LOCALITÉS CHAUDES A SOL SEC
Le Yucatan, en effet, ne possède pas de cours d'eau qui lui soient propres. A l'exception de l'Uzumacinta, qui le sépare de l'État voisin, il n'a point de rivière. Dans les environs de la lagune de Terminos, à l'ouest de cette péninsule, les saisons de pluies ont établi quelques courants; mais ils se dessèchent aussitôt que les pluies cessent. A Champoton,' premier point de la Nouvelle-Espagne foulé par les conquérants conduits par Grijalva, un mince filet d'eau forme une embouchure presque imposante, grâce à la mer qui va au-devant de lui. Quant au fleuve San-Francisco, sur lequel tous les géographes placent la ville de Campèche, nos lecteurs auront peine à croire qu'il n'existe que dans l'imagination des inventeurs. Ce qui a pu fomenter cette erreur, c'est un petit bras de mer qui s'avance de quelques mètres dans les terres et forme comme une embouchure où les chaloupes peuvent trouver un abri.
Vers la côte peu habitée du golfe de Honduras, l'humidité du sol est plus grande, non que la présence des rivières influe pour ce résultat, mais les eaux de la mer y forment des lagunes dont l'évaporation, relenue par une végétation puissante, entretient une humidité constante sur un sol toujours ombragé.
Les vents régnants sont réguliers. Ils ont une grande influence sur l'état hygrométrique de l'air. Vers deux ou trois heures du matin, s'élève doucement une brise de terre qui vient de la direction du sud-ouest. Elle traverse des forêts immenses, dépose une partie
de sa vapeur d'eau sur cette puissante végétation, et arrive sur le golfe pauvre d'humidité. Ce souffle s'échauffe prompteraent aux premiers rayons solaires, et, recueillant au passage la chaleur du sol, il fait hausser rapidement la température de la côte où se trouve la ville de Campêche et dont Mérida, la capitale, n'est guère éloignée. De dix à onze heures, ce vent s'arrête tout à coup. C'est dans ces heures de calme que le soleil vertical du tropique échauffe le sol et l'atmosphère à un degré qui n'est plus supportable qu'à l'ombre, et qui marque fréquemment 37 degrés au thermomètre centésimal. C'est alors que l'habitant de ces régions, ennemi de toute contrainte, s'abandonne aux aises du domicile, cherchant dans le déshabillé sans façon un refuge contre les ardeurs qui embrasent l'atmosphère. Le corps affaissé demande au repos l'oubli de cette torture, et la siesta tropicale ensevelit dans le sommeil ces sensations pénibles au milieu d'un bain d'abondante sueur. Mais tout à coup un murmure lointain se fait entendre vers la plage. C'est la brise de mer qui se lève, apportant sur ses douces ailes la fraîcheur du soir. Loin de chercher à se soustraire à cette brise enchanteresse, l'homme lui abandonne sans mesure les pores entr'ouverts de son corps couvert de sueur. Ce sont les moments voluptueux du jour qui demandent silence et mystère. Le poétique hamac, aux mailles fines et déliées, ajoute ses frais balancements aux impressions déjà si douces de la brise. La sueur s'évapore, le corps se refroidit et la volupté est satis-