‹ Le Mexique et l'Amérique tropicaleChapitre 6 sur 66 · VOYAGE. — GEOGRAPHIE · texte numérisé non relu

VOYAGE. — GEOGRAPHIE

d'imiter notre France aux portes de l'Equateur, n'aurait pas aussi son action marquée sur l'existence et la santé des hommes qui la respirent. J'ai lieu de me réjouir d'avoir ainsi porté mon attention sur cette étude, pleine d'un intérêt que personne ne méconnaîtra, je l'espère. Mais, sans anticiper sur les résultats de ce travail, voyons avec attention le pays qui en est l'objet.

Si vous ouvrez une mappemonde, vos regards, traversant l'Atlantique et voguant à travers les Antilles, se trouveront arrêtés, à l'ouest-sud -ouest de l'île de Cuba à 21° 30' de latitude nord, par une pointe de terre appelée cap Gatoche. C'est par cet avancement que se termine, à l'est, la République Mexicaine, vers le 89° de longitude occidentale du méridien de Paris. A partir de ce lieu, se dirigeant vers l'ouest et légèrement au sud, ce premier sol du Mexique forme une péninsule plate qui n'offre d'autre élévation que quelques collines dépassant de fort peu le niveau des mers. C'est l'État du Yucalan. Dans sa terminaison occidentale, le terrain s'élève au sud pour former le plateau de l'État de Chiapas et s'abaisse vers le nord pour commencer ce sol bas et marécageux, qui s'appelle Tabasco et se continue, en changeant de nom, jusqu'à l'isthme de Tehuantepec. De là, prenant la direction du nord-ouest et du nord, nous voyons une bande de terre s'étendre aux pieds de la Cordillère pour former la partie basse des États de Yera-Cruz et de Tamaulipas, et jeter la barrière occidentale du golfe du Mexique déjà en-

fermé au sud par les plages de Tabasco et de Yucatan. C'est sur cette côte que se trouve la ville de Vera-Cruz à 19° H' de latitude.

A propos de ce port, célèbre dans l'histoire des conquérants espagnols, plus célèbre de nos jours par la terreur que son climat inspire aux Européens, on me pardonnera un retour sur mes souvenirs de vingt années. Je veux dire les impressions qui accompagnèrent mon premier voyage et mon arrivée dans cette ville lointaine.

Ce récit est tout entier dans mon sujet, en ce qu'il montre l'état d'esprit dans lequel les émigrants s'aventurent vers ces parages qu'une réputation sinistre fait vivement redouter.

§ 2. Voyage maritime et impressions.

Je résolus de partir pour le Mexique au mois de janvier 1845. J'arrivai au Havre dans ce but. Les personnes que je vis dans cette ville s'empressèrent d'approuver l'époque dont j'avais fait choix pour mon voyage. « C'est la meilleure saison pour aller à Vera- Cruz, » me disait-on de toutes parts. Cependant le ciel était couvert, la pluie tombait froide et glacée, les vents soufflaient avec furie, et mes regards ne pouvaient se porter sans émotion sur les vagues écumantes qui venaient se briser avec fracas sur la plage. J'avais peine à comprendre que ce fût une saison du meilleur choix pour entreprendre une traversée maritime. Mes doutes ne tardèrent pas à se dissiper par l'explication du capitaine qui devait

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