LIVRE lY, CHAPITRE I
trouver des ressources dans le pays qu'elle parcourt, son chef doit prévoir, calculer et sacrifier souvent les chances heureuses qui se présentent à lui, pour parer à toutes ces éventualités impérieuses d'une armée en campagne. Que fût-il arrivé, dans ce pays hérissé de mon tagnes, où se succédaient des passes dangereu* ses et des difficultés imprévues, si les populations se fussent levées en masse par un suprême effort de patriotisme et eussent coupé le petit corps du général Scott, interceptant ainsi toute communication avec ses renforts et ses approvisionnements ?— On eût accusé le général américain d'imprévoyance, et il est difficile de calculer les désastres qui eussent pu en résulter.
En dépit des critiques, les résultats étaient grands, et le prestige des armes américaines restait dans tout son éclat.
Santa Anna avait donné sa démission ; il connaissait trop son pays pour n'être pas certain qu'on rejeterait sur lui la responsabilité des désastres qui accablaient la patrie. Cependant il avait soutenu énergiquement la lutte jusqu'à la fin, et dans son opiniâtreté résolue, n'avait pas voulu, même au dernier moment, désespérer du salut de la république.
Après la conclusion du traité de paix avec les Américains, Herrera reprit les rênes du pouvoir qui lui avaient été violemment arrachées par Parades, le temps de sa présidence n'étant pas encore terminé. Mais Herrera n'était point rhomme de la situation. — Animé des meilleures intentions, il ne savait pas tenir tête à ces orages continuels qui agitaient la république ; il rêvait pour son pays d'utiles et sages réformes, il rêvait surtout ce problème d'une solution impossible au Mexique, le payement régulier de la dette nationale et l'équilibre des dépenses avec les recettes. Toutefois de nouveaux troubles ne signalèrent pas la lin de sa présidence, qui eût offert le rare spectacle d'une tranquillité relative, si la guerre des Indiens dans TYucatan n'eût ensanglanté la frontière des États du nord et de l'ouest. Ces peuplades, barbares se répandaient dans les villages et y portaient le meurtre, l'incendie et la dévastation.
Lorsque les pouvoirs d' Herrera furent près d expirer, trois candidats se présentèrent : — le général Arista appartenant au parti démocratique, — lé général Bravo au parti monarchique; — le général Pedrazza au parti libéral.