ANOXYE.MIE A FORME VERTIGINEUSE. 2G
Mais la forme hypochondriaque de l'anoxyémie des altitudes n'a d'autre originalité que la cause qui lui donne naissance, et, partant, une description en est inutile.
L'anoxyémie des niveaux supérieurs ne se présente pas toujours avec les symptômes tranchés et avec les accidents que nous venons de décrire. Le plus souvent, elle n'est sensible que par un malaise indéfinissable, un sentiment de faiblesse générale ou des digestions légèrement troublées. Elle est, d'ailleurs, très-remarquable par les caractères les plus saillants de la physiologie et de la constitution médicale, ainsi que nous l'avons fait observer au début de cet article.
Son traitement général est fort incertain dans ses résultats lorsque les malades s'obstinent à résider dans les pays qui causent leurs souffrances. Le régime alimentaire en doit être la base : les bonnes viandes, accompagnées de bon vin de Bordeaux, et surtout des bouillons consommés, bien faits, froids plusieurs fois par jour. Ajoutez à ce régime, l'usage des bains d'eau froide suivis d'une promenade prolongée qui assure une réaction franche et durable. On devrait également prendre le sein de se faire, une heure tous les jours, une atmosphère humide dans une chambre close où l'on respirerait de l'air bien saturé à une température qui ne dépassât pas 46 degrés centigrades.
Le fer ne convient nullement à ce genre de traitement, et même il est souvent plus nuisible qu'utile.
Nous n'en dirons pas autant du quinquina dont l'usage modéré nous paraît être le meilleur adjuvant durégime.
Dans les cas rebelles, l'application de l'air comprimé par le système Tabarié et Pravaz serait, nous en sommes certain, un remède héroïque. L'usage de ce moyen est si simple, si dénué d'inconvénients, qu'on se demande pourquoi l'essai n'en a pas été tenté à Mexico.
Art. II. — Inflammation et typhus.
§ 1. Pneumonie.
Quelles que soient les théories que l'on invente sur la nature et les causes de l'inflammation, une croyance dominera toujours celte question importante; c'est que les états inflammatoires sont d'autant plus violents que les sujets atteints sont plus pléthoriques. L'anémiedes hauteurs, dont nous venons de faire l'étude, pourra-t-elle donc être considérée comme une garantie contre les atteintes de ce type de souffrances? Il en serait ainsi, sans doute, si les causes des maladies franchement aiguës prenaient leur origine en nous-mêmes. Mais, comme le font si justement observer MM. Trousseau et Pidoux, les influences qui produisent les affections de ce genre sont indépendantes de nos constitutions... Morbi acuti Deum habent authorem, a dit Sydenham. Ce qui est en nous-mêmes, ce qui nous appartient réellement, c'est le moule dans lequel
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les affections aiguës, une fois acquises, prennent dans leur marche, dans leur intensité et dans leur durée, une originalité qui les individualise. C'est donc sur la forme et non sur le fond même de la maladie que l'anémie des altitudes devra manifester le cachet propre de son influence dans les inflammations aiguës. C'est, en effet, ce que nous allons voir se réaliser dans cette partie de notre élude.
La pneumonie peut être considérée à juste titre comme le type des inflammations parenchymateuses, tant à cause de l'importance de l'organe attaqué, que pour l'intensité et la franchise des réactions qu'elle suscite dans l'économie toute entière. Il serait donc du plus haut intérêt d'étudier longuement ses rapports avec le climat de Mexico. Mieux qu'aucune autre phlegmasie, elle nous permettrait de juger cette influence spéciale sur l'état inflammatoire en général, en rapport surtout avec sa thérapeutique si hardiment établie au niveau de la mer. Nous regrettons vivement que les proportions et le but de ce livre ne nous laissent de place que pour quelques aperçus de peu d'étendue.
Disons-le tout de .^uile : les altitudes impriment à cette maladie des caractères funestes, qui en rendent les résultats effrayants pour la statistique mortuaire de ces localités. Il nous importe d'en rechercher la cause, non-seulement dans le but d'y trouver la réalisation des idées que nous avons établies dans les chapitres précédents, mais dans l'in-
lention plus louable encore de jeter quelque jour sur la thérapeutique des élévations, en ce qui regarde cette affection redoutable.
Dans toute affection grave, peu susceptible d'une lésolution prompte, immédiate, la guérison n'est possible qu'à la condition de trouver dans l'organisme une résistance qui puisse donner à la maladie le temps de parcourir ses phases diverses. Or, cette réaction varie dans sa puissance selon les conditions individuelles, et c'est pour cela que la mortalité et les guérisons sont tout aussi bien en rapport avec l'énergie des forces qu'avec l'intensité du mal lui-môme. A Mexico, il serait exact de dire que la défaillance du malade l'emporte de beaucoup dans les causes de mort. C'est surtout vrai pour les pneumonies ; vrai même à ce point, qu'en présence de cette affection redoutée, le praticien appelé dès le début se demande avec raison s'il doit plus vivement se préoccuper de l'excitation présente ou de l'abattement qui ne tardera pas à paraître. On dirait, en effet, qu'il est dans la nature de cette maladie d'être adynamique, et que l'inflammation n'en est qu'une phase transitoire. Jugez-en par l'observation suivante:
Observation. — Mme X... a trente-trois ans. Sa santé est habituellement bonne. Elle a commis une imprudence en restant sur son balcon plus d'une demi-heure, par une nuit froide succédant à une journée pluvieuse du mois de juin. Elle a des frissons en se couchant. Le lendemain, le pouls est légèrement fébrile ; il y a un peu de toux, mais l'auscultation n'in-
clique rien de sérieux du côté de la poitrine. La nuit suivante, à la suite de quelques frissons, la fièvre augmente ; la malade est prise d'une assez violente céphalalgie; elle se sent la respiration un peu opprimée, et rend quelques crachats globuleux, adhérents et de couleur de rouille. L'auscultation fait reconnaître un râle crépitant fin entre le tiers supérieur et le tiers moyen de la poitrine, du côté droit, en avant dans une étendue qui ne paraît pas dépasser un diamètre de 0m,08 à 0m,U. La respiration est normale partout ailleurs. Les traits du visage ont une expression qui n'indique rien de particulier. Le pouls est à 120 pulsations, et la malade inspire 30 fois par minute.
Nous pratiquons une saignée à 10 heures du matin de ce premier jour de l'affection, et nous prescrivons une solution de 0gr,2o d'émétique dans 120 grammes d'eau distillée, à prendre par cuillerées, d'heure en heure.
A 6 heures du soir, la malade se trouve clans le même état. Prescription : continuer la potion stibiée, une application de sangsues sur la poitrine.
Deuxième Jour, à 8 heures du matin. — L'aspect général de la malade est le même. Le pouls et la respiration n'ont pas changé; la nuit a été tranquille. La toux n'est pas fréquente et elle amène quelques crachats qui ont les caractères de ceux de la veille. L'espace crépitant n'a fait que fort peu de progrès et la percussion y fait remarquer un peu de matité. Nous faisons une nouvelle saignée de 250 grammes et nous
continuons la potion stibiée qui, après avoir produit quelques vomissements la veille, est maintenant tolérée.
6 heures du soir. — Même élat de la malade, même étendue du mal ; son plus mat à la percussion, résonnance marquée de la voix et souffle tubaire. Prescription : suivre la polion slibiée.
Troisième jour. 8 heures du matin. — Deux confrères devant voir la malade en consultation, à midi, le jugement et les prescriptions sont remis à cette heure. Du reste, aucune indication spéciale ne paraît exiger autre chose que la potion émétisée.
A midi. — Pouls de 120 pulsations. — Respiration à 35. — Râle crépitant à la périphérie de l'espace désigné dans les jours antérieurs; matité, bruit de souffle, résonnance de la voix dans tout le reste de cet espace. Diagnostic : nneumonie hépatisée, circonscrite, de peu d'étendue, atteignant une quantité restreinte de la partie antérieure, moyenne, un peu supérieure du poumon droit. — Pronostic : l'état actuel de la malade le rend favorable. — Prescription : un vésicatoire sur la poitrine... potion stibiée.
La malade va bien jusqu'à 11 heures de la nuit. A cette heure-là : anxiété, délire, pouls déprimé, respiration à 40. Le bruit respiratoire se perçoit naturel par toute l'étendue de la poitrine, à l'exception de l'espace où nous avons déjà perçu le siège du mal. Mais ce qui fixe par-dessus tout notre attention, c'est que les extrémités des doigts perdent leur coloration normale. Les ongles sont légèrement nuancés d'une
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couleur violette, et, nos idées s'arrêlani à ce symptôme, nous le voyons se reproduire sur les lèvres de la malade. On cesse la potion stibiée; nous prescrivons le musc.
6 heures du matin. — La nuit a été anxieuse. 11 y a exaltation d'idées, le pouls bat ISO pulsations; il est faible, petit, dépressible ; la peau est couverte d'une sueur qui donne une sensation de froid ; la malade est agitée ; sa figure est pâle, le regard abattu. La coloration violette des lèvres et des doigts a fait de grands progrès. Prescription : Musc, acétate d'ammoniaque, sinapismes aux jambes et aux bras.
Le pouls devient plus faible, plus rapide, la peau se refroidit, et la malade meurt à 10 heures du matin. Pourquoi cette mort rapide? Ni l'étendue du mal, ni l'état du pouls, ni les difficultés de la respiration ne permettaient de la prévoir si prochaine. Pourquoi ces phénomènes d'asphyxie avec une hépatisation si limitée? D'un autre côté, point d'état typhoïde qui fit mal augurer des résultats de ce cas, comme conséquence d'un empoisonnement général. Défaillance de l'économie, voilà tout ce qu'il nous a été permis d'y voir.
Mais il faut nous hâter de dire que ce malheur imprévu ne doit, pas être donné pour type de ce qui arrive sur l'Anahuac. On le voit cependant assez souvent pour que nous puissions le présenter comme une des formes malheureuses que la pneumonie affecte sur les altitudes du haut plateau. Voici une seconde observation qui nous rapproche davantage encore du
cadre habituel des symptômes de celle maladie sur l'Anahuac.
Observation. — Mlle E. E. a quatorze ans. Elle a joui jusqu'aujourd'hui d'une santé parfaite. Mais, sous l'influence qui paraît épidémique, elle j a, depuis huit jours, une toux catarrhale, sans fièvre et sans dérangement grave de la santé. Mais tout à coup, sans cause nouvellement appréciable, elle est prise de frissons, le pouls devient fébrile et, peu d'heures plus tard, quelques crachats rouilles apparaissent comme annonce d'une pneumonie qui débute. Nous sommes appelé. La malade se plaint de céphalalgie ; elle n'accuse aucune douleur à la poitrine. Sa face est rouge, animée; le pouls, plein, fort, est à 125 pulsations; la respiration est modérément accélérée. L'auscultation fait reconnaître du râle crépitant fin du côté droit à 0m.08 au-dessous de l'aisselle et, à partir de ce niveau en avant, jusqu'à se rapprocher beaucoup du sommet du poumon. Nous faisons une saignée de bras de 250 grammes, et nous prescrivons le tartre émétique. Il était 8 heures du soir.
Deuxième jow\ à 8 heures du matin. — La malade est à peu près dans le même état que la veille. La crépitation se fait entendre un peu vers la partie postérieure, de sorte que l'étendue du mal paraît intéresser le poumon dans son lobe moyen et vers la base du lobe supérieur en avant. Le tartre slibié est mal supporté; nous faisons une seconde saignée et nous remplaçons le lartrale antimonié par le kermès minéral.
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6 heures du soir. — La malade paraît tranquille, mais les signes du mal sont les mômes que le matin. Nous revenons au tartre stibié avec de l'opium.
Troisième jour, 8 heures du matin. — L'auscultation et la percussion indiquent de l'hépatisation vers les parties centrales des points que nous avons signalés ; mais la respiration se fait mieux vers la périphérie. Le pouls est à 115. — Le tartre stibié est mieux supporté. Nous le prescrivons encore.
A 6 heures du soir, la résolution paraît indiquée déjà, sur les points hépatisés, par le râle crépitant qui nous signale le rétablissement de la perméabilité perdue le matin. Le pouls est à 110; mais la face est pâle avec une expression d'abattement extrême, les doigts et les lèvres sont légèrement violacés. Prescription : un vésicatoire à la base de la poitrine ; abandon de la préparation antimoniale.
Quatrième jour, 8 heures du matin. — La malade a passé une nuit fort agitée. Ses idées sont incohérentes.— Elle se plaint de douleur au-devant de l'oreille. — Un gonflement notable existe en ce point, et c'est évidemment la parotide qui en est le siège des deux côtés également. D'ailleurs, la langue est un peu sèche ; le pouls a baissé encore ; il est à 110; la respiration paraît plus tranquille. L'auscultation fait, du reste, reconnaître que la résolution a fait quelques progrès, puisque le râle crépitant reparait dans presque toute l'étendue de l'hépatisation au milieu du bruit de souffle. A ma prière, un des confrères les plus respectables de la capitale
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vient voir la malade. Deux heures s'étaient écoulées pour arriver à la possibilité de nous réunir. Elles avaient suffi pour donner au gonflement des parotides une dimension extraordinaire.
Notre confrère fut d'accord avec nous pour diagnostiquer l'invasion d'un état typhoïde. Nous prescrivîmes le musc associé au quinquina. Nos soins furent peine perdue. Le volume des parotides fit des progrès rapides et devint si considérable qu'à 10 heures du soir le gonflement s'étendait dans les parties voisines jusqu'à la nuque, et formait en avant une face monstrueuse. La langue était sèche, couverte d'un enduit noirâtre qui s'étendait sur les dents . Il y a délire et quelques tremblements musculaires. La coloration violacée des doigts et des lèvres fait des progrès. Nous continuons à prescrire le quinquina et le musc; mais la maladie s'aggrava rapidement, et, pendant que, d'un côté, la pneumonie avait paru se résoudre, l'empoisonnement typhoïde causait la mort le lendemain, à 7 heures du matin, au commencement du cinquième jour.
Ce cas malheureux ne peut pas encore servir de type, à cause de la parotidite qui n'est pas commune dans le typhus des grandes hauteurs. Mais, en négligeant cet accident, nous nous trouvons sur le terrain des complications morbides auxquelles notre pratique doit des déceptions si amères dans la pneumonie.
Observation. — M. T. A. est né à la côte; il a trentecinq ans. Tl réside à Mexico depuis deux ans. Quoi-
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que d'une constitution un peu faible, sa santé est généralement bonne. Sans cause appréciable, il est pris de lièvre avec toux, et dès le lendemain le crachat est franchement pneumonique. A notre première visite, au deuxième jour de sa maladie, à 10 heures du matin, le pouls est à 115, plein, dur, vibrant; la respiration est accélérée; la face est rouge, animée ; il y a céphalalgie légère. L'auscultation fait reconnaître de la crépitation fine dans le lobe supérieur du côté droit, en avant et en arrière. Le poumon gauche paraît sain. Nous faisons une saignée de bras de 250 grammes et nous ordonnons le tartrate anlimonié.
Le soir à iO heures, le malade est mieux en apparence; le pouls est à 110; la respiration est modérément accélérée. M. A. tousse sans douleur et amène facilement quelques crachats visqueux, rouilles, globuleux. L'auscultation ne fait reconnaître aucun progrès dans la maladie. Nous prescrivons le tartre stibié.
Troisième jour, 8 heures du matin. — La nuit a été tranquille. Le pouls est fort, dur, et bat 120 pulsations. La peau est chaude, sèche ; la soif est vive, la respiration un peu plus accélérée que la veille. L'auscultation fait entendre un bruit de souffle à la partie antérieure de la poitrine, du côté droit, dans une étendue de 0m,081 environ de diamètre. Le raie crépitant a gagné du terrain in férié urément et s'entend jusqu'à la hauteur du sein en avant et de côté, depuis ce niveau, vers l'aisselle. Il y a
matité très-évidente sur les points où le souffle se perçoit. Nous prescrivons une seconde saignée de 280 grammes, et l'on continue l'administration du tartre stibié.
6 heures du soir. — Le malade se trouve comme le matin. Il se plaint d'une douleur à la partie antérieure de la poitrine. Nous y faisons une application de sangsues, quoique l'auscultation ne nous indique rien de nouveau.
Nous ordonnons toujours l'émétique.
Quatrième jour. 8 heures du matin. — Le malade est abattu. La figure est pâle, l'œil creux, le regard terne, ses lèvres sont violettes. Le pouls est moins plein, plus dépressible; la respiration est anxieuse et se fait souvent par des soupirs. La peau est sèche, extrêmement chaude. La langue est moins humide que la veille. L'auscultation ne fait reconnaître aucun progrès dans la maladie. On dirait même que les points hépatisés reçoivent un peu d'air; la crépitation, quoique faible, paraît y revenir. Nous ordonnons un vésicaloire sur la poitrine et des pilules d'extrait de quinquina.
6 heures du soir. — La journée a été mauvaise. Le malade a eu des moments de délire. Le pouls est comme ce matin ; la respiration continue à être suspirieuse. La langue est sèche, la face pâle, l'œil terne, le regard indifférent, la lèvre violette.
Prescription : Quinquina, musc, un peu de vin de Bordeaux.
Cinquième jour, 8 heures du matin. — Délire
presque continuel, langue sèche et noirâtre; réponses tardives, visage amaigri, traits effilés; pouls plein, mais extrêmement dépressible; respiration moins accélérée, plus suspirieuse. Matité plus étendue de la poitrine; bruit de souflle s'étendant plus que la veille. — Tel est le tableau de l'état du malade. Il n'a pas eu de garde -robe. Prescription : 20 grammes de sulfate de magnésie, quinquina et musc.
6 heures du soir. — Même état... même prescription.
Sixième jour , 8 heures du matin. — L'état du malade est tel que, si l'on n'avait pu le visiter avant ce jour, on croirait, à son aspect, voir une fièvre typhoïde grave au milieu du second septénaire. Le poumon ne s'est pas infiltré davantage; mais il ne s'y opère plus aucun travail de dégorgement. Le malade tousse peu. Sa respiration s'accélère par moments pour se ralentir bientôt. Le délire est constant ; la langue et les dents sont sèches, fuligineuses. C'est ainsi que le malade passe quarante heures encore, pour s'éteindre à la fin du septième jour.
Voilà un cas de pneumonie typhoïde à marche rapide, assez commun à Mexico pour que nous puissions le présenter comme type. Si notre sujet ne nous imposait des limites, nous éprouverions une grande satisfaction à reproduire les notes que nous avons conservées de cas heureux de celte affection redoutable terminés par la guérison sous l'influence des toniques et du musc; mais tel n'est pas notre plan.
Nous avons seulement voulu présenter le tableau de trois cas malheureux, l'un causant la mort par défaillance des forces, l'autre par un état typhoïde anormal, le troisième par la marche rapide d'une complication typhoïde régulière. A cette dernière forme, nous devrions ajouter le type ataxique qui est peut-être plus commun. Mais nous n'en voyons pas la nécessité pour notre sujet. Ce qui nous importe, c'est de dire que la mort des pneumoniques, parla complication que nous venons de décrire, est assez fréquente pour que la crainte de la voir apparaître s'empare sans cesse de l'esprit du praticien.
Aussi rien n'est pénible comme ce doute du début, qui s'attache à la mesure du traitement qu'il convient de suivre. En Europe, les émissions sanguines dominent, ou du moins ont dominé longtemps avec raison la thérapeutique de cette maladie; mais à Mexico on s'en préoccupe avant de les pratiquer et souvent on se demande, môme après une grande modération, si l'on n'aurait pas mieux fait de s'en abstenir. Nous comprenons ce scrupule ; mais nous ne pouvons l'approuver. Une saignée est toujours bien faite quand elle repose sur des indications manifestes. Nous ne saurions croire que, pratiquée avec prudence, elle puisse jamais appeler la complication qu'on redoute, ni l'aggraver par son influence débilitante. Mais il est hors de doute qu'il faut compter à Mexico avec les émissions sanguines et ne s'écarter jamais à leur égard des règles de la prudence. Elles n'y sont utiles contre la fluxion de poitrine que tout
à fait au début. On le comprend sans peine. L'inflammation pulmonaire, si elle ne cède promptement, abat sans retard, sur les altitudes. Résolution prompte ou adynamie assurée, tel est l'arrêt qui pèse sur la pneumonie de l'Anahuac.
Et tandis qu'à peu de dislance de ces grandes élévations, vers le Golfe, sous la pression barométrique absolue, le malade atteint de pneumonie présente une résistance qui permet au mal de suivre classiquement ses phases diverses; tandis que le praticien s'y livre sans crainte à toutes les ressources de la thérapeutique la plus résolue contre l'inflammation qui nous occupe, le médecin de Mexico ne saurait jamais prédire la marche d'une pneumonie dont il voit le début, et, toujours hésitant sur les moyens à mettre en usage pour la vaincre, il est obligé d'interroger à toute heure la physionomie, le pouls, les forces de son malade pour y lire ce que ces divers éléments lui demandent : la lancette ou le quinquina. Pour ne rien paraître exagérer dans ce tableau, nous nous empressons de dire qu'il est des cas à forme plus classique, qui marchent d'une manière normale ; mais ce qui prouve encore alors combien nous avons raison, en présence de ces cas moins funestes, c'est la satisfaction du pralicien, heureux de rencontrer enfin ce qui lui manque si souvent : une inflammation claire, une réaction franche, une thérapeutique décidée.
La défaillance subite, l'adynamie et le typhus sont donc des complications fréquentes de la pneumonie
des altitudes; assez pour donner à celte maladie la nature particulière qui justifie ce jugement : que l'inflammation y est souvent transitoire, et de même que l'état phlegmasique n'imprime pas au mal son caractère dominant, il n'est pas non plus la cause ordinaire et directe de sa terminaison funeste.
Un phénomène par-dessus tous les autres mérite bien de fixer notre attention d'une manière spéciale; c'est la facilité avec laquelle apparaissent des symptômes d'asphyxie. On le comprendrait sans peine dans les cas graves à hépatisation étendue; mais le fait devient saisissant lorsqu'on le considère sur des malades dont le poumon n'est atteint que dans un espace fort limité, comme notre première observation en donne un exemple frappant. On ne saurait alors s'empêcher de porter son esprit vers cette atmosphère raréfiée que le malade respire, et d'y voir l'explication d'un phénomène qui, sans elle, ne serait pas aisément interprété. C'est encore là que nous découvrirons la cause immédiate et l'influence éloignée, qui nous expliqueront la nature adynamique de la maladie dont nous nous occupons : la cause immédiate, dans la diminution morbide de l'endosmose respiratoire; l'influence éloignée, dans l'état physiologique affaibli, dès longtemps, par une respiration imparfaite. Dire qu'alors il sera facile à ces causes de prostration d'éteindre la vie au milieu de réactions affaiblies, ce n'est pas seulement constater ce que l'observation des faits a prouvé sur les altitudes, mais encore donner une satisfaction légitime
aux raisonnements qui le faisaient facilement prévoi p.
Les pneumonies sont, du reste, très-fréquentes sur les allitudes. La cause en est sans doute dans les refroidissements faciles et souvent subits, auxquels on fait d'autant moins d'attention, que la beauté habituelle du ciel et la douceur générale de la température aveuglent aisément sur l'apparente bénignité de l'atmosphère.
Il est des transitions brusques que la prudence la plus sévère ne permet nullement de prévoir et qui dépendent uniquement des usages communs de la vie. Ainsi, le passage d'un soleil vif à l'ombre du domicile ne saurait se faire sans soumettre le corps et les organes respiratoires à un abaissement de température et à des conditions de rayonnement qui deviennent souvent funestes, surtout sous l'influence de courants d'air si difficiles à éviter dans des appartements dont les douceurs climalériques ouvrent toutes les portes. Le froid vif du matin, la fraîcheur des nuits, l'évaporation de la peau sont autant de causes qui influent sans doute d'une manière pernicieuse sur la santé du poumon. Mais, en outre de ces influences générales, nous devons signaler pour Mexico même une raison particulière, c'est l'évaporation des vastes lagunes qui environnent la capitale. Un vent qni tout d'un coup vient sur la ville, après avoir fourni leur chaleur latente aux vapeurs de ces eaux, fait baisser la température d'une manière d'autant plus funeste, que le phénomène est subit. Cette
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cause puissante manque à la ville de Paebla, et c'est pour cela sans doute que les fluxions de poitrine y sont un peu moins fréquentes qu'à Mexico.
Du reste, sous un ciel d'une douceur extrême, qui fait éprouver un bien-être indicible et presque constant, on a peine à croire que la température puisse influer comme cause morbide. On cessera d'en être surpris, si l'on porte ses regards sur les phénomènes météorologiques dont nous avons déjà parlé. Le refroidissement, dans ces localités exceptionnelles, est le fait d'une évaporation exagérée et de la dilatation de l'air au contact de la chaleur du corps. La déperdition de calorique pour ces causes ne se traduit pas en sensations pénibles, analogues à celles que nous fait éprouver un abaissement général de température au niveau de la mer. Mais la calorification de l'homme ne s'en trouve pas moins modifiée d'une façon nuisible, d'autant plus que le phénomène paraît porter alors d'une manière plus directe sur le poumon qui s'en irrite et sur la peau dont le refroidissement est si funeste aux organes profonds. La soustraction de calorique par le rayonnement et par le contact d'un air froid, sous la pression barométrique absolue, agit aussi sans doute avec intensité sur la périphérie; mais elle se généralise davantage à toute la masse organique. Entre les deux impressions du froid au niveau des mers et sur les hauteurs, il y a la même différence qu'entre le refroidissement nocturne de la terre sous un ciel sombre, et le rayonnement planétaire subit par une atmosphère d'une transparence
parfaite. Dans le premier cas, le refroidissement est lent et se généralise; aucun désordre ne se fait remarquer; dans le second, les surfaces animées se refroidissent tellement, que l'équilibre de température est rompu dans la masse d'une manière funeste.
Rien de pareil n'arrive à Vera-Cruz, Tabasco, Yucatan. La pesanteur atmosphérique et la température élevée ne permettent pas à l'air de causer au contact du corps humain, une impression qui puisse avoir un résultat pathologique. D'ailleurs, son humidité met souvent obstacle à l'évaporation cutanée. Comment pourrait-il y avoir refroidissement? D'autre part, la vapeur d'eau de l'atmosphère, en se liquéfiani après que le soleil a disparu de l'horizon, rend aux couches inférieures de l'air son calorique de vaporisation, les gaz se condensent et opèrent une restitution analogue. Ces sources périodiques de chaleur conservent élevée la température des nuits et établissent une uniformité que peu de troubles viennent interrompre. Aussi la fluxion de poitrine est-elle fort rare sur les côtes du Golfe. A Tabasco, l'on en voit si peu, que je n'ai jamais eu occasion de l'y observer. Mon honorable confrère, M. Payro, qui a exercé avec distinction, pendant neuf ans, dans ce pays d'une humidité et d'une chaleur extrêmes, ne se souvient pas d'avoir rencontré dans sa pratique au delà de cinq ou six pneumonies bien franches.
Il est donc hors de doute que la fréquence de cette maladie sur l'Anahuac est due à des refroidissements subits du poumon et de la surface cutanée,
et qu'elle ne reconnaît probablement pas d'antre cause.
Proléger la peau contre l'évaporalion et le contact de l'air froid, éviter le passage subit du soleil vif de la rue à l'ombre des appartements trop frais, jouir modérément des délices du clair de lune à l'abri de vêtements mauvais conducteurs du calorique, telle est en deux mots la prophylaxie de la fluxion de poitrine sur l'Anahuac.
Nous n'osons aborder son traitement. Les habitudes classiques, établies par l'expérience acquise au niveau des mers, pèsent sur la pratique de l'Anahuac et ont influencé jusqu'ici la conduite des médecins en présence des fluxions de poitrine. Mais le sens droit et le jugement sévère des confrères qui exercent aujourd'hui à Mexico, leur inspirent déjà de la méfiance pour les prescriptions absolues. La saignée y est mesurée avec scrupule; ils n'ignorent pas que le tartre stibié les conduit à des mécomptes. Une voie est ouverte pour faire une large part aux fortifiants, et nous osons espérer qu'on s'habituera à y avoir recours avant d'en voir l'indication absolue dans la défaillance évidente des forces ou dans l'invasion déclarée d'un état typhoïde. Déjà la diète y est comprise avec de grands ménagements, et bientôt, nous n'en avons nul doute, nous verrons ces pneumonies originales traitées par des moyens plus en harmonie avec leur nature et plus conformes à l'état physiologique des malades.
Il y aura, sans doute, souvent indication manifeste
des émissions sanguines, même chez les sujets affaiblis. Mais on ne doit pas perdre de vue que ces saignées, toujours faites dans un but de déplétion pulmonaire, auront une action d'autant plus prononcée, que les autres fondions de l'économie s'accompliront d'une manière plus parfaite. Tombant sur un organisme affaibli et privé de réactions franches, elles n'auraient d'autre effet que d'affaiblir davantage, tout en laissant l'engouement pulmonaire dans le môme état.
Il est donc rationnel de faire usage de Ioniques généraux pendant qu'on agit directement dans le but d'amoindrir la masse sanguine. A notre avis, dans ces pneumonies qui travaillent au milieu de réactions sans vigueur, il est plus rationnel d'associer les fortifiants généraux aux saignées très-modérées que de donner à celles-ci pour adjuvant les hyposthénisants de toute espèce.
C'est à ces idées simples et claires que la thérapeutique des pneumonies des hauteurs devrait demander toute sa force. Nous avons la conviction qu'on en retirerait les meilleurs fruits.
§ 2. Typhus.
En portant sur notre clientèle nos regards attentifs et trop souvent consternés, nous nous demandions, non sans raison, si l'adynamie typhoïde ne domine pas la pathologie du plateau de l'Anahuae. Et par ces mots nous ne prétendons pas dire que la fièvre
2 82 MALADIES DKS ALTHl'DhS.
typhoïde proprement dite y soit d'une extrême fréquence, mais que l'état général qui caraclérise l'empoisonnement typhique ajoute sa mortelle influence à d'autres maladies dont le début n'avait rien de commun avec ce type justement redouté. Nous venons d'en voir un exemple frappant dans le récit qui précède sur la fluxion de poitrine. Nous sommes fondé encore à affirmer que cette complication se mêle fréquemment à d'autres phlegmasies et que très-souvent le typhus jugé essentiel n'est que la superfé'ation de fièvres dont la nature, bénigne au début, emprunte plus tard ses dangers graves à cette maligne influence. La fièvre typhoïde, comme detinenthérie, est, en effet, un mal rare sur l'Anahuac. Les nombreuses autopsies auxquelles on se livre dans les hôpilaux et dont nous devons les rapports à la bienveillance des confrères distingués qui les dirigent, prouvent depuis longtemps que les lésions intestinales n'y sont pas communes. Les épidémies, qu'on y voit en ce genre, trouvent leur analogue dans les fièvres des camps et le typhus fever des Anglais et des Américains du Nord. On y découvre mêmequelque originalité que des exemples rendront sensible.
Les maladies prennent facilement à Mexico le type épidémique; et, pour se développer de la sorte, elles trouvent surtout leur aliment de prédilection clans l'époque de chaleur et de sécheresse extrêmes des mois de mars, avril et mai. C'est pendant ces mois de l'année 1859 que nous avons été témoin d'une
TYPHUS. -2 s 3
épidémie de typhus. Le mal y prit de telles allures que nos convictions déjà formées s'enracinèrent alors d'une manière inébranlable dans le sens que nous allons expliquer. Procédons par des exemples.
F. L., enfant de neuf à dix ans, un peu faible de constitution, mais point maladif, est pris de fièvre avec une céphalalgie fort modérée qui ne dure que deux jours. La langue devient blanchâtre; la soif n'est pas vive; point d'envie de vomir; point de borborygmes; pas de ballonnement du ventre; peu de douleur à l'épigastre sous la pression des mains. Sa physionomie a une expression naturelle. L'enfant ne tousse pas; l'auscultation ne fait rien reconnaître dans la poitrine. Le sommeil est bon, sans exagération dans sa durée; les idées sont très-nettes; il n'y a jamais de délire. Cependant la peau est chaude, sèche ; le pouls est fort, accéléré, sans rémission ; d'autre part, l'appétit est nul, la bouche pâteuse. Vers le huitième jour d'un semblable état, le ventre est douloureux , la soif plus vive. Mais comme l'enfant, en tout temps fort irritable, a fait usage de trois purgatifs salins, notre attention attribue ces nouveaux symptômes à cette cause. Nous appliquons quelques sangsues et nous faisons usage de cataplasmes.
Le résultat en est satisfaisant quant aux phénomènes présentés par l'abdomen; mais la fièvre est la même et la marche de la maladie est si uniforme, qu'il n'y a rien à dire au delà de ce que nous avons décrit, si ce n'est que la fièvre dura trente-cinqjours
et qu'en disparaissant elle laissa l'enfant dans un état modéré d'exténuation. La convalescence n'eut rien de pénible et le rétablissement fut prompt.
Faut-il dire que voilà un cas de typhus ? Où en voit-on les signes? Pas de céphalalgie, peut-on dire; pas de délire; pas d'insommie, point de ballonnement, point de gargouillement du ventre ; point de sécheresse de la bouche ; point de râle bronchique ; pas de taches à la peau. D'autre part, la durée de la maladie a une importance qui augmente encore par l'aspect du grand nombre de cas identiques qui se sont présentés en même temps, avec quelques nuances qui ne tenaient pas à des différences essentielles. D'ailleurs, tout autour de ces cas d'une bénignité extrême, venaient s'en grouper d'autres qui établissaient un état épidémique de nature typhoéde. Parmi ces cas, il en est qui méritent plus sérieusement d'exciter notre intérêt. En voici quelques exemples :
M. K. est pris de céphalalgie modérée avec fièvre. Il conserve quelque appétit; il continue à vaquera ses occupations pendant quatre jours, après lesquels il va consulter le médecin à son domicile. Celui-ci, confrère très-recommandable, ne prend pas grand souci de l'état d'un homme qui travaille, marche, dort, comme d'habitude. Il ne néglige cependant aucun conseil utile. Il prescrit un purgatif et le repos du lit. Le malade continue à avoir la fièvre ; maissans céphalalgie, sans taches à la peau. Au huitième jour, se sentant plus faible, le malade se décide, pour la
première fois, à garder la chambre. C'est ce jour-là que le délire commence ; ta raison se perd rapidement; la langue se sèche; des rougeurs lenticulaires couvrent le corps ; un tremblement saisit le malade, et il meurt en quarante-huit heures.
Un de nos confrères les plus respectables de Mexico donnait ses soins à une jeune personne de quinze ans des mieux soignées de la ville, vivant au milieu d'un air très-pur. Pendant dix jours elle a la fièvre, sans autre symptôme. Elle se sent si bien qu'elle refuse de rester au lit. Son médecin, praticien fort prudent, ne peut avoiraucune crainte en présence d'une telle bénignité ; cependant il en parle avec méfiance à la famille, fait ses réserves et donne ses prescrip lions avec sagesse. Au début du onzième jour l'ataxie commence tout à coup, et la jeune malade meurt en trente-six heures.
En môme temps, d'autres cas de typhus à marche plus normale dès le début tendraient à établir le caractère de l'épidémie qui règne sur la ville. Mais ces cas normaux ne dominent pas, et à côté d'eux nous en observons d'autres, en assez grand nombre, qui se terminent par des rémittences sur lesquelles le sulfate de quinine vient établir une convalescence rapide.
D'autres malades ont une lièvre qui ne dépasse pas un septénaire, avec courbature des membres, douleur légère à l'épigastreet langue saburrale. Ces cas sont les plus nombreux et paraissent former le fond de l'épidémie. C'est ce oui nous autoriserait à
croire que l'élément putride que nous y avons vu si souvent n'était nullement essentiel à la maladie et qu'il se présentait plus tard comme complication d'une fièvre plus simple.
C'est vraiment pitié de voir l'hésitation du praticien en présence de cas à marches si variées. En Europe, sauf quelques exceptions rares, la fièvre typhoïde se caractérise, dès le début, par des signes graves, et si le diagnostic n'est pas toujours possible aux premiers jours, des présomptions fondées peuvent en tenir lieu. Mais à Mexico le doute dure souvent autant que la maladie ; car il n'est pas rare de voir une fièvre qui n'a rien produit de typhoïde pendant quinze jours, présenter tout à coup des symptômes ataxiques et causer la mort rapidement. Presque jamais on n'y voit, au début du mal, cette céphalalgie violente accompagnée de turgescence de la face, de délire, de faciès exprimant l'indifférence et la torpeur. Bien rarement, pour établir son diagnostic aux premiers jours, on a l'occasion de balancer entre une fièvre typhoïde et une méningite qui commence. On est bien plus souvent dans le cas de partager son esprit entre une fièvre fort simple en apparence, qui peut ne durer qu'un septénaire, et une affection redoutable qu'aucun signe n'indique encore et qui peut apparaître à une époque indéterminée de la marche de la maladie.
Il n'en est pas, sans doute, toujours ainsi ; mais la fréquence de ces fièvres d'une nature bénigne en elle-même et prenant un mauvais caractère sous Pin-
fluence du climat, est très-certainement assez grande pour que nous n'hésitions pas à y ranger la moitié des malades qui succombent à un état typhoïde.
Ceci prouve une fois encore la facilité avec laquelle le climat de Mexico abat les forces et produit sur le système nerveux et sur le sang ces altérations qui sont propres aux affections typhoï les. On croit généralement que la malpropreté des rues de cette capitale et l'incurie delà police sanitaire sont la cause unique de ce résultat funeste. Cette opinion est erronée. Nous ne prétendons pas dire que le mépris des règles de l'hygiène publique n'a pas, ici, sa part d'influence, mais nous croyons qu'il faut restreindre les effets de cette négligence à d'étroites limites. Nous en avons pour preuve la ville de Puebla qui a quelques droits à être citée comme le modèle des villes les plus propres du monde. Les complications typhoïdes et le typhus d'emblée s'y observen souvent. Nous pouvons encore affirmer que, non loin de celte ville, la plaine magnifique de San-Martin, si remarquable par sa culture, son déboisement, son bon air, sa lumière splendide, est souvent le théâtre de déplorables malheurs causés par le typhus.
Peu de temps après la conquête, et à différentes époques depuis, les indigènes de l'Anahuac ont été attaqués d'une épidémie dévastatrice à laquelle ils ont donné le nom de Matlazahuatl. Cette maladie a surtout été fort meurtrière dans les années de 1546, 1576 et 1736. Aucune description précise ne nous permet de donner une juste idée de sa vraie nature.
Nous croyons pouvoir affirmer cependant que ceux qui l'ont confondue avec le vomito prieto ont commis une erreur. Le caractère final de cette dernière maladie est assez saillant pour qu'il n'eût pas échappé à ceux qui nous ont transmis la description imparfaite du Matlazahuatl. Or, ils ne nous parlent nullement de ce vomissement noir qui est le dernier signe de la fièvre jaune dans tous les cas qui parcourent régulièrement les périodes ordinaires de la maladie. De Humboldt porte à cet égard un jugement que nous croyons devoir transcrire.
«Il a, sans doute, quelque analogie avec la fièvre jaune ou avec le vomissement noir ; mais il n'attaque pas les hommes blancs, soit Européens, soit descendants des indigènes. Les individus de race européenne ne paraissent pas exposés à ce typhus mortel, tandis que, d'un autre côté, la fièvre jaune ou le vomissement noir n'attaque que très-rarement les Indiens mexicains. Le site principal du vomito prieto est la région maritime, dont le climat est excessivement chaud et humide. Le matlazahuatl* au contraire, porte l'épouvante et la mort jusque dans l'intérieur du pays, sur le plateau central, aux régions les plus froides et les plus arides du royaume (i). »
Il est permis de penser que cette affection meurtrière était un typhus, qui empruntait ^a gravité à l'élément épidémique. A en croire quelques descrip-
(1) Essai sur la Nouvelle-Espagne, p . 333.
tions imparfaites qui nous en restent, l'hémorrhagie intestinale était un symptôme à peu près constant de l'affection. A ce compte, les traces de ce mal ne seraient pas perdues sur l'Anahuac. Le typhus entérohémorrhagiqueesten effet souvent observé à Mexico. Grave toujours dans des cas isolés, il dit assez à tous ceux qui ont eu occasion de l'observer, ce qu'il doit être sous l'influence d'un génie épidémique.
Ces épidémies, du reste, furent très-meurtrières. Torquemada affirme qu'il mourut 800,000 Indiens en 1545 et 2,000,000 en 1576. Bien qu'il ne faille pas ajouter foi à l'élévation extrême de ces chiffres, leur exagération sert à nous faire comprendre que le nombre des victimes fut, en réalité, immense.
Cette dévastation terrible eut lieu, non dans des villes populeuses, mal aérées; mais au milieu d'immenses plaines, sous un ciel toujours radieux, sur un sol privé d'émanations malfaisantes. Aujourd'hui comme alors, on peut aisément se convaincre, sur ces plateaux élevés, libres de toute impureté atmosphérique, qu'il n'est nullement besoin d'un effluve délétère pour développer dans l'organisme l'élément typhoïde. Les typhus les plus graves et le plus communément mortels sont ceux qui sont causés par une insolation prolongée, au milieu des campagnes les plus pures, dans les journées suffocantes du printemps.
Nous avons déjà dit que c'est à cette époque de température élevée que se développent le plus communément à Mexico les maladies de mauvais carac-
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tère. Nous en concluons que Ja raréfaction et la chaleur extrême de l'air renferment en elles-mêmes les causes de ces affections. La diminution excessive de densité produit l'asphyxie, et la chaleur de l'air inspiré détermine dans le sang mal aéré la fermentation typhoïde.
§ 3. Affections typhoïdes et inflammations.
Après les faits que nous venons de présenter, et à l'appui des raisonnements auxquels nous nous sommes livrés, avons-nous tort de considérer les typhus essentiels et les complications typhoïdes de l'Anahuac comme une conséquence naturelle de l'influence climatérique?Nous ne le pensons pas, et c'est sanshésitation que nous avons rapproché, dans notre étude, deux maladies qui devraient se trouver bien éloignées l'une de l'autre, à ne consulter que leur nature.
C'est que sur l'Anahuac l'union du typhus et de la pneumonie est fort commune, et s'il n'est pas trèsrare de voir en Europe la phlogose du poumon compliquer la marche de la fièvre typhoïde, la complication de la pneumonie par le typhus est moins rare encore sur le haut plateau du Mexique. Nous n'aurions pas raison d'en tirer la conséquence que toute inflammation doit subir le même sort. La fluxion de poitrine, en effet, présente un élément particulier à l'adynamie, qui vient de ce que l'organe affecté est lui-même le siège de l'hématose. Quel étonnement avons-nous le droit d'éprouver en voyant cette fonction, déjà si compromise par la légèreté de l'air,