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AFFECTIONS TYPHOÏDES ET INFLAMMATION

phlogoses vives et les réactions franches du niveau de la mer, considérées dans les localités qui ne sont pas empoisonnées par le miasme paludéen. Ici, respiration parfaite, fonctions physiologiques très-actives: inflammation franche et thérapeutique assurée. Là, oxygénation entravée, fonctions physiologiques affaiblies : maladies insidieuses et thérapeutique vacillante.

Mais si nous étendons la comparaison aux climats marécageux, nous aurons lieu d'être frappé de l'analogie d'action qu'ils présentent avec les altitudes au point de vue des affections inflammatoires. Là comme ici, oxygène mal respiré et négation des maladies de ce type.

Ce parallèle entre les altitudes et les bords du golfe devient encore plus digne d'attention, si nous retendons aux affections typhoïdes. Pendant que l'air des hauteurs, privé de toute émanation impure, n'est d'aucune garantie contre les maladies putrides; lorsque la température uniforme et douce de l'Anahuac laisse les barrières ouvertes aux épidémies les plus violentes de typhus, les effluves immondes des bords de la mer et les miasmes des grandes villes, sous un ciel toujours embrasé, produisent moins souvent ces altérations meurtrières dans la santé des naturels. Tabasco lui-môme, ce pays si marécageux, ne présente que rarement des cas de fièvre typhoïde, et lorsque le typhus y règne, il est presque toujours à forme paludéenne sous le type de fièvres rémittentes ou intermittentes pernicieuses. Ce qui prouve encore

une fois que souvent il faut chercher en dehors de toute émanation délétère le principe des affections typhoïdes.

L'intérêt qu'inspire l'étude rapide à laquelle nous venons de nous livrer, sur la pneumonie et le typhus, nous paraîtra d'une importance plus grande encore, si nous considérons ces maladies dans leurs rapports avec la statistique mortuaire des Européens qui vivent sur les altitudes. Elles sont pour eux la cause la plus fréquente de mort. La force de vitalité acquise sous des influences climatériques plus salutaires leur permet de résister, sans inconvénients visibles et pendant longtemps, aux conditions d'atmosphère et de température inhérentes aux lieux élevés. Mais peu à peu l'action de cette hygiène débilitante prend le dessus sur les tempéraments, et ceux-ci s'en trouvent d'autant plus abattus que les premières années de la vie se sont passées en dehors de cette influence. Les étrangers deviennent alors très-sensibles aux refroidissements. Les mouvements les fatiguent; une course de peu de distance les rend haletants et courbaturés.

Loin donc d'arriver insensiblement à une acclimatation, ils perdent de leur énergie à mesure que leur séjour augmente. De sorte que, à l'inverse de ce qui arrive sur les bords du Golfe, où l'Européen s'acclimate à merveille quand le sol ne produit pas d'émanations palustres, l'étranger cède aux influences du climat des altitudes avec d'autant plus de facilité, que ces influences ont duré davantage. Nous l'avons

déjà dit dans nos études physiologiques, et le moment était venu d'en donner la preuve pathologique, comme nous venons de le faire.

Art. III. — Phthisie pulmonaire.

§ 1. La phthisie pulmonaire est rare à 2,200 mètres d'élévation.

Nous arrivons à la partie la plus intéressante de notre œuvre, et quelle joie nous en éprouvons ! Après nous être attristé sur la longue série de souffrances qui affligent l'homme dans ce pays si digne d'être aimé, combien nous sommes ravi de pouvoir proclamer son heureuse influence contre une maladie cruelle qui décime, ailleurs, les populations à l'âge le plus intéressant de la vie ! De toute s les maladies, en effet, qui empruntent un haut intérêt aux considérations prophylactiques dont le climat qui nous occupe puisse être la base, la tuberculisation pulmonaire doit sans nul doute s'inscrire au premier rang. En devons-nous être surpris? Nous avons dit que l'anémie est l'état habituel des hommes qui peuplent les grandes élévations, l'anémie par imperfection de l'acte respiratoire, ne l'oublions pas. S'il est naturel d'admettre à priori que cette anomalie doive avoir une influence nécessaire sur l'invasion, la nature et la marche des maladies en général, avec combien plus de raison devons-nous prévoir que l'organe qui préside aux fonctions respiratoires en sera le premier influencé ! Le poumon, en effet, se trouve en présence d'un air

raréfié, sec et ne recevant qu'en partie la pression barométrique. Ces trois conditions de raréfaction, de sécheresse et de légèreté de l'atmosphère rendent évidemment moins facile l'endosmose de l'oxygène destiné à alimenter la respiration. Mais, s'il est vrai de dire d'une manière générale que le stimulant le plus naturel d'un organe, c'est l'élément même où sa fonction s'alimente, nous pouvons affirmer, sans crainte de contradicteurs, que le poumon se trouve sans cesse moins stimulé sur les hauteurs qu'au niveau de la mer.

Avant, donc, d'avoir formé ses convictions sur la nature de la tuberculisation pulmonaire au point de vuedel'étatsthénique ouhyposthénique qui a précédé son invasion et préside à sa marche, on prévoit sans peine que la vie des hauteurs influe nécessairement sur cette maladie dans un sens favorable ou funeste. Ce que le raisonnement nous fait prévoir, l'expérience l'a confirmé. La phlhisie pulmonaire est modifiée par les grandes élévations et nous avons déjà fait entrevoir que cette modification est un bien pour l'humanité.

La phthisie pulmonaire, en effet, est rare sur le plateau de l'Anahuac. Nos observations à cet égard portent principalement sur les deux villes de Puebla et de Mexico, c'est-à-dire sur une population de 270,000 habitants. Mais nos renseignements nous signalent la même influence dans les autres localités élevées du plateau. Nous avons fait tous les efforts qui dépendaient de nous pour savoir ce qui

se passe à cet égard sur les altitudes de-l'Amérique méridionale, et nous apprenons par des sources dignes de foi que la même immunité s'observe à la Nouvelle-Grenade, à l'Equateur, au Pérou, en Bolivie, dans les villes situées au delà de 2,000 mètres de hauteur.

Celte préservation heureuse du plateau de l'Anahuac coïncide avec l'uniformité d'une douce température. Les vents cependant y apportent parfois quelque trouble. Mais le thermomètre s'y montre en général peu sensible. Les froids des nuits, qui sont rigoureux en certaines saisons, ne sont nullement perçus par les habitants ; car ils ont lieu de 2 à 4 heures du matin, lorsque le repos du lit empêche de recevoir leur influence. Au lever, la santé n'a déjà rien à craindre de la température.

Il y a cependant des tuberculeux sur l'Anahuac ; on les observe en petit nombre parmi les sujets peu favorisés de la fortune qui passent les nuits dans les rez-de-chaussée, dorment* sur le sol humide et se nourrissent d'une manière fort imparfaite. On voit encore la phthisie parmi les natifs des hauteurs que des spéculations agricoles ou des voyages d'intérêt conduisent souvent à des niveaux inférieurs. Mais pour les hommes auxquels la fortune ou l'aisance que donne le travail permet de se loger, de se nourrir et de se vêtir d'une façon convenable, la phthisie est d'une rareté extrême. Pendant deux années de séjour à Puebla et huit années à Mexico, je ne pense pas avoir été consulté par 12 phthisiques dans ma

pratique habituelle qui s'adressait, il est vrai, à des gens riches ou dans l'aisance. Je n'ai vu de tuberculeux, et cela pas en grand nombre, que dans les consultations de pauvres, auxquelles je destinais une heure chaque jour. A peu près tous les cas de cette maladie s'observent donc dans la classe indigente, classe que la paresse naturelle, les habitudes acquises et le défaut d'organisation sociale rendent fort nombreuse au Mexique.

Mais le jour où les hommes le voudront, le ciel de l'Anahuac éteindra la tuberculisation du poumon. Car partout, quand les habitants s'y entourent de quelques soins d'hygiène, la phthisie y est presque nulle. Ce fait ne se prouve pas ; il se constate.

Fait immense, d'une portée d'autant plus grande, qu'à quelques lieues de distance, au penchant de la Cordillère, en descendant vers le niveau de la mer, cette terrible maladie obéit diversement au poids de l'air, pour présenter sur des niveaux inférieurs l'intensité que nous avons déjà décrite dans une partie de ces récits. L'immunité de l'Anahuac n'est donc pas le privilège d'une latitude favorisée; Vera-Cruz se trouve sous le même parallèle que Mexico. L'élévation et l'état de l'air qui en est la conséquence doivent seuls nous donner l'explication de cette influence heureuse qui peut être mise si utilement à profit pour la santé de l'homme; car nous ne doutons pas que des sujets, ailleurs prédisposés, ne puissent échapper au danger dans les climats jusqu'ici mal connus des altitudes, et nous espérons

même y puiser une ressource utile pour ceux que l'invasion du mal aurait déjà inscrits parmi les tuberculeux.

§ 2. La phthisie acquise sur les niveaux inférieurs se soulage sur les altitudes de 2,200 mètres.

En voyant combien la phthisie pulmonaire est rare sur l'Anahuac, il est sage, en effet, d'admettre que ce qui est innocuité pour les habitants natifs de ce pays doit se traduire en influence heureuse pour des sujets qu'un climat moins favorisé et une prédisposition naturelle laissent à découvert contre une affection si redoutable.il serait sans doute hors de raison de penser que, pour que celte préservation ait lieu, la condition d'un séjour de toute la vie fût indispensable. De môme que nous voyons les climats du littoral de la Méditerranée soulager les phthisiques qui viennent de pays lointains, nous avons la conviction que les grandes élévations seront favorables aux tuberculeux dont l'affection aura pris naissance au niveau de la mer. Car nous savons d'une manière générale que souvent les localités, dans leurs bonnes comme dans leurs mauvaises influences, agissent plus puissamment sur les étrangers que sur les naturels. Les habitants de Nice, en effet, ne sont pas à l'abri des tubercules pulmonaires ; la phthisie n'est pas rare sur le littoral de la Méditerranée. Les hommes qui sont nés dans ces contrées, habitués aux heureuses dispositions des lieux au point de vue de la santé du poumon, vivant

dans cet équilibre que la résidence prolongée établit entre les actions extérieures et les réactions physiologiques, ne trouvent en eux rien d'exceptionnel qui puisse les prémunir contre certaines causes accidentelles de maladie. Leur organisme cédera d'autant plus facilement à ces causes, que l'uniformité d'une douce température ne lui aura point donné l'habitude d'une résistance puissante. Vienne au contraire sur ces lieux favorisés de la nature l'individu qu'un climat rigoureux a longtemps éprouvé ; toutes ses fonctions se trouveront à l'aise au milieu d'une température plus douce; la peau se livrera à un travail qui l'excite, et dans cette réaction nouvelle, l'excitation habituelle du poumon trouvera un dérivatif d'un résultat salutaire.

Ainsi pensons-nous que le climat des hauteurs agira sur les tuberculeux venus du niveau de la mer. La fonction pulmonaire y sera d'autant plus ralentie que l'habilude d'agir dans une atmosphère dense ne l'aura pas préparée à l'endosmose d'un oxygène aussi peu comprimé. Un phthisique des régions basses de l'air se trouvera donc sur les hauteurs dans des conditions plus favorables que les naturels euxmêmes, et ia raison indique que non-seulement un séjour prolongé lui assure les avantages dont ceux-ci ont joui depuis leur naissance, mais encore qu'il jouira des profits immédiats du manque d'habitude.

Cette assertion n'est pas illusoire. Parmi les étrangers qui peuplent les hauteurs de l'Anahuac, les Al-

lemands, les Français, les Anglais, les Italiens, nous ne voyons que fort rarement des phthisiques. Les Espagnols en offrent plus d'exemples, eteelase comprend; les hommes de cette nationalité adoptent en arrivant des coutumes qui les assimilent, quant à l'hygiène, aux basses classes de la population mexicaine. La plupart sans ressources à leur arrivée, ils entrent au service du petit commerce d'épiceries et de marchands de liqueurs. Ils passent leur journée dans des comptoirs sales, mal aérés, et se retirent la nuit dans des chambres basses et fort humides. Du reste, sobres, laborieux, économes et désireux de parvenir, ils travaillent avec zèle et se nourrissent, non par lésinerie, mais par habitude nationale, d'aliments qui, à Mexico, ne suffisent pas à leur hygiène. Une graisse de mauvaise qualité entre pour une trop grande part dans leur art culinaire.

En outre de ces causes de maladie, il faut faire observer que plusieurs de ces jeunes gens estimables et pleins de zèle vont demander leur avenir aux travaux qui s'exécutent dans les climats chauds de la tierra caliente, et plusieurs en reviennent tuberculeux.

En dehors des habitudes et des occupations que nous venons de signaler, cette race si vivace des Espagnes conserve une santé parfaite, et pour elle, comme pour les hommes des autres nations, on peut affirmer que les hauteurs préservent les étrangers de la phthisie pulmonaire.

Pour ce qui regarde le soulagement que peuvent

obtenir sur l'Anahuac les phthisies qui ont débuté hors du Mexique, nous avons foi dans le climat.

Quelques faits consignés dans des notes imparfaites prises sans but arrêté, nous permettent de fournir une base aux convictions de nos confrères. Quant à nous, nos souvenirs sont précis, et s'ils ne suffisent pas à donner à chaque cas particulier la forme rigoureuse d'une observation écrite, ils gravent en se groupant dans notre esprit des convictions inébranlables. Ces souvenirs nous autorisent à placer les hauteurs du Mexique à la tête des lieux qui préservent de la phthisie pulmonaire, en modifient la marche, en diminuent les symptômes et en préviennent les fatales conséquences.

Observation. — En 1853, je fis un voyage qui, du plateau de Puebla et par une pente fort douce, devait me conduire au district d'Izucar, riche par la culture des champs de canne à sucre. Je passai la nuit dans une hacienda, administrée alors par M. de Los M...., qui me fit l'accueil le plus hospitalier. Sa fille, personne d'une amabilité exquise, portait sur ses traits une empreinte de souffrance. Je m'empressai de lui offrir mes services en la priant de me parler de sa santé qui me paraissait altérée. « Je souffre, en effet, me dit-elle; mais c'est ma faute, cette fois; j'aurais dû entreprendre plus tôt mon voyage de Puebla. » Et comme je la pressai de nouvelles questions, voici ce que j'appris :

Mlle de Los M... est née dans le district d'Izucar, c'est-à-dire à 1 ,000mètres environ d'élévation au-des-

sus du niveau de la mer. Elle a vingt-huit ans. Il y a six ans, elle fut prise tout à coup d'hémoptysie ; de la toux s'ensuivit, sèche d'abord et peu intense, forte bientôt et s'accompagnant d'expectoration catarrhale avec des stries de sang. La relation faite par la malade est vague et donne un eommémoratif confus; mais on y voit briller ce renseignement précis, qu'elle eut souvent des frissons vers le soir, accompagnés de fièvre et de sueurs abondanles. Ces symptômes ne cédèrent pas à l'usage du sulfate de quinine; la malade maigrit; sa toux devint progressivement plus intense, les parents s'en effrayèrent et lui firent entreprendre le voyage de Puebla. Mlle M... sentit du soulagement peu de jours après son arrivée dans celte ville. Elle reçut, il est vrai, les soins d'un médecin ; mais au dire de la malade, la médication conseillée fut des plus simples, et elle-même resta convaincue que le climat seul l'avait guérie; car elle éprouva un tel bien-être, qu'elle crut à sa guérison.

Mais peu de jours après qu'elle fut descendue à son pays natal, les symptômes recommencèrent et suivirent une marche progressivement croissante, jusqu'à ce qu'elle entreprît un second voyage à Puebla. Elle y séjourna quelques mois avec le même résultat que la première fois. La récidive de sa maladie suivit de près son retour à Izucar, et un soulagement nouveau fut la conséquence de son troisième voyage à Puebla. Mais de nouvelles souffrances l'attendaient pour la quatrième fois sur les terres chaudes à l'époque où j'y fis mon voyage.

30 4 MALADIES DES ALTITUDKS.

Je l'examine avec soin, et la seule chose dont je garde aujourd'hui le souvenir, c'est qu'une masse tuberculeuse était déjà fondue, et la caverne qui en résultait était d'un diagnostic facile. Je lui donnai le conseil de fixera PueLla sa résidence définitive. Je suis persuadé qu'elle n'aura pas suivi mon conseil et qu'elle aura été victime de son obstination à résider dans un climat qui lui était si contraire. *

Quelque vague qu'il y ait dans cette observation, une chose est certaine, c'est qu'elle offre l'exemple d'une phthisique qui trouvait du soulagement dans la vie des hauteurs.

En 1849, je fus consulté par M. B./de Jalapa, qui avait entrepris le voyage de Mexico pour y voir un confrère fort recommandable. En passant à Puebla, le malade se trouva si mal des conséquences de trois jours de voyage, qu'il se vit dans l'impossibilité de continuer sa route. Je vois son nom inscrit sur mes notes d'alors avec ces simples mots: — tuberculisation pulmonaire; une caverne au côté droit; d'autres masses à l'état de crudité ou déjà ramollies au sommet du poumon gauche.

Je donnai mes soins à M. B... Son amélioration fut très-rapide. Sa fièvre et ses sueurs disparurent, son appétit revint; il prit de la force, de l'embonpoint, et se décida à ne pas continuer son voyage. Il passa quelques mois à Puebla content, trop content, puisque sa joie lui fit croire à sa guérison, et qu'il retourna à Jalapa pour y mourir.

Je garde dans mes souvenirs un grand nombre

d'exemples de soulagement de la maladie et d'obstination des malades pour retourner- prématurément au climat qui les tue. Peu de médecins, parmi les estimables confrères qui exerçaient à Mexico, jugeaient la phthisie que nous voyions chez ces malades de la côte de la manière dont je la jugeais moi-même. La diversité dans notre jugement venait de ce que nous observions nos malades à des points de vue différents. Pour eux, le résultat final était le seul qui fût mis en question; tandis que mon esprit s'arrêtait satisfait à la vue d'un changement presque subit dans la marche de la maladie chez les tuberculeux du niveaudesmers. C'est que j'avais eu l'occasion d'observer pendant sept ans ces malheureux phlhisiques des régions chaudes de la république, et, lorsque je les voyais à Puebla et à Mexico, je ne dirai pas guéris, mais moins malades après un séjour de six mois, je ne pouvais oublier que ce temps eût été suffisant, peut-être, dans le pays de leur naissance, pour les conduire infailliblement au tombeau. En présence de ces pensées, je me demandais souvent si le séjour absolu n'aurait pas enfin vaincu la maladie que quelques jours ou peu de mois parvenaient à soulager.

L'exemple suivant prouvera combien j 'avais raison .

Observation. — En 1849, M. H., de Bordeaux, marchand drapier résidant à Puebla, me demanda si je croyais que le séjour de cette ville pût être favorable à son fils, jugé phthisique par des médecins recommandables de Paris. Sur ma réponse affirmative, il prit les mesures nécessaires pour que ce jeune

homme se mît aussitôt en voyage. Mrae H. accompagna son fils. La traversée produisit l'effet habituel, je veux dire que le malade s'en trouva bien, au grand contentement de la mère, dont les craintes étaient vives au moment du départ.

Son fils, en effet, malade depuis environ deux années, arrivé aujourd'hui à l'âge de vingt ans, avait eu avant de partir des hémoptysies alarmantes qui l'avaient beaucoup affaibli. Il toussait d'ailleurs beaucoup, avait une fièvre intense et suait abondamment toutes les nuits.

A son arrivée, en outre que le diagnostic était pour moi facile, le malade se trouvait porteur d'une note d'un des médecins éminents de Paris, que je puis résumer par ces mots : « des tubercules fondus, d'autres en voie de progrès. »

Je prescrivis au malade quelques calmants pour lui donner des nuits meilleures, je lui fis prendre des bains légèrement sulfurés que les sources de Pueblanous fournissent, je donnai mes instructions pour le régime alimentaire, et j.'attendis les effets du climat. Ils furent des plus heureux. Les crachats continuèrent d'être abondants pendant quelque temps ; mais la fièvre et les sueurs nocturnes se calmèrent avec beaucoup de rapidité, et le jeune H. put promptement se livrer tous les matins à l'exercice à cheval. Ses forces se rétablirent comme par enchantement. Au bout de six mois il ne toussait ni ne crachait presque plus. Après un an de séjour, il était tout à fait bien. Il avait repris de l'embonpoint et ne présentait

plus d'autre symptôme de sou affection que ceux provenant de l'existence d'une caverne pulmonaire.

Il jouit pendant un an d'une santé parfaite. Malheureusement, une imprudence lui causa une pleurésie violente avec épanchement, et il en fut victime. Je ne le vis pas alors. J'avais quitté la ville de Puebla pour le séjour de Mexico.

Il est fâcheux sans doute que la mort nous ait ravi si vite le sujet d'une observation aussi intéressante. Nous ignorons si cet heureux effet du climat aurait été durable. Nous le croyons, cependant ; notre conviction à ce sujet se corrobore par des antécédents qui ne nous sont pas personnels et qui sont pour nous du plus grand poids.

En 1846, dans un premier voyage que je fis en France, après trois ans de séjour sur les côtes du golfe duMexique, j'eus occasion de connaîtreM. le docteur Jecker, à qui je fis part de mes observations sur la phthisie aiguë des pays chauds. Je lui demandai en même temps de dissiper mes doutes relativement à l'influence des hauteurs sur cette maladie. Cet estimable confrère, qui exerça longtemps avec éclat à Mexico, me dit dès lors que la phthisie était fort rare dans cette capitale et que les tuberculeux de la côte y trouvaient du soulagement. Son expérience procalmait des résultats plus intéressants encore, en affirmant que plusieurs malades, sous ses yeux, s'étaient rétablis de cette affection si redoutable et avaient joui ensuite d'une santé parfaite. Je prends plaisir à rappeler ici les pensées de ce médecin distingué qui

a laissé au Mexique la réputation d'un grand observateur et d'un praticien dévoué à la science.

Nous avons connu nous-même beaucoup d'étrangers phthisiques dans leur jeunesse, qui sont arrivés à une vieillesse avancée, sans la moindre souffrance, sous le ciel de Mexico. Nous avons entendu parler d'un plus grand nombre encore.

Observations. — M. L. est mort sous nos yeux, à l'âge de soixante-deux ans, d'une hémorrhagie cérébrale. Natif de Bordeaux, il fut condamné dans sa jeunesse à une mort prématurée par les médecins distingués qui le virent et le déclarèrent atteint de la pbthisie tuberculeuse. Il partit pour le Mexique sous le coup de cet arrêt funeste. A peine arrivé sur les hauteurs, son soulagement fut des plus visibles et son rétablissement absolu ne se fit attendre que quelques mois. Il ajoui, depuis, d'une excellente santé et mené une vie des plus heureuses.

La maladie n'oserait atteindre ses enfants, et quoique l'un d'eux présente cet aspect maladif et cette organisation extérieure qui feraient craindre ailleurs l'invasion de la maladie qui nous occupe, les années qui pouvaient la faire redouter pour lui sont déjà passées sans qu'aucun signe ait démontré sa présence.

M. C. W., Anglais fort recommandable, qui jouit aujourd'hui à Mexico de l'estime de tous, a soixante ans environ, et se porte à merveille. Dans sa jeunesse, il fut un de ces sujets abandonnés par les médecins comme destinés à la mort par la phthisie. Des voya-

ges à Malte et dans d'autres ports de la Méditerranée n'avaient fait qu'accroître ses hémoptysies et sa toux opiniâtre. A quel degré en étaient ses tubercules, nous l'ignorons ; mais il n'est pas douteux que des médecins recommandables en avaient désespéré.

Transporté surl'Anahuac, il s'y rétablit promptement et il va passé une existence heureuse. Nous l'avons vu malade, il y a bientôt deux ans, mais d'affections bien différentes, et dont il s'est rétabli par un voyage en Europe.

M. le docteur Edmonds, médecin anglais fort recommandable, gémissait dans son pays sous les coups d'une phthisie pulmonaire avancée. Ni lui, ni ses amis, ni ses confrères ne croyaient déjà plus à la possibilité d'une guérison.

Il partit pour le Mexique avec l'emploi de médecin de la compagnie minière de Real del Monte.

Peu de mois suffirent à son soulagement. Il exerça, depuis, la médecine avec succès dans la ville de Guanajuato, et y fut toujours bien portant. Nous ne savons si son retour en Europe lui a été heureux ou funeste dans ces trois dernières années.

Du reste, on ne peut avoir aucun cloute relativement aux effets immédiatement heureux du climat des altitudes sur les tuberculeux qui viennent des pays situés au niveau des mers. Les convictions seront sur ce point uniformes, lorsqu'on aura soin de s'informer de la marche que suivait la maladie avant que le phthisique changeât de résidence.

Le nouvel état du malade comparé à sa situation

antérieure fera voir clairement le résultat du changement de localité. C'est pour avoir négligé d'établir ce parallèle, que souvent un bien réel et incontestable s'est opéré devant nos yeux, sans graver dans notre esprit un souvenir favorable à la thèse que nous venons aujourd'hui soutenir.

Si, du reste, on n'a pas le bonheur d'enregistrer un grand nombre de cas assez heureux pour se classer parmi les guérisons parfaites, cette lacune provient d'abord de la difficulté qu'il y a, même dans les circonstances les plus favorables, pour arriver à une guérison absolue, et ensuite de ce que notre attention ne s'est pas encore fixée assez sérieusement sur ce point intéressant. Nous sommes convaincu qu'on arrivera à des résultats plus heureux lorsque la confiance des médecins et des malades sera plus uniforme. Alors les idées qui nous dominent venant à se généraliser, d'un côté les phthisiques ne seront plus aussi inconstants sur leurs pensées de séjour; d'autre part les médecins se trouveront à l'aise à côté de la ferme résolution des tuberculeux d'obéir plus longtemps aux conseils de la science. Alors aussi nous n'aurons plusà soigner, sur les hauteurs, uniquement des phthisies avancées, mais des masses tuberculeuses à peine à leur début et, ce qui sera plus favorable encore, des prédispositions héréditaires réveillant les craintes de la famille et de la science chez de jeunes sujets qui n'ont pas encore éprouvé les atteintes de la maladie. Nous avons la confiance qu'alors nous verrons merveilles. Les distances sont nul-

lifiées par les progrès de la vapeur. Des Européens eux-mêmes viendront nous demander le rétablissement d'une santé pour laquelle des accidents avantcoureurs auront inspiré des craintes. Tous les jours on voit des Américains du Nord fuir le climat de Boston, de New-York, de Baltimore, etc., pour demander un soulagement à la Louisiane, à Cuba, au risque d'y puiser des maux plus dangereux encore. Nous ne saurions leur crier trop haut qu'à Puebla et à Mexico, tout en jouissant d'un climat plus agréable, ils trouveraient, au point de vue des maladies du poumon, des garanties qui n'existent nullement à Cuba, ni à la Louisiane.

Je veux encore raffermir leur confiance par le récit de quelques cas heureux de prédispositions héréditaires s'éteignant sur le plateau de l'Anahuac. Mon attention se porte tout d'abord sur une dame dont je n'inscris pas ici le nom et que tous mes amis auront reconnue à l'expression de mes regrets les plus amers. Née dans le Yucatan, elle appartenait à une famille respectable où l'on compte plusieurs victimes de la luberculisation intestinale. La mère mourut de cette maladie, et j'ai la conviction que le poumon lui-même fut atteint dans ses derniers jours. Un frère nous fut ravi en 1847 de phthisie pulmonaire aiguë.

Quant à elle, ses premières années furent maladives et, dès l'âge de douze ans, elle eut souvent des catarrhes pulmonaires. Un voyage qu'elle fit en France en 1845 l'en soulagea visiblement; mais le retour au

pays natal ramena ces indispositions avec plus de fréquence. En 4847 et 1848 la toux fut constante. L'amaigrissement faisait des progrès rapides, le pouls était habituellement accéléré, l'expiration se prolongeait notablement. Pouvait-on voir sans frémir un pareil tableau en présence des souvenirs de famille? Je me livrais, sur le pronostic, à des pensées fort tristes, lorsque je formai le projet de franchir l'Anahuac à la fin de 1848. J'ai résidé à Puebla deux ans et dix années à Mexico. Mon intéressante malade en ressentit un bien extrême et, depuis 1856 jusqu'à 1859 où j'ai eu la douleur de la perdre d'une maladie aiguë, je ne l'ai jamais entendue tousser. Elle avait de l'embonpoint, de la fraîcheur de visage, et reprenait tous les airs de la plus belle jeunesse, à l'âge de trente-trois ans.

Quelque brillant que soit ce beau résultat, qu'on me permette de n'en pas dire un mot de plus.

Aussi bien mon attention se porte sur d'autres personnes soulagées sur l'Anahuac et que les décrets moins sévères de la Providence conservent encore dans ce monde avec le bonheur d'uue belle santé.

M. G. a vu mourir de phthisie aiguë plusieurs de ses frères et sœurs. Approchant de l'âge fatal à sa famille, il quitte les bords du golfe pour.franchir l'Anahuac; son teint pâle, sa figure bouffie, sa respiration fatiguée, sa prononciation saccadée, de la toux fréquente pouvaient réellement inspirer des craintes sérieuses à quiconque portait ses souvenirs sur la fin prématurée de ses frères. Cependant M. G. passa à

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Mexico sans le moindre trouble les trois ans dont on craignait pour lui l'influence funesle. Depuis, il a voyagé cinq ans; il a résidé souvent àParis, et sa santé n'y laissait rien à désirer. Du reste, les souvenirs se portent sur un grand nombre de malades ainsi soulagés de ces affections prodromiques qui, partout, font présager l'invasion de la phthisie chez des sujets prédisposés. Nous croyons inutile d'ajouter plus de noms propres à la conviction que ces exemples ont fait naître dans notre esprit, quelque facile qu'il fût, du reste, de donner en grand nombre des preuves de cette heureuse influence sur les sujets prédisposés. C'est en cela que le climat brille. Envoyez à Puebla ou à Mexico un de ces jeunes gens qui préludent par des bronchites légères et par des sueurs nocturnes à la formation de tubercules; il ne toussera plus, ou toussera moins, dès le moment qu'il aura franchi le plateau. Ceci est très-sérieux, trèsdigne de notre plus grande attention.

§ 3. Raisons de cette immunité.

Ému par le spectacle consolateur de cette heureuse influence des grandes élévations sur la santé des tuberculeux, j'en ai cherché l'explication dans un but d'utilité pratique. Plusieurs éléments se sont groupés devant mon esprit pour la résolution de ce problème difficile. D'un côté, je vois dominer une vérité incontestable déjà proclamée comme fait général dans une autre partie de cet écrit : c'est que la chronicité dans les inflammations est incompatible avec le cli-

Joi RDANET. 1 8

314 maladies des altitudes.

mat des altitudes. D'autre part, je porte mes regards sur la raréfaction, la légèreté et la sécheresse de l'air. Le calme qui en résulte pour le poumon exclut toute idée d'excitation permanente de cet organe. Je considère que c'est au milieu de ces circonstances que la poitrine trouve des garanties contre la phthisie pulmonaire, tandis qu'à la côte, sous un air lourd et humide qui oxyde tout, une prédisposition générale à l'état inflammatoire chronique favorise la marche du tubercule. Mon esprit s'arrête devant l'importance de ces faits curieux, et il en tire irrésistiblement cette conséquence : qu'il faut aux tubercules pulmonaires un élément inflammatoire pour suivre les phases diverses de leur existence. C'est donc l'absence de cet élément sur les hauteurs qui rend difficile, sinon impossible, la production tuberculeuse. Ce n'est là ni une hypothèse gratuite, ni une affirmation vaine sans résultat pour la thérapeutique de la maladie qui nous occupe.

De grands esprits ont mis souvent en question si le tubercule est, ou n'est pas, un produit inflammatoire. Sans juger ce débat d'une manière directe, on peut affirmer que l'inflammation n'est jamais étrangère aux progrès comme aux transformations de la matière tuberculeuse. On aurait réellement de la peine à comprendre que les bronchites et les pneumonites fréquentes des phthisiques, la chaleur constante de leur peau, la fièvre et les sueurs nocturnes ne soient pas les indices non équivoques d'un élément inflammatoire général ou localisé. Le tempérament scro-

fuleux n'est certes pas une inflammation. Cela n'empêche pas que beaucoup de manifestations sensibles de ce tempérament ne se fassent par des affections locales, qui ont tous les caractères des phlegmasies. De même, la tuberculisation peut être considérée comme étant la conséquence d'un état général qui n'a de signes sensibles et de vrais progrès, que par le -secours de phlegmasies localisées. Admettez, comme chose la plus raisonnable, que le tubercule n'est pas le produit direct de l'inflammation; mais il faudra reconnaître qu'il ne peut se former, s'élaborer sans elle. Cette hypothèse, que les observations faites sur les hauteurs présentent comme une vérité incontestable, est la base d'indications thérapeutiques du plus grand intérêt. Elle nous conduit à diviser le traitement de la maladie qui nous occupe en deux éléments distincts. L'un tendrait à combattre la phthisie dans son essence, l'autre chercherait à enrayer son développement et ses progrès en appelant à son aide tous les moyens propres à prévenir une excitation pulmonaire.

En tirerons-nous la conséquence que les moyens antiphlogistiques conviennent seuls aux tuberculeux? Ce n'est pas notre idée, loin de là. En admettant que l'inflammation est indispensable aux progrès de la phthisie, nous ne nous aveuglons pas au point d'oublier que le tempérament qui se prête le mieux au développement de la tuberculisation est lui-même, par sa nature débilitante, une contre-indication à une thérapeutique hyposthénisante. il faut au méde-

cin la sagacité de reconnaître quel est l'élément qui domine dans chaque cas particulier, afin de donner à sa conduite une base rationnelle. Mais jamais il ne pourra être autorisé à faire usage de stimulants thoraciques. Les calmants des voies respiratoires seront toujours indiqués avant les toniques qui doivent porter leur action sur l'état général, chez des sujets épuisés par une marche lente de l'affection. C'est ainsi que les hauteurs agissent. Elles calment l'excitation pulmonaire en diminuant le travail d'endosmose et en ne fournissant à la respiration qu'une dose modérée d'oxygène. L'expérience des lieux élevés transforme cette hypothèse en vérité presque sans réplique.

§ 4L . Rapports do l'oxygène absorbé avec la tuberculisation pulmonaire.

Telles sont nos convictions sur la manière d'envisager la phlliisie, au point de vue de l'état inflammatoire qui envahit le poumon. Mais si nous voulons entrer plus avant dans l'examen des agents essentiels de cette inflammation, l'oxygène atmosphérique vient dominer notre pensée et nous apparaît comme élément indispensable de toute tuberculisation.

Quel est alors son genre d'action? et comment, au delà de toute phlogose locale, parvient-il, d'une part, à désorganiser le poumon, et d'un autre côté, à consumer l'organisme tout entier? C'est ce que nous allons nous efforcer d'interpréter.

Mais nous avons besoin, pour procéder avec me-

PUTH1S1E PLLMOISAIKE. 317

sure, de revenir sur nos pas et de porter notre attention sur la pathologie des bords du Golfe, afin de voir si la marche et les sympômes aigus de la phthisie tuberculeuse du Yucatan ont quelque rapport avec l'état de l'air. Nous devrons encore rechercher les causes de l'innocuité du pays marécageux de Tabasco pour cette maladie et démontrer que les phénomènes de respiration y présentent quelque analogie avec les altitudes, sinon dans la forme, au moins quant aux résultats.

Pour cela, il s'agira de prouver que l'endosmose respiratoire est augmentée dans le Yucatan, diminuée au contraire dans l'État de Tabasco.

Quelques auteurs qui se sont occupés tout récemment, d'une manière si remarquable et si digne d'éloges, de l'influence des pays chauds sur la santé, sont tous d'accord pour juger les effets funestes des climats tropicaux sur la marche de la phthisie. Mais ils considèrent que ces conséquences meurtrières ont pour cause la raréfaction de l'air due à la chaleur extrême des couches inférieures de l'atmosphère. Ainsi, M. Laure dit à propos du climat de Cayenne : « Les affections thoraciques sont communes dans les pays froids, s'apaisent dans les pays tempérés et galopent sous l'équateur, oh l'air est insuffisant. »

M. le docteur Jules Rochard s'exprime dans le même sens.

«Si l'air a partout la munie composition, il n'a pas partout la même densité. Lorsqu'une haute chaleur le raréfie, il renferme, sous un même volume,

moins d'oxygène que lorsqu'il est condensé par le froid. Or, il faut que l'hématose s'accomplisse sous toutes les latitudes, et que, dans un temps donné, le sang absorbe une quantité déterminée d'oxygène. La capacité de la poitrine n'augmente pas avec l'élévation de la température, et, si l'air est plus rare, il faudra qu'il en passe une plus grande quantité par les poumons dans le môme laps de temps. L'activité des phénomènes mécaniques de la respiration devra donc s'accroître en proportion de la chaleur, et ce résultat pourra s'obtenir sans fatigue pour les organes qui en sont le siège. L'air ainsi raréfié est, pour le poumon tuberculeux, ce qu'est, pour un estomac malade, un aliment peu riche en principes nutritifs. Il faut, dans les deux cas, en consommer une plus grande quantité pour atteindre le môme but et imposer un surcroît de travail à des appareils qu'il est si important de ménager (1). »

Le môme raisonnement conduit M. le docteur Dutroulau à une interprétation identique dans son ouvrage d'ailleurs si utile et si consciencieusement rédigé (2).

a C'est, dit-il, par l'élévation constante et exagérée de tous ses éléments et par son peu de variabilité, que s'explique ici encore l'influence de la météoro-

(t) De l'influence de la navigation et des pays chauds sur la marche de la phthisie pulmonaire. {Mémoires de l'Académie impériale de médecine. Paris, I85G, tome XX, p. 119.)

(2) Traité des maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1861, p. 103.

logie, à part les causes hygiéniques et locales qui ont aussi leur importance. La chaleur, aidée d'une pression presque invariable, d'une humidité et d'une tension électrique toujours prononcée de l'atmosphère, a pour effet de raréfier l'air, et de causer le sentiment d'étouffement qui résulte des efforts de respiration nécessaires pour compenser, par la quantité, la moindre oxygénation de l'air inspiré; efforts qui n'aboutissent qu'à une hématose imparfaite, à la fatigue des agents mécaniques de la fonction et à l'excitation continuelle du tissu pulmonaire par un air brûlant, c'est-à-dire à la débilitation organique et à l'activité morbide. »

Ces idées sont en contradiction avec notre expérience des Altitudes. Si la raréfaction de l'air chaud produisait la phthisie au niveau de la mer, les tuberculeux devraient être nombreux et promptement victimes de leurs souffrances sur les plateaux élevés du Mexique. Si l'atmosphère raréfiée des tropiques était une cause de tuberculisation pulmonaire, comment expliquer la fréquence de la phthisie sous l'influence de l'air lourd et condensé du littoral de la Manche?

A notre avis, cette interprétation n'est pas fondée.

La perfection de l'acte respiratoire n'est pas en rapport avec le plus ou moins d'air que l'on respire dans un temps donné ; elle esl dans l'équilibre justement établi entre les combustions physiologiques et nos besoins de calorification et de réparation organique. D'où il suit qu'un air rare et une respiration

lente peuvent être un bienfait quand le milieu ambiant nous échauffe au lieu de nous refroidir; d'où il suit encore que, pour un pays donné, la respiration peut être considérée comme exagérée avec des éléments qui, ailleurs, la rendraient insuffisante. La quantité d'air nécessaire à la fonction est donc une quantité relative. Quoique faible dans sa dose, elle peut être trop forte et partant excitante, dans certains milieux exceptionnels.

Ces bases incontestables une fois posées, examinons ce qui se passe dans les pays chauds.

Nous avons déjà dit que la densité de l'air varie, selon qu'on la considère aux heures fraîches de la nuit ou sous l'impression de la chaleur du jour. Quand le soleil est sur l'horizon, l'atmosphère se raréfie et présente aux poumons une quantité modérée d'oxygène. Mais, pour l'ordinaire, cette raréfaction ne dépasse pas les proportions de nos besoins. D'une part, en effet, le peu d'aliments qu'on est dans l'habitude de consommer offrent peu d'éléments à la combustion respiratoire, et, d'autre part, la chaleur ambiante ne demande à l'organisme aucun rayonnement thermique qui l'oblige à produire beaucoup de calorique. La raréfaction de l'air, dans de certaines limites qu'elle n'a guère l'habitude de dépasser, est donc un bien pour l'habitant des pays chauds, et ce n'est donc pas d'elle que M. Dulroulau a pu déduire « l'excitation continuelle du tissu pulmonaire par un air brûlant » (page 103). L'air chaud et raréfié est au contraire un calmant des voies respiratoires.

Mais les nuits des tropiques sont humides et fraîches. L'air s'y condense, et acquiert sous l'influence de la vapeur d'eau, qui passe, à l'état liquide, des propriétés oxydantes dont les effets s'exercent aussi sur le poumon en l'excitant et en activant son endosmose respiratoire. Il a d'ailleurs été prouvé que la présence exagérée de la vapeur d'eau rend l'air plus perméable à l'acide carbonique, et facilite par conséquent la sortie de ce gaz dans l'acte respiratoire, phénomène qui produit quelque chose d'analogue à l'action d'un air modérément raréfié, c'est-à-dire, la prédominance de l'oxygène dans le sang. C'est là que se trouve le danger réel pour les habitants, car alors la somme de combustion et de calorification dépasse les besoins physiologiques et de rayonnement. C'est arBrs aussi que nous devons craindre pour eux l'influence funeste de cette respiration exagérée, au point de vue de la tuberculisation pulmonaire.

Loin de considérer l'état de l'air dans les pays chauds comme une cause d'abaissement respiratoire, nous croyons donc que les fonctions pulmonaires s'y exercent, pendant la nuit du moins, au delà des besoins physiologiques, et cette conviction nous fait voir sans surprise la fréquence et la marche aiguë de la phthisie tuberculeuse dans les climats dont nous nous occupons en ce moment. Cette idée d'un surcroît nocturne d'activité respiratoire puise, du reste, une confirmation digne d'intérêt dans la différence extrême des phénomènes morbides chez les phthisiques, selon qu'on les considère aux heures du jour

ou sous l'impression de la fraîcheur des nuits. Bien loin de sentir du calme au contact d'une atmosphère refroidie et plus dense, les phthisiques s'y réchauffent davantage; leurs nuits sont agitées, anxieuses; la fièvre s'y exaspère ; la sueur les inonde sans les rafraîchir ; la toux les tracasse sans cesse et les prive de sommeil; le retour du jour les trouve ahattus et pires que la veille; tandis que, à mesure que le soleil s'élève sur l'horizon, le calme paraît renaître ; la respiration est plus tranquille; la toux se modère; la peau se rafraîchit; la sueur diminue ou se tarit complètement, et l'on voit luire sur le visage du malade comme un rayon de consolant espoir.

L'interprétation que nous venons de donner de la variété d'influence atmosphérique des jours et des nuits, reçoit un appui nouveau de l'inn(5cuité des climats marécageux pour la phlhisie tuberculeuse. Nous en revenons au rapprochement de cette maladie et des fièvres paludéennes.

Voilà que déjà plusieurs fois dans notre écrit nous mettons en présence deux maladies que leurs natures diverses devraient cependant tenir bien à distance. Le mot d'antagonisme s'est placé entre elles pour indiquer que, différant dans leur essence, elles s'excluent l'une l'autre dans le champ de la pathologie. Elles ont cependant des traits de ressemblance au point de vue de leurs manifestations sensibles. Ainsi le phthisique, comme le fébricitant, éprouve des alternatives de froid et de chaleur. La fièvre les brûle tous deux par accès intermittents; tous deux ils pui-

PHTHIS1E PLLM0NA1UE. 32 3

sent la fraîcheur et le calme dans des sueurs abondantes, celui-ci après ses stades régulières, celui-là après des nuits sans sommeil. L'esprit ne se portet-il pas involontairement sur l'identité de ces phénomènes, pour y puiser une interprétation qui les confonde dans une même cause?

Les deux maladies, en effet, se rapprochent et se ressemblent par des combustions morbides qui n'ont de. différence que dans l'élément brûlé. Dans l'empoisonnement paludéen l'oxygène normal de la circulation se porte sur le miasme pour le détruire; c'est une élimination nécessaire. Dans la phthisie, l'oxygène absorbé avec plus de force aux approches du soir cherche sur l'organisme un aliment à sa voracité; c'est une consomption des éléments de la vie. Ici, c'est l'organisme qui se détruit; là, c'est le poison qui est brûlé. Mais dans l'un comme dans l'autre cas, nous voyons une combustion exagérée, une accumulation de calorique et des sueurs bienfaisantes qui viennent le modérer.

C'est là que gît tout le secret de l'antagonisme des deux maladies : l'influence funeste des nuits tropicales sur la phthisie tuberculeuse est combattue par la présence des émanations palustres.

Les propriétés excitantes de l'air par sa densité et par l'excès d'oxygène se nullifient au contact des miasmes; car la combustion de ces produits dans l'intérieur des vésicules pulmonaires et dans le sang ne laisse à l'endosmose et aux organes qu'un air plus ou moins appauvri. Or, il esta remarquer qu'il existe

une coïncidence heureuse entre la condensation de l'air et la production nocturne des émanations paludéennes. De telle sorte que se balançant l'une par l'autre, elles laissent souvent le poumon assez en repos et l'organisme assez à l'abri de l'intoxication miasmatique pour que la phthisie pulmonaire, d'une part, y soit impossible et que la fièvre paludéenne, d'autre part, y trouve une cause efficace de préservation.

C'est lorsque l'équilibre de ces deux influences se détruit que l'une ou l'autre de ces maladies peut apparaître. C'est ainsi que nous pouvons expliquer que la phthisie tuberculeuse se fasse jour dans les climats marécageux dont l'influence est modérée, et sévisse dans les pays paludéens qui ne possèdent d'émanations délétères que pendant deux ou trois mois de l'année. Mais alors, la maladie recevra quelque calme sous l'influence de ces produits et sa marche y sera moins aiguë.

Ainsi donc la diète respiratoire des altitudes, si favorable aux poitrinaires, se trouve reproduite dans les pays chauds marécageux avec les mêmes avantages pour la santé des tuberculeux. Et, d'autre part, les climats qui paraissent agir d'une manière utile contre cette maladie, comme Madère, se distinguent par l'uniformité de température entre le jour et la nuit. Dans ces climats, d'ailleurs, l'air est peu humide, et c'est encore là une circonstance favorable qui, jointe à la précédente, assure à la respiration nocturne un calme égal à celui que les journées produisent.

PHTIUS1E PULMONAIRE. 3 25

Il est donc hors de doute que, pour l'interprétation des influences qui président à la formation et à la marche de la phlhisie tuberculeuse , il faut tenir compte des phénomènes de respiration dans leurs rapports avec la densité de l'air et avec les proportions d'oxygène.

Si, maintenant, détachant notre attention des causes extérieures, nous portons nos regards sur les prédispositions individuelles et les altérations fonctionnelles qui préparent l'invasion et accompagnent la marche delà consomption pulmonaire, nous nous trouverons en présence de ces constitutions prédestinées par l'hérédité, ou ruinées par une mauvaise hygiène. Il est du plus haut intérêt de rechercher alors les circonstances individuelles qui favorisent cette maladie. Nous ne pensons pas que ce problème étiologique soit simple. Nous croyons, au contraire, qu'il en faut demander la solution à des éléments divers.

Et d'abord, de môme que les voies digeslives ne sont pas aptes également chez tous les hommes à l'absorption alimentaire, la vésicule du poumon ne serait-elle pas organisée de manière à présenter des différences au point de vue de sa perméabilité pour l'oxygène? Il est d'autant plus probable qu'il en soit ainsi, que les fonctions en général s'accomplissent à des degrés de perfection qui établissent des nuances infinies dans les phénomènes individuels de la vie. Il ne serait donc nullement surprenant qu'il y eût des poumons à travers lesquels l'oxygène s'infiltrât

JOURDANET. 19

avec une facilité démesurée, et ce serait là une occasion pour lui d'agir sur les combustibles alimentaires et organiques en dehors de toute proportion avec les nécessités de la vie et le maintien de la santé. Qu'arriverait-il, en effet, dans ces cas d'une perméabilité vésiculaire exceptionnelle? D'abord le poumon, lui-môme le premier, en recevrait une excitation extrême, et je ne doute pas que des phénomènes de combustion ne devinssent inévitables au détriment de sa nutrition propre. S'il n'en est point ainsi lorsque ses fonctions s'accomplissent avec régularité, c'est parce que le sang se trouve organisé de manière à retenir l'oxygène dans un état de fixité qui ne permet aux différents tissus de se l'approprier que dans de certaines mesures.

§ 4L. Rapport de la densité de l'acide carbonique du sang avec

la phthisie.

Il ne faut d'ailleurs pas oublier que, lorsque les fonctions de la vie s'accomplissent d'une manière régulière, une quantité sagement mesurée d'acide carbonique modère ou neutralise les effets d'une oxygénation dont les fluctuations exagérées pourraient devenir nuisibles. Or nous avons, à cet égard, prouvé que des causes agissant sur les éléments chargés de retenir l'acide carbonique dans le sang pouvaient arriver à neutraliser avec excès l'action de l'oxygène absorbé et à produire ainsi des hémo-carbonoses, deshydrémies, des phénomènes, enfin, analogues à ceux de la chlorose. Nous disions, en effet,

dans notre mémoire déposé à l'Académie de Médecine :

a En même temps qu'ils ont placé dans les globules l'affinité faible qui retient l'oxygène, les physiologistes attribuent aux carbonates alcalins la propriété de retenir chimiquement l'acide carbonique. Nous ne saurions comprendre que ces deux actions, appartenant au même ordre, pussent s'exercer par des lois différentes, et que la raison qui fait augmenter ou diminuer l'oxygène du sang, selon que le nombre de globules y est plus eu moins considérable, ne produisît pas les mêmes effets sur l'acide carbonique sous l'influence de doses variées dans les carbonates alcalins de notre sang. Dans la cachexie des sujets qui ont fait un usage immodéré de substances alcalines, nous devons donc constater l'exagération des causes qui, dans l'ordre physiologique, augmentent la solubilité de l'acide carbonique du sang. Ceci n'est nullement l'expression de notre sentiment isolé. M. Fernet a prouvé par des expériences irrécusables que les solutions de carbonate ou de phosphate de soude absorbent une quantité d'autant plus grande d'acide carbonique que ces solutions sont elles-mêmes plus concentrées l.

Dans ces cas de présence exagérée de l'acide carbonique dans le sang, l'hématose ne saurait manquer d'être languissante.

Nous ne pensons pas que l'on soit dénué de fon-

(I) Ann. de cltim. et phys. 1850, p. 4G0.

dément en croyant que beaucoup d'anémies, à propos desquelles il n'est question que d'hypo-globulie, sont dues primitivement à une altération du sang qui augmente les ressources de ce liquide pour retenir l'acide carbonique dans un état de solution trop élevée. Dans cette conviction, l'anémie ne serait bien souvent qu'une hémo-carbonose *. »

Or, s'il paraît irrécusable que l'exagération de l'alcalinité du sang peut produire ce résultat, on ne saurait douter qu'une alcalinité amoindrie de ce liquide n'y laisse l'acide carbonique dans un état de densité insuffisante; et lorsque celte dernière anomalie se produit, pourrions -nous balancer à croire que l'oxygène acquière dans le sang une prédominance qui peut devenir pathologique?

Ce serait donc là, pour la respiration, une circonstance anti-physiologique inhérente à la composition même du sang, qui pourrait devenir l'occasion de combustions dangereuses en dehors du cercle dans lequel les phénomènes de la vie s'exercent ordinairement sans trouble. L'oxygène porterait son action sur les éléments plastiques de manière à produire des transformations anormales. La phthisie qui en pourrait être la conséquence serait l'inverse de la chlorose, et nous trouverions là les raisons du danger que l'administration du fer fait courir dans le cours de la tuberculisation pulmonaire.

(1) Mémoire sur l'anémie dans ses rapports avec la pression barométrique.

Ce n'est, d'ailleurs, pas seulement dans notre esprit, mais dans les résultats évidents d'un examen pratique, qu'apparaît ce curieux antagonisme. Nous avons déjà dit, en effet, et c'est ici le lieu de le redire, que, d'après les observations de M. Lombard, de Genève, la phlhisie est plus commune sur les hauteurs intermédiaires, qu'à la base et sur les localités élevées des Alpes; ce qui place cette maladie dans les degrés d'altitude que nous avons signalés comme favorisant l'hématose. D'autre part, comme nous l'avons déjà expliqué au début de ce chapitre, les cas de tuberculisation sont réduits à un chiffre minime parmi les populations des hauteurs d'Amérique au delà de 2,000 mètres. A Tabasco, cette affection est nullifiée par la chloroanémie paludéenne. Dans tout le Mexique, enfin, la phlhisie paraît exister en raison directe de la santé générale et du développement physique constaté sur l'ensemble des habitants des diverses localités. On l'observe d'autant moins, en effet, que les populations sont plus affaiblies par le climat.

Quels que soient donc les efforts que l'on fasse pour signaler des cas de phthisie qui paraissent se compliquer d'un état anémique, on ne pourra jamais prouver qu'une chose ; c'est qu'il y a réellement une tuberculose analogue à la scrofule, qui s'entretient comme celle-ci sous l'influence d'une diathèse caractéribée par des lésions du système lymphatique. Mais la vraie phthisie, qu'on pourrait appeler hypcr-oxygénose consomptive, est bien Top-

posée de la chlorose, et loin de considérer les deux maladies comme se donnant un mutuel appui, on doit les signaler dans une même étude comme pouvant se guérir l'une par l'autre.

§ 5. Conclusions.

Soit donc que l'oxygène devienne prédominant dans le sang par suite d'une perméabilité exagérée des vésicules pulmonaires; soit qu'il acquière une prépondérance exceptionnelle à cause d'une disposition particulière du sang qui y diminue la densité de l'acide carbonique, toujours est-il que la partie d'oxygène restée libre doit agir avec une puissance dont le poumon, par sa fonction môme, sera la première victime.

11 nous paraît naturel de rapporter la plus grande partie des phthisies héréditaires aux circonstances exceptionnelles que nous venons de signaler.

Vous voyez ces sujets, ainsi prédisposés, maigrir aux approches de la puberté. Leur peau est chaude; ils suent souvent la nuit. Leur poitrine est étroite, et, malgré l'exiguïté de ses proportions, veuillez remarquer que l'action respiratoire ne fait que de très-minimes efforts pour la remplir. On est dans l'habitude de se préoccuper gravement de cette conformation imparfaite du thorax, et mille prescriptions médicales, relatives à l'hygiène gymnastique, tendent sans cesse à remplacer par une ampleur forcée ces dimensions incomplètes imposées par la nature. N'est-ce pas une erreur grave, glissée dans

PHTI1ISIE PULMONAIRE. 331

la pratique par une interprétation peu fondée ? Nous le croyons.

Le développement imparfait du thorax, en effet, nous paraît être, dans ce cas, non le résultat direct d'un tempérament héréditaire, mais la conséquence naturelle de l'amoindrissement du travail inspiratoire. Dès l'enfance, la nature, satisfaite de la quantité d'oxygène que la perméabilité exagérée du poumon puise dans un volume réduit d'air atmosphérique, impose à la poitrine des mouvements qui sont en harmonie avec l'exiguïté de ses besoins. De là résultent une paresse musculaire, un ralentissement de travail et une diminution de nutrition qui laissent le diamètre du thorax au-dessous des proportions normales. L'inquiétude qui s'attache à cet état de choses inspire aux médecins l'idée d'activer ce que la nature prévoyante s'étudiait à ralentir dans de saines mesures. Mais voyez ce que deviennent ces jeunes sujets après les exercices violents auxquels vous les condamnez. Ils sont fatigués, haletants; ils vous demandent grâce pour des manœuvres qui les torturent, et si vous n'écoutez pas leurs prières, loin de trouver dans le repos du soir ce calme qui délasse des fatigues du jour, ils passeront des nuits agitées, fébriles, et ils se lèveront le lendemain faibles et courbaturés. Avouez que vous n'avez jamais préservé un tuberculeux héréditaire par une semblable conduite; et, quanta moi, je reste persuadé que vous avez hâté l'invasion définitive du mal funeste qui a déjà fait des viclimes dans sa famille.

On aurait tort de se récrier contre de pareilles idées. Elles sont, en effet, d'accord avec l'opinion de quelques praticiens judicieux qui conseillent le repos aux phthisiques. Elles applaudissent à la pensée, sinon à la pratique de la paracentèse du docteur Marsh, qui cherche l'immobilité de la partie malade du poumon au moyen de la compression de l'air sur la face pleurale. Elles ne se trouvent pas non plus en contradiction avec de certains cas spéciaux auxquels l'exercice gymnastique assure des résultats que je suis loin de contester. Sans nous arrêter, en effet, aux convictions exagérées de quelques médecins qui ne voient dans toute phthisie que des phénomènes de scrofulose, il ne nous paraît pas douteux que cette diathèse ne puisse produire des infiltrations de nature tuberculeuse, ainsi que nous l'avons déjà dit. C'est pour ce type exceptionnel que l'hygiène des mouvements et des inspirations forcées a pu produire des résultats satisfaisants; mais, en dehors de cette entité morbide, nous croyons prudent de favoriser les tendances de la nature, en modérant l'amplialion pulmonaire chez des sujets prédisposés.

Si les efforts pour activer l'endosmose respiratoire étaient utiles aux phthisiques ou à ceux qui sont près de le devenir, l'atmosphère raréfiée et légère de l'Anahuac leur devrait être nuisible. La conséquence serait rigoureuse, et il n'est pas moins judicieux de conclure aux dangers pour les tuberculeux d'une respiration trop parfaite, lorsque l'expérience nous

a prouvé les bienfaits qu'ils retirent d'un air peu riche en éléments respirables.

Qu'on nous permette maintenant d'exprimer la pensée que le tubercule est le produit d'une combustion imparfaite s'opérant au préjudice des éléments plastiques de l'organisme. C'est une véritable scorie dont les divers éléments susceptibles de se désagréger encore produisent le ramollissement et la fonte définitive de l'ensemble, en passant par des transformations successives. C'est pour la genèse de ce produit pathologique que nos fonctions ou nos liquides altérés peuvent ouvrir deux sources à l'invasion de la tuberculisation pulmonaire : perméabilité exagérée des vésicules pulmonaires ; diminution de l'alcalinité de nos liquides.

Dans ces deux cas, l'air sec et raréfié des altitudes agit, par une véritable diète respiratoire, en modérant l'endosmose vésiculaire et la densité de l'oxv-

al

gène du sang.

Nos interprétations semblent donc indiquer que toute méthode curalive ayant pour base la modération de l'endosmose vésiculaire et l'alcalinité régulière du sang repose sur un point de départ rationnel; que toute émanation gazeuse éminemment combustible, pouvant s'emparer dans les vésicules pulmonaires d'une partie de l'oxygène inspiré, soulagera les phthisiques en imitant les émanations paludéennes ; que toute pratique ayant pour but d'augmenter modérément la densité de l'acide carbonique du sang sera utile aux tuberculeux.

Nous croyons que les praticiens qui travaillent dans cette voie sont dans le vrai. C'es-t dans cet ordre d'idées que l'observation puisera des ressources qui conjureront bien souvent la phthisie avant son invasion, en modéreront la marche quand elle sera confirmée, et pourront, nous osons l'espérer, en prévenir quelquefois les conséquences funestes. Nous travaillons nous-même sans relâche dans le cercle de ces idées, et nous avons l'espoir de dire un jour le résultat heureux de nos efforts.

En attendant, un moyen incontestable est à la disposition des phthisiques pour arriver à un soulagement presque assuré : les altitudes.

Nous ne pouvons terminer ce sujet sans porter nos regards sur ces voyageurs européens qui, tous les jours, poussés par les conseils des hommes de science, demandent aux changements de lieu le rétablissement de leur santé altérée par des affections pulmonaires. ïl en est parmi eux qui ne redouteraient pas un long voyage et ne se laisseraient pas intimider par les dangers plus imaginaires que réels d'une longue traversée maritime. Puisse le désir de vivre les conduire au pays des Andes ! Dans une autre partie de ce travail, ils ont vu quels sont les périls réels qu'ils doivent éviter.

Dès à présent je leur dois ma pensée sincère sur les effets d'un voyage maritime, au point de vue de leur maladie. Les travaux statistiques de nos confrères de l'armée de mer ont prouvé que le séjour sur l'Océan est loin d'être utile aux tuberculeux.

Mais en envisageant le sujet d'une manière plus restreinte, on ne saurait attribuer une mauvaise influence contre la phthisie à un voyage dont la durée n'est pas considérable. En ce cas, au contraire, la mer est irrécusablement favorable et soulage, pour quelque temps, les tuberculeux. Cet élément ne commence à être nuisible que lorsque l'acclimatement maritime est complet, et ses mauvais effets ne peuvent être éprouvés que par ceux qui font sur l'Océan un séjour indéfini.

C'est dire que nous avons foi dans les bons effets de la mer pour un voyage de vingt,^trente jours, et plus encore. Les malades qui voudraient ent reprendre une traversée américaine ne devraient donc pas, à notre avis, s'en effrayer, au point de vue de ses effets immédiats sur la tuberculisation du poumon.

J'ai la conviction, partagée par d'autres confrères estimables, que la grande majorité des jeunes gens prédestinés par l'hérédité à l'invasion de la phthisie échapperaient à la maladie par le séjour des hauts plateaux. L'expérience ne m'a pas démontré quel serait le temps nécessaire pour que le retour au pays natal ne pût plus être dangereux. C'est là une question dont la réponse est difficile à préciser. Mais si l'on veut bien remarquer que, chez ces jeunes gens prédisposés, la maladie affectionne surtout les deux années qui précèdent et les cinq qui suivent le développement complet de l'organisme, on pourra en tirer la conséquence que le séjour des altitudes de-

vrait se placer à cette époque de la vie. Il faudrait soumettre les jeunes sujets à son influence aussitôt que les signes avant-coureurs du mal montreraient ses premières atteintes. Mieux serait encore de prévenir son apparition par un voyage prématuré.

A compter de ce moment, le séjour des lieux élevés exige au moins trois ans pour modifier les organes respiratoires et les modes d'assimilation de manière à garantir l'avenir.

On se préoccupera peut-être de l'idée d'une si longue absence. Et pourquoi ? Les pères de famille ne sont-ils pas dans l'habitude de se séparer de leurs enfants pour le collège, pour leur instruction professionnelle, pour les exigences d'une carrière qui les prive presque toute la vie de leur présence ? pourquoi donc redouter une absence de trois ou quatre années?

Pour de fort jeunes sujets le temps ne serait pas, d'ailleurs, perdu. Des institutions respectables leur assureraient une éducation dont les parents pourraient être satisfaits. A un âge plus avancé, pour des jeunes gens sans fortune, le commerce, l'agriculture, plusieurs genres d'industrie offriraient les moyens de subvenir aux besoins de l'existence. Les sujets riches et instruits trouveraient mille manières d'occuper leurs idées, sous le charme d'un climat séduisant.

Pourquoi, d'ailleurs, se préoccuper de la distance? Eh quoi ! vingt jours de mer sur des steamers magnifiques.... saluer en passant les Açores dont vous

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rasez les côtes, fouler les petites Antilles dans la belle rade de Saint-Thomas, contempler les approches de Saint-Domingue, admirer les splendeurs de la Havane !....Et, au retour, s'extasier, dans des jours meilleurs, à l'aspect des gigantesques produits de la liberté dans les cités des États-Unis, naviguer sur les beaux fleuves de ce pays, voir les merveilles du Niagara, s'embarquer à New-York, la reine des Amériques!... Et après ce voyage... classer dans ses souvenirs, avec une santé rassurée, le pays de Fernand Corlès, ses gigantesques Cordillères, son splendide soleil; les prodiges de l'Union et ses villes coquettes, Baltimore, Philadelphie, Richemond ; l'opulente Havane avec son port majestueux!... est-ce donc un malheur qu'on doive redouter quand la santé en est une récompense ! Et n'est-ce pas plutôt une félicité digne d'exciter l'ambition, même à travers mille périls !

Et je n'ai rien dit des Mexicains qu'on calomnie. Leur politesse exquise, leur aménité dans les rapports sociaux, leur hospitalité compatissante assureraient à nos malades bon accueil et assistance affectueuse.

Et nos compatriotes de Mexico, que des rapports malveillants et d'une inexactitude flagrante ont présentés souvent sous un jour mensonger!... Organisés en assistance mutuelle, ils se font à deux mille lieues de leur France mieux qu'une patrie, une grande famille, où celui qui souffre est secouru. Je ne tarirais pas en éloges si je voulais m'étendre sur ce que je

connais de leur existence laborieuse, pleine d'élan généreux et d'aspirations patriotiques vers notre France partout aimée.

Ne craignez pas d'envoyer vos malades au milieu de cette colonie respectable. Ils y trouveront des amis dévoués qui s'efforceront de leur faire oublier la souffrance, des médecins instruits dont les bienfaisants secours s'ajouteront aux influences heureuses du climat.

Ici se terminent nos considérations théoriques et pratiques ; ici finirait aussi notre étude sur la phthisie pulmonaire, si nos regards avides de comparaisons ne se portaient involontairement sur ce que nous avons dit de la pneumonie des grandes élévations. Dans ces climats curieux à tant d'égards, n'estil pas surprenant de rencontrer à la fois l'immunité d'une part, et d'une autre côté la fréquence de deux maladies qui devraient, ce nous semble, marcher en se donnant la main ? Peu de phthisiques, des pneumonies à chaque pas : ces mots résument sur l'Anahuac la pathologie des maladies du poumon.

Chez les tuberculeux que nous y observons, les pneumonies partielles dont ils sont parfois atteints n'ont point ce génie hyposthénisant qui amène de si malheureux résultats dans les pneumonies essentielles ; et, d'un autre côté, celles-ci sont rarement le germe de la tuberculisation. Les causes atmosphériques qui tendent à enflammer le poumon d'une manière si funeste dans la pneumonie sont impropres à alimenter l'inflammation lente qui préside à la

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marche du tubercule. Étendant plus loin ce parallèle intéressant, nous voyons les maladies tropicales de poitrine suivre un ordre inverse au niveau de la mer. Ici, moins de fluxions de poitrine, et beaucoup de phthisiques ; el de la part des malades : résistance à la pneumonie, affaissement rapide sous l'action du tubercule.

Phénomènes surprenants ! Ne nous disent-ils pas que les refroidissements subits, si puissants pour produire la pneumonie, n'ont que peu d'influence dans la formation du tubercule ? Aux sujets prédisposés à la phthisie, il faut l'uniformité générale de température, sans qu'on puisse dire que ses écarts momentanés agissent sur eux d'une manière funeste. La pneumonie, au contraire, ne prend jamais naissance dans les variations qui portent sur les saisons, aussi considérables qu'elles puissent être, pourvu qu'elles s'établissent par degrés ; tandis qu'un abaissement thermométrique subit, quoique à peine sensible par sa durée, est d'une puissance extrême pour engendrer cette redoutable affection.

Contre la phthisie, donc, l'uniformité annuelle de température.

Contre la pneumonie, l'absence de toute oscillation thermométrique brusque.

Art. IV. — De quelques phlegmasies communes sur les altitudes, et de l'état phlegmasique en général, dans ses rapports avec les congestions.

Nous avons interrompu l'ordre naturel de notre sujet en ne traitant pas de quelques phlegmasies

communes sur les altitudes, à la suite de nos considérations sur l'inflammation en général. Mais les rapports qu'on a coutume d'établir entre la phthisie et l'état inflammatoire ou l'anémie, nous ont fait placer notre étude sur la tuberculisation pulmonaire immédiatement après l'expression de notre pensée sur l'anémie et l'inflammation des lieux élevés. Revenons maintenant aux phlegmasies franches.

§ 1. Pharyngite.

La plus commune des phlegmasies sur l'Anahuac, c'est la pharyngite. En devons-nous être surpris ? La première action sensible du séjour des altitudes sur les nouveaux venus se fait remarquer sur la membrane muqueuse de la bouche et du pharynx. La diminution de pression et la sécheresse de l'air, qui agissent directement sur elle, y causent une évaporation subite qui la dessèche, la refroidit et l'irrite. Ce phénomène est surtout sensible sur les artistes lyriques qui viennent presque chaque année donner des représentations théâtrales à Mexico. Leurs indispositions pharyngiennes sont très-communes au début de leurs travaux. Je n'ai pas oublié qu'une affection de ce genre ne nous permit d'entendre que deux ou trois fois un chanteur distingué, qu'on a applaudi avec justice au théâtre Ventadour de Paris. Je veux parler de M. Badiali.

Par la continuation du séjour, cette évaporation qui s'effectue à la surface de la membrane buccale donne lieu à une sécrétion plus abondante, et le phé-

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