LIVRE I, CHAPITRE IV
ment avec le grand conseil de l'Inde, tribunal redoutable qui étendait son autorité sur toutes les affaires des colonies. Mais les vice-rois et les membres de Yatidiencia, tous Espagnols, étaient dévoués, avant tout, aux intérêts de F Espagne. Pour qu'ils ne pussent s'attacher au sol mexicain, il leur était défendu de s'y marier et d'y acquérir aucune propriété.
Les pouvoirs rivaux, élablispour se contrôler mutuellement, étaient des ennemis jaloux qui n'aspiraient qu'à se combattre. Mais de quelque côté que se tournassent les intéressés dans les classes inférieures, ils ne rencontraient qu'une administration despotique, sévère et cruelle; la protection n'était nulle part.
A l'époque dont nous cherchons à retracer le récit, la France était en pleine révolution. Les vice-rois, nous l'avons dit, sentaient venir à eux ce frémissement du inonde européen, et ils crurent dominer la situation en redoublant de rigueur et d'absolutisme. — Dans toutes choses, même les plus indifférentes, leur esprit inquiet croyait trouver le germe d'un complot conti*e l'autorité royale. « Les persécutions auxquelles ils se livrèrent (écrit M. deHumboldt) aigrirent davantage encore les esprits; le mécontente-
uient couvait encore, mais il ne fallait qu'une étincelle pour le faire éclater. »
Cette étiiicelle jaillit des événements qui signalèrent Tannée 1808, et placèrent la couronne cVEspagne sur la tête de Joseph Bonaparte, un des frères de Napoléon. — L'Espagne livrée à Tanarchie se débattait sous Tétreinte du colosse guerrier, nouveau César, qui menaçait de conquérir le monde. — En face de cet état de choses, le Mexique livré pour ainsi dire à luimême, fit appel à ses propres forces ; des juntes séparées et rivales se formèrent dans les provinces. Le vice-roi Iturrigaray, frappé des dangers que devaient engendrer les divisions entre Créoles et Européens, proposa la création d'une junte centrale dont les membres représenteraient toutes les provinces.
Uaudiencia vit dans ce fait une atteinte à ses droits et aux privilèges des Espagnols ; elle résista. Un complot s'organisa. Au milieu de la nuit, les conjurés forcèrent le palais du viceroi, s'emparèrenl de sa personne et le firent embarquer pour Cadix. — Toute fusion entre les Américainset les Espagnols devenait impossible. Deux factions divisaient le Mexique, d'autant plus animées, qu'il s'agissait pour Tune de son
UYRE I, CBAPITBK lY (|3
ancienne domination, pour l'autre de ses intérêts les plus chers.
Si, d'un côté, les Espagnols armés sur tous les points se préparent à la lutte,les indigènes conspirent et les ramifications de ce complot gagnent les provinces les plus éloignées; Yaiulieficia est devenue souveraine ; elle agit€ans contrôle : elle sent le sol trembler sous ses pas et sa violence ne connaît plus de bornes. L'arrivée au pouvoir du nouveau vice-roi Vénégas ne changea rien à l'irritation des esprits. — L'élan était donné.
Nous sommes en 1810, la conjuration qui a échoué l'année précédente à Valladolid a passé du Alechoacan dans l'État de Guanaxuato. — Le chef de cette révolte qui commença à bouleverser le Mexique s'appelle Hidalgo. — C'est un vieiilard ; né en 1747, il a donc plus de soixante ans, mais il a l'énergie et la volonté persistante de la jeunesse. Bientôt il a autour de lui une armée, mélange étrange d'Indiens,
kk MEXIQUE CONTEMPORAIN
de Créoles et de gens de toutes classes que l'espoir du pillage attirait, *bien plus que la grande cause de la nationalité. — C'est là une des tristes nécessités des révolutions, de recruter partout pour le triomphe de leur cause des hommes sans aveu et des soldats indignes.
Partout où passe Hidalgo, l'insurrection se lève, les villes lui ouvrent leurs portes ; mais il faut qu'il répande l'or à pleines mains, pour maintenir auprès de lui ses partisans avides, et venir en aide aux populations misérables des villes qui se réveillent à sa voix.
Guanaxuato reùferme de grands trésors métalliques appartenant aux Espagnols. Hidalgo se présente audacieusement devant cette place avec son étrange ramassis de combattants armés de couteaux, de massues, de haches, de piques, de frondes, cle mousquets ; l'air retentit de cris féroces.
Le combat s'engage; -- il est terrible et sanglant ; le gouverneur est tué à la tête de ses soldats, et pendant que la garnison résiste en désespérée, lapopulation indigène appelle à grands cris Hidalgo. La lutte est devenue impossible, les assiégeants s'élancent dans le fort et dans l'intérieur de la ville.