‹ Le Mexique et l'Amérique tropicaleChapitre 48 sur 66 · AN0XYEM1E A FORME VERTIGINEUSE · texte numérisé non relu

AN0XYEM1E A FORME VERTIGINEUSE

journée d'hier s'est passée comme la matinée le faisait prévoir. Après l'effet ordinaire de la poudre vomitive, il y a eu quelques instants de sommeil tranquille. Le calme de la tête et de l'estomac n'a e.é possible, tout le reste du jour, qu'à la condition «le garder la position horizontale. Deux fois que la malade a voulu s'asseoir pour satisfaire des besoins naturels, les vertiges ont reparu avec des angoises très-grandes et des efforts pénibles pour vomir. L'estomac a supporté, à deux reprises, un peu de bouillon. La nuit a été bonne; la malade a dormi cinq heures. Au moment où je lui fais ma visite, sa figure est pâle, son regard abattu ; le pouls est petit, dépressible, et comme la veille, la parole produit promptement la fatigue de l'estomac avec le symptôme du vertige.

Je prescris trois paquets de poudres contenant, chacune, 0gr,40 de calomel et 0gr,25 de craie puhérisée. Ils seront administrés le matin, dans le milieu du jour et à la nuit. On fera prendre à la malade quelques cuillerées de bouillie à la fécule et à l'eau, légèrement sucrée et additionnée d'un peu de vin de Bordeaux. De l'eau rougie glacée pour boisson. Un mettra quelques sinapismes, qu'on laissera séjourner peu de temps, sur les épaules et sur le trajet du rachis.

Quatrième jour. — La malade est dans le même état que la veille. Cependant elle parle sans en éprouver de fatigue, et la cause déterminante du vertige et du vomissement est aujourd'hui limitée à la station verticale qui produit toujours de grandes angoisses.

JOURDANET. * S

Du reste, le sommeil a été bon dans la nuit, n'étant dérangé que par les effets du calomel qui a produit deux selles bilieuses. Le pouls est petit et bat 70 fois par minute. Prescription : îO gouttes d'acétate d'ammoniaque toutes les deux heures ; trois fois du bouillon froid vineux; de l'eau rougie à la glace pour boisson; des sinapismes comme la veille.

Cinquième, sixième, septième, et huitième jours. — Pendant quatre jours la malade persiste absolument dans le même état. Elle se sent bien quand elle est couchée ; mais tout paraît tourner auteur d'elle lorsqu'elle veut s'asseoir, et les vomissements ne tardent pas à se présenter.

J'ai voulu, tous les matins, à ma visite, tâcher de calmer ces accidents en conseillant à la malade de s'habituer peu à peu à passer quelques instants assise. Mais ces tentatives m'ont paru, plus qu'inutiles, dangereuses ; des lypothimies n'auraient pas tardé à en être la conséquence. La malade a été tenue à l'usage de l'acétate d'ammoniaque, des bouillons et de l'eau rougie avec une dose de vin plus élevée que dans les premières journées. Des sinapismes ont été appliqués avec constance et on a entretenu la liberté du ventre par des lavements.

Neuvième jour. — Le mieux a commencé à se produire ce matin. La malade a pu rester assise 10 minutes sans éprouver d'autre vertige qu'un léger tournoiement de tête au moment où elle a pris cette position. On a pu renouveler plusieurs fois les mêmes

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tentatives dans la journée avec le même résultat. Le bouillon a pu se prendre plus souvent, et dans la soirée il a été désiré.

Pas d'autre prescription que l'aliment, la boisson vineuse et les sinapismes vers la partie supérieure du corps.

Dixième jour. — Le mieux est très-sensible. La malade peut rester dans la position demi-assise au moyen d'un plan incliné qui permet de la rapprocher ou de l'éloigner de la position verticale, selon qu'elle le demande. Le pouls, toujours à 70, est plus fort, moins dépressible. La malade demande une soupe et son estomac la supporte fort bien avec un demi-verre de vin de Bordeaux pur, pris immédiatement après.

Onzième jour. — Le vertige n'existe plus que d'une manière fugace au moment où la malade abandonne la position horizontale. Elle a pu se lever et s'asseoir sur un fauteuil.

L'aliment a été progressivement augmenté les jours suivants. Le vin de quinquina a pu être conseillé dès le quinzième jour.

Mme L. est restée faible. Des bourdonnements d'oreilles l'ont tracassée longtemps. Elle a été pâle, languissante, avec des digestions prolongées, durant un mois. Mais enfin, l'usage constant du quinquina et l'exercice ont triomphé de cet état de langueur. Constatons qu'il n'y a pas eu de bruit de souffle dans les artères, ni avant, ni pendant, ni après la convalescence.

Qu'est ce que cette affection? Comme nous l'avons déjà dit, il n'y a pas lieu de diagnostiquer une congestion cérébrale ou une fièvre vernale. Les personnes qui ont gravi des montagnes élevées nous signalent quelque chose d'analogue sous le nom de mal de montagnes. Mais nous devons remarquer que l'affection que nous venons de décrire se développe dans des lieux dont le séjour est compatible d'ordinaire avec le maintien de la santé et sur des personnes qui ont eu dès longtemps ou toujours l'habitude de vivre dans ces localités. S'il nous est donc permis de voir un rapprochement dans les symptômes que des voyages ascensionnels ont présentés, si nous sommes forcé d'admettre l'analogie dans les causes qui produisent ces deux maladies, la marche de l'affection que nous venons de décrire nous force à lui réserver, sinon une entité distincte, du moins une place originale dans le cadre nosologiquedes maladies des altitudes. Mais je n'hésite pas à dire que le mal des voyageurs, le vertige dont je viens de donner un exemple et le rnareo observé sur les hauts plateaux du Pérou sont trois nuances qui se confondent dans une origine commune.

Cette origine est tout entière dans une hématose imparfaite et dans la soustraction qui est faite au cerveau de son stimulus normal et nécessaire. Les chloroanémiques du niveau des mers ont souvent présenté l'exemple de névrosesaiguës se caractérisant, comme celle que nous venons de décrire, par des vertiges et pardes vomissements opiniâtres. Et ce n'est pas un

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petit avantage pour justifier notre prétention à faire prévaloir le parallèle entre les maladies des hauteurs et celles des chloro -anémiques, que de rencontrer souvent parmi ceux-ci desexemples de l'affection la plus originale des lieux élevés.

Mais ce n'est pas toujours à cet état aigu qu'on l'observe sur les altitudes. On l'y voit plus fréquemment avec une marche chronique, et alors, semblable bien souvent au vertigoa stomacho lœso qu'on rencontre chez les anémiques et les hypocondriaques du niveau des mers, il n'offre guère d'autre originalité que sa fréquence qui est une preuve de l'influence locale.

L'anémie vertigineuse chronique, en effet, est extrêmement commune à Mexico, où malheureusement elle est souvent aggravée par des saignées inopportunes et un régime alimentaire qui repose sur un faux diagnostic.

Sans cause appréciable, les digestions jusque-là faciles se troublent et se prolongent. Une lassitude générale, pénible les accompagne. Le ventre se constipe et la langue devient saburrale. Le malaise qui en résulte réagit sur la tête qui est lourde et moins apte aux travaux intellectuels. Souvent la marche est interrompue par des palpitations de cœur, qui quelquefois apparaissent aussi dans l'état de repos.

Tout à coup, au milieu de ces signes précurseurs, au moment où rien ne le peut faire prévoir, des bourdonnements d'oreillesvous saisissent, tout tourne autour de vous, la terre paraît vacillante et vos mains s'étendent involontairement pour chercher un appui.

Du reste, il n'est point vrai que vous ayez perdu l'équilibre, et, ce trouble d'un moment une fois passé, vous ne sentez ni malaise, ni céphalalgie, ni rien enfin qui puisse raisonnablement vous inspirer de l'inquiétude. Mais ce vertige passager revient souvent. Vous vous en préoccupez alors malgré vous, d'autant plus que les palpitations de cœur sont plus fréquentes, les digestions plus prolongées, les bourdonnements d'oreilles plus incommodes.

La tristesse vous gagne; votre figure pâlit et prend une teinte légèrement ictérique ; votre sommeil est moins bon, et tout travail physique ou intellectuel vous fatigue et vous afflige en vous démontrant votre impuissance.

Dans cet état, l'auscultation des carotides ou de la sous-clavière fait souvent reconnaître un bruit de souffle ; mais pas toujours, et en ce cas les battements sont secs, petits, sans plénitude, comme si le sang n'était plus en proportion avec le calibre des vaisseaux.

Et c'est probablement exact : la quantité du sang est diminuée ; il y a anémie véritable sans altération dans les rapports des éléments normaux de ce liquide. Quelquefois la proportion de ces éléments est altérée ; c'est alors à une chloro-anémie qu'on a affaire. Et dans les deux cas le cerveau privé de son stimulus normal devient paresseux, rend mal ses impressions et affaiblit assez son influence pour que les sujets soient menacés de syncope. Le vertige est un symptôme qui naît de cet état de choses.

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Ce vertige peut donner des inquiétudes par son analogie avec un phénomène semblable qui accompagne les congestions cérébrales. Mais quand il est fugace, qu'il se présente chez un individu qui en a déjà eu d'autres, qu'il ne laisse après lui ni céphalalgie, ni somnolence, ni rougeur de la face et des yeux ; que les sujets qui en sont atteints sont anémiques, troublés dans leur digestion... Vraiment, alors, la confusion ne nous paraît pas possible. Cette maladie finit souvent d'elle-même par le rétablissement des fonctions digestives et sous l'influence alors d'une alimentation plus parfaite. Quelquefois elle est fort rebelle et il devient nécessaire de changer de climat pour en voir la fin. Que si l'on s'obstine dans le séjour des altitudes, des stases d'un sang mai aéré sur un cerveau sans réaction peuvent faire craindre des conséquences funestes.

11 ne paraît pas douteux que la cause unique de cette affection vraiment endémique des altitudes ne soit tout entière dans une imperfection de l'hématose. Aussi est-elle plus commune sous l'impression de l'air raréfié par les chaleurs extrêmes du printemps et puise-t-elle quelque soulagement dans la fraîcheur et l'humidité de la saison des pluies.

C'est ici que je pourrais donner place à l'histoire de mes souffrances personnelles. Je n'ai jamais pu m'acclimater aux influences des lieux élevés. Demandant sans cesse à la plus grande activité physique l'ampliation constante des voies respiratoires,

mes poumons n'ont jamais puisé dans celle atmosphère que des ressources insuffisantes. Révivifié plusieurs fois, mais passagèrement, aux climats du niveau des mers, j'ai toujours promptement succombé à l'insuffisance d'air à laquelle me soumettaient mes retours sur le plateau où me ramenaient sans cesse mes sympathies pour le site et pour ses habitants. Faiblesses, lipothymies, vertiges, palpitations, insomnies, digestions pénibles, idées funestes, humeur hypocbondriaque ; j'ai tout éprouvé dans ce séjour que tant d'autres causes contribuaient à me rendre si doux, jusqu'à ce qu'enfin la conviction d'une lutte impossible m'arracha violemment de cette vallée d'où mon cœur n'est jamais sorti.

On peut cependant beaucoup faire pour ceux qui souffrent de cette maladie, malgré la persistance de la cause qui lui donne naissance.

Faciliter la liberté du ventre au moyen de la magnésie, pour éviter la stagnation du sang dans la circulation porlale; exciter l'appétit par les amers; nourrir par les bonnes viandes et les bons vins rouges ; fortifier l'endosmose respiratoire parle quinquina ; activer la peau par les bains froids : tels sont les moyens qui soulagent et souvent guérissent ; mais le voyage vers des niveaux inférieurs est le remède souverain.

Si le malade persiste dans le séjour des altitudes, le système nerveux peut se troubler au point de convertir l'affection en véritable hypochondrie.

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