LIVRE II, CHAPITRE n
que le gouvernement mexicain, qui usait toutes ses forces dans le désordre et Tanarchie, fut impuissant à réprimer.
Déjà depuis longtemps les Texiens se plaignaient amèrement de l'abandon dans lequel la république laissait une de ses provinces, dédaignant de la protéger contre les tribus indiennes qui l'environnaient, et dont les attaques devenaient de jour en jour plus fréquentes, a — Ils ne voulaient plus, disaient-ils, être dépendants d'une république qui ne s'occupait en rien, soit des éléments les plus essentiels de leur prospérité intérieure, soit de la protection qu'elle leur devait contre des ennemis sauvages qui faisaient à chaque instant irruption sur leur territoire.» — La nouvelle constitution proclamée au Mexique porta le dernier coup au mécontentement de cette province, une des plus importantes de la république mexicaine. Le Texas n'eut plus qu'une seule pensée, un seul but : se séparer du Mexique et devenir indépendant.
Santa Anna comprit la gravité des événements qui se préparaient au sein de cette lointaine contrée et espéra réduire facilement à l'obéissance ces nouveaux révoltés.
Il résolut de marcher lui-même contre eux.
Le président dictateur voyait dans cette expédition un facile moyen de consolider sa popularité et d'augmenter sa réputation militaire.
Ses premières opérations furent en effet couronnées de succès, plusieurs places occupées par les insurgés tombèrent successivement en son pouvoir, et, voulant par des exemples terribles porter répouvante parmi les populations, il fit sans pitié périr tous les prisonniers. — Cette cruauté contre laquelle, ilfautle dire, s'élevèrent les généraux qui combattaient sous ses ordres, n'eut pas les résultats que Santa Anna en attendait, elle n' étouffa pas la révolte ; tant de sang inutilement répandu la raviva au contraire et mit dans tous les cœurs cette soif de vengeance qui donne de la force aux plus faibles, du courage aux plus pusillanimes. — Le désespoir et la fureur mirent des armes dans toutes les mains, et Santa Anna, l'ambitieux, trouva sa perte là où son orgueil insatiable rêvait un nouveau triomphe.
Le 20 avril 1836, il rencontrait les troupes texiennes dans les plaines de San Jacinto; 1q commandant en chef Houston était à leur tête. — Les ïexiens étaient peu nombreux, mais résolus à vaincre ou à mourir, car ils savaient
quel sort le* général mexicain réserrait aux prisonniers. — La victoire ne resta pas longtemps indécise ; l'attaque des Texiens fut terrible, inattendue, et porta tout aussitôt le désordre dans les rangs de leurs ennemis, qui croyaient marcher à un facile triomphe. — En vain Santa Anna et ses généraux essayèrent de rallier leurs troupes débandées, — la déroute devint générale, les fuyards couvraient au loin la plaine; — les morts seuls restaient encore sur le champ de bataille. — Santa Anna chercha aussi son salut dans la fuite; suivi de près par un détachement de Texiens, il se jeta au milieu des hautes herbes pour se dérober à leur poursuite, mais il fut découvert et conduit prisonnier devant le général Houston.
Ce général usa de clémence et lui conserva la vie. — Quelques mois après, Santa Anna fut rendu à la liberté. 11 avait appris par des rapports confidentiels, que la défaite de Jacinto avait porté à la fois un coup fatal à sa popularité et à sa réputation militaire; aussi n'osa-t-il pas rentrer au sein de la capitale, et il se retira dans ses terres, attendant du temps Toubli, et des événements son rappel au pouvoir. — Santa-
Anna laissait à Mexico des partisans fidèles et il comptait sur eux pour ravenir ; il connaissait en outre les hommes qui pouvaient prétendre à gouverner le Mexique, et il savait bien que leur popularité, moins solide encore que la sienne, ne tarderait pas à s'user danslesluttescontinuelles des ambitions rivales. — Il quittait donc le pouvoir, certain d'y revenir tôt ou tard.
Que s'était-il en effet passé à Mexico pendant son absence?
Le général Barragan auquel avait été remise par intérim la présidence était mort, et le congrès, en l'absence de Santa Anna qui combattait au Texas, avait investi de ces importantes fonctions le minisire de la justice Jos. Justo Carro. — La nouvelle de la défaite si rapide et si inattendue de Santa Anna jeta dans tous les esprits la plus grande consternation, tant était grande la confiance que l'on avait en lui. L'annonce de sa captivité toucha moins q\ie le revers e&-