‹ Le Mexique contemporain par le baron de BazancourtChapitre 107 sur 109 · LIVRE Y, CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

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qui s'était emparé violemment du pays; il voulait, lui aussi, que la nation fût consultée librement et sans oppression dans son vote. — Soupçonné de s'être rapproché du camp français» il fut arrêté à Saint-André, petit village à li lieues environ d'Orizaba et fusillé dès le lendemain.

Cette exécution démontrait dans quelle voie prétendait marcher le gouvernement mexicain, et qu'elle serait la politique qu'il soutiendrait dans la conférence d'Orizaba. En outre, le général Doblado avait notifié que : par exécution du décret de janvier, ordre avait été donné d'arrêter les Mexicains réactionnaires, ennemis du gouvernement actuel qui se rendraient dans les districts de Cordova, d'Orizaba et de Tebuacan ; le général Zaragoza, commandant en chef de l'armée d'Orient, ainsi que les gouverneurs de Vera Cruz et de Puebla, étaient chargés de l'exécution de ces ordres. — Refuser au général Almonte la sauve-garde de notre drapeau eût été le livrer aux bourreaux du général Robles qui fussent venus l'arrêter, même à Vera Cruz.

Sans cette proscription sanguinaire qui faisait de la protection de la France plus qu'un droit

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politique, mais un devoir d'humanité, le commandant en chef des forces expéditionnaires françaises aurait donné cette satisfaction aux réclamations de ses alliés; il écrivait en ce sens à Sir Charles Wyke :

« C'est sans mon aven et par un malentendu regrettable que ces émigrés ont obtenu dans cette occasion la protection de notre drapeau; je suis tout à fait d'avis que si l'on peut accepter le secours d'un parti, lorsque l'on est en guerre avec un gouvernement, il faut au contraire, tant que durent les négociations, s'interdire soigneusement toute immixtion ouverte ou clandestine dans les affaires intérieures du pays, je n'aurais donc pas hésité à inviter les émigrés en question à retourner à Vera Cruz, si le meurtre du général Robles ne m'eût paru un défi porté par le parti exalté aux conseils de modération que, dès le début de nos conférences, nous avons essayé de faire entendre. J'ai considéré comme une injure gratuite à la loyauté des armes françaises le prétexte dont on s'est servi pour mettre à mort un des hommes les plus justement considérés du Mexique, et dans lequel on ^'accordait à voir l'espoir non du parti réactionnaire, mais bien du parti modéré.

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J'ai donc cru qu'en présence de ce douloureux événement, il y aurait une insigne faiblesse de notre part à renier les hommes auxquels avait été accordée, ne fût-ce que par une erreur, la protection de notre drapeau, et j'ai prescrit au commandant du bataillon qui les avait amenés jusqu'à Gordova de les conserver sous sa sauvegarde. »

Cet incident affermit plus que jamais l'amiral dans son projet de rétrograder ; car en agissant ainsi, il se plaçait sur un terrain neutre et devenait libre, sans éveiller aucune susceptibilité, d'accorder au général Almonte la protection à laquelle avait droit une personne honorée de la bienveillance de l'Empereur.

Non, nous le répétons avec l'autorité incontestable de tous ces documents qui permettent de suivre les différentes phases de ces négociations si compliquées, il n'était plus possible de s'illu-

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sîonncr sur le sens et la portée des conférences d'Orizaba. Peut-être le gouvernement de Juarez rcconnaitralt-il toutes les réclamations des puissances alliées et prendrait-il de nouveaux engagements qui, sans doute, seraient plus tard violés ou inexécutés comme les précédentes conventions, mais avant toutes choses, il faudrait admettre ce gouvernement, Taccepter dans tous ses actes de violence arbitraire et sanglante, le reconnaître comme le gouvernement réel du Mexique et lui donner ainsi une force morale qu'il n'avait pas en lui-même et que nous serions venus complaisamment lui apporter.

Ce sont toutes ces considérations qui avaient ainono l'amiral à la détermination d'opérer son moiivcmont rétrograde. — Il faut ajouter que l(!s troupes françaises, au lieu do s'arrêter à Orizaba comme les troupes espagnoles, avaient avanci'i jusqu'à Teliuacan, pour y prendre leurs c.'inlonnnmenls ce qui mettait une bien plus grande distance entre le point qu'elles occupaient et celui qu'elles devraient reprendre plus tard. — La prudence et la préoccupation (le la santé et de la conservation de ses troupes, premier devoir d'un chef, commandaient imi)érieuscraent à l'amiral d'agir ainsi.

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Il écrivait donc le 29 mars à sir Cli. Wyke : « Quant au mouvement rétrograde dont j'ai notifié l'intention au gouvernement mexicain, il m'est commandé par la plus simple prudence. Tant que j'ai cru qu'il pourrait sortir des conférences d'Orizaba un arrangement facile et de nature à donner une satisfaction complète aux intérêts de la France, je me suis peu inquiété de me trouver cantonné avec nos troupes à trente lieues environ du point où je devais me reporter si les négociations n'aboutissaient pas ; mais lorsqu'il m'a paru que la violence des passions excitées dans ce pays ne laisserait pas le gouvernement mexicain maître d'obéir à ses dispositions conciliantes, j'ai dû me demander si je n'exposerais pas nos troupes à un véritable désastre en les ramenant dans la Terre Chaude, au moment des plus grandes chaleurs et au milieu des pluies, dont personne n'ignore ici la funeste influence. Ces considérations auraient peut être plus de poids dans l'esprit de Votre Excellence, si des troupes anglaises se trouvaient exposées aux périls dont je tiens essentiellement à préserver les miennes. »

« En consentant à m'avancer jusqu'à Tehuacan, au lieu de m'arrêter, comme les troupes

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espagnoles, à Orizaba, j'avais donné au gooveroement mexicain une grande preuve de ma confiance dans l'issue des négociations. En rétrogradant dès le !•• avril, je lui fais comprendre, en effet, que cette confiance a été fort ébranlée ; mais je suis loin de rompre la convention que nous avons signée. Je me prépare, au contraire, à Texécuter dans sa clause la plus pénible et la plus rigoureuse. »

11 n'était donc pas possible de conserver, après des explications aussi franches, le plus petit doute sur les motifs qui faisaient agir l'amiral français et sur la portée que l'on devait donner à sa détermination. Néanmoins, voulaotjusqu'au dernier moment montrer à ses collègues combien il prenait leurs observations en haute considération, Tamiral Jurien consentit à modifier son projet, et au lieu de rétrograder jusqu'à Paso Ancho, il s'arrêtait à Cordova. Ses troupes se trouvaient ainsi dans la même position que les troupes espagnoles et avaient comme elles l'avantage de n'être plus qu'à deux étapes de Chiquiliente, mais il rappelait en même temps à ses collègues qu'ils avaient toujoursétéd' accord ensemble, que les réclamations pécuniaires n'avaient point été le seul objet de l'expédition combinée.

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tt Notre proclamation au peuple mexicain (leur disait-il] lui indiquait suffisamment le but plus généreux que nous poursuivions. Nous avons tenu le même langage au gouvernement (le la république, nous lui avons dit que nous venions ici pour être les témoins et au besoin les protecteurs de la régénération du Mexique (1) . » — Ce but, aujourd'hui la France seule semblait s'en souvenir.

Mais les cartes étaient brouillées, et malgré ces dernières concessions à un bon accord, chacun comprenait qu'une action commune devenait impossible ; seulement chacun cherchait à rejeter sur son voisin les causes d'une rupture devenue imminente. — L'amiral Jurien de la Gravière et M. de Saligny, plénipotentiaires de la France, reçurent officiellement la demande de se rendre à Orizaba, pour une dernière conférence (2) , afin que les explications auxquelles cette réunion donnerait lieu, servissent à fixer

(I) Dépêche de ramiralJurlen àsirCh. Wyke.

('2) Note du général Prim et de sir Ch. Wyke adx Plénipotentiaires français.

Orizaba, le 23 mars, 18ë2.

A S. E. M. l'amiral Jurien de la Gravière. — Les soussignés Commissaires diplomatiques de S. M. la

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la conduite que tous, de commun accord, ou chacun séparément, si l'accord n'est plus possible, devait tenir dorénavant.

Reine du Royaume-Uoi de la Grande-Bretagne et de & M. la Reine d*Espagne, ont Thonneur de porter à la connaissance de S. E. M. Tamiral Jurien de la Grayière, qu'en vue de Tattitude prise par la partie française de Texpédition alliée et du caractère des résolutions adoptées par les chefs français non conformes aux stipulations de la convention de Londres, ils croient qu'une entrevue des représentants des trois puissances est non-seulement opportune, mais indispensable. Les plénipotentiaires d'Angleterre et d'Espagne prient donc avec instance S. E. M. l'amiral Jurien de Gravière, de vouloir bien se rendre à Orizabà le plus tôt possible, et aujourd'hui même, ils adressent une semblable prière à M. deSaligny, pour avoir une conférence, afin que les explications auxquelles elle donnera lieu servent à fixer la conduite que tous, de commun accord, ou chacun séparément, si raccord n'est pas possible, doivent tenir dorénavant Les soussignés ont l'honneur de renouveler à S. E. M. l'amiral Jurien de la Gravière l'assurance de leur très-haute considération.

Gomte de Reuss.

G.-Lennox Wyke.

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Cette conférence eut lieu le 9 avril, et se tint dans la résidence du comte de Reuss, à Orizaba.

Tous y arrivaient avec une détermination prise à l'avance, et jsi chacun allait se donner la satisfaction d'entrer dans de longues explications sur sa conduite, il était évident bien que la conférence, quant au fond, n'avait d'autre but que de constater par un procès- verbal officiel, la rupture de l'accord entre les puissances alliées. — C'est ce qui arriva.

Le comte de Reuss rappela le but qu'il avait voulu atteindre par les préliminaires de la Soledad. — En face de la fâcheuse impression qu'avait produit en Europe cet acte diplomatique et cette reprise de négociations, il expliqua que cette ligne de conduite était la conséquence d'une nécessité absolue imposée par le manque total de moyens de transport et par l'impossibilité d'entreprendre aucune expédition immédiate.

« En entrant ainsi en pourparlers (dit-il), les alliés gagnaient le temps qui leur était absolument nécessaire pour se préparer à marcher en avant. »

Mais le but réel de la réunion était de discuter le droit, à l'amiral Jurien, d'opérer son mouvement rétrograde, sans l'assentiment de ses collègues, et de traiter la question relative à la protection accordée au général Almonte,

Il était sur ce point impossible de s'entendre ; les plénipotentiaires anglais et espagnol répondirent : que cette protection, même sur un terrain neutre, constituait une véritable intervention dans les affaires intérieures de la république, et l'amiral français, d'accord avec M. de Saligny, soutinrent que cette protection accordée au général Almonte était seulement celle du drapeau français, qui jamais et nulle part, n'a abandonné des exilés, de quelque pays qu ils fussent ; ce fait, àleurs yeux, ne constituait en aucune façon une intervention dans les affaires intérieures. Ils déclaraient en outre que leur réponse au gouvernement mexicain, qui demandait dans une récente communication, le réembarquement du général Almonte et de ses compagnons, serait faite dans ce sens.

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M. de Saligny prit ensuite la parole :

ce On ne peut nier (dit-il), que le but véritable et principal de la convention ne soit d'obtenir satisfaction pour les outrages commis par le gouvernement mexicain envers des étrangers, et de le contraindre à observer les traités; le système de temporisation et de conciliation appliqué jusqu'ici est condamné par les événements quotidiens, le règne de l'extorsion, delà tyrannie, de la violence, ayant redoublé de rigueurs oppressives, à tel point que la situation des étrangers est devenue tout à fait intolérable. Les plaintes qui s'élèvent chaque jour en fournissent des preuves continuelles ; l'attitude des forces alliées paraît avoir stimulé le gouvernement mexicain à redoubler d'audace ; quant à moi, pour ma part, je déclare formellement que je ne veux pas traiter avec ce gouvernement, et que selon mon opinion mûrement réfléchie, il est nécessaire de marcher sur Mexico. »

Une fois sur ce terrain la discussion ne tarda pas à s'envenimer. — Dans un camp, étaient le comte de Reuss, sir Charles Wyke et le commodore anglais ; dans l'autre, l'amiral de la Gravière e t M. de Saligny. Tous les deux répètent énergiquement qu'ils ne peuvent avoir aucune sympa-

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thie pour un gouvernement près duquel on est venu prêcher la paix et la conciliation, et qui répond à l'attitude calme et modérée des trois puissances, en permettant des exécutions sanguinaires et en publiant des édits de proscription.

Ces paroles eussent dû peut-ètre trouver nu écho unanime parmi les commissaires anglais et espagnols, mais ceux-ci, résolus à se maintenir dans la détermination qu'ils ont prise, déclarent de leur côté que si l'amiral persiste à exécuter son mouvement rétrograde, ils ne peuvent que combattre ce fait de la façon la plus formelle, et ils ajoutent : que si leurs collègues de France s'opposent au départ des exilés mexicains et refusent de prendre part aux conférences à Orizaba le 15 avril, ils se retireront avec leurs troupes du territoire mexicain, considérant cette ligne de conduite comme une violation de la convention de Londres et des préliminaires de la Soledad.

a — Pour moi, répond fermement l'amiral, j'estime en mon âme et conscience, que des armistices peuvent toujours être regardées comme terminées par un des partis. — En cas de rupture je suis obligé de me retirer, mais je ne

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