ACCLIMATEMENT DES EUROPÉENS AU MEXIQUE
l'insalubrité des lieux. Nous serons plus exact en disant que chacun juge à sa manière les circonstances particulières des climats qui influent d'une façon pernicieuse sur la santé de l'homme. On comprend aisément la raison de celte discordance d'opinions. Tout homme, en effet, calcule les chances de mort au point de vue de ses appréhensions individuelles et redoute surtout les maladies avec lesquelles l'habitude ne l'a pas familiarisé. C'est pour cela que l'habitant de Londres réputé justement comme malsains les bords du Gange, parce que beaucoup de ses compatriotes y meurent de dyssenteries et d'accidents hépatiques; mais il ne lui vient pas à l'idée de trouver la capitale d'Angleterre insalubre au point de vue de laphthisie tuberculeuse. Il n'est pas douteux cependant qu'il ne meure proportionnellementbeaucoup plus d'Anglais, à Londres, de cette maladie redoutable, qu'il ne périt d'Indiens, à Calcutta, des affections endémiques du foie. Ce n'est pas, cependant, par des prédispositions individuelles pour une maladie exceptionnelle qu'il serait juste d'apprécier l'insalubrité d'un climat. Il n'est pas plus raisonnable de juger l'influence générale d'une localité par ses effets sur les personnes qui n'y résident qu'accidentellement. Que diriezvous si je cherchais l'action ordinaire du climat de Paris sur les voies pulmonaires et sur le système locomoteur, dans les bronchites et les rhumatismes dont un Yera-Cruzain serait atteint pendant l'hiver dans la capitale de la France? Vous ne raisonnez pas, cependant,, d'une manière différente, lorsque vous
jugez de l'insalubrité de Vera-Cruz par le vomito dont vous pouvez un jour être victime.
C'est, du reste, à cause de ces craintes individuelles, fondées absolument, mais injustes par la généralisation dont elles sont la base, que tous les ports du golfe du Mexique possèdent une réputation d'insalubrité qui est le fruit d'une appréciation erronée. Ce jugement exagéré vient de ce qu'on considère ces localités au point de vue de la fièvre jaune, abstraction faite de la santé des gens acclimatés ; tandis que les villes de l'Anahuac, séduisantes par leur beau ciel et l'uniformité de leur douce température, ferment nos yeux au spectacle de maladies plus vulgaires dont le nom nous est familier.
§ 3. Acclimatement des Européens sur la zone inférieure.
Je désire ramener les esprits à des idées plus conformes à la vérité, non au point de prétendre que tous les pays chauds du niveau des mers sont favorables à la santé, mais pour faire comprendre qu'au Mexique, ce ne sont pas les altitudes qui sont le plus propres au développement complet de l'organisme et à l'exercice régulier des fonctions physiologiques. En établissant ce parallèle,, il est indispensable d'exclure, comme élément de comparaison, les localités marécageuses. On ne s'acclimate pas aux émanations palustres. Tandis que sur les hauteurs nous aurons b, considérer des pays dont l'air pur et la lumière éclatante fournissent à l'hygiène les conditions les plus favorables à la santé, il ne serait pas