‹ Le Mexique contemporain par le baron de BazancourtChapitre 81 sur 109 · LIVRE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE III

qu'on ne peut les payer. Les 660,000 piastres anglaises dont il s'est emparé, par des moyens que je ne justifierai pas, lui permettront peutêtre de retenir quelque temps sous son drapeau les restes de l'armée, mais, je le répète, il ne pourra pas aller beaucoup plus loin, et déjà on peut le considérer comme perdu. Dans un tel état de choses, penser à une nouvelle proposition de médiation, serait nous compromettre sans la moindre chance de succès. Même quand Juarez le voudrait, il ne pourrait y prêter l'oreille, car la situation ne lui appartient déjà plus; elle se trouve aujourd'hui entre les mains des généraux Zaragosa et Ortega, chacun desquels le veut exploiter au profit de son ambition, et rejeter d'une manière absolue toute idée d'accommodement. Dans le moment présent, la seule médiation possible ne doit pas avoir d'autre objet que de sauver Mexico des horreurs d'un siège, peut-être d'un bombardement, et d'obtenir une capitulation honorable pour Miramon. Je pars demain pour Mexico, en • passant par Jalapa, où je verrai à me concerter avec mes collègues, afin de voir ce qu'il reste à faire dans des circonstances aussi critiques, convaincu que nous avons encore le

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temps nécessaire pour arriver an seul résultat possible. 11 paraît certain que les forcés des constitutionalistes, au nombre de vingt-cinq à trente mille hommes, se concentrent sur Mexi*» co avec toute la rapidité qu'ils peuvent^ et que leurs guérillas arrivent tous les jours jus^ qu'aux portes même de la capitale. »

Si Ortega^ après la victoire de Silao, eût poussé sans retard jusqu'à Mexico^ il n'eût pas rencontré un soldat pour lui barrer le passage. Mais déjà les ambitions et les rivalités penon*nelles des difiérents chefs divisaient ce parti* et amenaient dans les opérations militaires des lenteurs et des indécisions qui les eussent peiv dus, si Miramon, privé d'agir par le manque de ressources, eût eu sous ses ordres une véritable armée.

Le président de .>!exico est résolu à tenter un dernier effort : c'est sur un champ de bataille qu'il veut que soit jouée cette dernière partie, d'où dépend la vie ou la mort de la cause qu'il défend. — Le 8 décembre, il sort de la capitale avec une force de trois mille cinq cents hommes sans artill rie, car il ne peut en emmener par les chemins qu'il veut suivre. — Le lendemain, il tombe à l'iii.proviste, à Toloca,

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sur La division d'avant garde ennemie que commande le général Berriozabal, le bat et lui enlève quatorze canons , plus une grande quantité de munitions et d'armes de guerre ; le général Bériozabal et les officiers attachés à son état*major furents faits prisonniers, ainsi que le général DegoUado, son fils et deux colonels. — 11 était à craindre que dans cette triste guerre civile, et pour en imposer à ses ennemis, le vainqueur ne fît fusiller ces prisonniers importants, et dont une portion de son armée demandait à grands cris la mort ; mais tel n'était pas Miramon, et cette pensée ne lui vint pas un seul instant à l'esprit. 11 résista au funeste entraînement de quelques-uns de ses partisans, et les captifs, amenés à Mexico, furent logés dans le palais et traités au contraire avec les plus grands égards.

Les fédéralistes continuaient cependant leur marche sur Mexico ; — le général Ortega amenait avec lui, de rintérieur, onze millehommes, — Amondia et Gazza, qui avaient longé la côte, comptaient plus de cinq mille hommes, et Ton pouvait estimer à quatre mille environ les bandesséparées des différents chefs Carvajal, Cueillar et autres. — Telles étaient à peu près les for-

ces qui s'avançaient dans différentes directions sur la capitale, c'est-à-dire vingt mille combattants environ.

Miramon comptait sept à huit mille hommes; avec cet effectif, et l'artillerie qu'il possédait (cent vingt canons) il pouvait organiser une sérieuse défense, et ce n'eût été qu'après des flots de sang versés, que les assiégeants se fussent rendus maîtres de la ville. — Mais quelles auraient été les horreurs de ce siège et les ravages subis par la malheureuse cité. — En face de cette terrible alternative, Miramon n'hésila pas à tenter, en dehors de la capiule, ce dernier et suprême effort. — S'il était vaincu, il sauvait au moins Mexico de la destruction et lui épargnait ces heures sanglantes de pillage qui suivent toujours la prise d'une ville assiégée.

Enhardi par le succès qu'il vient d'obtenir, il part, ayant avec lui moins de six mille hom-

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