EFFETS DES VOYAGES DE MONTAGNES
Autrefois le voyage de de Saussure au sommet du mont Blanc fil beaucoup de bruit. Aujourd'hui, le géant des Alpes se franchit sans qu'on s'en entretienne. Un grand nombre de voyageurs en ont atteint la cime cet été, et personne ne se pressait auprès de quatre touristes qui en descendaient au moment où je me trouvais moi-même dans la délicieuse vallée de Ghamouni. Depuis plusieurs années, des curieux, en grand nombre, visitent le cratère du Popocatépetl. Des Indiens font métier d'aller recueillir sur cette cime élevée le soufre qu'ils portent sur leur dos sans manifester une grande fatigue. De sorte qu'on est aujourd'hui malvenu à vouloir intéresser par le récit vulgarisé de ce voyage vertical.
Quoiqu'on ait singulièrement exagéré les sensations qui s'y rattachent, on ne saurait nier que, pour les sujets dont l'hématose n'est pas puissante et qui ont l'habitude de vivre non loin du niveau de la mer, de semblables excursions sont extrêmement pénibles et parfois réellement impraticables.
Voyons, du reste, ce que nous apprennent les voyageurs au sujet de leurs ascensions à des hauteurs considérables. Quelque différentes que soient les relations qui nous ont été transmises sur ce sujet, on ne peut s'empêcher d'être frappé de leur concordance pour attribuer aux grandes élévations de montagnes un effet débilitant extrêmement digne d'intérêt. Les symptômes avec lesquels cet affaiblissement a coutume de se manifester sont remarquables par l'originalité que généralement ils affectent.
A quelques nuances près, en effet, les voyageurs qui en sont atteints présentent les signes des mômes souffrances, et cette uniformité dans les résultats ne peut laisser aucun doute sur l'identité de la cause qui leur donne naissance.
Le commencement du voyage ne cause pas d'autres fatigues que celle qui est naturelle à toute marche ascensionnelle vulgaire. Mais, en dépassant 2,000 mètres, il est aisé de reconnaître que l'anhélation n'est pas ordinaire. La lassitude est mêlée d'une sensation pénible, avec la conscience d'un abattement général qui n'appartient pas à une fatigue habituelle. A »'J,000 mètres, la volonté, ferme encore, n'est que faiblement obéie par la contraction des muscles. A 4,000 mètres, la volonté elle-même est abattue. La tête, comme vide de matière et d'idées, est en proie au vertige ; elle s'incline involontairement sur la poitrine, et le corps entier, masse gênante pour l'esprit déjàaffaissé, s'arrête et refuse son concours à un reste de faible désir qui voudrait encore le pousser en avant. Tout se trouble alors. Les battements de cœur sont tumultueux, l'estomac se contracte, les oreilles bourdonnent, le vertige est plus menaçant. Couchezvous sans retard, si vous ne voulez qu'une syncope vous renverse en vous enlevant un reste de sentiment.
Dans la position horizontale, le voyageur se sent tout à coup soulagé. Les idées reviennent, l'estomac se calme, les membres remuent facilement. Mais ne vous fiez pas à ce retour des forces. La position ver-