LIYRE IV, CHAPITRE III
mes; son plan c'est de battre Tennemî en détail, avant que les différents corps aient pu opérer leur jonction, — Le 22, il se trouve en face du général en chef Ortega, le même qui l'avait vaincu à Silao. — Il pouvait éviter le combat, ou du moins attendre son adversaire, si supérieur en nombre, dans une position plus favorable. — 11 ne la fit pas. — Ce fut une faute qui lui enleva les dernières chances de succès. Ses principaux, ses plus sûrs lieutenants sont avec lui. Marquez, Ayestaran, Cobos, Negrete, Vêlez; — avec cette activité qui avait porté si haut dans le début sa fortune militaire, il parcourt les rangs de sa petite armée, donne à chacun ses instructions, et cherche à communiquer à tous le courage qui l'enflamme. — Croyait-il à la victoire, ou sentait-il qu'il ne pouvait plus reculer devant la fortune contraire qui s'acharnait contre lui, qui le sait? mais c'était un beau et triste spectacle de voir ce jeune homme (vingtsix ans), chef suprême de tout un parti, les dominant tous par sa volonté, par son énergie, par son audace, donner ses ordres d'une voix brève et ferme, et se préparer au combat, à l'égal de ces vieux capitaines blanchis sous le harnais des camps.
â78 MEXIOOÈ CONTEMPORAIN
Il est huit heures du matin^ l'action cômmeoce. — Les premiëi'eis troupes de Miramon s'élancent avec une telle vigueur qu'elles délogent rennemi de plusieurs positions. La lutte est engagée de tous côtés avec un gratid acharnement; les combattants ne gagnent du terrain que pied à pied. Ortega envoie încessaminent des renforts sur les points les plus metlâcés, les lieutenants de Miramon se multiplient et se jettent eux-mêmes au plus fort du conlbat, pour entraîner les troupes par l'exemple de leur audacieux courage. — Miramon accourt, c'est le moment d'enfoncer le centre des fédéraux par une attaque décisive \ il donne ordre à sa cavalerie, qui compte 1,200 chevaux environ, de charger Tennemi ; cette troupe hésite ; il réitère Tordre d'une voix impérieuse. — Les cavaliers partent, mais à la première chargé une partie passe à l'ennemi, le reste, démoralisé par cette désertion subite, tourne bride et se disperse ; alors tout est fini. — Ce triste épisode décidé du sort de la journée ; l'infanterie, découragée, résiste mollement, lâche pied, et bientôt, pressée dans sa retraite par les colonnes d'Ortega, elle se débande et fuit en désordre dans toutes les directions. — Miramon n'a
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plus d'arméa. Il jette un coup d'œil désolé et abattu sur ce champ de bataille, tombeau de sa dernière espérance, et ralliant quelques dé* tacbements épars qui obéissent encore à la voix de leurs chefs, il reprend la route de Mexico, où il arrive dans la matinée du 23.
La nouvelle de sa défaite est déjà publique ; c'en est fait de la cause dont le président Mi-, ramon s'était fait Tardent défenseur. — L'aristocratie si égoïste, le clergé si indifférent, déploraient à cette heure menaçante de n'avoir pas coopéré de tout leur pouvoir à l'accomplissement d'une œuvre, dont la ruine était le bouleversement de la république centraliste livrée aux mains des démagogues. — Mais l'heure fatale avait sonné. Certes Miramon, en faisant un appel suprême à la population épouvantée par J'approche des bandes sauvages de Carvajal, eut réuni encore de nombreux défenseura qui se seraient groupés autour de lui, par terreur bien plus que par patriotisme, et les cent vingt canons qui protégeaient la capitale en eussent longtemps peut-être encore défendu les approches; — mais Miramon ne voulut pas exercer cette triste vengeance sur ceux qui avaient désçrlé sp. cause. Aussitôt son arrivée à
Mexico il chargeait le corps diplomatique étraa — ger de s'interposer pour sauvegarder la vill^3 contre les entreprises des guérillas et de fair^3 cesser un état de guerre qui n'avait plus d^3 raison d'être , du moment où les portes d^3 Mexico étaient ouvertes, sans combat, aux trou — pes fédérales.
Le ministre de France , M. de Saligny ^"t M. Pacheco, ambassadeur d'Espagne, se rendirent aussitôt auprès du général Ortega; H s étaient accompagné du général Ayestaran, délégué de Miramon et du général Beriozabal, qui accepta avec une noble loyauté de joindre ses efforts aux ministres européens pour obtenir une honorable capitulation.
Ces envoyés n'atteignirent le général Ortega qu'à seize lieues de Mexico. — Ils eurent avec lui une conférence qui dura plusieurs heures. Les demandes de MM. de Saligny et Pacheco se bornaient à la garantie de la vie et des propriétés de tous, et à une amnistie générale pour les faits militaires et politiques, avec faculté pour tous ceux qui le voudraient de quitter le territoire mexicain. — Le général Ortega, circonvenu par plusieurs généraux, n'accéda pas à ces demandes, relativement à