HYGROMÉTRIE DES ALTITUDES
Cette chaleur énorme, nécessaire à la formation des vapeurs, est partout un modificateur puissant de la température. Or, à Mexico, l'évaporation, rendue plus facile par l'altitude, consomme incessamment des quantités incalculables de calorique. On conçoit, dès lors, combien celte soustraction doit influer sur les phénomènes de la vie et la production des maladies.
§ 5. Répartition inégale de la vapeur et des pluies.
La nature a fait, d'ailleurs, sur ce pays un étrange partage des vapeurs et des eaux de l'atmosphère. Le voyageur européen qui le parcourt pour la première fois ne donne pas seulement son admiration aux tableaux grandioses que la nature lui offre de toutes parts avec une surprenante prodigalité; il s'arrête aussi avec étonnement, sur les plaines de l'Anahuac, devant l'aridité d'un sol victime tour à tour des glaces de la nuit et des feux de la méridienne que les eaux du ciel et les vapeurs de l'air ne viennent presque jamais modérer. Cet immense plateau se trouve, en effet, entre deux océans aériens. Tantale désolé de ces régions singulières, il s'étale au-dessous des neiges éternelles qui suspendent les eaux sur ses plaines altérées, et il ne peut attirer jusqu'à lui les nuages de Jalapa qui inondent inutilement sous ses pieds le versant de la Cordillère : situation poétique, s'il en fut jamais, mais réalité déplorable, qui refuse aux végétaux utiles l'humidité dont ils auraient besoin pour prospérer !
Les vapeurs qui saturent l'air des côtes maritimes s'y accumulent avec un excès nuisible pour ses habitants; elles se condensent à 1,200 mètres seulement en nuages vers le versant du Pacifique, et en pluies torrentielles toute l'année vers le versant oriental. Elles fuient les plateaux qui pourraient être très-fertiles, vers 2,000 mètres d'altitude. Elles tombent de nouveau par torrents sur des sierras plus élevées, où l'absence de l'homme les rend inutiles. Il est vrai que trois mois par an les pluies viennent consoler les régions où l'atmosphère est sèche le reste de l'année. C'est un secours, sans doute, et beaucoup de fruits de la terre le mettent à profit pour arriver à leur pleine maturité; mais bien souvent ces pluies périodiques tombent avec une abondance nuisible et tuent par leur excès les végétaux qui en auraient reçu la vie s'ils en eussent été abreuvés avec plus de modération. De sorte que partout où l'homme a peuplé ce vaste pays, il gémit au milieu d'une sécheresse extrême ou sous des torrents dont les cours ne sont qu'imparfaitement réglés pour son utilité.
Et quel malheur qu'il en ait été ainsi ! Dans les lieux où les cours d'eau rentrés dans des lits réguliers viennent s'offrir à la main de l'agriculteur, leurs nattes artificiellement répandues sur le sol y prodiguent une végétation des plus surprenantes par sa richesse. Heureusement pour les habitants de cette région américaine, les localités qui jouissent de cet important secours sont assez nombreuses pour subvenir en abondance aux besoins de la consom-