‹ Le Mexique et l'Amérique tropicaleChapitre 23 sur 66 · HYGIENE · texte numérisé non relu

HYGIENE

Air des montagnes. — Acclimatement. — Les Mexicains.

§ 1. L'air des montagnes.

L'étude qui précède nous paraît autoriser la croyance qu'une ligne verticale de 2,000 mètres de hauteur pourrait fournir tous les éléments d'une graduation hygiénique dans laquelle les divers tempéraments rencontreraient des correctifs aux écarts qui leur sont le plus naturels. C'est là une nouvelle occasion de reconnaître que la Providence a tout répandu sur la terre pour le plus grand hien des êtres qui l'habitent. Les catastrophes mêmes dont notre globe a été le théâtre sont comme un éclatant témoignage de ses desseins dans un but conservateur. Xe dirait-on pas, en effet, que ces éruptions terribles dont les inégalités du sol sont le résultat, ont eu pour objet de rendre accessibles à l'homme les régions élevées de Pair dont l'influence peut devenir bienfaisante pour des tempéraments qui souffrent sur les niveaux inférieurs.

Ainsi, le Créateur n'aurait pas seulement ménagé à riiommeles moyens de s'approprier par les latitudes a chaleur et le froid, selon que ses besoins ou ses

goûts lui en donneraient l'inspiration ; i] aurait encore voulu qu'il jouisse à son gré, et selon les aptitudes variées des tempéraments, d'une atmosphère lourde ou légère, propre à détruire par les changements de niveaux les écarts d'une vitalité trop ardente ou trop affaiblie.

Si, au lieu de s'attacher au sol qui Ta vu naître, le Mexicain savait mettre à profit les avantages que son pays lui fournirait de toutes parts, il y trouverait les moyens d'approprier, par de courtes migrations, les conditions locales à ses besoins individuels. Nul doute, alors, qu'il ne pût fournir à ses organes l'occasion de fonctionner avec moins de péril et avec plus de garanties d'une longue existence.

Ce serait en vain que, sédentaire, il attendrait de pareils biens de l'influence essentielle si généralement attribuée à Vair vivifiant des montagnes. Et c'est ici le lieu de rechercher si cet air, considéré d'une manière absolue, possède en réalité quelque valeur. Pensons-nous, par exemple, que les habitants de Bayonne et de Nice puissent être essentiellement influencés par les vents qui soufflent des Pyrénées et des Alpes, au môme titre que les montagnards dont le séjour est fixé sur les vallons élevés de ces chaînes européennes? Personne n'oserait le prétendre, et, malgré la routine qui nous porte à confondre sous une .désignation générale les atmosphères réellement variées qui se mêlent aux grandes ondulalions du sol, notre pensée ne saurait partager cette confusion du langage, et rattacher la même influence sanitaire à

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l'air que respirent les moines du Saint-Bernard, et à l'atmosphère qui alimente l'habitant de Gènes.

Nos convictions à cet égard acquièrent une force plus irrésistible encore si, détachant notre esprit des monts qui nous entourent en Europe, nous voulons porter nos regards attentifs sur les rivages du pays qui nous occupe dans ce livre. Nous y voyons la côte qui borde l'occident du golfe du Mexique s'allonger du sud au nord à la base de la gigantesque Cordillère. La mort y saisit au passage l'Européen que la brise des monts est impuissante à protéger. Bien loin des bords de l'Océan, lorsque, franchissant les premiers degrés de la pente de cette imposante chaîne, il porte ses pas vers des régions moins empestées, des pitons arides ou des monts verdoyants battent sur son chemin l'air que le voyageur respire. C'est ainsi que, de Yera-Cruz aux gorges du Chiquihuite , nos braves soldats ont abreuvé leurs poumons à l'atmosphère des Andes grandissantes. Hélas ! combien de malheurs déplorés ont inscrit sur cette voie funeste l'impuissance du souffle de la montagne contre les émanations délétères de ce sol embrasé!

Et moi-même, dans un séjour de près de vingt années, j'ai gravi bien souvent les escarpements de cette contrée, aujourd'hui si malheureuse. J'ai vu ses vallées fertiles et ses champs désolés. Descendant du plateau de Puebla, j'ai admiré les campagnes fécondes d'Atlisco, et, parvenu au riche district d'Izucar, j'ai contemplé les belles moissons

de canne à sucre au pied même du mont Popocatépetl, dont la cime est éternellement glacée. Dans une autre direction, après avoir franchi les montagnes qui bordent la vallée de Mexico, j'ai suivi la route d'Acapulco à travers des rocs peu fréquentés, saluant au passage des plantations sucrières qui, comme des oasis dans le désert, viennent réjouir les regards du voyageur fatigué de l'aspect de tant de montagnes stériles. Partout, à mes côtés, devant moi, sous mes pas, au-dessus de ma tête, surgissaient ces géants de l'Amérique tropicale qui s'étendent majestueusement, tantôt en plateaux fertiles, tantôt en rochers sans vie, souvent en pics arrondis que la végétation couronne avec élégance.

La brise embaumée de la nuit, le souffle tempéré de l'aurore, les vents impétueux de l'ouragan, le calme de l'air, les éclats de l'orage, tout se succède sur cette Cordillère féconde en météores imposants, en paysages imprévus, en panoramas grandioses.

Au milieu de ces scènes de la nature que dominent les ondulations capricieuses du sol, voit-on l'air renommé de la montagne porter en tous lieux sa vivifiante influence, neutraliser ici les émanations d'un sol embrasé, là les influences d'une élévation qui glace l'atmosphère?

Hélas ! dans les champs cultivés d'Izucar, au pied même du grand géant de cette Cordillère ; sur le sol fertile de Cuernavaca, dominé par des monts pittoresques ; à Guerrero, à Méchoacan, à Jalisco; partout où la canne à sucre prospère, le cortège de ma-

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