‹ Le Mexique contemporain par le baron de BazancourtChapitre 22 sur 109 · LIVRE r, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE r, CHAPITRE VI

mouvement populaire et le proclamèrent Empereur. — Le congrès fut convoqué. Sous la pression de ce mouvement très-habilement organisé et sous celle des vociférations poussées par les bandes amassées devant les portes extérieures; l'élection d'Iturbibe fut votée par 71 voix contre 15.

Mais ce vote qui avait été arraché au congrès n'était pas l'expression de sa volonté, et ce nouveau triomphe qui semblait porter l'ambitieux Iturbibe au faîte des grandeurs fut au contraire le signal de sa perte ; — sa popularité ne devait pas survivre longtemps à son couronnement.

Certes on ne peut refuser au nouvel empereur une grande habileté et une intelligence remarquable ; il réalisa la révolution mexicaine et sut habilement profiter de tous les avantages qui pouvaient assurer le triomphe de sa cause. Une fois placé sur le trône, il ne se dissimula pas qu'il allait avoir à combattre le parti des mécontents, et il savait quels orages peut cacher dans son sein une apparente soumission ; mais il se crut encore assez puissant pour les dominer et les écraser au moindre signe de révolte. — Les mesures les plus arbitraires se succédèrent. — Une fois entré dans cette voie

74 MlQLIi^S CQl§X£liP<^AUi

dangereuse, ii fallait y marcher résolument et ne pas regarder en arrière; le nouvel eippereur fit arrêter quatone membres du congrëa qui lui étaient opposés. Le congrès réclama énergiquement contre cette violaUon de tous sesdroUSiCtla lutte commença réellement. L'a^ veugle Iturbibe ne sentit pas que le souffle pQ« polaire allait bientôt renverser Tidole encensée par taiU d'adorations; — le parti républicain s'agita, voulant pour le Mexique une constitution franchement républicaine» et déjà l'on sen-> tait autour de soi ce vague frémissement qui précède toujours les commotions populaires,, semblables à ces rafales de vent précursfturs certains de la tempête.

r4*est à cette époque qu'apparaît sur la scène, un homme qui fut appelé plus tard à jouer un grand rôle politique au iMexique, et, jouet de la fortune, vit bien souvent son étoile pâlir, pui^ tout à coup reparaître plus éclatante.

LIVUE I, CHAPITRE YI 75

C'est lui qui pourrait dire quelle fièvi-e de destruction dévore depuis tant d'années ce mai* heureux pays et use ses forces vitales.

Santa Anna commandait la province et la ville de Vera Crux. Quoiqu'il eut été comblé de faveurs par Iturbide, il leva le premier l'étendard de la révolte au nom de la république. — Dans une proclamation très-violente, il accusa l'em* perçur d'avoir violé les principes sacrés de la constitution et trabi les serments qu'il avait prononcés comme chef de l'État.

Un instant Iturbibe espéra que cette i*é< volte partielle ne s'étendrait pas à d'autres provinces, s'il l'étouifait par une prompte répression, et il envoya contre Santa Anna un corps de troupes dont il donna le commandement à Échavari, son propre aide de camp, qu'il espérait être un de ses plus fidèles et de ses plus dévoués. Mais Iturbide s'était élevé par la trahison, ce fut la trahison qui le renversa, — Déjà le célèbre républicain Guadalupe Victoria venait de s'unir à Santa Anna. Échavari comprenant que la fortune de son chef touchait à son déclin et que le trône de l'empereur n'allait pas tarder à s'écrouler, passa avec ses troupes du côté des insurgés qui demandèrent la réunion d'un non-

veau congrès, offrant d'assurer eux-mêmes, avec les forces dont ils disposaient, l'exécution de la volonté nationale.

Cette défection porta un coup cruel à Iturbide; il sentit qu'avec la fortune chancelante, allait s'évanouir la fidélité de tous ses partisans. Cette réunion d'un nouveau congrès était le signal de sa chute, et comme frappé par un secret pressentiment du sort qui l'attendait, il n'essaya pas de marcher contre les rebelles avec son armée formidable encore et de réveiller au cœur de la nation, les sentiments de reconnaissance et d'amour qui l'avaient si glorieusement entouré. — Le découragement brisa son énergie ; son inaction laissa la révolte grandir et s'étendre.

Déjà les généraux Guerrero, Bravo et Negrette s'étaient réunis à cette armée, nommée Y armée libératrice^ et au milieu de l'isolement qui se faisait autour de lui, le malheureux n'osa pas invoquer la fidélité, lui qui avait érigé la trahison en principe. Cruel et juste châtiment !

Le 20 mars, il abdiqua : — le congrès déclara nuls tous ses actes, ainsi que le traité de Cordova qui avait ôté à la nation le droit de

UYH£ I, CHAPITRE VI 77

se choisir librement et selon sa volonté, une forme de gouvernement. — Iturbibe fut exilé; toutefois la nation n'oublia pas qu'elle lui devait le premier acte de son indépendance, et lui accorda une pension de 25,000 piastres.

La république devait évidemment sortir de ce mouvement insurreclionnel, mais bientôt la division se mit dans le nouveau parti qui tenait en main les rênes du pouvoir. — Les uns voulaient une république pure et simple qui centralisât le pouvoir, les autres une république fédérative, en divisant le territoire par États souverains. Ces dissentiments prirent dans certaines provinces un caractère menaçant, et peu s'en fallut que la république naissante ne disparût au milieu de ces désordres qui fort heureusement se calmèrent, avant que le sang n'eût coulé.

Les bases fondamentales de la nouvelle constitution mexicaine furent décrétées et signées

78 MEXIQUE GOMTEMFO&AIN

le 81 janvier 1824 par le congrèd CoMtîtuant, Mais pendant qu'il accomplissait ce travail important, on lui discutait son droit d'exister^ Les troubles appaisés en apparence reparurent, et les passions diverses prêtes 4 éclatefi s'agitèrent sourdement.

Tout à coup le bruit se répandit qu Iturbibe avait quitté l'Italie, et s'était rendu en Angleterre pour y organiser les moyens de rentrer au Mexique et de reconquérir le pouvoir qui lui était échappé. — La crainte du danger commun réunit les factions opposées*

Chacun Comprenait quel parti pourrait tirer Iturbibe des divisions de ses ennemis. En efltel au nom de l' ex empereur des troubles sérieux avaient éclaté déjà dans différentes provinces. Il fallait aviser sans relard :

Par un décret du 28 avril, Iturbibe fut déclaré traître à la patrie et mis hors de la loi| s'il osait reparaître au Mexique. Le même dé-^ cret farppait également ceux qui protégeraient son retour. On espérait par cette mesure, effrayer les partisans de l'ex-empereur, et le général Bravo, chef du pouvoir exécutif, par* tit à la tête d'un corps de troupes considérables, pour veiller à la sûreté publique et tenir

UVR» I, CttÂPltKlS tl 7*

en ftftpeftt les provitw^es agitées* Plusieurs pet^ sonuages influents accusés de conspirer pour to retour d*Iturbibe furent arrêtés, quelques-uns mis à mort, d*aulres envoyés en exil.

Ittirbibe ^n effet, avait senti se réveiller daun le repos sa fièvre d'ambition, et voguait vefS le Mexique, méprisant les menaces prononcées contre lui. Ce n'était plus au triomphe qu'il courait, mais à la mort. — Le 8 juillet 1824, caché sous un déguisement, il débarqua à un petit port appelé : Soto la Marina. Mais les côtés étaient sé- Tèrement gardées ; reconnu presque aussitôt par le général La Garza qui commandait en cet endroit, il fut arrêté et Conduit à Padilla (l)i alors Capitale de l'État des Tamaulipas. Le congrès de la province fut appelé à se pronon-

(1) Quelques écrivains disent que le général La Garza qui avait autrefois été un des pliis chauds partisans de IVmpereur Iturbibe l'avait engagé à débarquer, en l'assurant de son dévouement et des sympathies qu'il rencontrerait dans plusieurs provinces que la nou* velle de son arrivée avaient déjà soulevées en sa faveur. — C/est ainsi disent-ils, qu'Iturbibe serait ar- Tl\é à Padilla, confiant dans les promesses et les assurances de La Garza ; là, au contr-aire oe général Taurait dénoncé au congrès, bans celte histoire du M xique, nous croyons facilement aux trahisons, car nuus en avons rencontré à chaque pas de tristes preuves.

80 MEXIQUE GOMTEMPORAIN

cer sur son sort. — Un arrêt de mort ne se fit pas attendre, et le malheureux Iturbibe fut fusillé.

Ainsi se termina la carrière aventureuse du quatrième chef de l'indépendance. Triste et fatale fin pour celui que la fortune avait si rapidement élevé au premier rang, et placé sur un trône impérial. Ce grand favori de l'enthousiasme populaire tombait obscurément, sous la balle de quelques soldats et ce môme sol mexicain qu'il avait traversé en triomphateur, recouvrait aujourd'hui les restes du supplicié.

La république délivrée de cet ennemi qui eût pu remettre tout en question, s'il était parvenu au centre des provinces déjà soulevées en son nom, respira plus librement, et termina l'œuvre de sa constitution fédérative.

Le général Guadalupe Victoria fut nommé président, et le général Bravo vice-président. 11 était impossible à la confédération de s'inaugurer sous de plus nobles auspices. Ces deux hommes étaient la représentation la plus pure de l'indépendance mexicaine.

Depuis longtemps, ils combattaient pour elle, et jamais aucun de leurs actes n'avait souillé la cause qu'ils défendaient.

Page 1