‹ Le Mexique et l'Amérique tropicaleChapitre 54 sur 66 · AFFECTIONS DE L'UTÉRUS · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DE L'UTÉRUS

quemment hémorrhagiques. Souvent, dans ma pratique, des bains prolongés, des injeclions et des cataplasmes émollients se rendaient maîtres d'hémorrhagies rebelles, mieux que les astringents et le seigle ergoté.

C'est qu'il n'est pas rare de voir des congestions prolongées produire des états sub-inflammatoires de l'utérus, qui se compliquent de flux de sang; et ce liquide continue à se répandre au dehors jusqu'à ce que la surexcitation soit calmée.

Mais j'ai prononcé le mot de congestion, et c'est là que notre attention doit s'arrêter d'une manière spéciale au sujet des maladies de l'utérus. Les affections de ce genre sont, en effet, très-communes à Mexico. Le mal attaque le col de préférence, rarement le corps de l'organe. Sous l'influence de ses premières atteintes, que le médecin n'est pas souvent appelé à observer, u« dérangement général de la santé se fait remarquer par des symptômes vagues qui ne fournissent point de données bien précises. La malade éprouve des lassitudes, des courbatures des membres et de la région dorsale; l'esprit est triste, abattu; le sommeil est difficile; bientôt l'appétit s'altère, et quelquefois il y a des nausées le matin au sortir du lit. Le plus communément, ces derniers symptômes manquent, et l'on ne remarque que les courbatures des membres ou, bien plus souvent encore, une douleur sourde au sacrum et dans la région lombaire.

Que si l'on pratique le toucher, le col paraît aug-

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mente de volume; il cède à la pression du doigt; rarement il est sensible à cette manœuvre. Le spéculum le montre rouge, luisant, quelquefois presque violacé. L'organe peut rester bien longtemps dans cet état, sans résolution et sans altération d'autre nature. Mais, le plus souvent, la durée du mal en fait changer les signes physiques. Un premier changement a lieu par l'induration du col congestionné. C'est qu'alors l'afflux du sang a produit une phlogose lente, et celle-ci, agissant par altération de nutrition, indure peu à peu les tissus qui en sont le siège.

Cette transformation de la maladie est fort commune à Mexico où, fort heureusement pour les malades, elle forme la majeure partie des cas pris, à tort, pour des cancers squirreux. Elle s'en distingue, cependant, par une décoloration moins marquée et par l'absence de toute douleur lancinante aux aines. Presque toujours, d'ailleurs, elle s'accompagne d'un groupe de granulations inflammatoires, sur un fond rougeâtre, autour du museau de tanche. A une période plus avancée du mal, ces granulations sont remplacées, à la lèvre postérieure, par une excoriation ulcéreuse qui s'élève vers l'intérieur du col. Granulations et ulcères, ce sont choses fort communes dans les villes populeuses de l'Europe; mais l'engorgement congestif, longtemps ou toujours mollasse, et ce même engorgement induré, forment par leur durée sans inflammation notable une véritable originalité morbide qui trouve son étiologie tout entière dans les circonstances de la localité.

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Nous ne saurions abandonner ce sujet sans chercher à nous rendre compte de l'influence du climat des altitudes pour la production des congestions du col utérin. Il arrive pour cet organe ce que nous voyons se produire dans le môme sens sur d'autres points du corps dont les dispositions vasculaires ou dont l'irritabilité se prêtent facilement à une stagnation ou à un appel de fluides. Sous l'action d'un orgasme que l'état nerveux des altitudes produit aisément sur l'utérus, le sang est appelé vers l'organe, déjà surabondamment prédisposé par sa vascularité. La position déclive du col et l'appel climatérique du sang vers les surfaces s'ajoutent aux causes déjà décrites pour produire l'état morbide dont nous venons de nous occuper.

Quoi qu'il en soit, la maladie est très-fréquente ; elle est aussi des plus rebelles et elle revient facilement, après une première guérison, quoi que fassent le médecin et la malade pour l'éviter. Les moyens d'en triompher ne sont pas différents de ceux que les pratiques classiques ont partout établis: cautérisations, bains résolutifs, révulsifs cutanés, fondants internes et repos modéré. Un voyage dans un pays situé au niveau des mers est la mesure la plus sage qu'on puisse mettre en usage; car il ne faut pas oublier que l'altitude renferme en elle-même les causes qui ont produit au début et entretiennent sans cesse cette maladie rebelle.

A défaut de ce déplacement, les malades devront prendre un grand soin de combattre les influences

climatériques par tous les moyens que la raison indique : la tendance au refroidissement, par l'application immédiate de vêtements de laine; la paresse générale des muscles et de la respiration, par des mouvements modérés. On est dans l'habitude de condamner ces sortes de malades au repos absolu. C'est un mal grave. J'ai souvent vu des affections de ce genre, longtemps slationnaires malgré des soins, à d'autres égards intelligents, se soulager avec rapidité aussitôt qu'il était fait usage d'un exercice bien compris.

Ce moyen a, d'ailleurs, l'avantage de réveiller l'appétit trop souvent altéré dans ce genre d'affections. Et il est à remarquer que c'est encore là un sujet qui doit tenir en éveil l'attention du médecin. Dans ces climats des altitudes, l'abattement général est la première conséquence de l'action locale. Si la nutrition vient à s'altérer pour d'autres causes et surtout parle manque d'une alimentation suffisante, les réactions de plus en plus appauvries laisseront un libre cours aux affections congestives partout où il leur plaira de faire élection de domicile. Il est donc trèsimportant de surveiller l'alimentation des malades qui font le sujet de cet article.

Du reste, les maladies congestives de l'utérus, si communes sur l'Anahuac, portent notre esprit sur les congestions considérées d'une manière générale.

§ -4. Congestions en général.

Cette partie de notre étude est, en effet, d'une

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importance extrême pour la pathologie et la thérapeutique des grandes hauteurs. Les troubles du système nerveux, si communs dans les lieux élevés, les réactions imparfaites de l'organisme par un sang artériel mal oxygéné, et les stagnations veineuses pour cette double cause; telles sont les occasions d'engorgements sanguins qui font élection de domicile dans certaines parties prédisposées déjà par leurs fonctions ou par leur structure intime.

Ainsi nous verrons le sang, mollement accueilli et paresseusement chassé par les centres nerveux, congestionner le cerveau et la moelle épinière d'individus faibles, déjà maltraités par le climat. Nous avons dit les troubles de plus d'un genre du tube digestif, dont plusieurs doivent leur origine au ralentissement circulatoire et aux engorgements capillaires du système veineux intestinal. L'utérus a réveillé notre attention pour des phénomènes de même nature. Nous prendrons occasion de dire ici que les congestions pulmonaires sont fréquentes à Mexico, et trop souvent mortelles. Enfin, plus fréquemment que tous les autres organes, le foie s'imbibe de sang et puise à cette source mille accidents dont les conséquences déplorables comptent fréquemment parmi les causes de mort, comme nous allons bientôt le démontrer.

Ainsi donc, plus de doute, l'altitude favorise les stases veineuses. Quand elles sont superficielles, on ne saurait nier que la diminution de la pression de l'air n'agisse, pour ce résultat, dans un sens purement mécanique. Les réseaux capillaires superficiels, prise

vés de leur soutien extérieur naturel, se laissent dilater avec une facilité d'autant plus grande que le poids atmosphérique est plus amoindri. Si à cette première cause vous rattachez un sang trop peu stimulant du côté des artères, trop abondant en général du côté des veines, vous arrivez à la trinité écologique : adjuvant extérieur amoindri, paresse organique, engorgement général du système veineux ; trinité dont les effets se porteront tour à tour sur différents points de l'organisme, selon que les troubles de l'innervation les auront préalablement disposés.

Et ce ne sera pas toujours par des signes identiques que le médecin en pourra être averti. De l'apoplexie foudroyante b. la congestion cérébrale fugace, il y a loin, et les points intermédiaires sont nombreux. On peut s'exprimer de même relativement aux degrés extrêmes et aux phénomènes moyens des congestions des autres organes. Plusieurs dispositions locales et l'importance diverse des fonctions font varier beaucoup, selon les parties affectées, la gravité actuelle et les conséquences futures de ce genre d'affections qui, sous bien des aspects, ne sauraient se prêter à une étude générale. Mais il est des vérités nombreuses qui peuvent être généralisées sur ce sujet intéressant. La première et la plus importante, c'est la ténacité des phénomènes congestifs. D'ordinaire, nous avons des moyens assez efficaces pour combattre avec fruit un état inflammatoire, et quelques soins consécutifs, après la guérison, nous

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assurent le rétablissement durable de la santé. Il n'en est pas de même de la congestion simple. A Mexico, lorsque l'innervation troublée et le stimulus atmosphérique affaibli ont permis au sang mal aéré de s'accumuler sur un organe, il vous sera donné peut-être de l'en soustraire un moment par des moyens dont la violence même ne vous permet pas l'emploi durable ; mais bientôt les mêmes causes non détruites produiront les mêmes résultats locaux. En général, vous ne pouvez rien contre un mal, lorsque la réaction naturelle de l'organe affecté et un bon état nerveux ne vous aident plus et laissent isolés les moyens dont vous faites usage. Ainsi arrive-t-il dans les congestions. Aussi est-il toujours probable qu'un organe, une fois congestionné, continuera à l'être malgré vos soins, ou le redeviendra promptement quand vous l'aurez cru tout à fait rétabli.

Il est une autre vérité générale aux congestions, c'est que l'élément inflammatoire vient souvent les compliquer. Au niveau des mers, il paraît impossible qu'il en soit autrement, pour peu que la congestion soit durable. Mais, sur les altitudes, il n'en est pas de même. L'état congestif simple, sans phlogose, sans gravité dans les désordres organiques, peut durer fort longtemps. C'est précisément ce qui explique la facilité avec laquelle guérissent, dans un voyage, certains malades de l'Anahuac, dont les organes, à cause de la longue persistance du mal, paraissaient devoir être anatomiquement affectés.

Nous en pourrions citer plusieurs exemples. Nous

avons eu près de nous deux Mexicains distingués, à propos desquels une affection hépatique mal définie avait fait donner longtemps les plus tristes pronostics. Ces malades venaient de l'Anahuac et n'avaient que des congestions simples. La prolongation du séjour à Paris les a radicalement guéris.

Combien il y aurait à dire encore sur les congestions de l'altitude ! Mais les intentions de ce livre se refusent aux longs développements. Il suffira d'avoir fait ressortir l'influence particulière des lieux élevés comme cause de ce genre d'affection, en laissant à d'autres, ou en nous réservant à nous-même le soin de donner à ce sujet vraiment intéressant l'amplification qu'il demande. Mais nous devons une étude spéciale à l'organe qui acquiert, sur les altitudes, les plus fréquents rapports avec les phénomènes morbides que nous venons de décrire. Nous en ferons le sujet de l'article qui va suivre.

Article 5. — Maladies du foie.

On nous a enseigné dans notre jeunesse que les maladies du foie sont l'apanage des pays chauds. Mais on n'a pas voulu dire, sans doute, quesous les climats tropicaux ces affections, qui en effet y sont endémiques, sont en rapport exact avec la température. Plusieurs autres éléments y figurent comme cause essentielle, et la variété des influences qui s'ajoutent à la chaleur fait varier la nature des altérations que cet organe présente. Ainsi, les lieux marécageux y produisent souvent des hypertrophies qui

prennent quelquefois des proportions surprenantes, sans, pour cela, altérer les tissus d'une manière bien grave; tandis que les lieux secs ne nous offrent presque jamais l'exemple d'une augmentation de volume qui n'ait pour base la phlogose ou quelque altération plus grave encore. C'est pour cela qu'à Tabascole foie se tuméfie fréquemment sans donner lieu à la suppuration par abcès; et qu'à Gampèche, au contraire, un foyer purulent est la terminaison du mal, lorsque la résolution prompte n'a pu être obtenue. Mais il est vrai de dire que dans cette dernière ville, •un des points les plus chauds des Amériques, les maladies du foie ne sont pas fort communes, et il en est de même de tous les pays chauds dont les terrains sont secs et l'atmosphère humide. Il faut, en général, pour que cet organe s'altère, de la sécheresse dans l'air ou de l'eau sur sol; ce qui revient à dire : une endosmose respiratoire profondément altérée, ou un empoisonnement miasmatique.

Aussi les altitudes vont- elles offrir un vaste champ à l'étude des maladies de cette glande. Mais non ; ces mots expriment mal notre pensée. Les affections du foie se trouvent resserrées dans d'étroites limites sur le plateau élevé du Mexique : la congestion, la phlogose et l'abcès; vous n'y verrez presque jamais autre chose. Mais ces altérations y sont remarquables par leur fréquence; on les observe à chaque pas.

Ce qui mérite surtout notre attention la plus sérieuse, c'est la tendance de l'organe à l'état congeslif simple. Tout à coup, sans cause appréciable, on

perd l'appétit; la langue est blanche et saburrale, la bouche amère. Une gêne vague se fait sentir vers l'abdomen; quelquefois on éprouve comme des suffocations et Ton fait à chaque instant des efforts involontaires pour remplir d'air la poitrine oppressée. Du reste, point de fièvre ; mais !a tête est lourde et le sommeil un peu troublé. Très-rarement une douleur, comme gastralgique et parfois vive, se fait sentir à l'épigastre, n'augmente pas à la pression et disparaît comme un accès névropat nique; elle est alors le début des autres signes que nous venons de décrire, et c'est une circonstance heureuse qui porte l'attention sur le siège du mal et le fait découvrir. Sans cela, on diagnostique un embarras gastrique; on prescrit l'ipéca ou un purgatif salin, et souvent le résultat heureux de cette prescription donne faussement raison à votre jugement.

Que si vous portez votre attention sur l'hypocondre droit et la ligne blanche, vous voyez facilement une tuméfaction à l'épigastre et quelquefois sous les bords des fausses côtes, qui se trouvent elles-mêmes soulevées. La percussion vous indique sur ces points une matité manifeste plus ou moins étendue. Il n'est alors pas douteux que nous n'ayons affaire à une congestion hépatique. Souvent, c'est là un dérangement de peu d'importance; d'autres fois, il faut lui donner une attention sérieuse ; jamais il ne faut le négliger ; car la phlogose et l'abcès en peuvent être la conséquence naturelle.

Il ne faut pas non plus croire que le mal soit tout

à fait vaincu, quand on le voit soulagé sous l'influence d'un traitement. C'est, en effet, chose fort commune de voir une première congestion s'effacer, se dissimuler, pour reparaître sans retard et n'être que l'indice d'une altération dans les fonctions hépatiques qui vont pour longtemps vous donner les mêmes accidents. En d'autres ternies, il est probable que cette glande, une fois congestionnée, s'engorgera encore, et de même que vous ne restez pas sans inquiétude à propos d'un sujet qui vous a donné des signes d'une congestion cérébrale fugace, vous ne devez point perdre de vue un malade qui vous paraît guéri d'une congestion du foie.

Je garde le souvenir d'un grand nombre de cas où cette obstination chronique d'un état congestif tenait constamment mon attention en éveil. Mais le plus curieux est bien certainement celui que je vais rapporter.

M. Auguste G... est un ouvrier d'une rare habileté pour la partie ferrée des voilures. 11 est très-laborieux par intermittences. Dans ses jours de repos, il abuse des boissons alcooliques. Du reste, bon ami et fort aimé de ceux qui l'approchent. Pendant deux ans, il a eu fréquemment des indispositions se caractérisant par une douleur à l'hypocondre droit, fièvre, frissons, perte d'appétit, quelques vomissements bilieux, sensibilité ou gêne à l'épaule gauche. Ces indispositions, soignées quelques jours par un confrère estimable, s'amendaient sensiblement. Mais

le malade revenait avec un zèle égal, alternativement, au feu de sa forge et aux ardeurs de ses alcools.

De chute en chute, il en arrive à une maladie sérieuse, pour laquelle je fus appelé.

M. Auguste a vingt-huit ans environ. En percutant Fhypocondre gauche, on sent une matité qui remonte vers la poitrine, envahit l'épigastre, devient plus saisissante vers l'hypocondre gauche, où la palpation fait reconnaître la présence d'un corps dur très-résistant, dont la proéminence la plus avancée se fait à environ quinze centimètres de distance de la ligne blanche de l'abdomen. Cet énorme engorgement hépatique était accompagné d'une sensibilité modérée^ mais cependant assez forte, sous la pression des doigts. Il y avait fièvre continue avec redoublement vers le soir, soif assez" vive, surtout aux heures du redoublement de la pyrexie, quelques vomissements le matin, lorsque la fièvre diminuait et après les sueurs, qui étaient toujours fort abondantes la nuit.

Il fallait, avant de commencer la thérapeutique de ce cas qui est resté gravé dans mes souvenirs, se rendre bien compte de la nature des accidents dont le foie était aujourd'hui le siège. D'abord, dans le passé, cet organe avait été pendant deux ans atteint de congestions presque permanentes. Comment appeler inflammation, même légère, un état pathologique qui a pu exister tant de temps sans produire un foyer purulent? Ces deux ans qui viennent de s'écouler n'ont évidemment produit rus le foie que quelques inflammations passagères qui ont succès-

siveraent disparu, en laissant toujours l'organe congestionné sous l'influence des mêmes causes. Cependant, le dernier accès de ce genre, qui a eu lieu un mois et demi avant ma visite, a persisté, quoique sous une forme peu sensible, et il a travaillé à la manière des inflammations chroniques de sorte à produire, en môme temps qu'une hypertrophie, une induration de l'organe. Aujourd'hui, les signes de réaction générale fébrile sont l'indice d'un travail inflammatoire plus prononcé, et cette phlegmasie agissant sur un parenchyme déjà altéré par une inflammation chronique, il est à craindre qu'il ne se forme un abcès redoutable par son étendue. Quoiqu'il en soit, nous pouvons encore espérer une résolution complète. A la vérité, nous n'y comptons guère, et M. le docteur Macartney qui a la bonté de faire une visite au malade n'a pas non plus une grande confiance dans la terminaison heureuse de ce cas, évidemment grave, par sa durée d'abord, et par l'étendue du mal aujourd'hui.

Que faire contre lui ? Quoique ce ne soit pas là seulement une phlegmasie aiguë, il y a indication d'une déplélion sanguine, vu la recrudescence récente du mal. Nous y avons recours.

Mais que faire ensuite? Il faut agir sagement pour combattre à la fois, d'un côté, l'acuité révélée parla fièvre récente et la sensibilité locale, d'autre part, ce fond de chronicité qui nous est décelée par la durée, la ténacité aux rechutes et l'induration de l'organe. Après l'émission sanguine, voici donc ce que nous

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arrêtons : un grand vésicatoire; on le laissera sécher promptement. Après quatre jours de répit, on en appliquera un second qu'on pansera avec de l'onguent napolitain. Quand il voudra sécher, on le stimulera en mélangeant l'onguent mercuriel avec de la pommade de mezereum. On entretiendra la liberté du ventre par l'application d'un minoratif renouvelé selon le besoin, si le calomel à petites doses ne relâche pas les intestins; car nous donnerons du calomel : 10 centigrammes par jour en trois pilules. Nous aurons soin de surveiller la bouche, car nous ne voulons point un ptyalisme gênant. Cependant nous désirons qu'au bout de quelques jours les gencives s'engorgent, comme preuve que le mercure en est arrivé à agir sur le système glandulaire.

Des bains tièdes seront donnés au malade tous les jours, pendant une heure et demie.

Il ne fallut pas moins de quinze jours pour obtenir un commencement de rémission dans les symptômes. Jusque-là : même fièvre, mêmes vomissements, mêmes douleurs à l'hypocondre. Enfin, après deux septénaires, le pouls baisse, les redoublements nocturnes sont moins forts, la sensibilité moins grande à la pression est moindre aussi quand le malade tousse. Sa toux, du reste, est moins intense. Mais le volume du foie, loin de diminuer, est plus considérable. Nous ordonnons toujours le calomel et les purgatifs, les bains tièdes, les pansements au mercure du grand vésicatoire, autour duquel on appliquera de temps en temps des. vésicatoires volants.

Nous passons ainsi deux autres septénaires, après lesquels il n'y a plus de fièvre, plus de vomissements^ plus de sueurs, plus de toux. Mais le foie, maintenant insensible, conserve le même volume. Le grand vésicatoire est séché. Le calomel a produit depuis huit jours une stomatite; il a été suspendu.

En commençant le cinquième septénaire, le malade est laissé en repos pour cinq jours, au bout desquels nous prescrivons ce qui suit : un selon sur la partie malade, un bain sulfureux tous les deux iours et un bain amylacé dans l'intervalle; iodure de potassium pendant trois jours, alternant avec trois autres jours d'administration du calomel à la dose de 10 centigrammes dans les vingt-quatre heures. Ce traitement a été soutenu pendant un mois, au bout duquel le malade ne fournissait plus aucun signe de maladie. Nous crûmes prudent, cependant, de lui prescrire un peu d'iodure de potassium, qui eut l'avantage, pendant trois mois, de remplacer l'habitude moins saine du petit verre. Le séton fut aussi maintenu pendant ce même temps.

Un an et demi s'était écoulé à mon départ de Mexico, sans que M. Auguste se fût de nouveau ressenti de ses longues souffrances, malgré la rage des alcools et l'action du l'eu de forge.

J'ai dit que voilà un cas remarquable. Il l'est en effet, parce qu'il offre l'exemple de congestions hépatiques permanentes pendant deux ans, avec plusieurs atteintes d'inflammations passagères, avec in-

flammation indurée à la fin; volume énorme, état aigu et fièvre intense, frissons et sueurs. Tout ce tableau de symptômes, cette énorme durée des accidents, sans aboutir à une suppuration ou à une induration incurables, sont, bien dignes d'exciter notre élonnement.

Cette maladie, sous l'influence de la chaleur de la côte, n'aurait pas pu durer aussi longtemps sans dépasser les ressources de l'art.

Quelle est la cause de ces congestions si fréquentes sur les altitudes? Elle est- tout entière dans la rareté de l'air.

Rappelons-nous que dans notre étude sur la physiologie des hauteurs, nous avons fait remarquer que les rapports normaux se perdaient souvent entre l'activité respiratoire et l'accélération du cours du sang. Tandis que, d'un côté, les mouvements du cœur dépassent de beaucoup le rhylhme naturel, les mouvements de soulèvement du thorax, d'autre part, se font avec lenteur et paresse. Aussi le sang ne reçoit-il dans le poumon qu'une révivification imparfaite, au contact d'un air si peu renouvelé et déjà appauvri. Les tissus qu'il baigne s'en activent à peine et réagissent sur lui faiblement. La trame veineuse qui s'engorge ne rend qu'imparfaitement ce qu'elle a reçu. C'est dans le système abdominal que celte paresse circulatoire élit son siège de prédilection; et sous l'influence de cette stagnation, le foie imbibé outre mesure reçoit et garde le sang que son inertie ne peut chasser.

Cette explication est si vraie, que la fréquence des congestions hépatiques est en rapport avec les circonstances qui font augmenter la raréfaction de Pair. C'est ainsi que nous les voyons souvent pendant les chaleurs du printemps et qu'elles sont communes au milieu des occupations champêtres sous un soleil brûlant. On les voit également parmi les ouvriers qui s'approchent des feux de forge, auprès desquels les abcès les plus graves trouvent leur origine fréquente.

Aussi pouvons-nous affirmer que, de toutes les maladies que l'on observe sur les altitudes, la congestion du foie est la plus naturellement endémique. Comme on le pense bien, ces congestions ne sont pas toujours innocentes. Leur transformation en phlogose est même une chose assez commune. Le praticien en est prévenu par tous les symptômes de l'hépatite. Il n'entre point dans le plan de cet écrit de décrire l'inflammation classique du foie, que l'on peut voir partout ailleurs; mais c'est un devoir d'appeler l'attention sur certains phénomènes exceptionnels qui ne sont pas vulgaires et pourraient entraîner des erreurs de diagnostic, s'ils n'étaient pas dévoilés. Les voici :

Il est des inflammations du foie à marche insidieuse, qui se terminent souvent par des abcès redoutables, sans avoir présenté les signes habituels de cette maladie. Point d'augmentation du volume de l'organe, point de douleur locale, soit spontanée, soit à la pression. Mais les symptômes généraux ne

manquent pas : fièvre plus ou moins intense avec exacerbations irrégulières, frissons et sueurs. La langue, d'ailleurs, est saburrale, la bouche est amère et il y a de fréquentes envies de vomir.

Gomment croire, sur ces signes seulement, à l'existence d'une affection grave du foie? D'autant que des douleurs obstinées., souvent loin du mal, détournent votre attention de sa vraie nature et vous mènent bien loin du diagnostic. Une inflammation centrale du foie peut cependant couver ainsi sans signes locaux, miner insensiblement l'organe et faire tout à coup une explosion périphérique lorsque la maladie a dépassé les limites de l'action de Part. Nous en avons eu beaucoup d'exemples ; en voici un bien remarquable.

Observation. — Madame M... a cinquante-cinq ans. Un accès de fièvre s'est déclaré après des frissons violents. Elle a eu quelques envies de vomir. Du reste, elle n'accuse de douleur nulle part. Pendant un septénaire, des exacerbations fébriles, avec frissons irréguliers et sueurs abondantes, font croire à l'existence de fièvres d'accès; mais le sulfate de quinine reste sans effet. Au commencement du second septénaire, des douleurs assez violentes se font sentir dans le trajet des muscles des membres abdominaux. Ces douleurs, vives spontanément, augmentent par la contraction des fibres sous l'influence de la marche, et la station debout est difficile. Cet accident, caractérisé de rhumatisme par le

confrère qui vit alors la malade, ne céda à aucun dos moyens qui lurent employés, et durait depuis plus d'un mois et demi déjà lorsque je fus appelé.

La malade a toujours la fièvre avec des exacerbations nocturnes; elle tousse souvent, sans que les efforts de cette toux causent de douleur nulle part. Les douleurs des membres abdominaux, remontant au rachis, se font maintenant sentir aux bras et gênent partout les mouvements. Elies ne sont pas constantes et leur disparition, presque absolue à certaines heures, empêche de porter l'attention sur une affection des enveloppes du rachis.

La palpation de l'épigastre et du rebord des fausses côtes ne fait rien reconnaître. Je m'étudiais à observer la malade sur laquelle je ne pouvais hasarder un diagnostic, lorsque, vers le sixième jour de mes observations, deux mois de maladie, l'hypocondre devient douloureux à la pression; l'épigastre se tuméfie, rend un son mat à la percussion, et le doute n'est plus permis sur l'existence d'une maladie grave du foie. Mais, en même temps, des suffocations prennent la malade, une douleur se fait sentir dans la moitié inférieure du thorax; il y a grande matité dans cette région, et, comme si le poumon était en ce point comprimé, on n'y entend plus le murmure respiratoire. La malade s'affaisse rapidement et meurt le troisième jour.

L'autopsie n'a pas été permise. Mais en avons-nous besoin?

Évidemment, c'est un cas d'inflammation et d'abcès dans le centre du foie. Le pus, se faisant jour à travers le diaphragme, est venu s'épancher dans la plèvre, et, pendant que cette perforation avait lieu, ce travail de déplacement déterminait partout, au foie comme sur la membrane pleurale, une inflammation étendue qui devenait promptement mortelle.

Ces abcès du centre de l'organe, produits par une inflammation lente dont le travail ne se fait jour vers la périphérie par aucun signe sensible, se présentent plus fréquemment qu'on ne saurait croire. Le cas que nous venons de rapporter n'est pas l'unique où nous ayons constaté des douleurs aiguës loin du siège du mal. Mais nous n'en avons jamais observé qui nous aient présenté, comme celui-ci, les souffrances, isolées au début, des membres abdominaux. Il est vrai que, plus tard, ces douleurs se sont propagées vers l'épine dorsale, où elles sont devenus intenses, et alors nous avons pu croire que leur point de départ n'était guère différent d'un phénomène fréquemment observé pendant la marche des abcès graves du foie.

Nous voulons parler des douleurs rachidiennes. En voici un exemple.

Observation. — M. A... s'occupe à Mexico du commerce de détail en nouveautés. En 1857, il fut atteint d'une hépatite aiguë qui céda aux émissions sanguines, à l'emploi de plusieurs vésicatoires volants et à l'administration du calomel donné à petites doses jus-

qu'à un commencement de stomatite. On put le croire guéri; mais son soulagement n'était pas complet, et, ainsi que l'inflammation aiguë avait été précédée de gênes congestives qui durèrent plusieurs mois, la résolution du mal fit place aux mêmes phénomènes que le malade ne soigna pas d'une manière convenable.

Au bout d'un an, M. A... fut atteint tout à coup d'une douleur très-vive à l'hypogaslre, non loin de la symphyse pubienne. Cette douleur n'augmentait pas à la pression et elle s'accompagnait de vomissements répétés. Comme elle s'irradiait vers les lombes, on pouvait croire à l'existence et à la migration de quelque calcul urinaire, et notre esprit s'arrêta d'autant plus volontiers sur ce diagnostic, qu'aucun autre symptôme n'appelait l'attention autre part. Au surplus, la douleur était si vive, que le soin de la calmer devait occuper avant toute autre chose. Des lavements fortement opiacés s'en rendirent maîtres un moment; mais elle reparut bientôt avec la même intensité, et, dès le lendemain, elle cédait insensiblement sur le point primitif, pour se porter presque tout entière vers la partie moyenne du rachis.

Le pouls, d'ailleurs, devint fébrile; les vomissements continuèrent; il y eut frissons, sueurs, céphalalgie. Cependant l'hypocondre droit et l'épigastre explorés avec le plus grand soin ne faisaient rien découvrir d'anormal, ni en sensibilité, ni en augmentation de volume. Mais le souvenir de l'hépatite précédente et des congestions qui l'avaient suivie porta

mon attention sur le foie. Je le crus le siège d'un travail phlegmoneux central, et je fis à mon malade une copieuse saignée de bras. Les raisons que j'eus alors pour porter ce diagnostic, dans l'absence de lout symptôme local, furent les suivantes :

La certitude que le malade n'avait pas une autre affection : la fièvre intense avec redoublements et rémissions; les sueurs, les vomissements; enfin, cette douleur même qui primitivement avait égaré mon diagnostic, mais qui le fixait aujourd'hui en prenant son siège sur le rachis, car. j'avais eu occasion de l'observer d'autres fois; à la vérité, jamais avec la violence que je la vis se développer chez mon malade actuel. Ce fut là son tourment de chaque instant pendant deux mois avec des exacerbations qui lui arrachaient des cris malgré son caractère fort et résolu.

A la fin du deuxième septénaire, l'inflammation du foie se généralisa tout à coup. L'organe augmenté de volume devint partout sensible à lapalpation.

Du reste, rien ne put vaincre la maladie. L'abcès qui en fut la conséquence s'ouvrit spontanément dans l'intestin, et le malade mourut au milieu du huitième septénaire, plus abattu par les souffrances dorsales qu'épuisé directement par la suppuration.

Ces douleurs, du reste, sont-elles le résultat de correspondances nervoso-sympathiques? viennentelles de congestions rachidiennes? Ce dernier point aurait pu être éclairci par l'autopsie, et je regrettai vivement qu'elle ne fût pas possible.

Quoi qu'il en soil, le diagnostic des phlogoses et des abcès du foie n'est pas toujours facile ; les symptômes locaux font complètement défaut, et bien souvent, quoique l'éveil soit naturellement donné sur ces maladies dans un pays où elles sont communes, elles passent inaperçues pour les praticiens les plus prudents. Leurs manières de débuter sont d'ailleurs multiples. Quelquefois ce sont des selles dyssentériques irrégulières, tenaces, qui devront nous tenir en alerte. 11 est aussi des diarrhées, simples d'abord, venant plus tard avec les signes d'une phlogose du petit intestin, qui sont le point de départ d'inflammations dont la migration vers le foie, par les conduits biliaires, n'est pas douteuse. Dans ces cas, on ne sait presque jamais quand l'hépatite commence, et l'on en est averti lorsque les ravages sont presque irrémédiables vers le centre de l'organe.

Aussi, avais-je pris l'habitude, dans ma pratique, de traiter par des émissions sanguines périnéales toutes les selles sanguines qui ne me donnaient pas les signes d'une dyssenterie franche et qui ne provenaient pas de tumeurs hémorrhoïdales. Je suis sûr que j'ai conjuré ainsi bien des maladies du foie, et je n'ai certainement fait aucun mal aux personnes chez lesquelles ces émissions sanguines étaient inutiles. Je donnais en même temps de petites doses de calomel ou de masse bleue, et, pour peu que la langue fût saburrale, j'administrais l'ipéca à doses vomitives. Je ne saurais dire combien les secousses de ce médicament donné à propos régularisent la

circulation portale et jouissent du pouvoir de dissiper des congestions hépatiques dangereuses.

Mais lorsque les moyens employés n'ont pu vaincre le mal à l'état de congestion ou de phlogose, lorsque l'abcès se forme enfin, le pronostic, grave alors, est bien loin d'être toujours funeste. On ne saurait croire, quand on n'en a pas l'expérience, combien l'art est encore utile dans ces cas et combien la nature y est puissante.

Observation. — Un Anglais fort recommandable, M. Ch..., tenait à Tabasco une maison de commerce, lorsque j'eus le plaisir de le connaître en 1848. Mon honorable confrère M. Payro me le présenta en consultation pour une affection du foie, qui se termina par un abcès. Le pus se fit jour par le poumon, et M. Ch..., parfaitement rélabli de cette affection grave, se fixa plus tard à Vera-Cruz. Il y fut atteint en 1851 d'une nouvelle hépatite, pour laquelle il vint à Mexico réclamer les soins de notre excellent confrère et ami M. le docteur Macartney qui me le fit voir.

Le foie, fortement augmenté de volume, dépassait de beaucoup, en bas, le rebord des fausses côtes et formait une tuméfaction considérable vers l'épigastre. Des inégalités de surface faisaient diagnostiquer des abcès multiples et prévoir qu'ils se réuniraient en un foyer unique, accessible à l'instrument à travers les parois abdominales. Telle fut en effet la terminaison de cet abcès, qui fut ouvert très-heu-

reusement par un confrère estimable de Mexico. M. Ch... se rétablit pour la seconde fois et jugea prudent de se soustraire aux causes qui produisaient sur lui des effets si funestes. Il revint en Angleterre où, marié aujourd'hui, il jouit d'une excellente santé.

Observation. — Mais voici un cas remarquable qui prouve que la nature a des ressources infinies, et qu'il ne faut pas facilement désespérer dans les cas graves d'abcès hépatiques.

M. Emile est Français. Il réside à Mexico depuis deux ans ; comme M. Auguste G..., qui est le sujet de notre première observation, il est forgeron et se livre avec trop d'ardeur à l'usage de l'alcool.

On l'apporta à la maison de santé française, que je dirigeais alors, dans l'état suivant :

La face, d'un jaune terreux, est grippée et osseuse; le regard est terne, indifférent ; les lèvres, les dents, la langue sont sèches et recouvertes d'un enduit fuligineux. A toutes les questions qu'on lui adresse, Je malade répond invariablement : Comme vous voudrez, Monsieur. Évidemment en délire, il est dans un état typhoïde marqué.

L'abdomen^estmétéorisé, mais, malgré son ballonnement énorme, l'hypocondre et l'épigastre sont mats, et lapalpalion y fait reconnaître une tumeur dure s'avancant beaucoup dans le côté opposé. La matité s'élève aussi vers le thorax jusqu'à la partie moyenne environ. Nul doute que nous n'ayons affaire à une affection du foie ; mais il est impossible d'ob-

tenir du malade aucun renseignement sur les souffrances qui ont précédé son arrivée. Occupé à des travaux d'installation d'une scierie qui se trouve à douze lieues de Mexico, c'est là que le mal l'a saisi, et le manque de soins a eu pour conséquence cet état général putride dont nous venons de parler. L'homme peu intelligent qui l'accompagne nous dit que la maladie dure depuis quinze jours, parce qu'il fait remonter cette date à l'époque où le malade a cessé de travailler.

Quoi qu'il en soit, M. Emile présente un cas d'hépatite avec commencement probable d'un foyer purulent, et un état général des plus mauvais. Je prescrivis du vin, du quinquina, des lavements minoratifs et des bouillons.

Pendant huit jours, l'état fut constamment le même. Après ce délai, l'intelligence parut se rétablir, le pouls prit de l'ampleur et la bouche devint humide. Le ventre, moins météorisé, laissa percevoir l'énorme augmentation de volume du foie qui, dur partout, n'offrait encore aucune indication à l'emploi de l'instrument.

Un large vésicatoire fut ordonné au malade sur le siège du mal, et on le tint à l'usage du vin d'Espagne et du quinquina.

L'état général se soulagea promptement. Vers le

quinzième jour après son entrée à la maison de santé,

M. Emile, revenu complètement à lui, put nous foire

l'histoire des événements qui avaient précédé son

délire. Depuis longtemps il sentait une gêne vers

l'hypocondre droit, et cette gêne le faisait tousser. Il y a un mois environ, ce symptôme devint une donleur vive et le malade dut se coucher. Il eut des vomissements, des frissons, de la céphalalgie, et enfin la connaissance se perdit.

Notre malade a donc été atteint d'une hépatite aiguë succédant à des congestions prolongées sous l'influence de l'altitude, du feu de forge et de l'alcool.

Du reste, maintenant, à la suite des soins qui lui sont prodigués, son état s'améliore. Du quinzième au trentième jour de son séjour à la maison de santé, le rélablissement de ses forces m'a permis de lui administrer un peu de calomel et d'entretenir vigoureusement la révulsion de l'hypocondre. Le volume du foie s'en est considérablement amoindri. Mais au début du second mois, M. Emile est pris tout à coup d'une toux opiniâtre, et après deux jours d'efforts, il rend des crachats, sanguinolents d'abord, couleur lie de vin ensuite, qui ne laissent aucun doute sur leur provenance. Les matières expectorées furent du reste peu abondantes. Le malade reprenait des forces, et il put se lever vers le milieu de son deuxième mois de séjour auprès de nous.

Cependant le pouls était fébrile ; les frissons étaient fréquents ; le foie ne faisait pas depuis quinze jours de notables progrès dans la réduction de son volume. Deux mois environ s'étaient écoulés depuis l'arrivée du malade, lorsque, à la suite de quelques coliques, il fait une garde-robe très-abondante de pus hépatique. Après quelques heures d'une grande

faiblesse, M. Emile se sentit soulagé, et, quand je le vis, le lendemain, la tuméfaction de la glande était de beaucoup réduite.

Voilà donc deux abcès distincts, l'un vers la partie convexe, l'autre vers la concavité, s'ouvrant tous deux spontanément, le premier dans les bronches, le second clans l'intestin. La suppuration de ce dernier se maintint abondante pendant plusieurs jours; assez pour abattre les forces du malade que nous soumîmes à l'usage de l'huile de foie de morue, tout en le nourrissant le mieux possible.

M. Emile resta six mois dans la maison de santé. Les deux foyers se tarirent insensiblement presque en même temps, quinze jours avant sa sortie.

M. Emile jouit d'une parfaite santé depuis la fin de son traitement, c'est-à-dire depuis le milieu de l'année 1858.

Je n'ai pas tort, je crois, deprésenter ce cas comme curieux et consolant à plus d'un titre. Je dois appeler l'attention sur l'usage abondant qui fut fait de l'huile de foie de morue. J'ai employé ce précieux médicament dans d'autres cas analogues avec des résultats heureux. Je ne doute pas que l'huile n'agisse à la fois, comme analeptique et comme fondant, au double point de vue delà nutrition générale et de la résolution hépatique.

Quoi qu'il en soit, j'ai voulu présenter à l'attention de mes lecteurs deux cas graves d'hépalite terminée par desabcès, pour mieux faire comprendre que les

ressources de l'art et de la nature peuvent beaucoup en faveur de ce genre de malades. Les cas de guérison ne sont pas aussi rares qu'on le croit généralement. Les espérances d'une heureuse terminaison varient, du reste, en raison des désordres que l'abcès a produits dans l'organe et plus encore par le travail qui est indispensable pour qu'il se fasse jour au dehors.

La suppuration, une fois formée, peut s'épancher spontanément dans le thorax ou dans l'abdomen. Ce qui paraît le plus naturel dans l'un et dans l'autre cas, c'est que l'épanchement se fasse dans les cavités de la plèvre ou du péritoine. Dans le fait, cependant, cet accident, toujours possible, est assez rare. Le point le plus culminant de l'abcès, celui qui doit bientôt donner passage au pus accumulé, s'enflamme outre mesure, produit la phlogose des tissus voisins, et détermine sur les points du péritoine et de la plèvre, qui lui correspondent le plus immédiatement, une sécrétion adhésive de lymphe coagulable. C'est ainsi que des adhérences s'établissent sur le foyer avec le poumon et le foie par l'intermédiaire du diaphragme d'une part, avec l'intestin, d'un autre côté ; et pendant que l'escarre d'ouverture se prépare, l'inflammation éliminatrice qui s'établit tout autour rend plus indissolubles les liens nouvellement formés.

C'est ainsi que la nature protège les cavités séreuses dans lesquelles l'épanchement déterminerait des accidents prompJ,ement mortels. Ce travail adhésif peut être mis à profit dans les abcès qui sont assez su-

perficiels pour indiquer le lieu où l'instrument peut les atteindre. Une ouverture pratiquée dans l'espace où le foyer adhère aux parois des cavités naturelles peut ainsi épancher au dehors une collection purulente que la nature est plus lente à conduire par d'autres voies.

Les cas heureux de cette intervention chirurgicale deviennent chaque jour plus marquants. Nos confrères mexicains, chargés des hôpitaux de la ville, acquièrent en ce genre de pratique une habileté croissante. De vastes abcès ouverts par eux dans les espaces intercostaux ou sur les parois abdominales, arrivent souvent à des résultats consolants. Parmi ces foyers étendus, il en est qui se tarissent difficilement d'une manière spontanée et qui trouvent un secours puissant dans les injections iodées.

Quant à ceux qui s'ouvrent un passage spontanément, croirait-on que la voie pulmonaire n'est pas la plus dangereuse? Beaucoup de malades guérissent par cette terminaison, lorsque les foyers purulents ne sont pas très-étendus. Mais, à ce propos, je ne crois pas qu'il soit sans importance de faire remarquer que le diagnostic de la suppuration du foie par les bronches n'est pas toujours des plus simples. Souvent les mucosités pulmonaires et le sang qui s'épanche par le trajet sont beaucoup plus considérables que le pus lui-même. Le malade tousse d'ailleurs beaucoup; il maigrit; il a des frissons, des redoublements de fièvre, des sueurs. Il m'est arrivé d'hésiter en présence de ces cas; d'autant que les

antécédents ne fournissent quelquefois aucun signe qui mette sur la voie du diagnostic. Nous avons dît, en effet, qu'il est des abcès qui se forment sourdement, sans symptômes locaux bien sensibles.

Dans ces circonstances douteuses, il est rare cependant que l'hésitation du praticien soit de longue durée. Ces foyers purulents qui s'ouvrent à travers la poitrine auront, sans doute, excité dès le début des sympathies sur le diaphragme, et des vomissements apparaîtront dans le commémoratif. Il y aura d'ailleurs eu quelques douleurs à l'épaule droite ou sur le rachis. Et maintenant, l'auscultation et la percussion dénoteront le parfait état de santé de presque tout le poumon, surtout de sa moitié supérieure. Vers sa base parfois, mais rarement, quelque souffle et quelque matité indiqueront un état congestif. Ce phénomène ne sera pas constant. Ces signes et d'autres encore pourront néanmoins vous indiquer l'urgence d'agir sur le parenchyme pulmonaire traumatiquement affecté, si je puis ainsi dire; mais vous ne resterez pas longtemps dans le doute sur le siège réel de l'affection.

Quant aux abcès qui s'ouvrent dans l'intestin, l'épuisement de leur foyer peut en être la conséquence heureuse. Mais le plus souvent ils ont une terminaison funeste qui tient surtout à ce qu'ils sont d'ordinaire plus vastes que ceux qui sont situés vers la convexité.

Si nous jetons maintenant un coup d'œil général sur la pathologie de l'organe hépatique des pays tro-

picaux dont nous nous occupons clans cette étude, nous aurons lieu de dire que les maladies du foie y sont fréquentes, mais de natures peu variées. L'inflammation franche les domine au niveau de la mer dans les lieux chauds dont le sol est sec et l'air humide. L'hypertrophie, simple d'ahord, susceptible d'induration redoutable et de résolution difficile, accompagne l'intoxication paludéenne. La congestion et les abcès de cette glande sont l'apanage des altitudes.

Que si nous avions à considérer ce genre de malades loin du foyer climatérique auquel ils doivent le commencement de leurs souffrances, en Europe par exemple, nous dirions : les sujets qui viennent des altitudes n'ont probablement qu'un habitus congestif et guériront spontanément, peut-être après de longs retards, mais sans accidents graves : ceux qui viennent des climats chauds du niveau de la mer auront des indurations d'une résolution difficile, pour lesquelles les pays froids seront de peu de secours et sans autre avantage que la soustraction de l'élément palustre.

Nous ne saurions terminer cette étude sur les maladies du foie sans dire notre pensée relative au traitement. Quel que soit le lieu où on les observe, dès lors qu'elles sont congestives ou inflammatoires, une considération doit dominer toutes les autres dans leur thérapeutique : c'est que l'organe affecté est un des éléments indispensables à la circulatiou sanguine, et que par le calibre des vaisseaux qui y

affluent et par les ramifications nombreuses dans lesquelles le sang circule parmi ses tissus, il est, après le poumon, le foyer le plus intéressant et le plus compliqué des élaborations s'opérant sur ce liquide. Qu'on juge alors de l'importance de tout obstacle qui s'opposerait à sa circulation libre. Or, est-il difficile de reconnaître que dans les congestions, simples ou inflammatoires, l'accumulation du sang est elle-même une barrière qu'il est urgent d'enlever à tout prix, si l'on ne veut voir survenir les accidents les plus graves?

Aussi ne peut-il y avoir une autre maladie où l'indication des émissions sanguines soit plus manifeste. Elles doivent être pratiquées sans retard. Générales d'abord, elles demandent à se répéter sur l'organe lui-même par les sangsues et les ventouses, sans faire grand cas de l'effet débilitant qu'elles peuvent avoir sur l'organisme, parce que, si elles étaient un mal dans ce sens, les conséquences de leur omission seraient un mal plus grave encore. Ce n'est d'ailleurs pas l'hépatite qui est susceptible de produire sur l'économie ce collapsus dont la pneumonie nous a offert l'exemple. A côté des saignées, à parts égales et sans pouvoir se remplacer mutuellement, paraît le mercure. Il doit être donné toujours, non dans les congestions, mais dans les inflammations franches. Les doses doivent en être graduées, dans ce cas, de manière à produire en quatre jours une légère stomatite. Jusque-là on n'aurait pas la certitude qu'il a^it sur le système glandulaire. M;ii> aussitôt que la

gencive se plombe, diminuez les doses ou suspendez absolument son emploi.

Si les symptômes diminuent dans la fièvre et la douleur locale, réjouissez-vous, mais ne criez pas victoire. Un point central du foie peut rester induré et vous donner plus tard des résultats funestes. Appliquez un large vésicatoire volant qui prendra la moitié de l'bypocondre et, deux jours après qu'il sera séché, occupez l'autre moitié de la région par un second vésicatoire, que vous panserez avec de l'onguent mercuriel simple. Cette manière d'appliquer le mercure est excellente. Elle produit rarement le ptyalisme et elle agit très-bien localement. L'inconvénient qu'elle a de sécher trop vite les vésicatoires disparaît, si l'on veut, par l'addition d'un épispastique.

Que si le foie, au lieu de se résoudre, reste gros et s'indure, appliquez un séton et de petits vésicatoires volants tout autour, renouvelés tous les deux jours. Faites prendre à vos malades des bains gélatineux et plus tard minéralisés avec le sulfure de potasse. Et surtout, donnez constamment le mercure sous forme de masse bleue.

Art. VI. — Empoisonnement miasmatique.

§ 1. Dysenterie.

Quelques raisons que l'on puisse avoir pour classer la dyssenterie parmi les maladies inflammatoires, les rapports qu'elle affecte, sous les tropiques, avec

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les empoisonnements paludéens, nous engagent à placer dans cet article ce que nous nous proposons d'en dire.

La dyssenterie existe à Mexico ; mais elle n'a pas une physionomie spéciale et n'est pas d'une fréquence assez marquée pour qu'on puisse la considérer comme une conséquence du climat des altitudes. Nul doute cependant qu'elle ne doive être inscrite au nombre des maladies qui s'observent souvent, surtout sur les enfants, parmi lesquels elle fait chaque année des victimes. Mais, bien loin de croire que les hauteurs aient influé pour ce résultat, nous puisons dans notre expérience la conviction des bons effets de l'altitude contre la gravité de cette maladie. Elle est, en effet, très-intense sur les côtes du Golfe. Nous ne saurions perdre le souvenir d'une épidémie terrible qui fit périr à Campêche quatre mille personnes en 1848, sur une population qui s'était élevée accidentellement à vingt mille âmes.

En dehors de cette époque calamiteuse, nous avons souvent observé des cas isolés de dyssenterie aiguë d'une marche rapide et d'une terminaison fréquemment funeste. C'est le souvenir de cette pratique des pays chauds qui nous montre comme évidente la bonne influence de l'altitude sur la dyssenterie, puisque nous n'avons pas vu sur le plateau la gravité et la fréquence auxquelles la maladie nous avait habitué sur les bords du Golfe.

Mais il est important de faire observer qu'ici la raréfaction atmosphérique est étrangère par elle-même

à la production de cette influence heureuse. Celle-ci paraît plutôt provenir de l'abaissement de température ; car l'engorgement vasculaire intestinal, qui est la conséquence d'une respiration imparfaite, serait plutôt une circonstance fâcheuse au point de vue de l'éliologie de cette maladie. Nous pensons même que les cas, encore assez nombreux, qu'on observe dans les altitudes du Mexique, s'alimentent à cette source qui cause d'ailleurs tant d'autres maux; mais puisque, malgré cet état défavorable de l'air, la dyssenlerie est moindre sur le plateau qu'au niveau de la mer, nous en devons forcément conclure que ce soulagement est le fait d'une température plus basse.

§ 2. Effet du changement de niveau sur les empoisonnements miasmatiques.

Mais cette heureuse influence, au point de vue de l'étiologie, est loin de s'exercer sur les malades qui viennent sur les hauteurs avec une dyssenterie acquise en pays chaud. Ces changements de lieux impriment au contraire une force nouvelle aux symptômes de l'affection. Combien nous avons vu de victimes de cette croyance : qu'il faut se hâter de transporter sur les hauteurs les malades qu'une dyssenterie aiguë vient d'atteindre dans des zones moins élevées ! Cette pratique est presque un arrêt de mort. Il arrive même bien souvent que le germe, non encore développé chez les personnes qui résident dans la zone torride, germe qui d'ailleurs pourrait disparaître sans causer aucun trouble pendant que les sujets

restent sous les mêmes influences, se développe tout d'un coup et cause des dyssenteries d'une acuité extrême aussitôt que l'on passe des localités chaudes à des points plus élevés. C'est là un genre d'action qui n'est pas observé uniquement dans cette maladie. On le voit produire ses effets au même titre dans les lièvres intermittentes et dans le vomito prieto.

Ainsi, des individus d'une santé parfaite et qui en ont toujours joui dans des pays chauds et marécageux du niveau de la mer, émigrent tout à coup sur les hauteurs. Peu de jours après leur arrivée à Mexico, ils sont atteints de fièvres intermittentes. Un cas curieux m'a permis de constater que ces fièvres présentent le type du pays d'où le malade est parti. Après six mois de séjour dans l'État de Tabasco où régnaient alors Jes accès paludéens avec une physionomie spéciale, je vins me fixer à Mexico avec ma famille. Je passai trois jours en mer, quatre jours à Vera-Cruz, cinq jours de Vera-Cruz à Mexico, en y comprenant deux jours passés à Jalapa. Une personne de ma famille fut atteinte de fièvres intermittentes dont le premier accès commença le lendemain de notre arrivée. Je pus reconnaître dans cette maladie la physionomie caractéristique qui m'avait frappé à Tabasco avant notre départ.

J'ai également observé à Mexico des cas de fièvre bilieuse se développant sur des personnes qui venaient d'Acapulco. J'ai vu cette même maladie attaquer un Piémontais parti quinze jours auparavant de la Nouvelle-Orléans.

JOLllDANEÎ, «

Ceci nous prouve deux choses : 1° la durée considérable d'action des miasmes des pays torrides bien loin de leur foyer de production ; 2° un travail physiologique, favorisé par les climats chauds, pour l'élimination de ces miasmes ou pour résister à leurs effets.

Nous croyons que les sueurs abondantes du jour et la perfection exagérée de la respiration pendant la nuit sont les éléments principaux de destruction des effluves absorbés dans les pays torrides. Nous avons démontré que, de ces deux éléments de résistance, le dernier surtout faisait défaut sur les altitudes. C'est pour cela, sans doute, que les produits paludéens, absorbés par l'économie et transportés ainsi sur les altitudes, produisent leurs effets morbides habituels aussitôt qu'ils cessent d'être aux prises avec un oxygène abondant et facilement respiré.

Quoi qu'il en soit, ces accès fébriles qui atteignent, à Mexico, les personnes venant des zones chaudes du pays, n'ont jamais la ténacité des fièvres qui se développent à la côte. Le sulfate de quinine en fait promptement justice, et nous n'éprouvons de difficultés que pour vaincre les empoisonnements dont les effets s'étaient déjà prononcés avant que les malades eussent franchi les altitudes.

Les accès qui atteignent ainsi les nouveaux venus à Mexico sont d'autant plus dignes d'attention, que les maladies de ce genre s'y observent rarement comme conséquence de l'influence locale. Plusieurs pensées se sont présentées à notre esprit pour expliquer cette

DYSSENTEKIE. 3 87

immunité. Nous les exposerons [le plus clairement et le plus succinctement qu'il nous sera possible.

§ 3. De l'innocuité des paya dp marais ?ous l'influence du rayonnement nocturne vers les espaces planétaires.

Au milieu des débats contradictoires qui se sont élevés sur l'étiologie des fièvres d'accès, il est facile de puiser des arguments qui ramènent la question à la simplicité primitive de l'existence d'un miasme favorisé parla chaleur. Malgré les assertions hostiles auxquelles elle a été souvent en butte, l'entité matérielle des effluves paludéennes est encore debout, et jamais absolument prouvée, quoique toujours probable, c'est encore elle qui a des droits à rallier le plus de partisans. Que voyons-nous, en effet, dans les dissertations de ceux qui la combattent? Les uns, M. le docteur Burdel, de Vierzon, à leur tête, n'acceptant pas ce miasme parce qu'il échappe aux recherches de l'analyse, croient être plus dignes de crédit en le remplaçant par un fluide impondérable, être sans nom, fils de la chaleur et de l'électricité, influence tellurique qui élude les exigences du positivisme, parce que l'imagination l'a créé immatériel. Les autres, tout surpris d'avoir découvert dans plusieurs pays, et notamment dans les îles de l'Océanie, des localités paludéennes parfaitement compatibles avec la santé de l'homme, en ont tiré la conséquence que les fièvres d'accès ne sont pas le résultat essentiel des émanations des marais. Les premiers, sans détacher cette affection d'une cause marématique,

excluent l'intoxication organique de son étiologie.Les seconds, ébranlant les bases mômes de nos croyances, effacent de la question l'influence essentielle des marais, qui l'avait toujours dominée.

Mais M. le docteur Burdel n'est pas aussi éloigné qu'on pourrait le croire des opinions qui ont toujours été professées sur cette question d'étiologie. Gomme nous, il accepte pour base de sa doctrine un foyer paludéen et la chaleur qui est l'âme de son action malfaisante. Il serait, en effet, difficile de comprendre qu'une affection dont l'existence se lie si communément à la présence des marécages n'eût rien à démêler avec cette circonstance du sol. Il ne serait pas moins digne d'étonnement que cette action morbigène qu'on voit s'éteindre pendant l'hiver dans les localités les plus mal famées, pour reparaître avec ses violences accoutumées aux époques chaudes de l'année, fût tout à fait étrangère à des phénomènes thermométriques.

Placé sur ce terrain, nous sommes donc d'accord avec le fond même des opinions de M. Burdel, et cela suffit aux démonstrations que nous nous proposons de donner aujourd'hui, d'autant plus qu'aucun observateur, sur cette question si controversée de l'étiologie des fièvres d'accès, n'a contesté l'influence nécessaire de la température pour la production de ce phénomène pathologique. Cette unanimité dans les résultats d'une observation à laquelle ont concouru tant d'hommes de mérite, permet de penser que la chaleur a fait réellement défaut toutes les fois

que les localités paludéennes sont restées inoffensives, et qu'en Océanie, comme en d'autres lieux, c'est là la vraie cause de l'innocuité des pays marécageux.

Ce qui nous paraît, par conséquent, dominer cette question si pleine d'intérêt, c'est l'étude de la température dans ses rapports avec les émanations des marais. Nous demanderons aux climats variés de la république mexicaine les faits propres à jeter quelque lumière sur cet intéressant sujet.

La vallée de Mexico, située à 2,300 mètres d'altitude, présente le type le plus parfait des localités paludéennes. Aux portes mêmes delà capitale s'étend le lac fameux de Tezcuco qui couvre, en temps ordinaire, une surface de dix lieues carrées (lmmq,97). Mais les pluies périodiques et l'évaporation extrêmement active inondent ou dessèchent alternativement des terrains, tour à tour couverts d'eau ou blanchis parle natron qui s'y cristallise; voilà donc, aux abords de Mexico, cette condition importante de crue et de retrait des eaux, qui compte, à juste titre, parmi celles qui favorisent le plus, partout ailleurs, les phénomènes de l'impaludation.

La chaleur ne fait pas défaut non plus dans cette vallée, surtout, si, à l'exemple de M. Burdel, nous la recherchons sous l'action directe des rayons solaires. Le thermomètre, dans ces conditions, s'y élève communément à 50 et à 60 degrés centigrades.

Nous trouvons aussi partout, aux environs de cette capitale, un sous-sol argileux, imperméable, qui

maintient Peau à quelques centimètres du sol, lorsque la surface en est desséchée, et nous savons quelle importance certains observateurs ont donnée à cette disposition des terrains humides pour la production des miasmes palustres.

Nous voyons enfin, dans ces vastes lagunes, le mélange des eaux douces avec une eau saumâtre. Les lacs tiennent, en effet, en dissolution de fortes proportions de sesquicarbonate de soude, avec du chlorure de sodium et des quantités moindres, quoique fort sensibles, de sulfates magnésien et calcaire.

Rien ne manque donc à cette localité pour la rendre redoutable au point de vue de l'influence paludéenne, pas môme la mort sans cesse renouvelée d'une si grande quantité d'insectes, que leurs cadavres recueillis aux bords des lagunes sont l'objet d'un commerce et se vendent au boisseau dans les rues de la ville.

Et cependant il n'y a que fort peu de fièvres intermittentes dans les environs de Mexico. L'intoxication y prend fort rarement les proportions d'une cachexie paludéenne, et quoique les vents apportent souvent sur la ville les produits des émanations qui sont à ses portes, elle est presque complètement préservée des fièvres d'accès.

On y voit cependant des phénomènes intermittents, mais les engorgements spléniques leur font le plus souvent défaut, et d'ailleurs, l'impuissance du sulfate de quinine en indique l'origine bâtarde et la nature pseudo-palustre. Ainsi, dans l'hiver de 1857,

qui fut d'une rigueur exceptionnelle, nous vîmes se généraliser à Mexico des affections intermittentes présentant des nuances diverses. Elles cédaient la plupart a l'usage de l'ipécacuanha, et le plus grand nombre étaient rebelles au quinquina. Dans presque tous les cas, on voyait dominer des phénomènes d'embarras gastrique, et quelques-uns faisaient découvrir dans la région du foie une matité s'étendant au delà des limites normales. Aussi crûmes-nous à l'existence d'une influence atmosphérique s'exerçant sur cet organe, la saison d'un froid rigoureux ne nous paraissant d'ailleurs pas propice à la production et au dégagement des effluves marécageux.

Il y a cependant des fièvres intermittentes dans la ville; mais les cas en sont comptés. On en voit davantage dans les environs, surtout dans les lieux où l'inondation et le retrait des eaux se succèdent et présentent des foyers peu interrompus d'émanations. Alors ces accès se montrent peu rebelles à une médication appropriée, et rarement ils affectent assez l'économie pour produire une diathèse franche se caractérisant par la chloro-anémie et les engorgements glandulaires abdominaux. Nous n'en avons vu qu'un seul cas bien avéré. Il nous fut fourni par le gardien du cimetière que les résidents anglais ont établi au faubourg de San-Gosme pour l'inhumation des protestants.

J'ai souvent parcouru, en chassant, les alentours de la capitale. J'ai eu soin de visiter les habitants des mauvaises cabanes et des maisons humides qui sont

bâties sur les lieux les plus marécageux. Leurs enfants se portent bien. Ils n'ont pas l'abdomen volumineux, les bras grêles, les jambes infiltrées comme j'avais eu occasion de le voir dans l'État de Tabasco. Ils ne présentent point, à la vérité, les couleurs rcses des jeunes sujets de nos campagnes d'Europe; mais c'est là un fait qui se généralise partout sur les altitudes, sans une prédilection plus marquée pour les localités paludéennes. Sur les hauteurs du Mexique, les belles couleurs du jeune âge ne s'observent que sur les montagnes où des circonstances météorologiques exceptionnelles entretiennent des pluies constantes.

Certes, à plus juste titre quelles marais delà Nouvelle-Calédonie, cette immunité a le droit de nous surprendre, puisque tout paraît conspirer dans celte localité exceptionnelle pour rendre redoutable l'influence des marécages. Notre surprise trouve de nouvelles raisons d'être dans l'aspect d'autres lieux de ce même pays, qui, sans posséder des eaux croupissantes, empruntent à une atmosphère humide et au rapprochement du niveau de la mer l'action malfaisante qui produit les fièvres d'accès. On est dans l'habitude d'en conclure que l'altitude est un obstacle aux effets du miasme paludéen. Or, cette pensée est le résultat d'une appréciation fausse des faits. La raréfaction de l'air, bien loin de détruire les conséquences morbides des miasmes absorbés, en favorise, au contraire, le développement. Nous en avons déjà donné la preuve en disant que les habitants de

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la cote venant sur le plateau y sont atteints d'accès de fièvres intermittentes qu'ils n'auraient probablement jamais eus dans leur pays. Quelle que soit l'interprétation qu'on donne à ce phénomène, le fait prouve assez que les altitudes ne sont pas par ellesmêmes un obstacle aux effets du miasme paludéen déjà absorbé.

Il s'ensuit que, si les marais qui se trouvent sur les grandes élévations sont, sinon inoffensifs, du moins très-peu nuisibles à l'homme, c'est que les émanations morbigènes n'y sont que faiblement produites. Cette conclusion nous parait des plus rigoureuses.

Cependant, lorsque nous avons passé en revue les conditions nuisibles qui se rattachent à la vallée de Mexico, nous en avons constaté l'ensemble le plus redoutable. Mais en examinant ce sujet avec plus d'attention, il nous est facile d'y découvrir un phénomène météorologique dont nous pourrons retirer un enseignement du plus haut intérêt : c'est que, à des journées très-chaudes, à des rayons solaires trèsardents, succèdent des nuits d'une fraîcheur fort remarquable. Or, cet abaissement nocturne de température mérite d'attirer notre plus sérieuse attention. Ce phénomène ne serait, du reste, qu'imparfaitement jugé, si nous n'avions le plus grand soin de placer dans des conditions exceptionnelles les instruments destinés à nous en donner la mesure.

Il est, en effet, des modificateurs de la température dont l'influence n'est pas aisément appréciable, et

des faits météorologiques qui s'y rattachent se produisent souvent sans donner l'éveil sur leur existence. C'est ainsi que des pays où la pureté et la sécheresse de l'air sont extrêmes, facilitent un rayonnement subit des surfaces vers les espaces planétaires, rayonnement dont l'intensité nocturne peut faire périr les végétaux par la gelée, même après la journée du soleil le plus ardent. Sans arriver à ce degré facilement appréciable pour tous les yeux, ce phénomène peut se produire d'une manière occulte et maintenir la surface du sol, pendant la nuit, à une température inférieure à celle que la production du miasme rend nécessaire. Pour qu'un végétal mort donne, en effet, tous ses produits de fermentation, il est indispensable qu'un certain degré de chaleur envahisse sa propre substance et s'étende, jusqu'à un certain point, au sol sur lequel il se trouve immédiatement placé. Pour que la fermentation de ce végétal soit interrompue, altérée ou empêchée absolument, il suffit que des circonstances météorologiques ordinaires ou exceptionnelles agissent sur ses surfaces pour les refroidir au degré convenable, lors même que l'atmosphère n'accuse pas ce refroidissement. Or, c'est ce qui arrive sur les plateaux élevés du Mexique.

Nous avons fait, pour le constater, des observations thermométriques nocturnes, aux mois de mars et d'avril, sur les hauteurs de l'Anahuac, dans les environs de la ville de Puebla, à 2,200 mètres d'altitude. Un thermomètre placé horizontalement sur des surfaces bien découvertes se maintenait d'ordinaire

au-dessous de 4 degrés et descendait souvent audessous de zéro, tandis qu'un autre thermomètre placé non loin du premier, à 5 mètres du sol, ne s'éloignait guère de 10 degrés, pourvu qu'on eut le soin de lui fournir un abri convenable contre le rayonnement versles espaces planétaires. Or, nousn'ignorons pas qu'une température générale qui s'approche de zéro donne à tous les pays de marais l'innocuité dont ils ne jouissent plus aux époques chaudes de l'année. Pourquoi cette température ne produirait-elle pas le môme bienfait lorsqu'elle est accidentellement due à un phénomène qui n'agit pas, a la vérité, d'une manière générale, mais qui porte le refroidissement sur les substances dont la décomposition serait à redouter ? Et, dans le fait, nous ne saurions expliquer autrement l'immunité paludéenne qui se réalise sur le plateau central du Mexique, où elle est en rapport parfait avec la pureté du ciel et le refroidissement des surfaces pendant la nuit, indépendamment de la température du jour. Ainsi, dans les environs de Mexico, qui représentent, comme nous l'avons fait voir, le type le plus parfait d'une localité marécageuse, mais qui sont aussi le siège d'un rayonnement nocturne considérable, les fièvres intermittentes,dont l'absence n'est point absolue, n'y correspondent nullement à la température élevée des jours etaux conditions paludéennes du sol. Comme nous l'avons dit, elles y sont rares et n'y acquièrent presque jamais les degrés d'une cachexie poussée à ses dernières limites.

Mexico n'est pas l'unique localité qui ait permis de constater que l'insalubrité des marais est parfaitement indépendante des conditions hygiéniques du jour. Les assertions contraires de M. le docteur Burdel sont l'expression d'un sentiment bien plus que le résultat d'une observation exacte. D'après lui, tout le mal consiste dans une sidération d'autant plus redoutable que les rayons solaires sont plus intenses et plus verticaux. C'est là, nous dit-il, la cause essentielle de l'impaludation. Cependant l'expérience est loin d'être d'accord avec cette assertion. Personne n'ignore que les Maremmes romaines épargnent, en général, ceux qui, après y voir respiré tout le jour sous les rayons du soleil le plus ardent, gagnent, au coucher de cet astre, les hauteurs où sont situées leurs demeures ; tandis que la malaria sévit avec rigueur sur ceux qui passent la nuit, au milieu des marais, dans des cabanes dont ils ne reçoivent qu'un abri fort imparfait.

Les habitants de la Toscane vous diront partout que les bords de I'Arno sont parfaitement inoffensifs pendant que le soleil est sur l'horizon. Us placent les plus grands dangers dans les premières heures de la nuit et dans les courts instants qui accompagnent les premiers rayons de l'aurore. Et ce ne sont pas seulement les traditions déjà fort respectables du peuple qui nous font connaître ces croyances. Elles sont partagées par les médecins les plus instruits, et, tout récemment, M. T>aeehetti,professeurclistingué de Pise, noustémoignailàcel égard ses convictions profondes

Quant à notre expérience personnelle, comme nous l'avons déjà dit, elle nous autorise à proclamer l'innocuité des journées les plus chaudes dans les pays des marais. Dans l'État de Tabasco, au sud du golfe du Mexi que, nous avons vu souvent d es voyageurs poussés par leurs affaires, des jeunes gens amateurs de belles chasses, auxquelles nous-mêmes avons souvent pris part, s'exposer tout le jour aux influences d'un soleil des plus ardents, plongés dans des marécages immondes, sans en recevoir la moindre atteinte dans leur santé. Et, sur le plateau de l'Anahuac où les insolations ont des conséquences si funestes, nous ne les avons jamais vues produire des accès de fièvre intermittente sur les nombreux chasseurs qui vont passer fréquemment la journée entière au milieu des marais qui entourent la capitale du Mexique.

Nous n'ignorons pas cependant que, dans les pays chauds, on voit souvent un premier accès de fièvre débuter après une marche fatigante sous un soleil ardent. Mais personne n'ignore que les insolations prolongées ont une influence pathogénique qui peut être la cause déterminante des affections les plus variées. Nous savons, d'un autre côté, que l'incubation marématique peut exister longtemps d'une manière occulte. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que le germe paludéen, dès longtemps respiré, se développe tout à coup par l'affection qui lui est propre sous l'influence d'un soleil ardent? Mais nous croyons qu'il ne serait pas aisé de citer beaucoup de cas de fièvres intermittentes à propos d'une insolation reçue sur un

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marais par un sujet qui n'aurait passé aucune des nuits précédentes dans un pays paludéen ; tandis que nous avons souvent vu des individus être pris d'accès intermittents pour s'être exposés la nuit seulement aux émanations des marais.

La météorologie et la physique expliquent facilement qu'il en doive être ainsi. Tous les phénomènes catalytiques de fermentation, en effet, ont leurs limites extrêmes de température au-dessus et audessous desquelles ils s'éteignent nécessairement, ou s'ils continuent à se manifester en dehors de ces limites, ce ne peut être qu'à la condition de varier dans leurs produits de désagrégation organique. On aurait tort de dire, par conséquent, que, par cela même que la chaleur est nécessaire à la production du miasme paludéen, cette production sera d'autant plus forte que la température sera plus élevée. Celle-ci ne doit d'ailleurs pas être jugée dans son intensité générale, mais bien dans ce qu'elle possède de force pour les substances organiques dont nous cherchons à apprécier la décomposition. Ainsi considérée, la question de la température des objets qui sont sur le sol nous présente à étudier des éléments indépendants de la chaleur solaire. Dans les pays de marais, en effet, l'atmosphère saturée d'humidité vers ses couches inférieures se refroidit assez aussitôt que les rayons du soleil lui font défaut, pour que la vapeur d'eau condensée se dépose sous forme de liquide sur les surfaces avec lesquelles elle est en contact. Dès lors, deux phénomènes doivent être la

conséquence nécessaire de ce changement d'état; d'une part, la chaleur latente de la vapeur sera rendue libre; d'autre part, l'oxygène uni à cette vapeur qui se condense concentrera son action sur les objets qu'elle imbibe et l'exercera avec d'autant plus de vigueur, qu'il y sera puissamment secouru par l'électricité qui se produit et la chaleur qui se dégage sur place. Cette interprétation n'est pas seulement conforme aux principes de la science ; elle est pleinement confirmée par les faits les plus évidents. Dans les pays chauds et humides, en effet, il n'est pas facile de conserver intacts à l'air libre des nuits les métaux oxydables. Le fer, sous l'influence de la rosée, s'oxyde si rapidement, que les barreaux, dont l'habitude de certains pays clôt les fenêtres des habitations, tombent promptement en écailles, s'ils ne sont protégés par une couche de peinture souvent renouvelée. Gela se remarque surtout dans les localités marécageuses. Le phénomène de la formation de la rosée augmente donc l'action de l'oxygène sous la double influence de l'électricité et de la chaleur développées sur les objets par la condensation et la liquéfaction de la vapeur d:eau.

Quoi d'étonnant, alors, que la fermentation des détritus organiques soit rendue plus facile lorsque le soleil n'est plus sur l'horizon et que l'atmosphère est profondément humide ! Quoi d'étonnant, encore, que cette fermentation soit imparfaite ou nulle sous l'influence des rayons solaires ! Dans ce dernier cas, en effet, en outre que la chaleur des objets putres-

cibles peut dépasser les limites dans lesquelles le miasme des fièvres prend naissance, l'oxygène qui devrait être l'agent de cette fermentation est trop dilaté pour qu'il puisse agir avec force, et la vapeur d'eau, dont le concours est nécessaire, se dégage et s'éloigne au lieu de se concentrer sur les objets qui sont sur le sol.

Somme toute, donc : température modérément élevée se maintenant uniforme pendant la nuit, par le fait du dégagement de calorique sur la surface des objets, \enant de la vapeur qui s'y dépose en rosée ; action de l'oxygène, condensé sous cette influence et rendu plus puissant par le changement d'état de l'eau ; telles sont les conditions nécessaires au développement du miasme des fièvres intermittentes dans un pays où déjà la température générale est notablement élevée. Au-dessus et au-dessous de la chaleur nécessaire àla production de cet agentpathogénique, nous pourrons bien avoir une putréfaction vulgaire, mais nous n'aurons pas l'agent de l'impaludation.

Nous l'aurons moins encore en présence de la vive lumière et de l'action spéciale des rayons du soleil. Nous n'ignorons pas, en effet, que des observateurs d'un haut mérite affirment que l'ozone développé par la végétation brûle les effluves des marais aussitôt que le soleil paraît sur l'horizon.

Ces interprétations nous permettent de comprendre deux choses : qu'il y ait des fièvres intermittentes sans marécages, et que certains pays de marais puissent être inoffensifs.

Dans les pays tropicaux, en effet, les phénomènes de l'impaludation sont fort communs pour toutes les localités où l'atmosphère extrêmement humide dépose, la nuit, la vapeur d'eau en rosée abondante sur un sol toujours pourvu de détritus putrescibles. Pas n'est besoin pour cela du voisinage des marais, qui ne sont bons qu'à rendre le phénomène plus constant, à cause de l'humidité qu'ils augmentent et des détritus organiques qu'ils rendent plus abondants.

Lorsque, au contraire, nous voyons un pays de marais jouir de l'immunité contre les fièvres intermittentes, nous ne balançons pas à dire que la chaleur a manqué à la production du phénomène. Mais on aurait tort de croire, alors, que les chiffres qui représentent les températures moyennes des saisons puissent réellement éclairer sur les résultats qu'on doit attendre clu séjour dans les localités marécageuses. L'observation doit porter, pendant la nuit, uniquement, sur les surfaces du sol, et il faut y chercher, en même temps que la chaleur, le degré d'humidité.

Quoi qu'il en soit de la justesse des convictions que nous venons de manifester, soit que le miasme ne trouve sa raison d'être que dans une température uniforme, modérément élevée, et dans le phénomène de la vapeur d'eau atmosphérique passant à l'état liquide; soit que ce miasme, produit instable et transitoire de décomposition, ne puisse exister longtemps au contact de l'oxygène humide sous Pin-

tluence d'une température élevée et surtout sous l'action de la lumière solaire; toujours est-il que l'expérience tend à prouver l'innocuité des pays de marais pendant le jour et durant les saisons froides de l'année.

Il est donc vrai de dire que, si, d'un côté, la lumière solaire détruit l'action malfaisante des émanations paludéennes; si, d'autre part, un certain degré de chaleur est nécessaire à la formation de ces effluves, les recherches thermométriques qui se lient à cette question d'étiologie ne regardent que les heures auxquelles le soleil n'est plus sur l'horizon, et peut-être aussi les journées chaudes et nuageuses qui déposent sur le sol des vapeurs d'eau condensées. Ceci nous fait comprendre que les pays de marais dont les journées sont chaudes, le ciel trèspur et les nuits froides, avec un air sec, puissent présenter l'exemple d'une immunité parfaite contre les fièvres intermittentes. C'est probablement là le cas de la salubrité, à ce point de vue, de certaines îles de l'Océanie, et de certaines localités des Indes anglaises où le rayonnement nocturne produit de la glace après des journées brûlantes. Mais ce sont surtout les plaines élevées du Mexique qui nous permettent d'observer cette préservation avec une évidence qui entraîne la conviction. Les journées, en effet, y sont d'une température très-élevée au soleil. Le sol s'y réchauffe extrêmement, au point que le phénomène du mirage se voit presque partout sur des plaines arides et même aux abords des étangs

dans les campagnes qui s'étendent entre Guadelupe et Mexico. Si la production du miasme n'était qu'une question de température élevée, l'homme ne pourrait pas vivre dans ces localités alors perpétuellement empoisonnées.

Mais, dans ces mêmes lieux, l'atmosphère est d'une extrême pureté. Les vapeurs formées pendant le jour vont se condenser, par un courant continu, sur les montagnes qui couronnent la vallée. Aussi le rayonnement subit des surfaces vers les espaces planétaires ne trouve-t-il aucun obstacle lorsque le soleil a disparu de l'horizon. Le sol et les objets qui s'y trouvent placés se refroidissent tout à coup sans trouver un secours dans la condensation en rosée d'une vapeur qui fait défaut. En ce cas, tout manque aux détritus organiques pour entrer en fermentation : chaleur, oxygène puissant et vapeur d'eau condensée. Où le miasme pourrait-il trouver alors ses raisons d'être?

Aussi croyons-nous que les pays de marais, n'importe leur position géographique, ne pourront présenter que des cas rares d'impaludation, quelle que soit d'ailleurs l'élévation de la température pendant le jour, si l'atmosphère sèche et transparente favorise un rayonnement nocturne puissant vers les espaces planétaires. Cela est d'ailleurs si conforme à la réalité, que l'immunité paludéenne parait être en rapport parfait avec l'intensité de ce phénomène dans les pays où il est observé. Il suffit, en effet, d'amoindrir le rayonnement ou de le faire dispa-

raître sous des arbres touffus qui protègent les détritus organiques placés sous leur épais feuillage, pour produire l'impaludation sur des personnes dont le séjour se prolonge la nuit ou dans des journées sombres, sur des marais ainsi abrités. Les exemples fourmillent pour confirmer cette vérité.

Nous croyons donc être autorisé à formuler notre pensée par les propositions suivantes :

1° Le miasme paludéen n'existe pas sous l'influence de la lumière solaire vive.

2° Il est le fait d'une température modérément élevée s'exerçant sur des détritus organiques, à l'aide de l'oxygène et de la vapeur d'eau condensée pendant la nuit, après un soleil très-ardent, ou pendant des journées extrêmement humides, très-sombres et nuageuses.

3° La température qui est assez basse pour préserver de ce germe pathogénique, doit être appréciée de nuit à la surface même des détritus dont la décomposition cause les fièvres intermittentes (1).

4° Le rayonnement nocturne du sol vers les espaces planétaires peut refroidir ces détritus organiques au point de rendre leur fermentation difficile ou même impossible.

5° Par conséquent, les pays de marais, dont l'at-

(1) Nous apprenons, au moment de livrer notre manuscrit à l'impression, que les fièvres intermittentes ont été fort communes à Mexico l'été passé. Le fait est exceptionnel, et je maintiens que, s'il eût été fait des observations thermométriques la nuit, ces observations auraient donné la raison du phénomène.

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