‹ Le Mexique et l'Amérique tropicaleChapitre 34 sur 66 · LOCALITÉS CHAUDES A SOL SEC · texte numérisé non relu

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faite. Mais la sanlé pourrait-elle résistera cet oubli des soins les plus vulgaires?

Jetons un coup d'œil rapide sur les affections qui se développent le plus communément au milieu des circonstances hygiéniques que nous venons de décrire. La phthisie pulmonaire s'y place au premier rang, mais non pas cette consomption lente qui répand comme un poétique intérêt sur les illusions de riant avenir dans lesquelles le phthisique d'Europe aime à se bercer. La phthisie du Yucatan est un mal aigu qui consume rapidement ses victimes, et les conduit au tombeau sans leur donner ni trêve ni rayon d'espérance. Tantôt, franchissant sans délai ses trois périodes classiques, elle fait parvenir les malades au marasme dans trois ou quatre mois; tantôt, affaissant les vésicules pulmonaires sous le nombre croissant des tubercules, elle tue par asphyxie au début de leur ramollissement. La fréquence de cette maladie est grande. A la fois endémique et héréditaire, elle atteint les individus prédisposés comme ceux qu'une constitution privilégiée paraissait garantir contre ses atteintes.

A côté de la phthisie pulmonaire, et certainement avant elle, se placent par rang de fréquence les affections inflammatoires du tube digestif : les entérites simples et les dyssenleiïes. L'état aigu et la chronicité se partagent tour à tour ces maladies meurtrières. La dyssenterie y obéit souvent à une influence épidémique qui enlève les malades dans des proportionseffrayantcs.

Au milieu de ces accidents, l'élément paludéen vient, dans certaines saisons, dominer la pathologie entière. Mais cette influence, comme on le pense bien, change en intensité selon que les terrains sur lesquels on la considère se présentent sous des conditions de sécheresse ou d'humidité. Dans les villes de Campêche et de Mérida, bâties toutes les deux sur un sol calcaire, les fièvres intermittentes ne sont pastrès-communes comparativement à d'autres lieux. Les fièvres pernicieuses qui régnent épidémiquement, tous les automnes, dans les faubourgs boisés de Campêche, franchissent rarement les murailles pour venir au centre de la ville. Et c'est là un sujet bien curieux d'étude de voir à combien peu de distance du point d'émanation les miasmes paludéens agissent. Nés dans la fange, ils aiment l'ombre et l'immobilité sous les grands arbres. Ils meurent au contact de l'airjibre et à l'éclat du grand jour. Nous ramènerons bientôt notre attention sur ces produits mystérieux; mais, dès à présent, constatons leur influence sur la phthisie pulmonaire. Il n'est pas douteux que dans le Yucatan la fréquence et la gravité de cette maladie ne soient en raison directe de la sécheresse du sol. C'est si vrai que, de Campêche, on avait autrefois la coutume d'envoyer les phthisiques à Valladolid, ville de l'intérieur des terres, environnée de toutes parts d'une végétation puissante et de terrains humides, l'expérience ayant démontré que la marche de la phthisie y était moins aiguë.

LOCALITÉS CHAUDES A SOL MARECAGEUX. loi

§ 2. Localités chaudes à sol marécageux.

Mais cette double question de la consomption pulmonaire et des fièvres intermittentes nous amène à parler de l'État de Tabasco. Placé à l'ouest du précédent, il prend naissance, par sa limite méridionale, au pied des montagnes de Chiapas. Son niveau, dès ce point, se rapproche beaucoup de celui de l'Océan. Procédant ensuite par ondulations qui présentent d'espace en espace quelques coteaux d'une hauteur minime; remarquable plutôt par l'uniformité de sa surface, ce terrain s'avance vers le golfe dont les eaux forment sa limite septentrionale, tandis qu'une ligne conventionnelle, qu'aucun accident géographique ne vient déterminer, le sépare, à l'ouest, de l'État de Yera-Cruz.

Il est presque impossible de décrire avec exactitude le système hydraulique de ce pays éminemment marécageux. Les rivières, roulant avec lenteur sur un terrain presque horizontal, s'arrêtent au moindre obstacle, se divisent, s'entrelacent, sortent de leurs lits, submergent souvent les trois quarts de la province, et forment alors un vaste lac où des coteaux nombreux, s'élevant sur les eaux comme des îles, prêtent un abri aux hommes et aux animaux. Aux époques de ces inondations, des embarcations naviguent en tout sens. Des canaux, que le rapprochement des collines rétrécit de loin en loin, font communiquer entre eux les vallons transformés en lagunes. Des savanes étendues et basses ne présen-

tent plus que de vastes surfaces liquides où les eaux s'élèvent assez pour permettre aux chaloupes de les sillonner en toutes directions.

Mais bientôt les flots s'écoulent lentement vers les lits qui les ont fournis. Alors encore presque tout le pays peut Être parcouru à l'aide d'embarcations, grâce à l'entrecroisement infini de nombreuses rivières. La principale, à l'est, sépare cet État de celui du Yucatan. C'est l'Uzumacinta. Coulant du sud-est au nord-ouest, elle baigne en passant des forêts d'acajou d'une grande richesse. A Jonuta, elle envoie vers le nord une branche importante qui, sous le nom de Palizada , va déboucher à la lagune de Terminos, apportant au port de Carmen le produi t lucratif des coupes de bois de Campêche. L'Uzumacinta, poursuivant depuis Jonuta sa première direction, laisse encore échapper vers le golfe la branche du San-Pedro, et confond enfin ses eaux avec celles du fleuve Grijalva, peu de lieues avant son embouchure. Si maintenant de ce point d'union et remontant le courant du Grijalva, nous tirons une ligne qui d'abord marche du nord au sud jusqu'à la capitale, et se dévie ensuite vers l'ouest de manière à joindre la ligne de jonction de Chiapas avec le district de Tehuantepec, le fleuve de Grijalva formera avec l'IIzurnacinta un vaste angle. En en limitant l'ouverture et l'étendue par une ligne tirée à la base des montagnes de Chiapas, nous formerons un triangle dont la surface contiendra, en grande partie, le système hydraulique de ce pays curieux. Là, tous les

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