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Le miasme paludéen

Quelle que soit l'idée que l'on se fasse sur l'origine et la nature des miasmes, dont nous avons à nous entretenir plus longuement dans une autre partie de notre sujet, une chose nous paraît facile à prouver, c'est que leur action n'est réellement nuisible que lorsqu'ils sont respires pendant la nuit. Voyez ce qui se passe aux maremmes italiennes, qui épargnent la santé de ceux qui n'y respirent que le jour.

Cette innocuité des effluves est bien connue de tout le monde. Elle est saisissante pour ceux que l'habitation sur les marécages en rend chaque jour les témoins. Pour ma part, grand amateur des belles chasses de Tabasco, j'ai passé souvent des journées entières dans les marais les plus immondes, les pieds dans la boue, la tête au soleil brûlant du tropique ;

jamais je n'en ai éprouvé la plus légère indisposition. Mais, ayant fait un voyage à cheval pour me rendre à Macuspana, village de l'intérieur des terres, dans la direction des ruines de Palenque, je dus à la maladresse de mon guide de passer plusieurs heures de nuit perdu au milieu d'un bois très-sombre. J'éprouvai le lendemain la seule fièvre que ce pays m'ait causée. Je m'en suis toujours préservé en ayant soin de fermer toutes les nuits les portes et les fenêtres de mes appartements.

Mon confrère, M. Payro, et beaucoup d'autres personnes, qui savaient se prémunir, d'ordinaire, contre les fièvres par des précautions hygiéniques, ont toujours eu des accès après une nuit de voyage entrepris sans précaution.

N'est-ce pas là un phénomène étrange ? La raison ne nous dit-elle pas que la température élevée, due à la présence des rayons solaires, devrait favoriser la décomposition des matières organiques et que, par conséquent, ces produits devraient être plus sensibles pendant que le soleil est au-dessus de l'horizon? Nous savons bien que les réponses ne manquent pas à cette objection : les gaz miasmatiques, nous dirat-on, s'élèvent pendant le jour et ils descendent, aux heures de la nuit, pour occuper avec les vapeurs d'eau condensées les couches inférieures de l'atmosphère. Nous ne croyons pas un mot de celte explication, et les raisons ne manquent pas à notre incrédulité. Si les miasmes, en effet, s'élèvent pendant le jour, les courants d'air atmosphérique les porteront

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facilement au loin, et ils deviendront nuisibles dans les localités où ils iront aboutir. Or cette action diurne s'exerçant au loin ne nous paraît pas prouvée. Et, d'ailleurs, leur ascension vers les couches supérieures de l'air ne serait pas tellement rapide, que l'absorption en devînt absolument impossible pendant qu'ils se produisent, et leur innocuité sur place, à ces heures privilégiées, ne trouverait pas, par conséquent, une explication facile et satisfaisante. Nous aimons mieux admettre que ces émanations sont des produitsuniquement nocturnes, et que, s'il est incontestable qu'un certain degré de température est nécessaire à leur origine, l'obscurité n'est pas moins indispensable à leur formation. Nous aurons à nous occuper longuement de celte question dans une autre partie de cette étude ; mais dès à présent nous manifesterons la conviction que l'absence des rayons directs du soleil favorise le développement , dans l'atmosphère, de produits organiques de fermentation, et que c'est au milieu des ténèbres de la nuit qu'il faut marcher à démontrer matériellement leur présence. Nous regardons comme probable que ces agents, si remarquables par leur subtilité, obéissent à l'action de la lumière blanche pour rentrer dans les limites de combinaisons plus ordinaires dont l'influence sur la santé n'est nullement nuisible.

Déjà l'on commence à dire que l'ozone, produit par la végétation au contact des rayons solaires, brûle les effluves dès les premiers instants du jour. Ozone ou simple, l'oxygène détruit évidemment ces pro-

duils nocturnes aussitôt que le soleil paraît. A défaut d'expérimentation directe, l'innocuité diurne des marais le prouve démesurément.

De cettepremière donnée, hypothétique sans doute, mais très-probahle, nous tirons la conséquence que les miasmes paludéens offrent à l'oxygène un aliment facile de combustion. Souvenons-nous-en pour en faire notre profit dans le paragraphe qui va suivre.

- § 5. Respiration dans les pays chauds.

Sous la zone torride la respiration est alimentée par une atmosphère dont la densité est plus ou moins diminuée par la température. Mais cet effet n'est pas à confondre avec la raréfaction produite par l'amoindrissement du poids de l'air. Dans ce dernier cas, en effet, comme nous l'avons expliqué, la dilatation atmosphérique peut altérer la densité des gaz du sang, dont la tension ne se trouve plus équilibrée. Mais la raréfaction de l'atmosphère sous l'influence de la chaleur extérieure ne fait nullement varier la pression qui s'exerce sur le corps de l'homme, et il n'y a là, par conséquent, rien qui puisse altérer la densité normale des gaz dissous dans le sang. C'est tout au plus si le courant respiratoire d'un air affaibli pourra diminuer la combustion des aliments carbonés, et modérer ainsi la production de chaleur animale que la température ambiante rendrait plutôt nuisible qu'utile.

Cette combustion paraît, du reste, réellement

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