L'ANTAGONISME DE LA PHTHISIE, ETC
nous ne tirerons en ce moment que cette conséquence : l'état inflammatoire est si rare sur le sol de Tabasco, que l'organe le plus tourmenté par ce climat n'est presque jamais atteint par ce type de souffrance.
Les dyssenteries elles-mêmes, qui sont communes et rebelles, y conservent la spécialité paludéenne, et guérissent mieux parles évacuants et la quinine que par les antiphlogistiques.
Les diarrhées y présentent un caractère atonique, et rarement on a occasion de les considérer comme étant le symptôme d'une entérite.
§ 3. L'antagonisme de la phthisie et des affections paludéennes.
Un fait intéressant ressort de l'examen que nous venons de faire : c'est que le type inflammatoire franc n'est pas commun dans l'État de Tabasco ; tandis qu'il est fréquemment observé dans l'État du Yucatan, surtout dans ses deux villes principales, Campêche et Mérida, placées toutes les deux sur un terrain calcaire et sec. Et pendant qu'au milieu des conditions hygiéniques qui forment un aliment à l'inflammation aiguë ou chronique, ces deux villes favorisent le développement et la marche rapide de la phthisie pulmonaire, le sol et l'atmosphère de Tabasco fournissent une influence opposée qui paraît Ctre la négation de la phlogose franche et de la consomption tuberculeuse. Qu'est-ce qui peut produire ce changement étrange? Ces deux pays se tou-
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chent; la température n'y offre pas de grandes différences. L'attention s'arrête donc forcément sur les conditions du sol, qui dans l'État de Tabasco fournissent à l'air les éléments de l'intoxication palustre. La croyance un moment établie sur l'antagonisme de la phthisie et des fièvres paludéennes a été sérieusement combattue dans ces dernières années. Les esprits, d'abord enthousiastes de cet antagonisme, s'en détachent généralement aujourd'hui sous le poids d'observations qui paraissent infirmer les doctrines de M. Boudin (l). Celte réaction est injuste et repose évidemment sur des bases mal appréciées. Je ne pense pas que personne ait jamais prétendu qu'il n'y a pas absolument de phthisie dans les pays marécageux. Cette absence complète n'est pas nécessaire pour établir la vérité de l'influence favorable des marais sur la production et la marche de la tuberculisation pulmonaire. Il suffit de démontrer la diminution de la maladie dans sa fréquence et dans son acuité, pour que le doute ne puisse plus être permis. Or, cette diminution est évidente dans toutes les localités paludéennes. Pour s'en convaincre, il suffira de comparer entre elles deux contrées rapprochées, ne paraissant avoir d'autres différences entre elles que celles qui résultent de l'humidité ou de la sécheresse du sol. Rarement la phthisie pulmonaire se présentera dans l'une et l'autre avec la même statistique.
(1) Traité des fièvres intermittentes, Paris, 1842. — Traité de géographie et de statistique médicale. Paris, 1857, t. II, p. 514.
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Remarquons encore que quelques pays marécageux ne sont tourmentés par les fièvres intermittentes que dans une saison de l'année, ce qui indique les fluctuations des effluves, soit que la température ■ des lieux les rende impossibles à certaines époques, soit que la sécheresse périodique des marais cause une grande variété dans leur production. Le miasme paludéen ne peut pas, en ce cas, exercer une influence constante sur l'organisme humain, et le tubercule pourra se développer sans entraves aux mois de l'année où ce produit ne sera pas respiré. Cette vérité, qu'on ne saurait mettre en doute, nous fait comprendre que, pour juger sainement l'effet des pays de marais sur le tubercule du poumon, il est indispensable de mettre en ligne de compte les périodes annuelles pendant lesquelles les fièvres intermittentes font absolument défaut dans les localités observées.
Celte question se trouve singulièrement simplifiée par l'étude de ce qui arrive dans l'État de Tabasco. Dans ce pays, l'élément miasmatique est constant. Ses effets ne sont donc nullement assujettis à des variations. Or, que se passe-t-ii à Tabasco? La phthisie pulmonaire y est presque nulle. Dans les six mois que j'y ai résidé, je n'ai vu qu'un seul phthisique. C'était un Français qui avait pris la maladie dans d'autres lieux. Il vécut fort longtemps et sans grandes souffrances, quoique, possédé par la passion du jeu, il passât souvent,des nuits sans sommeil. M. Payro, praticien recommandable qui a exercé neuf ans à
San-Juan-Bautista, n'a vu qu'un très-petit nombre de tuberculeux. Ce confrère estimable réside maintenant en France, et c'est sous son inspiration que j'ai pu affirmer encore cette vérité intéressante : la phthisie aiguë n'existe pas à Tabasco; les malades atteints de cette affection résistent un très-grand nombre d'années, pendant lesquelles le tubercule parcourt ses différentes phases sans leur causer de graves tourments.
Qu'on veuille bien, maintenant, porter ses regards sur les villes de Campêche et de Mérida. La latitude et la chaleur sont à peu près les mêmes qu'à Tabasco; la dislance est de quelques lieues seulement. Nous avons dit que la phthisie y est fréquente, et nous avons fait observer combien elle est remarquable par son acuité. Si ce n'était pas assez pour faire naître des convictions favorables à l'antagonisme des fièvres et de la tuberculisation pulmonaire, nous jetterions les yeux sur ce qui se passe à Vera-Cruz. Cette ville possède des marais étendus, mais elle est elle-même située sur un terrain aride et sec. Les vents régnants portent les effluves marécageuses dans un sens opposé aux habitations. Là, la phthisie reparaît avec son caractère tropical d'acuité.
II ne suffit donc pas, pour juger l'antagonisme qui nous occupe, de savoir superficiellement si tel pays possède des phthisiques ou n'en possède pas conjointement avec les fièvres intermittentes. Il faut encore comparer la marche de la phthisie de ces localités avec les maladies analogues de lieux peu