LIVRE V, CHAPITRE UI
Pendant que les stipulations de la Soledad produisaient un si triste effet en France, les voies diplomatiques continuaient leur cours au Mexique et les copies de ces préliminaires étaient échangées. Le comte de Reuss, après s'en être préalablement entendu avec les plénipotentiaires de France et d'Angleterre, faisait savoir au gouvernement mexicain que les conférences s'ouvriraient k Orizaba, pour le traité de paix, le 14 avril.
Le général de Lorencez vient d'arriver. — En nûême temps ont débarqué à Vera Cruz, le général Almonte et plusieurs personnages mexicains opposés au gouvernement de Juarez et partisans de ce parti monarchique, que les trois gouvernements alliés regardaient comme la forme de gouvernement la plus désirable pour le Mexique, et évidemment la plus propre à arrêter le flot toujours croissant des guerres intestines, mais que l'Espagne et TAngleterre déclaraient n'avoir aucune racine au sein de la population mexicaine.
Il est utile ici de poser nettement les tendances de la France et de dire, en nous appuyant sur les documents diplomatiques mis aujourd'hui en lumière, ce qu'il y avait de vrai
OU de faux dans tous les bruits contradictoires qui ont circulé.
La France déclarait d'abord n'avoir aucune confiance, aucune sympathie pour le gouvernement de Juarez, qui n'oflFrait dans l'avenir nulle garantie de stabilité, et qui était, non l'expression de la volonté nationale franchement exprimée, mais le résultat de ces luttes sanglantes des partis, qui, depuis plus de trente années, ensanglantaient sans relâche le sol mexicain, élevant des présidents éphémères sur le pavois de l'autorité suprême. Qui ne sait comment s'accomplissaient ces révolutions mexicaines au profit d'une ambition déçue? — Le régime de la terreur répandu partout par le nouveau président Juarez, dont les différents décrets, sont horribles de despotisme sanguinaire, comprimait évidemment la nation épouvantée.
Ce que la France voulait et le but du traité d'alliance du 31 octobre avec l'Angleterre et l'Espagne, c'était d'en finir avec ces fantômes de gouvernements qui venaient successivement s'imposer au Mexique, et toujours sans consistance, sans stabilité, recommençaient, pour prolonger leur existence, le même système de