LIVRE IV, CHAPITRE I
Au milieu de cette déplorable histoire de désordre et d'anarchie que nous avons pris à tâche de raconter dans tous ses détails, nous trouvons un triste épisode dans lequel figure un de nos compatriotes, le comte de Raousset Boulbon. — Poussé à la vengeance par la déloyauté que le gouvernement mexicain avait montrée à son égard, il entreprit de révolter TÉtat de la Sonora. Le succès qui couronna rapidement soif attaque contre Hermosillo, alluma son ambition et convaincu dans son aveuglement qu'il pourrait, à la tête de quelques centaines d'aventuriers, conquérir par la force ce qu'on refusait aux engagements contractés, il débarquait à Guaymas, le 1" juillet. — Ses rêves de triomphe devaient être courts et il paya de sa vie des projets insensés. Raousset veut s'emparer de Guayuias, que commande le général mexicain Yanez. — C'était le 13 juillet 1854. — Sa troupe décimée déjàpar la discorde,
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est battue et dispersée, et Raousset Boulboo est fait prisonnier, condamné à mort, puis fusillé le 12 août suivant.
Chacun se rappelle encore l'émotion que produisit en France cette cruelle nouvelle, et avec quelle douloureuse émotion on lisait dans les journaux le récit des derniers moments du malheureux condamné. Le comte de Raousset Boulbon,d'un esprit inquiet, d'un caractère ardent, téméraire, était victime de ces fatales aspirations vers Tincbnnu, qui jettent un homme au hasard à la merci des aventures. Si Ton doit fortement reprocher au gouvernement mexicain d'avoir manqué de bonne foi et d'avoir cherché, sous des prétextes iniques, à éluder les clauses d*un traité qu'il avait signé, on ne peut lui reprocher la mort du comte Raousset Boulbon.
Celui-ci en proclamant la révolte sur ses pas et en inscrivant sur son drapeau : Indépendance de la Sonora^ s'était mis hors la loi; le triomphe en eut fait un chef redouté peut-être, — la défaite en fit un condamné.
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Une grave question de politique extérieure était pendante avec le gouvernement des États- Unis, lorsque Santa Anna reprit en main le pouvoir dictatorial. — Le conflit qui s'était élevé était relatif à la délimitation de frontières, — Les Américains occupaient une partie de la vallée de Mesilla sur laquelle le Mexique avait des droits ; des négociations s'ouvrirent, elles ne furent pas longues, car si d'un côté le gouvernement américain tenait au territoire contesté, de l'autre le Mexique épuisé dans ses finances, réduit à des expédients de toute nature pour remplir les caisses toujours vides de l'État, ne demandait pas mieux que d'aliéner cette portion de son territoire, moyennant une indemnité pécuniaire. Dans une clause du traité de Guadalupe (mai 1848), les Américains s'étaient engagés h réprimer les dévastations des Indiens, qui faisaient des irruptions incessantes sur les frontières mexicaines, et ils avaient
à cœur de se dégager de cette obligation. Ils le firent par le traité dit de Mesilla, conclu par Santa Anna le 13 décembre 1853, et ratifié à Washington avec quelques modifications, le 30 juin de Tannée suivante. — Une indemnité de dix millions fut accordée.
Le Mexiqtie vivait depuis trop lofigteïttf s de désordres et de guerre civile, pour ne pasf prêter l'oreille aux premiers mécontents qui élèveraient la voix. Ce traité fut le prétexte ; on accusa Santa Anna d'aliéner le territoire ^de la république. Cependant Tannée 1853 s'écoula encore sans troubles ; mais dès le commencement de Tannée 1854, un pronunciamento éclatait dans le port d' Acapulco et était bientôt soutenu par les montagnards de TÉtat de Guerrero.
Les pronunciamentos ont fait la perte du Mexique et ont sans cesse entretenu le désordre fatal qui devait le mener à une ruine certaine. — C'était bien la plus pitoyable et la plus ridicule invention.
Nous trouvons cette description des pronunciamentos qui ne manque pas de vérité.
Le premier acte d'une révolution s'appelle :
pronunciamento.
Un officier de tout grade, mais do préférençQ