SCIENCES, LETTRES ET ARTS
Dans le chapitre relatif aux sciences, M. Albin Haller rappelle combien les institutions scientifiques de Mexico avaient excité l'admiration d'Alexandre de Humboldt, et comment ensuite les « luttes et troubles qui ont accompagné la délivrance du Mexique ont longtemps paralysé son essor». « La tourmente passée, ajoute-t-il, on se remit à l'œuvre. »
A côté des explorateurs étrangers qui ont découvert, les uns des gisements miniers, comme Burkart, les autres des ruines révélatrices de la civilisation précolombienne, comme Mandsley et Désiré Charnay, M. Albin Haller cite les noms nationaux des géographes, archéologues, géologues, minéralogistes, naturalistes, médecins qui, depuis plus d'un demi-siècle, ont pris un rang parmi les maîtres de la science et qui font honneur à leur pays. La plupart se sont formés dans les grandes écoles mexicaines : Ecole nationale préparatoire. École de Médecine, Ecole nationale des Ingénieurs, Collège militaire et autres; plus d'un s'est distingué dans les Congrès internationaux et collabore aujourd'hui aux œuvres internationales de la science.
Le travail de la carte topographique du Mexique se poursuit : on peut le considérer comme la suite des levés commencés pendant l'expédition française sous la direction du capitaine Niox. Les observatoires prennent leur part dans l'établissement de la grande carte photographique du ciel, entreprise sur l'initiative de l'Observatoire de Paris et de l'Académie des Sciences de France. Un Institut bactériologique vient d'être fondé à Mexico et un Institut Pasteur ne tardera pas à y être installé.
Le Mexique a des savants, et les efforts que fait le Gouvernement pour développer le haut enseignement autorisent à penser qu'il en aura plus encore dans la génération qui grandit.
« Avons-nous une littérature? Avons-nous un art? demandent souvent les écrivains mexicains. « Je répète leur question, écrit M. Jules Glaretie, je répéterai ma réponse : le Mexique a déjà un art et a plus qu'une littérature, il j^ossède un peuple ayant le goût artistique et l'éducation littéraire. « Et M. Glaretie en accumule les preuves en citant dans le chapitre Art et Littérature des noms et des œuvres dont la liste est trop longue pour que nous la reproduisions dans ce résumé.
On a beaucoup construit au Mexique depuis trente ans; cependant M. Jules Glaretie n'ose pas encore attribuer à ce pays une architecture originale; mais il signale la libre allure des peintres et des sculpteurs.
L'éminent auteur constate la fécondité des écrivains dans des genres divers et particulièrement dans la presse. « Actuellement, la littérature mexicaine, après avoir été tour à tour espagnole, locale si je puis dire, évolue sans perdre son caractère national; elle suit le mouvement de la littérature universelle. »
M. Jules Glaretie, directeur de la Gomédie-Française, devait parler du théâtre. Son jugement, qui est celui d'un maître expérimenté, est favorable : « Le Mexique possède des artistes distingués dans le chant et dans le drame, dont il faut apprécier le talent. »
CONCLUSIOX GÉNÉRALE
TIlWAt'X PUBLICS ET VOIES DE COMMUNICATION
Les travaux publics ont fait l'objet d'une étude approfondie de M. Camille Krantz; ils sont de plusieurs genres.
Ceux qui ont été exécutés pour la navigation ont une importance capitale. Il n'y avait qu'un petit nombre de bons ports naturels, Acapulco par exemple. Le Gouvernement a dépensé des sommes considérables pour améliorer les autres, particulièrement Tampico et Veracruz. Ce dernier, qui n'était naguère qu'une rade foraine et dangereuse, a été entièrement transformé par des brise-lames et un chenal conduisant jusqu'à des quais nouveaux; il a été muni d'un outillage perfectionné et il abrite maintenant, en toute sécurité, les bâtiments du plus fort tonnage. Sont en cours d'exécution des travaux non moins nécessaires, à Coatzacoalcos, à Salina Cruz, à Manzanillo et à Mazatlân.
L'éclairage a été assuré sur la côte orientale; il reste à compléter l'œuvre sur le Pacifique.
Une nouvelle extension va être donnée aux travaux de l'intérieur par l'application du crédit de 6 millions de piastres (30 millions de francs), décrété en mai 1904. Sur ce crédit, 2 millions 1/2 sont affectés à l'adduction d'eau potable pour la capitale, et 2 millions 1/2 aux premiers travaux du Palais législatif de la Fédération. Ce monument, destiné au Sénat et à la Chambre des députés, dont le projet est l'œuvre d'un français, M. Emile Bénard, et dont l'exécution doit coûter une dizaine de millions de piastres, sera un des plus beaux du monde; on pense que l'inauguration pourra coïncider avec le centenaire de l'Indépendance.
348 LE MEXIQUE AU DÉBUT DU XXe SIÈCLE
Les voies de communication, dont l'établissement est une fonction d'Etat de premier ordre dans tous les pays, sont particulièrement importantes au Mexique, où la nature a dressé des reliefs constituant d'énormes obstacles à la circulation du commerce et à l'unité politique et morale. M. Camille Krantz a décrit en détail, avec la précision de l'ingénieur, le progrès accompli sous ce rapport en trente ans.
Les cours d'eau, à peu d'exceptions près, ne sont pas navigables. Le principal effort a consisté à leur donner, sur le plateau d'Anahuac, un débouché pour assainir la plaine. Le grand canal, dit Desague^ entrepris en 1889 et achevé en 1894, est en ce genre une œuvre grandiose, qui n'a pas coûté moins de 18 millions de piastres.
Les grandes routes étaient difficiles à construire et très coûteuses; il n'a été fait, sur ce point, que le strict nécessaire. Le Gouvernement s'est déchargé sur les Etats et les municipalités de la plus grande partie de l'entretien.
C'est surtout aux chemins de fer, qu'à l'exemple des Etats-Unis s'est attaché le Mexique. Mais, quoique la première concession remonte à l'année 18.37, l'exécution en a été tardive, parce que les révolutions effrayaient les capitaux. 11 n'y avait encore que deux tronçons suburbains desservant la capitale, lorsqu'en janvier 1873 fut inauguré le Chemin de fer Mexicain (Ferrocarril Mexicano) de Veracruz àMéxico(470 kil.). Cette œuvre (concession du 27 novembre 1867), entreprise par des capitaux anglais avec l'aide de travailleurs fournis par le Gouvernement, est considérable à cause des difficultés qu'il a fallu vaincre dans une montée de 2 532 mètres, considérable aussi par le résultat puisqu'elle relie la capitale à la mer et, par la mer, au monde entier.
Depuis l'arrivée au pouvoir du général Porfirio Diaz, la construction des voies ferrées a été poussée dans toutes les directions avec une infatigable activité et d'après un plan général méthodique. Aux capitaux mexicains se sont joints des capitaux étrangers, surtout ceux des États-Unis. De la collaboration étrangère se défiait le président Lerdo de Tejada; le président Porfirio Diaz, au contraire, l'a
COXCLUSION GÉNÉRALE 349
accueillie favorablement; il lui a accordé des avantages, soit en terrains comme dans la Grande République, soit en subventions pécuniaires (1) : le résultat a prouvé qu'il n'avait pas eu tort.
M. Camille Krantz a exposé les principes du régime légal et administratif des chemins de fer, dont la loi du 29 avril 1899 a fait trois groupes : voies d'intérêt général, voies d'intérêt local pour le District fédéral et les Territoires, voies d'intérêt local pour les États. Il a fait connaître en détail la construction et l'état actuel de chacune des lignes du réseau. Celles-ci ont deux directions princi- ])ales : nord-sud, reliant les États-Unis à Mexico, d'où elles se prolongent vers le Yucatân et le Guatemala; est-ouest, reliant le plateau à l'un et l'autre océan (ayant principalement une direction nord-est sud-ouest dans la partie méridionale du Mexique). Parmi les plus importantes se place le Chemin de fer Mexicain (Ferrocarril Mexicano) qui comprend la ligne maîtresse de Veracruz à Mexico avec ses embranchements et dont le trafic a doublé depuis dix ans. Très intéressante est la ligne qui traverse, de Coatzacoalcos à Salina Cruz, l'isthme de Tehuantepec et qui est destinée à avoir un trafic croissant tant qu'il n'y aura ])as de communication maritime d'un océan à l'autre.
Sans refaire, après M. Camille Krantz, l'histoire de chaque compagnie, nous nous bornons, sur ce point, à résumer son travail par quelques chiffres d'ensemble.
En 1876, le Mexique comptait 578 kilomètres de chemins de fer
en exploitation; au 'M décembre 1901, il eu possédait 18 432 (2).
L'accroissement des transports a été rapide : en 1896, 4 281 000
(1) Les subvenlioiis payées aux chemins de fer jiar le Trésor fcdéraL jusqu au 30 juin 1902, s'élèvent à la somme de l'i5 millions de piastres (72Ô millions de francs au pair). Pablo Macedo, Mexico y su evoluciôn social.
(2) Sur ces 18 i32 kilomètres, il y en avait, au 31 décembre 1901,3 937 à traction animale et 118 à traction électri(|ue. Plus de la moitié est à voie large (r"435); l'autie moitié est à voie étroite (0'"9I4); quel(|ues-uns môme sont à 0'°600.
Dans la catégorie des lignes fédérales (15 03i kil. en décembre 1902, d'après VAnuario esladistico, p. 118), il se trouve 17 chemins à traction par chevaux ou mules et 2 à traction électrique. Le département des Voies de communication et des Travaux publics a donné pour décembre 1903 une longueur de 16 11'» kilomètres, dont 15 953 avec traction par machines à vapeur.
voyageurs et 2 730000 tonnes; en 1899, 39 millions de voyageurs et 7 267 000 tonnes (1).
Nous devons ajouter quelques mots des mesures récemment prises par le Gouvernement dans l'administration des compagnies qui, formées avec des capitaux étrangers, paraissaient vouloir s(; grouper par des fusions ou des contrats dans un but d'intérêt particulier.
Le Gouvernement fédéral, agissant avec résolution et discrétion, a acquis la majorité des actions de plusieurs compagnies, et paralysé les visées du « Central Mexicain » qui devenait une puissance menaçante. De plus, il a acheté des tronçons d'une importance capitale, comme celui de Chiliuahua à Topolobampo. La constitution du « trust )) qu'on voulait opérer au préjudice du pays, le président et M. José Yves Limantour, son ministre, l'ont réalisée au bénéfice de la nation. Dès 1904, l'Etat mexicain a déjà la haute main sur un très important réseau reliant la capitale à la frontière des Etats-Unis, à celle du Guatemala et aux deux océans. Ce réseau se compose des chemins de fer « National », « Interocéanique », de la ligne traversant l'isthme de Tehuantepec et du chemin de fer de Veracruz au Pacifique, avec embranchements.
Ainsi ont disparu les craintes, qui avaient été vives, d'un monopole géré de New York par des capitalistes étrangers. D'autres considérations encore portent à approuver l'opération: le pouvoir
(I) Voir pour le Iradc îles principales ligues de clieiiiiiis de /'er Ceographical and Slalislical notes on Mexico, par M. Matias Romeiio (p. 19^ et siiiv,), el Anuario estadistico de la Repâlilica inexicana, 1902. Les cinq principales compagnies ont obtenu les résultats suivants :
l''fi'roeiirriI .Mexicain) (1873)
l'« A.NNKli uli voyageurs