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tionnels, en souvenir de cette constitution abrogée en naissant, et contre laquelle avait protesté la majorité de la nation ; mais le gouverneur de Vera Cruz avait appelé à lui tous les mécontents et s'était fait ainsi un parti des factieux de tous les partis.
L'histoire qui va commencer est de l'histoire contemporaine : — elle s'appelle : Juarez et Mîramon. L'un tient aujourd'hui en mains le pouvoir qu'il a ramassé dans le sang de trois années de guerre civile ; l'autre proscrit, mis hors la loi, attend sur le sol étranger que ses partisans qui représentent l'aristocratie et le clergé se soient reconstitués et que son étoile pâlie reparaisse à l'horizon. — C'est la révolution qui a triomphé et qui se maintient par la terreur, comme tous les gouvernements qui s'appuient sur la brutalité d'un fait, mais non sur l'expression libre de la volonté nationale.
Nous touchons à une des plus grandes crises anarchiques qu'ait eu à subir ce malheureux pays. — La république mexicaine était incorrigible. Le désordre était son état normal, l'anarchie son essence ; — c'était, pour ainsi dire, à la fois chez elle un élément de vie et de destruction : on est porté à croire, qu'elle eût re-
gardé une prospérité tranquille comme un malheur. Elle aimait les tempêtes et semblait les appeler à elle avec passion.
Il est chez les peuples comme chez les individus des principes de désorganisation intérieure qui vivent en eux et dominent fatalement leur nature. — Ainsi était la république mexicaine. Si cette éternelle comédie des partis rivaux ne se fût pas traînée dans le sang pendant plus de trente années, elle n'eût été que fastidieuse et ridicule ; mais on ne joue impunément ni avec le feu, ni avec la mort. — Le Mexique jouait avec tous les deux.
Ces deux gouvernements allaient se disputer impitoyablement le pouvoir ; mais Juarez, établi à Vera Cruz avait, nous l'avons dit, l'avantage d'être maître des principaux ports, et de trouver ainsi dans le revenu des douanes des ressources précieuses ; ces ressources faisaient complètement défaut à Miramon, aussi devait-il se voir bientôt réduit à toutes sortes d'expédients pour subvenir aux frais continuels de la guerre et à l'entretien d' une armée en campagne. — Ce qu'il fallait craindre surtout, c'était la désertion, si facile aux Mexicains, qui n'ont guère de raisons sérieuses pour embrasser un
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parti plutôt qu'un autre, et auxquels sont complètement étrangères les nobles pensées du patriotisme et de l'intérêt public.
Dans le commencement, l'aristocratie et le clergé surtout, qui était fort riche, sentant que Miramon était le défenseur de leurs droits et de leurs privilèges, apportèrent leurs deniers à cette cause qui était la leur. En effet, si le parti démocratique triomphait, la loi dite de désamorticacion^ votée en 1857, et qui ordonnait la vente des biens ecclésiastiques, recevrait aussitôt son exécution, — Miramon put donc un moment espérer qu'il pourrait faire face aux dépenses énormes qu'entraînait cet état perpétuel de guerre. — Cette illusion ne fut pas de longue durée, les dévouements même intéressés se lassent; ne pouvant tirer ses ressources du pays lui-même, il en fut bientôt réduit au triste expédient des contributions extraordinaires. — Miramon se chargeait de combattre avec son épée, les autres, selon lui, devaient combattre avec leur argent, s'ils ne voulaient voir arriver à grands pas le régime de la démagogie. — C'était un système comme un autre, mais qui n'était pas du goût de tous. — Cependant, il ne fallait pas se dissimuler que le général Miramon
représentait dans le pays l'élément conservateur 5 le corps diplomatique étranger presque tout entier T avait reconnu, comme le véritable gouvernement régulier. Mais le Mexique était en feu depuis les États les plus reculés jusqu'aux provinces les plus voisines de la capitale, et il était bien difficile de faire un peu d'ordre avec tout ce désordre.
Juarez, de son côté, avait à Vera Cruz son gouvernement organisé, ses agents, ses chefs militsdres, et surtout des bandes de guérillas qui tenaientla campagne, et protégées par la nature même du pays qui les servait admirablement, savaient après chaque dévastation se dérober aux poursuites de l'armée régulière, en trouvant un refuge assuré dans les défilés des montagnes.
Telle était la situation politique et révolutionnaire du Mexique. Le premier acte de Mir.imon fut de se diriger vers Vera Cruz à la
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tête de son armée; là était le vrai danger. Si Vera Cruz tombait, Juarez perdait le siège de son gouvernement et en même temps le centre de ses principales ressources. Mais pendant que Miramon s'éloigne de Mexico, le général Degollado, avec sept mille hommes, s'emparait par surprise de Guanaxuato, et marchait audacieusèment sur Mexico. — Le 21 mars, cette armée était à Tacubaya, aux portes même de la capitale. Le général Marquez, un des lieutenants les plus énergiques de Miramon, accourut avec des renforts et repoussa vigoureusement l'ennemi. — Miramon, de son côté, à la nouvelle de ces événements, se portait en toute hâte au secours de la capitale, et abandonnait pour le moment ses projets contre Vera Cruz.
Un événement vint donner une sorte de consistance au gouvernement révolutionnaire de Juarez : le ministre américain le reconnaissait officiellement. — Un but tout à fait étranger à la question politique qui se débattait avait été le mobile de cet acte. La pensée constante du gouvernement des États-Unis était depuis longtemps, on le sait, de mettre à profit la désorganisation du Mexique pour démembrer peu à peu cette malheureuse république, et s'approprier les
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portions de territoire qu il convoitait. — M. Mac Lane savait que le gouvernement de Juarez avait un trop grand intérêt à être reconnu par lui pour se refuser à ses demandes ; il ne s'était pas trompé, et il avait obtenu, en échange de cette reconnaissance officielle, un traité qui était non^seulement un nouveau démembrement déguisé du territoire mexicain, mais auss une sorte de protectorat militaire qui donnait aux Etats-Unis Je droit d*int6rvenir dans les affaires intérieures du Mexique.
Ce traité déplorable, arraché à Juarez par Tagent américain , souleva une grande clameur parmi même les plus chauds partisans de ce chef du parti démocratique, et Miramon, par un manifeste daté de Guadalaxara, protestait avec une violente énergie contre cet acte de trahison envers la patrie.
« Jamais, (s* écriait-il,) je n'accéderai à un semblable traité. Placé par la Providence à la tête de la nation, je suis profondément pénétré de la responsabilité qui pèse sur moi dans une crise aussi grave. Dieu m'a donné la victoire dans une guerre intestine, j'espère qu'il me la donnerait dans une guerre entreprise
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poar Tîntlépendance de ma patrie, pour la défense de sa feligion et derititégfité de son territoire. ))
La guerre civile continuait sans amener aucun de ces grands événements qui décident subitement une question. Hiramon battait lés foN ccsfêvolutionnairds partout où il les rencontrait, et ses généraux enregistraient autant de vic^ toîres que de combats, mais ces succès stériles montraient Timpuissance des deux partis dans une lutte qui menaçait de s'éterniser. — Des faits d'exactions de tout genre, signalaient surtout le passage des bandes du gouvernement de Vera Cru2. Un jour, elles pillaient à Guaîiaxuato 180 mille piastres, dont 90 mille appartenant aux Anglais ; à Tepec le général Corolîado extorquait 11 mille piastres au consul anglais, et le colonel Carretorô s*emparait à main armée d'un convoi de six cents mules appartenant à un négociant de Puebla ; une église était également dévastée à Vajaca. De tels faits joints à des cruautés jusque-là sans exemple, montraient que cette fatale guerre allait devenir une guerre d'extermination.
Pendant ce temps, les ressources s'épuisaient bien plus à Mexico qu'à Vera Cruz. — Le
général Miramon comprit que malgré toutes ses victoires partielles, la cause qu'il défendait mourrait tôt ou tard d'inanition, si quelque coup d'éclat ne brusquait le dénouement. Dans l'état actuel des choses, c'était le poids d'une épée qui pouvait seule faire pencher la balance. Il résolut donc de se mettre de nouveau en marche vers Vera Cruz, et de concentrer tous ses efforts contre cette place, c'est-à-dire contre Juarez lui-même.
Il partit dans le mois de février 1860, emmenant avec lui sous bonne garde plusieurs généraux ses prisonniers, qu'il voulait sur sa route déposer au château de Perote. Son armée se composait alors de 6,000 hommes. — Il fut rejoint par le général Robles à Pezuala, et sans avoir livré de combat sérieux, il arrivait le 1" mars devant Vera Cruz.
Le général Miramon commençait ses opérations contre la place, lorsqu'un événement imprévu vint tout d'un coup l'accabler et briser ses combinaisons militaires, qui s'annonçaient sous les plus favorables auspices. Le général comptait pour ses ravitaillements de toute nature sur l'arrivée de deux navires chargés d'armes, de munitions et de vivres, l'un, de na-
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tionalité mexicaine, l'autre espagnol frété à Cuba. — Ces deux navires s'approchaient, le 6 mars, de la baie d'Anton Lizaïdo, lorsqu'ils furent attaqués et capturés par le capitaine d'un bâtiment américain, au mépris de tout droit et par un attentat sans exemple contre l'indépendance du Mexique et contre le pavillon espagnol.
Cet acte audacieusement illégal rendait impossible la continuation des opérations contre la place de Vera Cruz, car il privait le général Miramon Je ressources indispensables. Celui-ci leva donc le siège, et s'apprêta à retourner à Mexico. Cependant il ne voulut pas s'éloigner de Vera Cruz, sans avoir tenté quelque démarche de pacification. — Il proposa une amnistie générale étendue à toute la république et la médiation de la France, de l'Angleterre, de l'Espagne, de la Prusse et des États-Unis pour le rétablissement d'une paix définitive et durable. — Mais ces
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propositions faites sous le coup du fatal événe^ ment qui venait de frapper le général^ accti* saient son impuissance bien plus qu'elles no montraient ses intentions conciliatrices, -^ Juarez ne s'y laissa pas prendre; U vit son rival abattu, découragé, *— Traiter, c'était perdre tous ses avantages; — il repoussa la transac* tion proposée, refusant d'abord et en principe toute médiation étrangère. — Miramon reprit donc le chemin de Mexico, comptant sur son énergie pour profiter du premier événement favorable. Mais chaque jour en diminuant ses ressources, devait voir s'accroître les embarras de sa situation. Comme chef de l'Etat, comme général, il se multipliait et cherchait à inspirer à tous une confiance qui déjà n'était évidemment plus en lui.
Les puissances étrangères ne pouvaient assister impassibles à cette guerre qui usait les dernières forces vitales du Mexique et hâtait le progrès si désastreux de la désorganisation sociale et politique de ce pauvre pays, aussi la France et l'Angleterre, qui avaient, au résumé, à défendre des intérêts identiques, reprirent leurs projets de médiation officieuse. — Miramon accepta cette médiation, Jaare^ con-
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ûnw à la refuser •---< Le premier^ en donnant 8oa assentiment , augmentait ses bonnes relations avec la diplomatie européenne et se créait vis-à» vis d'elle de nouvelles sympathies; —le second, au contraire, n'avait aucune raison de ménager cette diplomatie qui avait reconnu son rival.
Tous ces délais, ces atermoiements empiraient néanmoins la situation fmancière de Mi-* ramon, qui avait déjà, dans l'espace de quelques mois, prélevé quatre emprunts forcés principalement sur les étrangers ; malgré ces emprunts qui n'étaient que des spoliations, les coffres de l'État étaient toujours vides, et l'armée mal payée ne se faisait pas faute de murmurer. Sur ces entrefaites, un incident imprévu amena une nouvelle complication. Le général Zuloaga avait, on le sait, cédé tous ses pouvoirs au général Miramon, le défenseur de ses droits ; poussé par des envieux du général ou par des mécontents qui espéraient tout gagner en éloignant Miramon du pouvoir, il ne cachait pas son projet de retirer sa délégation et de reprendre personnellement le siège de la présidence.
C'était dans le moment même ou Miramon préparait une nouvelle expédition contre les
bandes séparées de Juarez qui continuaient audacieusement leur dévastation dans l'intérieur de la province et se montraient parfois dans un rayon rapproché de la capitale.
Zuloaga, sans attendre son départ, comme le lui conseillait le parti qui s'était groupé autour de lui, rend un décret par lequel il déclare, en vertu de son droit, reprendre le pouvoir; — Miramon a deviné le complot, c'est sa chute, qu'on médite, et avec sa chute le triomphe assuré de son antagoniste. Certes, il eût été bien inspiré de laisser Zuloaga hériter d'une situation dont les difficultés inextricables devaient amener un fatal dénouement ; il ne le fit pas. Le pouvoir suprême, même en face des écueils les plus redoutables a des entraînements dont nul ne peut se détacher. Miramon était entré comme chef dans la lutte et y avait apporté un cœur fort et jeune, une âme ardente et passionnée, il ne pouvaitplus exercer une position secondaire ; aussi résolut-il, par un coup hardi, inattendu, d'abattreces prétentions nouvelles. — Il fit cerner la maison de Zuloaga, avec ordre d'amener le général sous bonne escorte au palais de la présidence. Cet acte audacieux énergiquement exécuté eut le plus en-