RHUMATISME AIGU
nomène se trouve compensé par cette activité de la fonction. Mais ce travail superphysiologique est lui-même une source d'excitation permanente à laquelle des refroidissements faciles et subits donnent souvent un caractère phlegmasique/Aussi les inflammations du pharynx sont-elles fort communes. Nous devons même dire que le type chronique de cette maladie, observé fréquemment, forme une exception à la règle que nous avons posée et qui exclut la chronicité dans les maladies inflammatoires des altitudes. Cet écart des principes énoncés n'a pas lieu de nous suprendre; il s'explique aisément.
Les phlegmasies, en effet, ont deux raisons d'être: l'une appartient aux causes localisées, l'autre réside dans l'état général du sujet. Celle-ci restant la même, nous trouvons dans le contact direct de l'air sur le pharynx une action permanente qui rend pour nous très-compréhensible la persistance d'un état inflammatoire se localisant dans cet organe. Cet état peut, d'ailleurs, être assez faible pour ne pas éveiller de réactions bien vives dans l'organisme et pour se créer une existence pour ainsi dire isolée.
§ 2. Rhumatisme aigu et maladies du cœur.
Après avoir fait cette place exceptionnelle à la pharyngite, nous devons encore inscrire en dehors des règles que nous avons posées le rhumatisme articulaire aigu. Nous avons dit, en effet, que les maladies inflammatoires des altitudes ne peuvent pas être de longue durée ; qu'elles ne sont vives qu'à la con-
dition d'être transitoires et comme un moyen d'arriver à un état adynamique funeste. L'arthrite rhumatismale aiguë, quoique moins fréquente, est cependant à Mexico aussi intense, aussi durable qu'au niveau de la mer, et nous n'avons jamais vu qu'elle fût l'occasion d'une affection du genre adynamique ou typhoïde.
Ce n'est pas là pour nous une raison d'abandonner nos principes. Nous y voyons simplement un motif nouveau pour considérer cette phlegmasie, cette fièvre rhumatismale, comme une inflammation spéciale, dont les éléments ne peuvent pas être confondus avec ce que nous savons des inflammations en général.
Cette maladie, du reste, se lie communément à Mexico, comme partout ailleurs, à une affection du cœur. Et c'est ici le lieu de dire que les altérations de cet organe sont fort communes sur les altitudes, avec la forme hypertrophique, par suite de lésions des orifices ou des valvules. Leur marche est rapide et les effets sont plus promptement funestes qu'au niveau de la mer.
Nous possédons une observation curieuse qui nous permet d'établir le parallèle entre les influences différentes des niveaux sur les maladies du cœur.
Observation. — M. P. .. est né à Paris. Il vint à Mexico à l'âge de vingt-huit ans, en 4852. Je fus consulté par lui, en 4854, à propos d'une douleur légère qu'il ressentait vers la région précordiale. L'auscultation me fit reconnaître un bruit de souffle au second mouve-
MALADIES DU COEUIt. 3 43
ment du cœur. Du reste, à la percussion, on ne s'apercevait pas que l'organe fût bien sensiblement augmenté de volume. Nous ignorons si cette affection avait pris naissance à une époque loin de nous ; mais ce que dit le malade de la parfaite liberté antérieure de sa respiration et de la nullité absolue de palpitations nous fait croire qu'elle est récente.
La maladie fit des progrès rapides. Les battements du cœur prirent une telle activité que, vers la fin de cette môme année J 854, il fut impossible à M. P... de continuer ses occupations. Le repos du lit devint indispensable. Il fut saigné trois fois dans l'espace de cinq ou six jours. Plusieurs vésicatoires volants furent appliqués sur la région précordiale. Je prescrivis la digitale et une boisson nitrée.
Sous l'influence de ces moyens le calme se rétablit ; le pouls baissa à 60 pulsations, et après un mois de repos, il me fui possible de permettre un peu d'exercice d'abord, et bientôt la reprise modérée des occupations habituelles. La percussion dénotait alors une augmentation sensible du volume de l'organe, et le bruit de souffle au deuxième temps, devenu rude et râpeux, permettait de constater un progrès dans la lésion primordiale.
A peine M. P... avait-il repris ses travaux que les battements de cœur s'activèrent de nouveau et les palpitations devinrent si puissantes et si désordonnées, qu'il fallut encore prescrire le repos et la saignée. La conviction, d'ailleurs, où j'étais que le malade ne pourrait continuer de séjourner à Mexico,
sans s'exposer à une mort prochaine, me força à lai donner le conseil de retourner en Europe. Il se disposa à suivre mes avis. Pendant les deux mois qu'il passa à préparer son voyage, sa fatigue fut extrême. Il s'embarqua enfin au mois de mai 1855.
Un voyage que je fis à Paris à la même époque me permit de le voir et d'admirer le changement que la pression atmosphérique avait produit dans la marche de sa maladie. Au mois de juillet M. P..., dont les parents résidaient à Saint-Germain, faisait tous les jours sans fatigue une promenade à Paris. Il marchait lestement sans être incommodé. L'auscultation, à la vérité, faisait entendre le souffle râpeux qui se liait au second bruit du cœur., mais les mouvements de l'organe étaient réguliers ; ses battements, peu précipités, ne dépassaient pas de beaucoup la force normale. L'amélioration était telle, enfin, que le malade se croyait guéri et parlait déjà de son retour au Mexique, où les soins de son avenir fixaient sans cesse ses désirs et ses vœux.
Je fis des efforts inutiles pour le dissuader de réaliser ses projets. M. P... repartit pour l'Amérique à la fin de cette année. Peu de jours après son arrivée à Mexico, où je me trouvais déjà moi-même, la marche de la maladie reprit ses allures antérieures. Les battements du cœur devinrent forts, irréguliers ; une toux sèche et constante le fatiguait sans cesse, et en peu de jours les mouvements devinrent très-pénibles.
Force fut de se soumettre au repos, à la saignée et aux autres moyens qui nous avaient déjà donné de
bons résultats. Il fallut aussi se convaincre de l'effet irrémédiable du climat de Mexico sur la marche de l'affection et prendre, pour la seconde fois, la résolution de partir pour la France. Ce voyage se fit au mois de mai 1856.
Depuis lors M. P... a habité Paris. Il n'a pas guéri, mais sa maladie, qui aurait inévitablement causé la mort à Mexico dans quelques mois, a pris en France une marche plus lente. Le malade en a senti assez de soulagement pour prendre la résolution de se marier et pour résister, sans accidents, à des vicissitudes de fortune qui ont dû lui causer de grands tourments d'esprit, jusqu'à ce que, enfin, vaincu par le mal, il a succombé dans l'hiver de 1863.
L'observation que je viens de rapporter est la seule d'influence comparée que je connaisse. Mais, sans avoir recours aux migrations qui permettent de considérer le même malade à différents niveaux, on peut chaque jour se convaincre, par l'aspect delà marche rapide des affections du cœur sur les altitudes, que celles-ci y abrègent considérablement les jours des malades.
Il est d'ailleurs positif que ce genre de maladie se voit fréquemment à Mexico et à Puebla, assez du moins pour faire penser que la tendance du cœur à accélérer ses mouvements sous l'influence des altitudes y entretient un surcroît d'activité nuisible. La ' prudence veut donc qu'on conseille aux malades atteints de cette affection l'habitation dans des lieux humides peu élevés au-dessus du niveau de la mer.
3 i G MALADIES DES ALTITUDES.
§ 3. Péritonite et Pleurésie.
La pleurésie est fréquente et la péritonite n'est pas rare à Mexico. En devons-nous élre surpris? Nous savons l'influence en tous pays des refroidissements de la peau pour produire l'inflammation et l'épanchement des séreuses. Ce que nous avons dit des variations de température qui sur TAnabuac affectent la périphérie du corps, suffit donc à nous faire comprendre la fréquence et la gravité des affections dont ces membranes seront atteintes sur les hauteurs.
Mais nous n'avons remarqué dans ces maladies rien qui imprime à leur marche un cachet original. Nous ne saurions donc nous arrêter à en faire une étude spéciale.
Ce serait cependant une omission blâmable de ne pas faire une mention particulière des douleurs abdominales qui se lient souvent aux débuts delà péritonite et laissent l'esprit dans le doute sur le diagnostic. Quelquefois une névrose intestinale, et plus fréquemment une constipation opiniâtre produisent sur l'Anahuac les accidents qu'une dénomination peu nosologique a désignés parle nom de miserere. Parfois ces douleurs vives ne sont autre chose que le début de la péritonite elle-même ; dans certains cas, elles en sont la cause déterminante. Les leçons données par l'expérience de la pratique des altitudes rendent les médecins fort réservés à l'aspect de toute douleur abdominale un peu vive, et la crainte d'y