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une n^ociation diplomatique. — Les plénipotentiaires recommençaient l'œuvre des consuls.
Ains» trois nations puissantes, après avoir vainement épuisé toutes les tentatives de conciliation envoyaient trois flottes à travers les mers pour reprendre d'une main patiente et résignée le fil négociateur, au lieu d'ordonner, comme c'était leur droit, et de fermer avec leurs baïonnettes la porte à tous ces subterfuges d'un gouvernement sans foi. — Ce fut une faute, une grande faute, et la mission de l'exministre Zamacona en était une preuve; elle montrait devant quelles difficultés on allait se trouver.
Les plénipotentiaires firent savoir au ministre mexicain général Doblado, que les troupes alliées se mettraient en marche irrévocablement vers le milieu du mois de février, pour prendre dans r intérieur, des campements plus fav orables et plus salubres, ils demandaient en outre une entrevue au ministre des affaires étrangères (1) .
(i) LES COMMISSAIRES ALLIÉS AU GENERAL DOBLADO.
9 février 1862.
Désireux de tenter un dernier effort pour prévenir un conflit qu'ils regretteraient sincèrement, les re-
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— Cette note est datée du 9 février 1862. Si la proposition est acceptée, le général Prim comte de Reuss est chargé par ses collègues, de s'entendre personnellement avec le ministre du gouvernement mexicain.
L'entrevue fut fixée au 19 du même mois; seulement il ne fut pas possible de se rendre au
présentants soussignés croient de leur devoir d'inviter S. Exe. le ministre des relations extérieures à venir s'entendre en personne avec M. le comte de Reuss, qui lui donnera en leur nom toutes les explications nécessaires et de nature à dissiper des doutes injurieux pour la loyauté des hautes puissances signataires de la convention du 31 octobre 186i.
M. le comte de Reuss se rendra en conséquence le 18 lévrier, à onze heures du matin, sur un point choisi à égale distance de laTejeria et de la Soledad, au Ranco de la Purga. Les représentants espèrent que M. le ministre des relations extérieures pourra se présenter à ce rendez-vous avec une garde d'honneur de cinquante cavaliers et de cinquante fantassins. M. le comte do Reuss sera accompagné d'une escorte semblable.
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lieu déttgné pour la conférence par le général Prim, à cause des impossibilités matérielles que cet endroit désert offrirait aux escortes. Le général Doblado fit proposer au général Prim de se rendre à son campement de la Zejeria, mais le général par courtoisie désigna pour la conférence le lieu qu'occupaientles forces mexicaines.
Ayant donc pleine et entière autorisation pour parler et agir au nom des commissaires alliés, le comte de Reuss partit le 18 avec une escorte de cinquante cavaliers. — A une lieue environ en avant de la Soledad, les généraux Doblado et Zaragoza attendaient le plénipotentiaire espagnol avec une voiture; celui-ci y monta avec les deux généraux; Tescorte resta à distance, et la voiture continua sa route, accompagnée par un escadron de carabiniers mexicains.
A dix heures du matin, elle arrivait à la Soledad. Le général Prim et le général Doblado se retirèrent aussitôt dans une maison isolée, où ils restèrent plusieurs heures en conférence secrète. — Dans celte conférence furent convenues d'un commun accord, les stipulations préliminaires d'un traité de paix.
On sait quel mécontentement profond, ces préliminaires causèrent au gouvernement de
TEmpereur ; examinons d*après la dépèche du général Prim lui-môme, les raisons qui Tont amené à les accepter fl).
Le général Prim qui semble avoir été, dès le début, sous le charme du général Doblado, trace ainsi son portrait, (c J'ai trouvé dans le général, dit-il, un homme très-distingué et de trèsbonnes manières, il m'a paru instruit des choses de son pays, et je crois qu'il y avait de la sincérité et de la franchise dans ses paroles, car il ne s'étendit pas, comme ont coutume de le faire d'autres personnes, sur les perfections de son pays ni sur la supériorité politique du parti auquel il appartient. 11 ne cacha pas les dilEcultés nombreuses qui entouraient le gouvernement, par suite disait-il , de cette espèce d'indépendance qui existe entre les différents Eiats. 11 parla longuement de l'excitation des esprits qui sont plus portés vers le trouble et l'anarchie que vers la paix et la tranquillité. »
Le général Doblado reconnut fort habilement, en effet, avec une résignation modeste peu en harmonie avec les habitudes mexicaines, que
(1) Le général Prim, au Ministre d'Etat. — Vera Cruz, 20 février 1862.
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les éléments militaires des alliés, tels qu'ils étaient à Vera Gruz, étaient plus que suffisants pour mettre en déroute les forces que le gouvemement de la république pourrait leur opposer (1). Après cet aveu dépouillé ou plein d'artifice, nous ne saurions au juste le dire, le général avoua que l'apparition des troupes étrangères sur le territoire mexicain avait produit dans le pays une excitation difficile à calmer. Les uns assuraient que la France venait avec la ferme intention d'établir une monarchie, les autres donnaient pour certain que T Espagne désirait reprendre son ancienne domination sur la république. — « C'est à cette irritation qu'il fallait avant tout, disait-il, donner le temps de se calmer, et si les alliés, animés de sentiments conciliateurs, ne forçaient pas le gouvernement à adopter précipitamment des mesures qui au-
(1) Cette appréciation pleine d'humilité est bien différente de Tarrogante lettre écrite quelques jours auparavant par le général Zaragoza (10 février 18G2), cette lettre prévenait les plénipotentiaires alliés, que le gouvernement mexicain avait bien voulu tolérer jusqu'à présent qu'ils étendissent leurs opérations militaires en dehors de la place de Vera Gruz, mais que si les troupes avançaient davantage, il marcherait contre elles.
342 MEXIQUE GOMTSMPORAm
toriseraient les mécontents à Taccaser de trahison envers le pays, on pourrait arriver encore à des arrangements pacifiques. » -« « Il faut, ajoutait-il, donner le temps à la majorité de la nation, de se persuader que les forces étrange* res ne viennent pas pour attenter à l'indépendance et à la souveraineté du Mexique. •
On voit à quel point la diplomatie aux allu* res lentes reprenait son rôle.
« Je répondis au général Doblado (écrit le général Prim), que nos gouvernements n'avaient pas le projet d'imposer au Mexique un système de gouvernement contraire à la volonté du pays, et je donnai les assurances les plus formelles que l'indépendance et l'intégrité de la république seraient respectées (1). »
(1 ) Procès-verbal de la douzième conférence, — Le gé" général Prim rend compte de son entrevue avec le général Doblado,
« Sans opposer la moindre difficulté, je consentis à déclarer que rien ne serait intenté contre la souveraineté, rindépendance et l^intégrité de la nation mexicaine, déclaration que nous avions faite spontanément dans notre première communication au gouvernement mexicain. Ensuite, le général m'observa que si, après que les troupes étrangères auraient pénétré paisiblement dans le cœur du pays, un accord n'était pas conclu, nous aurions réussi à reudre
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Enfin après quelques discussions peu importantes, les préliminaires suivants furent conve-
inutiles les principaux moyens de défense du gouvernement mexicain, en traversant en amis les points fortifiés qui se trouvent entre Vera Cruz et les villes que nous devons occuper. J*assurai M, Doblado que les positions fortifiées dans lesquelles les Mexicains ont tant de confiance sont des obstacles de peu dMmportance pour nos troupes, que cependant, afin qu'en aucun temps ni sous aucun rapport, on ne pût nous accuser d*avolr pénétré dans le pays d'une manière déloyale, nous irions, en cas de rupture des négociations, reprendre nos positions en dehors de la ligne fortifiée. Le ministre des afiaires étrangères demanda d'établir une trêve ou un délai, durant lequel nous ne pourrions faire usage de nos armes, après que nous serions retournés occuper nos anciennes positions. Mais loin d'accéder à une semblable exigence, je déclarai au général que le lendemain du jour où, dans notre mouvement rétrograde, nous serions arrivés à la limite qui nous était fixée, nous prendrions possession de ceiî fortifications si vantées.
« Bien que l'on eût songé à faire prendre position à une partie des forces alliées dans la ville de Jalapa, le général Doblado déclara : que Tehuacan se trouvant sur la même route que Cordova et Orizaba, et plus rapprochées de cette dernière ville que Jalapa, il serait peut-être préférable pour nous d'occuper les villes de Cordova. Orizaba et Tehuacan.
« Dans la prévision que nous aurions à former des hôpitaux sur les points d'occupation qui seraient abandonnés le jour où, en conséquence d'une rupture
nus avec le général Doblado. — Il est important de les connaître dans leur teneur.
nous * évacuerons lecsdites villes, je demandai à ce qu*il fût établi parmi les stipulations préliminaires que les hôpitaux resteraient sous la sauvegarde de la nation mexicaine; il me parut convenable de dire : la nation et non pas le gouvernement, afin d'empêcher les ennemis de celui-ci de commettre dans le dessein de lui nuire des désordres et des violences, dont la responsabilité retomberait sur le gouvernement. Enfin, le général Doblado m'observa que le pays en général avait trouvé très-mauvais que le drapeau mexicain eût disparu de la ville de Yera Cruz et du château de Saint Jean d'Ulloa, que, bien que cette exigence parût puérile, la majorité des Mexicains désirait ardemment voir flotter le pavillon national à côté de ceux des nations alliées. Je répondis au général Doblado, qu'à la rigueur ce n'était pas notre faute, si la bannière mexicaine avait disparu, puisque les garnisons de Yera Gruz et d'Ulloa, en abandonnant ces points le 15 décembre 1801, n'avaient pas seulement enlevé le drapeau, mais les banderolles. Comme ce point avait déjà été traité entre nous, puisqu'il nous était revenu que les Mexicains y attachaient une très-grande importance, tandis qu'à nos yeux il était sans aucune signification ; prenant de plus en considération que nous allions occuper pacifiquement des villes mexicaines où flotterait le drapeau mexicain, sans que nous fussions en droit de Tempècher, il me parut qu'il n'y aurait aucun inconvénient à accéder à cette exigence, certain que j'étais que mes collègues partageaient mon opinion.
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Malgré Tinterprétation que leur donne le comte de Reuss, on ne peut se dissimuler qu'ils se ressentent peu de l'autorité avec laquelle avaient le droit de parler les plénipotentiaires réunis de la France de l'Angleterre et de l'Espagne, après tant de manque de foi, de sévices et d'outrages contre lesquels étaient toujours restées impuissantes, les réclamations même les plus énergiques de nos représentants (1). —
(l) Convention ])rélimviaire de la Soledad, conclue entre le gouvernement mexicain d'une part et les plénipotentiaires de VEspagne, de la France et de la Grande-Bretagne d'autre part, le 19 février 1862.
Art !•'. Le gouvernement constitutionnel qui est actuellement au pouvoir dans la république mexicaine ayant informé les commissaires des puissances alliées qu'il n'a pas besoin de l'assistance offerte par elles avec tant de bienveillance au peuple mexicain, parce que ce peuple contient en lui-même des éléments suffisants de force pour se préserver de toute révolte intérieure; les alliés auront recours à des
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(4ertes ces préliminaires ressemblaient bien plus à des conditions acceptées qu'à des stipulations iniposécs par les ayant droits, tout y respire le désir exclusif d'éviter unconflit. — Ce désir a entraîné trop loin le général Prim, et en agissant ainsi, il compromettait la position.
L'article 1*', Tarticle A ot Farticle 6« ont sur-
traités pour présenter toutes les récUnnaUcos qu'ils sont chargés do faire nu nom do leurs nations respectives.
Art 2. Dans ce but, et les représentants des puissances alliées protestant qu'ils n'ont nullement Tintentlon de nuire à la souveraineté ou à rintégrlté de la république mexicaine, des négociation» seront ouvortoH à Oriziiba, oi^ Ioh commissaires des pulHsances alliées fjt IfH minl«tr«« do la République ko rendront, & moln.s f|U(î dc.M dOMif^witH no «oient nommés par les deux parlJoH, d'un consentement mutuel.
Art. 3. Tant que dureront ces négociations, Ich forces des puiKHances alliées occuperont les villes do Conlova, orjzaba otTehuacan.
Art. /i. Afin rjM'ii ne puisse être en aucune façon t»npi)OHé que Iom allIéM ont «Igné coh préliminaircH dans le but d'obtenir leur admlMsion aux positions fortiflées maintenant occupées par l'armée mexicaine, il est stipulé que, dans le cas où malheureusement les négociations seraient rompues, les forccH alliées se retireront dcsdiies positions et prendront position en ligne devant lesditrs fortifications t»ur la routo do Vera Cruz, les points extrêmes étant la PasaAn-
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tout blessé au plus haut point notre susceptibilité nationale.
En eflfet par ce !•» article, le gouvernement de Joarei acquérait une force morale qu'il n'avait pas, nous lui donnions de nos propres mains un brevet de viabilité en reconnaissant qu'il possédait tous les éléments de force, de nationalité nécessaires pour se maintenir dans un état stable et régulier, ce qui était non-seule-
cho, sur la route de Gordova, et la Pasa de Ovc^ja, sur la route de Jalapa.
Art 5. Dans le cas où malheureusemeût les négociations seraient interrompues, et les alliés se retireraient dans les lignes ci- dessus indiquées, les hôpitaux des alliés resteraient sous la sauvegarde de la nation mexicaine.
Art 6. Le jour où les alliés commenceront leur marche pour occuper les points mentionnés dans Tartlcle 3, le drapeau mexicain sera hissé sur la ville de Vera Cruz et sur le fort de Saint-Jean d'UUoa.
Si^é : Comte De Reuss, Manuel Doblado, Chas-Lennox, Wyke, Hugh Dunlop,
A. DE SaLIGNT, E. JURIEIf.
La Soledad, le 19 février 1862.
J'approuve ces préliminaires dans l'exercice des pleins pouvoirs dont je suis investi.
Benito Juarez, président de la République^ Jésus Ter an, secrétaire.
ment contmre au but de rexpéditioDi mais même au sens et à la pensée de la première note envoyée par les plénipotentiaires. — Gomment, nous venons pour combattre le gouvernement de Juarez qui ne nous offre aucune garantie, et qui n'est pas à nos yeux l'expression libre de la volonté nationale comprimée sous un r^ime de terreur, et nous reconnaissons de prime abord la stabilité de ce gouvernement, nous le fortifions de notre propre aveu ! C'était, il faut l'avouer, pour le moins fort étrange.
On se demande, enoutre, comment le général Prîm àpu accepter la condition que les troupes seraient forcés de rétrograder et de rejoindre leurs campements primitifs, dans le cas ou les négociations échoueraient ; « ainsi comme le faisait observer le ministre M. Biilault à la chambre législative de France), après un mois, deux mois peut-être de négociations stériles, les chefs ramenaient leurs troupes, fatalement condamnées par cette clause, vers la Terre Chaude, vers cette terre empestée qui, à partir du mois d'avril, enfante par ses miasmes mortels ce terrible vomito. » Ces campements plus salubres, indispensables à la santé, à Texistence de nos troupes, nous devions nous
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y établir avant tout,* de gré ou de force, et de là seulement, si nous le jugions convenable, entrer en négociations. — Cet article qui excita si vivement , ainsi que le premier, la désapprobation du gouvernement français ne fut accepté par l'Espagne qu'avec restriction, et les termes de la dépêche du ministre d'Etat ne sont qu'une approbation à corrections des stipulations consenties par son plénipotentiaire. 11 approuve seulement, pour ne pas désavouer complètement le général Prim, et cet assentiment qu'il ne veut pas refuser est plein de blâmes implicites (1).
Le 6" article, relatif au drapeau Mexicain qui devait être arboré à Vera Cruz et sur le fort de Saint- Jean d'Ulloa, à côté des étendards de la France, de l'Angleterre et de l'Espagne, n'impliquait-il pas une communauté de situation, d'autorité et -de droits? — N'était-ce pas reconnaître plus explicitement encore la réalité du gouvernement de Juarez et Tassimiler à celui des trois grandes puissances alliées ?
« Cette dernière clause (écrivait le ministre
(l) Dépêche du Ministre d^Etai^ au générai Prim^ comte de Reuss»
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d'Etat d'Espagne au général Prim)» est celle qui s'explique le plus difficilement; elle n'est pas d'accord avec la réalité des choses; aussi le gouvernement de S. M. Impériale a-t-il trouvé le fait si grave que le réunissant à d'autres, il a adopté la résolution de retirer ses pleins pouvoirs à l'amiral Jurien de la GravièrCé »
Le président du conseil enEspagne, M. le maréchal 0'Donnell,ne cacha pasà notre ambassa* deur à Madrid son mécontentement, il reconnaissait les fautes commises, il fallait, disait-il, songer à les réparer, et il espérait y arriver par un accord complet entre les puissances alliées (1). — Cet accord, le maréchal O'Donnell était-il vraiment assez aveugle pour croire qu'il pût exister encore, et sa vieille expérience ne lui démontrait-elle pas le contraire, les intérêts et le but de chaque puissance étant si différents ? — Au début, on avait pu s'illusionner, maintenant le doute n'était plus permis.
Deux pensées très-arrêtées dominaient en effet la politique de l'Espagne, ou plutôt celle du comte de Reuss.
(1) Dépêche de M. Barrot ambassadeur de France à Madrid, à S. E. M. Thouvenel ministre des affaires étrangères.— 2 avril 1862.