‹ Le Mexique contemporain par le baron de BazancourtChapitre 14 sur 109 · LIVRE I , CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE V

Ainsi, le siège de Caauta est resté célèbre dans l'histoire sinistre de cette guerre.

Morelos déploya une énergie de défense qui lui fait le plus grand honneur. — 11 savait bien que la place tôt ou tard tomberait entre les mains de ses ennemis ; pour l'honneur de la cause à laquelle il avait voué sa vie, il voulut résister jusqu'à la dernière extrémité. Pendant soixante-cinq jours, il tint tète aux Espagnols avec autant d*habileté que de résolution énergique; mais la famine vint à son tour exercer ses ravages et rendre impossible une plus longue résistance. Ce cruel fléau décimait plus les assiégés que le fer ou le feu de l'ennemi ; — Morelos résolut d'abandonner la ville, et dans la nuit du 2 mai, il opéra sa retraite avec la plus grande partie de la population, trop certaine du sort qui lui était réservé ; cette retraite fut si habilement exécutée que les Espagnols ne purent s'y opposer. Calleja, furieux en apprenant la fuite de ses ennemis, massacra dans la ville abandonnée tous ceux qui n'avaient pu s'échapper et se déshonora par les plus lâches exécutions ; — meurtres inutiles qui souillaient la cause de l'Espagne.

Morelos reprit bientôt rofFecMve presque partout, et pendant qu'il s'emparait d'un grand nombre de villes, ses guérillas parcouraient en vainqueurs toute la partie du Mexique située entre Jalapa et Vera Cruz. — Le gouvernement espagnol ne vit pas sans de sérieuses inquiétudes ce développement redoutable de l'armée révolutionnaire. La pensée constante de Morelos était de constituer un gouvernement populaire et régulier. Un congrès composé de députés élus par les provinces qui s'étaient déclarées pour la révolution, ouvrit sa première session le 13 septembre 1813, et déclara Tindépendance du Mexique.

Cette indépendance, il faut la conquérir, et Morelos auquel se joignent chaque jour de nouveaux partisans court aux combats qui l'attendent. — Il voit de tous côtés la fortune des armes lui sourire et ne doute plus du triomphe de sa cause.

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La journée de Paliuar fut pour lui un grand triomphe dont le souvenir est resté gravé dans cette guerre de quatorze ans. Matamoros, un des généraux de Morelos, anéantit entièrement un régiment espagnol arrivé récemment à la Vera Cruz. A ce moment là, les insurgés sont les maîtres de plus de la moitié du Mexique.

Mais l'heure des revers devait aussi sonner pour ce nouveau chef révolutionnaire, et la fortune l'abandonna tout à coup.

Devant Valladolid, il est repoussé avec de grandes pertes ; à Puruaran il est battu une seconde fois par Iturbibe, que nous verrons plus tard jouer un rôle important dans cette histoire. —Matamoros, le vainqueur de Palmar, est fait prisonnier, et Calleja, qui a remplacé Vénégas dans la vice-royauté, le fait fusiller, refusant tous les prisonniers qui lui sont offerts en échange. Un autre général Miguel Bravo, meurt sur Téchafaud h Puebla. — Morelos, un instant si redoutable devait suivre de près ses lieutenants et, comme eux prisonnier, subir le même sort.

Quelque énergie puissante qu'il déploie, il ne peut conjurer le sort contraire; il lutte, il lutte toujours. Brisé par tant de revers succès-

sifs, mais non découragé, tant qu'il lui restera un souffle, il veut combattre sur les ruines de sa fortune passée.

Tout l'abandonne ; qu'importe !.. il peut au moins protéger le congrès que traquent les troupes espagnoles; placé à l'arrière -garde, il fait face à ses ennemis et les combai avec une grande valeur. Mais surpris aux environs de ïeinescal par le chef royaliste don Manuel Coucha, il tombe entre les mains des Espagnols. Ce général lui témoigna les plus grands égards et le traita avec cette noblesse de cœur qui s'allie toujours dans les âmes élevées aux tristes et rigoureux devoirs du soldat. — Cette estime que Concha montra à Morelos ne se démentit pas un seul instant jusqu'aux derniers moments de ce chef infortuné.

La prise de Morelos était un événement trop important pour queles Espagnols ne donnassent pas à sa mort une grande solennité, afin de décourager et de frapper d'un coup mortel le parti dont cet homme intrépide était l'âme. Morelos se montra dans la prison calme et résigné, comme il l'avait été sur les champs de bataille. — Condamné à mort, il subit la dégradation desordres sacrés, et fut fusillé derrière Thô-

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