, au point de vue de l'intérêt général, par le bénéfice que pouvaient trouver les exportateurs de produits, autres que l'argent), menace de crise commerciale, surcharge considérable pour le paiement des arrérages de la dette extérieure, qui, par exemple, coûta, pour l'échange de l'argent en or, près de 28 millions de francs en 1892-1893.
Le Gouvernement s'est éclairé de l'avis des principaux intéressés f[u'il a consultés dans une Commission constituée en février 1903. Des conseillers l'incitaient à payer en monnaie d'argent comme si elle avait conservé le pair : c'eût été une sorte de banqueroute. Le Gouvernement a eu la sagesse de ne pas le faire, et il a eu grandement raison; car c'est à cette sagesse qu'il doit en grande partie l'estime dont jouissent aujourd'hui ses titres. D'ailleurs, il semble que la baisse de l'argent soit enrayée, pour un temps au moins.
La suite d'opérations qui oui placé le crédit du Mexique au niveau de celui de plusieurs grands Etats européens, est le fait d'une administration sagement réj)aratrice. En le constatant, M. Paul Leroy-Beaulieu a ré]>élé le mot d'un des meilleurs ministres de la Restauration, le baron Louis : « Faites-moi de bonne ]X)lilique, je vous ferai de bonnes finances. » On peut ajouter tpie de bonnes finances aident beaucoup à faire de bonne politique.
|1) Le cours moyeu de l'once d'argent à Londres, eu 1871), a été de 52 pence 3/4.
AllMEK KT MAUINK
Un Gouvernement doit toiijoiiis avoir à sa disposition une Ibrce armée suffisante pour maintenir l'ordre et assurer la sécurité à l'intérieur, pour défendre au besoin le territoire contiez une agression étrangère, et aussi pour faire respecter au dehors le drapeau national. « Aucun peuple, dit avec raison le général Niox, ne peut se croire à l'ahri des dangers de la guerre. »
Ce n'est pas l'habitude des armes qui man([uait aux Mexicains; les partis n'en avaient que trop fait usage dans les dissensions intestines. Ce n'était pas non plus l'endurance aux fatigues et l'intrépidité devant la mort; le général Niox, qui les a éprouvés à l'œuvre, rend hommage à leur valeur. Ce qui leur manquait, c'était une bonne organisation militaire. Le président Porfirio Diaz s'est appliqué à en doter son pays.
Le général Niox explique avec précision comment a été réglé le recrutement et ont été constitués les cadres au moyen de lois nouvelles, notamment par celle du i"' juillet 1901, posant le princi])e du service obligatoire pour tous, de vingt à cinquante ans, combinant en fait les engagements volontaires et la conscription, distribuant les recrues des diverses classes sociales dans les cor])s de troupes, instituant ou restaurant des écoles militaires et créant un important matériel de guerre.
On estime d'ordinaire l'effectif tie l'armée (pi'un pays peut entretenir sur le pied de paix à un centième de sa population. Le Mexique pourrait donc maintenir 140 000 hommes sous les ilrapeaux. Or il n'a que 31 000 hommes, dont 3 500 officiers, en troupes de ligne permanentes. Le nondjre des officiers est relati-
vement élevé parce qu'ils doivent permettre d'encadrer des efïectifs de guerre atteignant à 220000 combattants.
Il y a deux réserves. La première se compose de la garde rurale, des douaniers de la frontière du Nord et des côtes, des troupes de gendarmerie du District fédéral et des Etats, le tout montant à 20 000 hommes environ ; la seconde est constituée par les levées mobilisables des Etats, réserve mal exercée, mais qui peut être utilisée pour compléter les effectifs des troupes de ligne.
L'armement est moderne et de bonne qualité.
Quant à la flotte, elle n'existe encore qu'à l'état embryonnaire : quelques canonnières et corvettes en acier, dont trois construites récemment à Gènes et à New York. La grande étendue des côtes imposera au Mexique d'avoir une marine en état de les ]>rotéger. Ce sera l'œuvre de l'avenir et, dès maintenant, cet accroissement nécessaire est prévu par l'allocation de nouveaux crédits au budget général (1).
Au reste, le Mexique ne peut se passer maintenant d'une escadrille sur le Pacifique, océan qui jouera un jour un rôle équivalent à celui qu'a joué la Méditerranée dans les rivalités de l'Ancien Monde. C'est ici le cas de rappeler un mot célèbre : Un peuple sans marine est un oiseau sans ailes.
(1) Le budget de la guerre et de la marine ne dépassait pas, en 1901-1902, 14 millions de piastres (33 millions 1/2 de francs). La proportion, ainsi que le constate M. Paul Leroy- Beaulieu, n'est pas exagérée relativement au total du budget.
Répandre l'instruction est une des fonctions gouvernementales. « L'ardeur des gouvernements de tous les pays à propager l'instruction, disait le président Porfirio Diaz en i896, est la caractéristique de notre siècle... Si la diffusion du savoir est un bien dans toute organisation sociale, elle est une nécessité et une nécessité impérieuse, une question de vie ou de mort chez les nations vouées aux institutions démocratiques ou qui y aspirent. »
Sous l'administration coloniale, l'instruction était donnée presque exclusivement par des congrégations religieuses, jésuites, (jusqu'à leur expulsion) et franciscains, surtout, dans des écoles et des collèges. Cette instruction était très rudimentaire dans les premières, où la religion était la principale préoccupation, mais elle pénétrait jusque parmi les Indiens; elle était encore en grande partie scolastique dans les collèges.
Depuis la déclaration de l'Indépendance, c'est l'enseignement laïque qui s'est développé. Lancaster introduisit sa méthode au Mexique, et, pendant plus de trente ans, la Société lancastrienne dirigea les écoles du District fédéral; quelques fondations particulières furent faites. Quant au Gouvernement, il resta longtemps, sinon indifférent, du moins impuissant.
C'est à partir de la présidence de .Juarez que sa sollicitude s'est éveillée. La loi du 2 décembre 1867 créa l'organisation de l'enseignement public à trois degrés : écoles primaires entretenues par les communes avec subvention des Etats et enseignement primaire obligatoire, gratuit et laïque ; écoles préparatoires, c'est-à-dire enseignement secondaire, entretenues par les Etats; enseignement pro-
fessionnel, c'est-à-dire technique et supérieur, donné aux frais de la Fédération. De 1870 à 1876, le nombre des écoles doubla (4 500 en 1870, 8 165 en 1876) : c'était encore bien peu, puisque, sur 1 800 000 enfants d'âge scolaire, 369 000 s(^ulenient prenaient place dans ces établissements.
Durant sa première présidence, le général Porfirio Diaz, ne disposant pas encore de ressources pour des créations, s'attacha, comme il le dit lui-même, « à signaler le mal et ses remèdes » et à éveiller dans l'esprit des maîtres la confiance au progrès. Ce progrès s'est accompli durant la suite de ses présidences depuis 1884 : fondation de deux écoles normales (1887 et 1890), congrès dans lesquels les Etats fédérés eurent des représentants et toutes les grandes questions relatives à l'enseignement furent débattues (1889-1891). Le congrès réclama « un système national d'éducation populaire ayant pour base l'uniformité de l'instruction primaire, obligatoire, gratuite et laïque ». Il a été suivi des lois du 23 mai 1888 et du 21 mars 1891 sur l'application de l'obligation dans le District fédéral et les Territoires, application qui est réellement effective depuis 1900, puis de la loi du 3 juin 1896 sur la Direction générale de l'enseignement primaire. « Le flot vivifiant de l'instruction primaire monte de plus en plus dans les hautes régions, disait le président en 1900; le progrès a pénétré dans les villages. »
M. Gréard, dont la mort a été en France un deuil public pour les lettres et pour l'enseignement, a présenté le tableau de ce progrès avec sa haute compétence en matière d'éducation et avec l'autorité de son nom. En 1895, la statistique fixait le nombre des écoles de tout degré à 11500 et celui des écoliers à 803 686. Grande amélioration, mais insuffisante encore puisque le recensement de 1895 a enregistré 10 345 000 individus ne sachant ni lire ni écrire, et 323 000 ne sachant que lire; presque tous étaient des Indiens ou des métis.
VAnuario estadistico pour l'année 1901, dont M. Gréard a adopté les chiffres comme représentant le mieux la situation actuelle, a enregistré 12 136 écoles primaires (dont 6 434 entretenues par le
Gouvernement fédéral et les Gouvernements des Etats, 3 057 par les municipes, le reste par les particuliers ou le clergé) et 871 027 écoliers.
Il reste encore beaucoup à faire, et des années se passeront avant que la diffusion de la langue espagnole par l'école ait donné à la totalité des populations indiennes l'avantage d'une éducation propre à consolider l'unité nationale.
L'enseignement préparatoire, ou secondaire, a été organisé par la loi du 2 décembre 1867. 11 est donné dans 46 établissements publics. 11 a un caractère général, uniforme, reposant, comme le dit la loi du 2 juin 1896, » sur les études nécessaires pour le développement harmonique des facultés ».
M. Gréard entre dans les détails au sujet du fonctionnement du Lycée français qui a été fondé à Mexico, en 1896, sous le patronage du ministre de France et avec l'appui du Gouvernement mexicain; destiné sur-tout aux enfants des négociants français, cet établissement a adopté, en 1903, un programme commercial. « Les écoles commerciales sont le fondement de la prospérité des grands peuples », disait M. .lusto Sierra, sous-secrétaire d'État, à l'inauguration de ce nouveau régime. Les Allemands et les Anglais ont ouvert aussi des établissements à l'imitation de la France.
A un niveau plus élevé se trouve l'Ecole préparatoire de Mexico, laquelle reçoit l'élite de la jeunesse mexicaine et lui donne, par un cours de six années, une instruction à la fois théorique et pratique. Le Gouvernement se préoccupe justement de l'éducation des filles. Celles-ci forment déjà plus du tiers de la clientèle des écoles primaires, la moitié du personnel enseignant de ces écoles et elles ont des écoles secondaires spéciales, particulièrement le Collège de la Paix, créé au xvin" siècle et réorganisé en 1900, ainsi que l'Ecole des Arts et Métiers, dont le nombre des élèves a quintuplé en dix ans.
Les écoles professionnelles donnent un enseignement technique ou supérieur : droit, médecine, beaux-arts, agriculture, génie civil et militaire, commerce, etc. La statistique de 1901 a enregis-
tré 62 écoles de cet ordre dont 12 écoles nationales. La méthode expérimentale y est recommandée : on veut faire des hommes pratiques.
La séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui a rendu l'enseignement libre, n'a attaqué ni le culte, ni le sentiment religieux qui reste vivace dans l'âme du peuple mexicain. On compte maintenant 27 séminaires, dont plusieurs se sont appliqués à moderniser leur programme d'études.
Un Conseil supérieur de l'éducation nationale a été récemment créé; « sous son active et libérale administration, conclutM. Gréard, tout s'achemine vers un progrès réfléchi et sûr, tout se pénètre du sens pratique qui est la marque de l'instruction au Mexique. »
Avant que le pays n'entrât résolument dans cette voie, bien des années s'étaient écoulées : les dissensions intestines avaient fait obstacle au progrès. Nous redisons volontiers après M. Gréard : « On ne fonde pas sur un sol qui tremble », et après M. Jules Claretie : « La littérature ne peut réellement se développer que dans le calme et la paix. »