‹ Le Mexique contemporain par le baron de BazancourtChapitre 7 sur 109 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

tenaient dans les esprits déjà portés à la haine lorsque la révolution de 89 éclata en France, une agitation soudaine parcourut le monde. — Les autorités espagnoles redoutèrent la commotion de cette grande crise politique et redoublèrent de despotisme et d'irascibilité ; « Ainsi (écrit M. de Humboldt) on crut voir le germe de la révolte dans toutes les associations qui avaient pour but de répandre les lumières ; on prohiba rétablissement des imprimeries dans des villes de quarante à cinquante mille habitants; on considéra comme suspects d'idées révolutionnaires de paisibles citoyens qui, retirés à la campagne, lisaient en secret les ouvragesde Montesquieu, de Robertsonou deRousseau. Lorsque la guerre éclata entrer Espagne et la France, on traîna dans les cachots de malheureux Français qui étaient établis au Mexique depuis vingt ou trente ans. Un d'eux, craignant de voir renouveler le spectacle barbare d'un autoda-fé, se tuadans les prisons de l'inquisition. Son corps fut brûlé sur la place de Quemadero. A la même époque, le gouvernement local crut découvrir une conspiration à Santa Fé, capitale du royaume de la Nouvelle-Grenade; on y mit aux fers des individus qui, par la voie du com-

iiierce avec Tîle de Saint-Domîngae, s'étaient procuré des journaux français; on condamna à la torture des jeunes gens de seize ans, pour arracher des secrets dont ils n'avaient aucune connaissance. » — En vain les vice-rois cherchaient ainsi à séparer du reste du monde cette importante colonie; quelques soins qu'ils prissent pour empêcher le bruit du mouvement des idées de parvenir jusqu'à elle, le jour n'était pas éloigné où le cri d'indépendance allait parcourir, comme un écho électrique, le vaste plateau d' Anahuac. — Ce cri réveilla dans tous les cœurs une fièvre de lutte qu'avivaient encore les souvenirs de haine et de vengeance amassés depuis si longtemps dans les familles, fatal héritage qu'une génération de trois siècles avait légué à ses descendants. Ce jour-là, tout le fiel amoncelé remonta comme un flot amer au cœur de la nation, et l'étendard de la révolte que leva Hidalgo, le curé de Dolorès, sembla e signal attendu.

Malheureusement pour le Mexique, ce jour fut le commencement d'une ère sinistre de révolutions successives qui depuis lors n'a cessé d'ensanglanter ce pauvre pays. — Liberté ! indépendance ! que d'ambitions secrè-

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