LIVRE II, CHAPITRE H
Tout à coup un nouvel ennemi vint assaillir les deux partis, et, ravageur inexorable, décima au sein des villes les populations épouvantées. •^ C'est le choléra : il choisit d'abord ses victimes dans les classes pauvres et misérables, puis frappa sans pitié les classes les plus élevées. Ce fléau mortel faisait alors son tour du monde. Déjà Tannée précédente il avait ravagé l'Europe. — A Mexico, plus de vingt cinq mille habitants auccombërent; les armées en campagne furent cruellement éprouvées.-
Cependant Santa Anna a forcé les généraux Duran et Arista à capituler, et il les expatrie. C'est dans l'armée surtout que l'on compte lo? plus chauds partisans du système d'absolutisme, et bien que le président les combattît, la mansuétude qu'il montrait envers les vaincus, doublait encore de ce côté les sympathies qui s'attachaient à lui; on pouvait dire qu'il combattait en conciliateur, et Santa Anna mérite d'autant plus d'être loué en cette circonstance, qu'il ne
joua pas souvent ce rôle ; il est vrai que dans les circonstances actuelles, il faisait la partie belle à ses ambitions secrètes.
De retour à Mexico, on le voit proposer les mesures les plus conciliatrices, et laisser au congrès seul l'initiative de la répression.
L'insurrection avait perdu ses deax principaux chefs, mais n'était point abattue. — Elle relève la tête dans les provinces du sud, sous le drapeau du général Bravo ; le nom populaire et la haute renommée de ce général donnaient une nouvelle force au parti dont il embrassait la cause. Il battit les premières troupes que Ton envoya contre lui ; mais vaincu ensuite, il fit sa soumission.
Les résultats dévastateurs de ce perpétuel état de guerre ne tardèrent pas à se faire cruellement sentir dans ce pauvre pays, dont toutes les ressources s'anéantissaient à vue d'œil sous le fatal fléau de la discorde intestine. Les mécontents s'élevaient hautement contre le système de république fédérative qui alimentait ainsi les révoltes. Là, était selon eux le véritable germe des désordres qui déchiraient le pays et réduisaient les populations à la misëret