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L HUMIDITE DE L AIR FAVORISE L HEMATOSE

à l'aspect de ces défaillances qui atteignent le voyageur au moment où il parvient à une localité trèsélevée, il est naturel de conclure à l'affaiblissement des hommes qui y résident. Il n'est pas moins rationnel, en présence des tempéraments affaiblis des habitants, de prévoir les troubles qui devront se manifester sur les hommes dont l'arrivée à ces localités s'effectuera d'une manière brusque. C'est un raisonnement analogue qui, à la vue delà santé robuste des habitants des hauteurs moyennes, nous conduit à en espérer une action stimulante pour les voyageurs qui les parcourent temporairement.

C'est ainsi que tout s'enchaîne dans notre étude. Les principes que nous avons posés y lient tous les phénomènes et les ramènent à une source commune, l'oxygénation du sang.

§10. L'humidité de l'air favorise l'hématose.

Certaines conditions locales peuvent influer d'une manière favorable pour mitiger les actions mauvaises des séjours très-élevés. Parmi ces conditions, la plus salutaire, sans contredit, c'est la présence de la vapeur d'eau dans l'atmosphère en notable quantité. Sur le plateau de l'Anahuac, en effet, les habitants sont d'autant plus communément anémiques, que les localités sont plus remarquables par leur sécheresse. Cela pourrait-il nous surprendre, lorsque nous savons que la présence de la vapeur d'eau dans l'air favorise l'expiration de l'acide carbonique? Le pays

minier de Real del Monte, non moins remarquable par sa salubrité que par ses produits extraordinaires, se trouve dans ces conditions favorables.

Ces convictions puisent, du reste, une force nouvelle dans le changement subit de la constitution pathologique dont nous sommes témoins chaque année, à Mexico, à l'époque de l'invasion des pluies. Le contraste est alors d'autant plus frappant que la transition s'opère de l'insalubrité annuelle la plus grande aux manifestations les plus heureuses de la santé publique. La fatigue corporelle, l'anhélation, les vertiges, les dyspepsies font place à l'activité musculaire, à l'ampleur de la respiration, à la netteté des fonctions du système nerveux, aux digestions ordinairement plus faciles. Les maladies du printemps disparaissent ou perdent comme par enchantement leur caractère épidémique, et tout au plus pourrait-on dire que quelques cas de dyssenterie trouvent leur raison d'être dans les jours avancés de celte saison, la plus heureuse de Tannée.

§11. Effets de la résidence des grandes hauteurs sur les phénomènes généraux de la vie.

Telles sont nos pensées sur les effets généralement nuisibles de l'habitation au delà de 2,000 mètres d'altitude. Nous n'ignorons pas que le temps et l'habitude peuvent modifier profondément les fonctions et l'organisme lui-même, de manière à corriger des influences peu favorables à la santé; mais on ne saurait méconnaître que, quelles que soient les modifications

fonclionnelles susceptibles de dissimuler les actions mauvaises, celles-ci n'en pourront jamais être absolument neutralisées, et toujours une certaine originalité pathologique en dévoilera les effets irrécusables.

Ainsi arrive-t-il sur les grandes élévations. Ce que les lois physiques font prévoir ne se réalise pas toujours par des faits saillants dont tout le monde puisse être juge à première vue. L'homme n'y est ni une sensitive ni un instrument de précision donnant la mesure immédiate de ce qu'il éprouve ou des effets qui se produisent à son insu. Mais les résultats n'en sont pas moins assurés, et, sans anticiper sur ce que nous avons à dire plus loin, dès à présent nous pouvons affirmer que les habitants des altitudes ne vivent ni aussi longtemps ni aussi bien que ceux du niveau des mers.

Oublions donc les affirmations des voyageurs qui nous ont parlé des grandes élévations comme étant fort salutaires et sans nulle influence mauvaise sur l'homme. Nous lisons dans l'ouvrage deM. Gavarret : « Les animaux qui habitent d'une manière permanente la métairie ù'Antisama, où le baromètre ne marque que 47 centimètres , n'absorberaient plus qu'un poids d'oxygène inférieur aux deux tiers de celui qu'ils consomment au niveau de la mer. Une pareille variation dans une fonction aussi importante entraînerait certainement , dans leur mode d'existence, des modifications profondes qui n'auraient pas échappé aux observateurs (1). »

(1) Gavarret, /oc. cit., page 26'2.

JOIRDANET. G

Ces modifications profondes dont parle M. Gavarret sont en réalité produites, et nous sommes étonné, comme lui, que les observateurs n'en aient nullement fait mention. Le fait est qu'à Mexico, à 585 millimètres de pression, les animaux qui sont importés résistent mal au climat. Les chevaux des États-Unis, que leur belle taille fait préférer pour les attelages des voitures de luxe, respirent mal, courent peu, sont souvent malades, ont des rhumatismes et meurent fréquemment de pleurésie.

Quant à l'homme, les modifications qu'il éprouve, d'abord moins visibles , deviennent avec le temps plus évidentes encore; et, tandis que les étrangers s'acclimatent facilement au niveau des mers dans les pays non marécageux et y arrivent bien portants à une vieillesse avancée; sur les altitudes, au contraire, d'autant plus faibles et plus maladifs qu'ils y ont vécu plus longtemps, ils y atteignent le terme naturel de l'existence humaine plus rarement que dans les pays tempérés du niveau des mers.

Si maintenant nous portons notre attention sur ce que nous venons de dire de la fonction respiratoire de PAnahuac, n'avons-nous pas lieu d'admirer l'enchaînement rationnel des faits et des idées qui concourent à démontrer combien l'hématose s'y trouve altérée? Nous allons voir maintenant les raisonnements s'enchaîner encore avec le même accord pour présenter le tableau des conséquences qui doivent naturellement en découler, dans l'ordre physiologique aussi bien que pour l'hygiène et la pathologie.

L'oxygène absorbé est la mesure de la combustion physiologique, et celle-ci est, à son tour, l'indice de la chaleur produite par l'homme. Or, les animaux ont tous une température propre qui varie selon les classes, mais qui ne peut franchir de certaines limites, en augmentation ou en décroissance, sans que la vie y coure les dangers les plus graves, dont la mort peut être le résultat. C'est à la conservation de cette température individuelle que la nature tend sans cesse par un travail non interrompu d'une chimie vivante qui puise ses éléments dans l'air atmosphérique. Ce travail serait très-simple et ses bons effets toujours assurés, si la consommation de calorique, limitée d'une part à des besoins uniformes, s'alimentait d'un autre côté à une source qui ne serait susceptible d'aucune variation. Mais il n'en est point ainsi. Pour maintenir sa température propre, le corps de l'homme, en effet, a besoin de réparer à chaque instant les pertes de chaleur que lui fait faire le milieu dans lequel il est forcé de vivre. Car les forces physiologiques dont il est doué ne le dispensent nullement d'obéir à certaines lois qui régissent la matière inanimée. Comme celle-ci, l'homme rayonne sans cesse du calorique vers les objets qui en possèdent moins que lui, et la force de ce rayonnement est en rapport avec les différences thermométriques entre lui et les corps qui l'environnent. De sorte que plus la température ambiante s'abaisse, plus notre corps est entraîné à perdre de sa chaleur pour en fournir aux objets qui sont autour

de lui. C'est ainsi que les hivers exigent de la part de l'homme une combustion plus active que les étés ; ce qui revient à dire une consommation plus grande d'oxygène. La nature prévoyante, au niveau de la mer, a établi des lois qui favorisent, de la part de l'atmosphère, ces variations dans la production de la chaleur humaine. Car, en hiver, l'air refroidi est plus dense et contient sous un certain volume une plus grande part du principe vivifiant. La chaleur des étés, au contraire, produisant la dilatation de l'atmosphère, ne donne au poumon qu'une proportion d'oxygène en rapport avec le peu de calorique que le corps doit produire. C'est ainsi que la source où nous puisons les éléments de notre respiration varie elle-même dans une certaine mesure qui, pour le niveau des mers, est un bienfait de la Providence.

Tlenestautrementsurles altitudes, où la densité de l'air, amoindrie par la diminution de la pression barométrique, n'est plus en rapport avec la température qui nous entoure, mais bien avec la hauteur où nous sommes parvenus. Et remarquez tout d'abord ce fait d'une importance extrême : tandis qu'au niveau de l'Océan, les causes extérieures qui nous refroidissent prennent soin de nous donner les moyens de combattre cet abaissement de température; à Mexico, au contraire, la diminution de pression qui produit du froid dans l'air altère pour nous la source de chaleur, en nous forçant à respirer une atmosphère raréfiée. De sorte que, d'un côté, la dilatabilité de l'air augmentée et l'évaporation rendue plus facile nous re-

EFFETS DE LA RESIDENCE DES GRANDES HAUTEURS. 1 0 i

iïoidissent sans cesse, pendant que, d'autre part, l'oxygène devenu plus rare nous refuse les moyens normaux decalorifîcation.

C'est sur ces données si claires et si précises que repose, en partie, l'originalité physiologique des altitudes.

Plusieurs grands physiologistes, depuis Lavoisier, se sont occupés de calculer la quantité de chaleur produite par le corps de l'homme dans des circonstances déterminées. Il n'entre pas dans notre plan de les suivre dans leurs expériences curieuses, dont les résultats sont connus de tous. Mais il nous importe de faire savoir qu'en regard du produit de leurs recherches sur la combustion animale, ils ont inscrit les déperditions de calorique par le rayonnement et les transpirations pulmonaire et cutanée. On est vraiment surpris du résultat de cette comparaison, et on lit avec quelque effroi ces paroles remarquables par lesquelles M. Gavarret termine son intéressante étude : « Sous le climat de Paris, l'homme, entre trente et quarante ans, par kilogramme et par heure,

Produit moyennement 2,300 calories;

Perd, par évaporalion pulmonaire et cutanée 0,437 —

et ne peut en réalité disposer que de 1,863 calories.

« Dans les régions tempérées de l'Europe où la -température moyenne de l'année est de 20 ou 30 degrés au-dessous de celle de son corps, l'homme, dans la

force de l'Age et dans l'état de repos, après avoir suffi aux besoins de l'évaporalion pulmonaire et cutanée, ne peut donc disposer, par kilogramme et par heure, que de 1,863 calories. Avec cette faible quantité de chaleur, suffisante à peine pour élever de 2 degrés la température de son corps, il faut qu'il résiste aux effets réfrigérants du rayonnement et du contact incessant des 'gaz de l'atmosphère; ces ressources ne lui suffiraient certainement pas pour maintenir l'invariabilité de sa température; il succomberait dans la lutte contre les agents extérieurs, si son industrie ne l'aidait pas à modérer leur action, en remplaçant par des moyens artificiels cette fourrure que la nature lui a refusée et qu'elle a accordée aux animaux supérieurs, d'autant plus épaisse qu'ils habitent des climats plus froids. Les vêtements dont l'homme s'enveloppe ne sont donc pas pour lui de simples objets de luxe ou de convenance ; ils lui forment des abris utiles, indispensables, à l'aide desquels il peut vivre et se développer librement à la surface du globe : dépourvu de cette ressource, il userait vainement ses forces dans une lutte disproportionnée et ne parviendrait pas à mettre son organisme en harmonie avec les conditions de température du milieu ambiant. »

Gomment ne pas trembler à la lecture de ces réflexions si justes, quand on reporte son attention sur les phénomènes respiratoires et d'évaporation qui se assent sur les altitudes! Il n'est pas douteux que le refroidissement par la formation de vapeur d'eau

y est plus considérable que dans le calcul de M. Gavarret. D'autre part, il est certain que la chaleur produite sur les altitudes n'atteint pas le chiffre que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs. S'il est donc raisonnable de trembler pour la santé et la vie des habitants du niveau des mers, en présence d'un semblable résultat, avec combien plus de fondement doit-on éveiller l'attention et susciter les mesures de prudence des habitants du plateau mexicain !

C'est que, vraiment, ce que l'on redoute pour eux. on le voit se réaliser chaque jour pour leur malheur et pour la confirmation des vérités que nous venons d'émettre. Les personnes, en état de repos, se refroidissent avec la plus grande facilité. Leurs membres inférieurs ne sont presque jamais chauds. L'exercice musculaire activerait la circulation et les mouvements respiratoires; mais le sang, appauvri d'oxygène, produit l'apathie des muscles et fait aimer le repos.

Toujours et partout: défaut de la quantité normale d'oxygène dans la circulation du sang artériel.

Mais, s'il est vrai que cet agent essentiel soit diminué par le séjour prolongé sur les altitudes, nous devons constater un autre résultat physiologique qui s'y rattache intimement. Le fait seul de son absence, comme élément actif de combustion, implique la nécessité du peu de substances brûlées dans l'organisme, et c'est là une complication qui doit avoir du

retentissement dans quelques autres phénomènes de la fonction complexe de nutrition. Ce que la théorie fait prévoir se réalise, en effet, dans les actes physiologiques de l'homme des hauteurs. Il y a dans la digestion et l'assimilation des aliments respiratoires des particularités bien dignes de remarque. L'alcool, qui agit en général d'une manière si connue par son contact immédiat sur les centres nerveux, présente sur les hauteurs une persistance d'action où l'on peut lire sans équivoque le long séjour qu'il fait dans la circulation. Les substances riches en huiles essentielles sont excitantes, non à la manière des diffusibles, d'une action fugace, mais longtemps, comme pour prouver la lenteur de l'économie à brûler leur essence. Peu de personnes, sur les altitudes, s'habituent aux vins blancs, à l'usage du café. Les essais qu'elles font en ce genre les ramènent toujours à îa conviction que ces boissons ne sont pas tolérées.

Les sucres et les substances qui sont susceptibles de cette transformation dans l'économie fatiguent l'estomac, rendent la bouche pâteuse, enlèvent l'appétit et produisent des embarras gastriques, à moins que l'usage n'en soit bien modéré.

Le tissu adipeux n'est que modérément brûlé. Aussi presque toutes les femmes qui, par habitude, font peu de mouvement, perdent prématurément l'élégance de leurs formes. Nous n'en dirons pas autant des personnes qui se livrent à l'exercice. Chez elles, au contraire, la circulation s'accélérant outre mesure et l'évaporation de la peau s'activant extrê-

mement, la maigreur est plutôt le type dominant de leurs formes extérieures.

§ 12. Conclusions.

Quelque confusion que la rapidité du récit nous ait forcé de mettre dans l'étude physiologique qui précède, il n'est pas difficile de distinguer qne ncus attribuons à la diminution du poids de l'atmosphère deux effets en apparence contradictoires : une action bienfaisante d'abord, et bientôt un affaiblissement dangereux de l'organisme. Nous pensons que nos lecteurs n'hésiteront point à reconnaître que ce n'est pas dans notre esprit, mais dans les faits eux-mêmes que, réside cette singularité qui paraît, au premier abord, peu logique. Nous avons aussi la confiance d'avoir donné de ces faits une appréciation digne de la science, et nous espérons que nos lecteurs trouveront raisonnables les propositions suivantes par lesquelles nous terminions le mémoire que nous avons présenté à l'Académie de médecine sur ce sujet :

«Il résulte théoriquement de mon travail ce que les faits nous avaient pratiquement enseigné : 1° que le climat des montagnes peu élevées est corroborant, parce que la densité moyenne de l'acide carbonique de la circulation s'y trouve diminuée ; 2° que les grandes altitudes vers 2,000 mètres produisent un effet contraire, parce que la dépression de l'air y porte atteinte à la densité de l'oxygène en altérant la force qui unissait ce gaz aux globules.

« Cherchant alors ù préciser par des chiffres ces effets opposés du poids de l'air sur l'hématose, je dis : 1° que l'atmosphère la plus lourde n'est pas la plus favorable à la respiration parfaite ; 2° que l'homme se trouve dans les meilleures conditions de vie entre 76 et 66 centimètres de pression barométrique ; 3° que beaucoup de tempéraments entreraient en souffrance par la prolongation du séjour entre 65 et 55; et 4° que peu de sujets jouiraient du bénéfice d'une hématose satisfaisante au delà de cette dernière limite.

« J'ai la conviction que je suis dans le vrai, d'une manière générale. Toutefois, je confesse que, dans les exceptions à celte conclusion, il faut faire la part des climats et des variations de l'organisme que le temps et l'habitude peuvent produire. Mais ces exceptions ne sauraient détruire la vérité fondamentale, puisque les altitudes impriment aux peuples qui les habitent des caractères généraux d'une originalité qu'on ne saurait méconnaître. »

Il arrive, d'ailleurs, sur les altitudes, ce que les divers tempéraments nous permettent d'observer en d'autres lieux. Au niveau de la mer, les sujets sont loin de se présenter à l'observateur d'une manière uniforme au point de vue de la vigueur de l'hématose; il y a des lymphatiques et des individus remarquables par leur pléthore. .MM. Andral et Gavarret ne nous ont pas laissé ignorer que les globules y suivent les oscillations des tempéraments et s'y montrent plus élevés che2 les hommes robustes, d'une

constitution athlétique. Il en est de môme sur les hauteurs, avec cette différence, cependant, que les tempéraments sanguins très-marqués ne s'y montrent presque jamais au delà de 2,000 mètres, et que les constitutions oscillent entre les plus faibles et celles qu'on dirait moyennement robustes dans les pays tempérés d'Europe.

Cet affaiblissement de l'homme sur les hauts plateaux est l'objet d'une des croyances les plus populaires du Mexique. L'habitant des localités mieux favorisées est dans l'habitude de poursuivre de ses sarcasmes la défaillance physique qui s'observe sur PAnahuac. Nous aurons à revenir sur ce sujet en parlant de l'acclimatement de la race blanche, au delà de 2,000 mètres d'altitude. Disons, dès à présent, que nous avons eu occasion de voir à Mexico de puissants athlètes venus du vieux continent. Ils n'ont pas eu besoin d'une grande prolongation de séjour pour nous rendre à la fois témoin de leurs triomphes et de leur décadence! Heureux ceux qui, assez sages pour écouter la voix de la nature, modèrent l'exercice de leurs forces au premier avertissement que le climat s'empresse de leur donner. Lorsqu'ils s'obstinent à demander à leurs fibres musculaires une puissance qu'elles perdent chaque jour, lesystèmenerveux se trouble sous l'influence de ces efforts imprudents, et nous avons pu voir le triste résultat de cette obstination. Il nous vient à la mémoire le souvenir d'un de ces athlètes qui fixa son séjour à Mexico. Sa belle figure, sa taille élancée, ses formes élégantes, le

rendaient remarquable non moins que sa puissante vigueur musculaire. Il nous présenta bientôt l'ombre de lui-même, et des gastralgies d'une violence extrême le forcèrent enfin à chercher ailleurs un refuge contre ses souffrances. Nous pourrions inscrire ici plusieurs noms qui rendraient bien longue la liste de pareils mécomptes.

On a d'autant plus raison de porter l'attention sur ces faits de décadence et sur la faiblesse habituelle des créoles de ces localités, que les habitants des niveaux intermédiaires offrent de beaux exemples de force musculaire et de grande activité physique. Il n'est pas même nécessaire de beaucoup descendre des hauteurs du plateau pour voir ce contraste qui est déjà très-frappant vers 1,600 mètres, comme à Guadalajara et dans d'autres localités de l'État important de Jalisco. C'est donc en vain qu'on chercherait à se rendre compte de la défaillance musculaire produite par la raréfaction de l'air, en portant son attention au-dessous de 2,000 mètres d'élévation. On ne réussirait pas mieux à l'apprécier justement, en la considérant sur des sujets que des voyages fréquents transportent à divers niveaux, et nous dirons plus loin ce que le mouvement sagement mesuré peut avoir d'influence heureuse pour modifier cette tendance à l'affaiblissement chez les personnes qui résident sur les hauts plateaux d'une manière constante. Du reste, si quelques sujets d'une vigueur exceptionnelle conservent au delà de 2,000 mètres l'aptitude à l'exercice le plus vicient des forces physiques,

il ne saurait être douteux que l'effet du climat ne se manifeste pour eux dans la somme de force qu'ils peuvent produire dans un temps donné. Leur organisation privilégiée pourra les rendre capables des plus grands efforts, à la condition d'en diminuer la durée. C'est encore là une nuance qui échappe au dynamomètre, et se soustrait à la statistique. Mais elle doit préoccuper sérieusement l'économiste et l'administrateur qui ne dédaignent pas de proportionner le travail à la résistance de celui qui le produit.

Cette apathie, que nous dirons musculaire, se reproduit souvent dans l'ordre moral. Nous avons connu des gens d'une activité et d'une énergie trèsgrandes dans des localités de niveaux inférieurs dont ils étaient originaires. Transportés sur le plateau, dans la capitale, ils s'irritaient à l'aspect des habitudes de lenteur propres à cette grande ville. Beaucoup d'entre eux s'en laissaient séduire. Combien de beaux projets de luttes et de réformes administratives habilement conçus dans une âme d'ailleurs enthousiaste, venaient ainsi s'évanouir au milieu des flots de mollesse qu'on respire dans ce double milieu d'atmosphère énervante et d'exemples d'autrui !

On peut dire, du reste, d'une manière générale, au point de vue des tempéraments, que les sujets qui devraient être pléthoriques au niveau de la mer apparaissent avec un tempérament moyen au delà de 2,000 mètres d'altitude. Quant aux individus que leurconstilution appelle à une pléthore exceptionnelle, ils présentent encore sur les grandes hauteurs

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des signes de ce tempérament. Le nombre considérable de globules que leur sang renferme permet à l'oxygène d'acquérir par affinité la densité que le poids atmosphérique lui refuse. Ce sont les hommes exceptionnels des séjours très-élevés. Au-dessous de ces organisations peu communes, on ne voit que des gens faibles.

Cette faiblesse physique et morale, au delà de 2,000 mètres d'altitude, est évidente pour tous ceux qui ont longtemps vécu sur le plateau, et qui ont eu l'occasion de s'en convaincre en étendant leurs observations à toutes les classes de la société. Notre esprit ne l'a pas inventée pour la satisfaction d'une théorie. Mais, au contraire, après avoir constaté cette défaillance générale dans l'ensemble des habitants du plus haut plateau, nous avons cherché à rendre ses causes accessibles aux calculs ordinaires de la science. Nos raisonnements et nos expériences ne sont donc que des efforts pour expliquer un fait auquel la fausseté de nos interprétations, si elle venait à être prouvée, n'enlèverait rien de sa réalité et de son évidence.

Après avoir ainsi demandé aux lois physiques la raison des phénomènes que l'hématose présente dans ses rapports avec la pression de l'atmosphère, il nous importe de considérer la vie de l'homme sous d'autres points de vue qui la rendent accessible à une attention plus superficielle. Ce sera l'objet du chapitre qui va suivre.

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