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très-réelle qu'on paraît éprouver ici pour la France. Par conséquent, sans renier nos alliés, sans séparer le moins du inonde notre cause de la leur, je tiens à ce qu'il soit bien établi, aux yeux de tous, que notre expédition est une expédition française, et qu elle n'est sous les ordres de personne. »
A ce moment le général de Lorencez n'avait pas encore rejoint l'amiral Jurien de la Gravière, etdéjàonle voitpar les extraits que nous venons de citer, la rupture était imminente. — Deux puissances, l'Espagne et l'Angleterre, étaient décidées en principe à conserver le statu quo et àconsolider, contre les partis contraires, le gouvernement de Juarez ; une seule, la France était résolue à poursuivre son but, et à mettre la nation mexicaine à même de manifester sa volonté.
Les édits de proscription que décrétait le gouvernement de la république contre tous ses eu-
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neinis, ses masures de plus en pins arbitraires, son langage dolent et l'attitude hostile qu'il prenait vis-à-vis les alliés, poussé sans doute par l'irritation du parti extrême auquel il appartient, donnûent une raison plus que suffisante pour en finir avec toutes ces tergiversa* tiens, et faire opérer, aux troupes expédition* naires, conformément aux stipulations de la Soledad, leur mouvement rétrograde au delà des positions fortifiées de Chiquiliente, afin de reprendre ainsi toute liberté d'action.
A la même date, cette attitude hostile du gouvernement mexicain étaient appréciée avec autant d'énergie et de désapprobation par le comte de Reuss; car le 20 mars, il écrivait de son côté à l'amiral français, devant la menace du général Doblado de fermer la communication de la Vera Cruz avec l'intérieur du pays, si la douane n'était pas rendue : — « En voilà trop pour des puissances comme nous le sommes ici, en voilà assez pour brûler nos papiers et marcher en soldats. »
Le lendemain 21, nouvelle lettre du général Espagnol ainsi conçue.
« Pouvons-nous permettre que pendant que nous sommes tranquilles dans nos cantonne-
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ments le gouvernement continue les vexations contre nos nationaux dans toute l'étendue de la république, et exige un emprunt forcé de six maisons du Mexique, dont trois sont espagnoles ? Voilà cher ami, la raison de l'attitude nouvelle et plus énergique que nous avons actuellement. Sir Charles Wyke et moi, — ci-jcânte la dernière lettre de M. Doblado, et dans votre noble fierté, jugez si une telle sécheresse de langage peut nous convenir. »
Nous voilà bien loin des appréciations du général Prim, si favorables à ce même ministre, dont les manières courtoises et les explications si franches et si modérées avaient à la Soledad frappé à un si haut degré le plénipotentiaire espagnol.
En pesant ces extraits des lettres du comte de Reuss à Tamiral Jurien de la Gravière, la question apparaît sous son véritable jour ; les faits étaient donc patents, réels, interprétés de la même manière par les plénipotentiaires, et constituant une position intolérable et incompatible avec la dignité des nations alliées; — chaque jour qui s'écoulait montrait donc combien on avait perdu un temps précieux dans de stériles négociations. 11 est établi clairement par
les documents les plus officiels, que ce n'est point le plénipotentiaire français seul qui s'élevait contre les actes du gouvernement mexicain, pour saisir un prétexte de rompre la triste convention de la Soledad.
. Mais à l'appréciation des faits du ministre Doblado, s'arrêtait l'accord entre les puissances ; elles différaient complètement sur la marche à suivre, sur les résolutions à prendre.
— Cette liberté d'action que demande l'amiral français, le plénipotentiaire espagnol la trouve contraire aux principes du traité d'alliance. — Il ne comprend pas que Ton veuille demander une amnistie générale qui permettrait aux proscrits politiques d'attaquer le gouvernement et les institutions constitutuées.
L'Angleterre de son côté ne cachait pas ses vues, car le ministre Sir Charles Wyke écrivait au comte Russell :
« C'est en donnant à notre intervention Taspect d'un protectorat amical que nous ppuvons réussir à atteindre le but de notre mission, que nous pouvons rallier la bonne partie de la population du pays autour de nous, et être en état par son concours de consolider un gouverne-
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ment cqui représente la portion intelligente et respectable de la nation. »
En face d'une semblable situation, qui peut reprocher à Tamiral français d'avoir refusé de marcher plus longtemps dans cette voie si contraire à ses instructions, et de n'avoir point voulu accorder son protectorat amical à un gouvernement que nous venions combattre, et qui, selo:i nous, représentait la continuation des désordres déplorables qui affligeaient le Mexique? — Il ne faut donc poiut attribuer à la venue du général Almonte la rupture du bon accord entre les alliés, mais à la dissidence des politiques qui chaque jour augmentait visiblement les embarras de la situation. — Dès que l'amiral Jurien de la Gravière, par l'envoi des renforts venus de FraHce, se trouva à la tête d'un effectif assez fort pour agir par lui-même, il résolut de sortir de cette impasse dans laquelle il était entré par nécessité, et de reprendre sa liberté d'action, en exécutant toutefois scrupuleusement, par son mouvejpent rétrograde, les conventions qu'il avait signées.
La protection accordée au général Almonte, au milieu des troupes françaises, protection qui seule pouvait l'arracher à une mort certaine, ne
fut donc point, nous le répétons, la cause qui amena entre les nations alliées mais non unies, cette rupture prévue depuis si longtemps ; elle n'en fut que le prétexte. — 11 était important de constater ce fait, afin de ne point faire peser sur un événement éventuel la responsabilité de la nouvelle position que la France allait prendre dans l'expédition contre le Mexique.
Voyons maintenant l'épisode relatif au général Almonte.
Pour donner à l'arrivée de ce général la portée qu elle doit avoir, il faut remonter au début de l'expédition qui ne devait pas être une reprise de négociations diplomatiques , mais l'acceptation immédiate des ultimatums des trois puissances, et dans le cas contraire, jine action militaire, rapidement et énergiquement conduite. — Deux buts, on le sait, devaient être poursuivis : l'un personnel à chaque puissance, l'autre d'une politique générale, élevée.
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qui appelidt ce pays violemment comprimé par nn r^me révolotionnaire à exprimer librement sa volonté sous la forme de gouvernement qn'il préférait. Dans le courant de janvier, les troupes françaises avaient débarqué sur les côtes du Mexique, et tout devait faire supposer en France, qu'au mois de mars les faits militaires étaient accomplis, et le but généreux poursuivi par les puissances alliées, obtenu. C'est dans les premiers jours du mois de mars qu'arrive le général Almonte. Ce n'est ix)int un exilé, un proscrit, un homme mis hors la loi : c'est volontairement que le général a quitté son pays; il y revient au moment où il croit le champ ouvert à la manifestation nationale. — Le général Almonte n'est point un fauteur de discordes et de guerres civiles, un de ces hommes prônant le désordre et Tanarchie, et désirant avant toute chose, la guerre, parce qu'ils en vivent et qu'elle leur profite; c^stun de ceux qui rêvent pour leur patrie, le régime monarchique qui tirerait ce malheureux pays des misères dans lequel Font plongé les diflérents gouvernements qui, depuis Iturbibc, se sont si rapidement succédés.
Le générai de Lorencez ne crut donc point
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agir en dehors de ses inslractions en accordant au général Almonte et aux émigrés la protection qu'ils réclamaient, et la permission de suivre ses troupes qui quittaient Vera Cruz pour occuper des points plus salubres, mais nullement pour une opération militaire. Dès qu'il sut les réclamations auxquelles cette autorisation donnait lieu, il répondit qu'il regrettait cet incident, et qu'il était prêt à engager le général Almonte et ceux qui l'accompagnaient à retourner à Vera Cruz, aussitôt qu'il aurait pris à ce sujet les ordres du vice-amiral Jurien de la Ciravière.
Un triste événement vint naturellement modifier ces dispositions conciliatrices, et dicter au commandant en chef des forces de la France une tout autre ligne de conduite. — Nous voulons parler de l'exécution du général Robles.— Ce nouvel acte sanguinaiie du gouvernement de Juarez disait assez quel sort ce gouvernement, pour se maintenir au pouvoir, réservait à ses ennemis qu'il déclarait réactionnaires et traîtres à la patrie. Le général Robles, connu au Mexique pour sa modération pendant les tristes luttes de son pays, pour la loyauté et l'élévation de son caractère, n'approuvait pas le gouvernement