LIVRE II, CHAPITRE III
— Le 21 novembre, le contre-amiral Baudin quittait Jalapa, en posant les dernières conditions de la France, et donnait jusqu'au 27 à midi, pour tout délai.
Le 27, aucune réponse n'étant parvenue, l'escadre se prépara au combat. — C'est contre le fort Saint-Jean d'UUoa que les bâtiments français doivent diriger leurs attaques.
Ce fort, à un demi-mille de Vera Cruz, présente un parallélogramme irrégulier. A chaque angle s'élève un bastion ; ses murailles, d'une solidité remarquable, comme toutes les constructions espagnoles de cette époque, sont percées d'un grand nombre d'embrasures. — Le banc de la Gallega, sur lequel devait être jeté le corps de débarquement, vient mourir à ses pieds. — Un large fossé rempli d'eau à la marée haute, et deux batteries basses complétaient l'ensemble des défenses de cette place forte.
L'amiral a combiné son plan d'attaque. — Trois frégates prennent position au nord-est delà forteresse, à la distance de quatre ou cinq encablures; — près des frégates, un peu plus au nord, se tiennent deux bombardes; — trois corvettes hors de portée du feu de la place doivent obser-
ver les coups, pour faire rectifier le tir à l'aide de signaux convenus.
Une demi- heure avant l'heure indiquée pour le commencement des hostilités, des envoyés mexicains se présentent sous drapeau parlementaire 5 ils apportent à T amiral des dépêches de leur gouvernement. Ces dépêches nç donnent aucune satisfaction nette et catégorique.
« — Le gouvernement n'avait qu'une réponse à faire, il ne l'a pas faite, répondit l'amiral en congédiant les envoyés- — dans une demiheure, le feu commencera. »
A midi, le signal est donné; une commotion formidable lui répond et frappe les échos comme le roulement du tonnerre ; ce sont tous les bâtiments embossés à bonne distance qui lancent une grêle de boulets. Le fort riposte énergiquement avec toute son artillerie, et bientôt un voile épais de fumée que traversent des raies de feu, enveloppe les combattants.
Depuis une heure à peu près, la canonnade continue ; tout à coup une e^iplosion terrible se fait entendre : le magasin à poudre et le parc à boulets du fort viennent de sauter, lançant dans les airs leurs débris enflammés. — A cette détonnation une autre succède presque aussitôt ; un