L'AIR DES MONTAGNES. H
ladies communes aux bords du golfe menace la santé et met en péril la vie des habitants. Il n'en faut excepter que la fièvre jaune.
Mais lorsque, franchissant les pentes qui conduisent aux plateaux élevés, l'homme a fixé son séjour sur l'Anahunc, à 2,000 mètres d'élévation au-dessus de l'Océan voisin, la vie trouve des garanties contre les émanations des niveaux inférieurs et contre les affections que la grande chaleur de cette latitude a coutume de produire. L'influence tropicale sur la santé n'oserait atteindre ces hauteurs imposantes où le Mexicain goûte les douceurs de la température et les délices d'un ciel incomparable, à l'abri de la lièvre paludéenne et des autres maladies du rivage.
Et cependant, dans ce pays merveilleux, ici comme plus loin, à la base comme sur les plateaux de ce soulèvement géodésique, on respire également l'air renommé de la montagne. Mais il est aisé de remarquer qu'impuissant à maîtriser les influences d'une latitude, cet air n'acquiert en réalité quelque valeur que dans la mesure des élévations dont les aspérités du sol fournissent une cause si variée. Toutefois, gardons-nous de penser que ces migrations vers les hauts sommets assurent a l'homme des garanties de salubrité partout uniformes. L'air des montagnes très-élevées est loin de manifester son pouvoir bienfaisant d'une manière aussi absolue. Disons mieux, lorsque le séjour est fixé au delà de 2,000 mètres de hauteur, un contraste douloureux s'établit entre la splendeur du ciel et les condi-
{ions précaires qui sont imposées à la vie, ainsi que nous allons avoir l'occasion de le démontrer dans la suite de cette étude.
De sorte que, dans ce pays où tout change : lumière, chaleur, végétation, l'homme lui-même est tourmenté par des oscillations qui harmonisent son existence avec les éléments que l'altitude fait varier à chaque pas. C'est au milieu de ces variations qu'il est intéressant d'en faire l'étude, et c'est à quoi nous nous occuperons actuellement. Les questions que nous allons aborder ne pourraient être jugées absolument que par une statistique faite dans des conditions à garantir l'exactitude des résultats. Mais ce genre de travail, qui ne saurait exister sans le concours de gouvernements éclairés, n'a jamais été exécuté au Mexique au milieu d'une paix assez générale et par des ressources assez satisfaisantes pour inspirer une confiance méritée. Or, nous sommes d'avis que des jugements reposantsur l'observation raisonnée défaits que la généralité des hommes envisagent de la même façon doivent inspirer plus de foi et sont moins dangereux pour la vérité, que les résultats qui s'imposent par l'inflexibilité de chiffres inscrits sur des bases équivoques. Il ne peut d'ailleurs arriver à l'esprit d'aucun homme raisonnable qu'il soit inutile ou imprudent d'aborder, avec des éléments incomplets, un sujet sur lequel on ne peut répandre toute la lumière qu'il réclame. Dire ce qu'on sait et ce qu'on pense est toujours un devoir, quand la santé de ses semblables s'y trouve intéressée.