‹ Le Mexique et l'intervention européenneChapitre 18 sur 59 · DOCUMENT INTERESSANT · texte numérisé non relu

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RELA TION de ce qui sfest ptissê dans la conférence tenue le 10 tnai 1860, dans le local de la légation britannique^ entre les Représentons de T Equateur^ de la France^ de là Grande Bretagne et de la Prusse, sur rinvit€Uion de AT. Neri del Barrio, Ministre plénipotentiaire de la République de CruatemcUa et doyen du corps diplomatique.

" Les mimstres d-desBus nommés après s'être communiqués ré- ^proquAment la lettre circulaire et le décret du président intérimaire D. Félix Zuloaga, portant l'un et l'autre la date du 9 mai 1860, et «roir constaté Paothenticilé de ces deux doeumens :

Considérant. • . • • • 1.*

*^ Le décret rendu le 29 janTÎer 1858 par M. Félix Zuloaga, président intérimaire; le quel décret contient un article 2*« ainsi conçu :

Article 2. Le Président delà République à la faculté de nontr mer un Président substitut^ gui le suppléera pendant ses absences temporelles.

Considérant. • . • . • 2.^

*^ Le décret rendu le SI janvier 1859; par le m^e Félix Zuloaga, président de la République mexicaine, en vertu du quel il a nommé H. Miguel Miramon en qualité de son substitut:

" S. E. M Miguel Miramon, général de division est nommé Président substitut de la République,

Considérant. 8.*

'' Le décret en date du 9 du présent mois de mai de 1860, par le

quel M. le Président întérîmaîre a retiré à son substitué, M. Mîgneï Miramon, les fonctions qu'il lui avait déléguées par son décret du 31 janvier 1859.

" Article unique. /R E. le gênërcd de division D. Miguel Miramon cesse, dès ce jour, de remplir les fonctions attachées à sa qualité de Président substitut. En conséquence je reprends le comr mandement suprén^e de la République.

" Considérant enfin que par suite de l'enlèvement de S. E. M. le Président intérimaire de la République, exécuté hier au soir^ par son substitut, M. Miguel Miramon, il n'y a pas de gouvernement légitimement constitué; les Beprésentans étrangers sus énoiicés ont résolu de se maintenir dans une situation expectante, et d'attendre les événemens ultérieurs, afin de protéger ofScieusement contre les abus de pouvoir des autorités locales, les intérêts, la personne et les propriétés de leurs ^tionauz.

" Signé: George B. Mathews. — F. N. del Barrio.-^E. de Wagner. — Francisco de P. Pastor. — A. de La LoTideJ'

Pendant ce temps M. Miramon cheminait avec sa victime sur la route de Guadalajara; de cette ville il la ramena avec lui à Guanajua* to, et delà à Léon, où elle disparut, dans la matinée du 3 août, sans que, pendant près de six mois, on ait pu savoir ce qu'elle était devenue.

Le fecétieux substitut s'était précipité dans les hasards de cette dernière aventure avec tout l'entrain d'un écolier mal élevé gui croitjouer une bonne farce à %n individu parceque ce dernier lui semble ridicule; mais dégrisé par cette fuite, il réfléchit & l'influence que pourrait exercer cette disparition sur ses propres intérêts dans le ca9 où M. Zuloaga^ irrité comme de raison du traitement que lui avaient fait subir des hommes qui n'étaient rien que par lui, irait faire amende honorable auprès de ceux Yéracruz, ou, tout au moins^ lèverait une bannière au sein même des prétendus défenseurs de l'ordre, pour l'opposer à ceux qui régnaient d'une manière si étrange à Mexico; et justement inquiet des complications qui pourraient surgir dans l'un ou l'autre cas, il pensa qu'il était nécessaire de faire reconnaître, au moins pour la

forme, le pouvoir dont il s'était emparé avec si peu de façon, et dans ce bat, il manda à son factotum, le général Antonio Corona, de recueillir, à ce sujet, les votes soldés d'avance, de ce (j[u'il appelait majestneuseurent son Conseil d'Etat.

M. Corona exécuta sa consigne avec toute l'exactitude qui convient à un soldat bien stylé. H réunit le sus dit Conseil, et adressa, le 4 août, le lettre suivante à son président.

Minisiire d^Etat et de. V Intérieur.

" Excellence :

^' S. E. M. le Président substitué de la République a fait savoir officiellement au gouvernement, par une note en date du 3 de ce mois, que M. le général Félix Zuloaga a disparu de la ville de Léon, dans la matinëe du même jour, sans qu'on ait encore découvert le lieu de sa retraite. •

" Le Gouvernement Suprême voulant procéder dans cette grave droonstance avee toute la mesure et la promptitude que réclame le maintien de l'ordre public, s'adresse à Y. E., pour qu'elle veuille bien réunir le Conseil d'Etat en séance permanente, et l'inviter à donner immédiatement son avis sur ce qu'il convient de faire pour parer aux difficultés qui peuvent surgir de la disparition inattendue du dit général.

" Le Gouvernement Suprême convaincu du- zèle et du patriotisme éprouvé du Conseil, espère qu'il voudra bien lui transmettre]sa haute opinion sans perte de temps.

" Dieu et Loi. Mexico le 4 août 1860, "*

" Signé, CoRONA.

" A S. R M. le Président du Conseil d'Etat. »

Le prétendu Conseil d'Etat après avoir établi dans sa réponse que le gouvernement ne lui demandait expressément son opinion, ni sur la disparUtofi de M. Zaloaga, ni sur le caractère de ce fait impré- 1% ni sur les titres en vertu des qitels M, Miramen exerçait Pau-

toriië suprême, ce qui indiquait de sa part Pidée bien arrêtée de tourner le point culminant de la diificulté, en gardant le silence sur l'origine même de cette autorité, n'hésitait pas cependant à condamner de la manière la plus explicite la conduite tenue le 17 décembre 1857 par M. Gomonfort et les auteurs du coup d'Etat, en disant que: Dans le cas où M. Zuloaga se présenterait pour défenSre une cause différente de celle que lui confia la nation (il voulait sans doute dire la réaction) en 1858, ses titres de président intérimaire seraient, par le fait mém£ de sa prévarication, annulés et de nul effet; parce* qu^on ne peut pas supposer que la nation (il faut toujours lire la réaction) Pautorise à se servir, pour P établissement de la tyrannie, du pouvoir qtûelle lui conféra pour s'en affranchir.

Puis après avoir dit en passant, et seulement pour montrer combien il était digne de la confiance de celui qui le consultait, que les titres de M. Miramon à Pautorité souveraine reposaient sur des droits différens d^ceux que lui conféraient le décret du Zl janvier 1859, il terminait par des expressions dont l'emphase ridicule, nous rappelle encore en ce moment, tout ce que nous avons lu de plus pitoyable en ce genre dans les adresses votées par les corps délibérana aux têtes couronnées.

Voici du reste cette pièce, véritable modèle de bassesse, et qui était d'autant plus infâme que ceux qui la souscrivirent, ne croyaient pas un mot de ce qu'ils y disaient

CùnseU dfEtai.

<< Exc^

ence:

" Le Conseil d'Etat, dans sa séance d'hier, a approuvé la résolution suivante:

'' Excellence: C'est un cas très grave que celui qui est soumis à notre délibération et sur le quel le Grouvemement demande notre avis dans sa note officielle de ce jour. H s'agit d'une difficulté occasionnée par la disparition du général Félix Zuloaga du quartier général de S. E. M. le Président de la République. Quelque difficile et compli* quée que soit la situation d'un gouvernement ou d'une nation, il n'est

ftneon péril qni De puisse être écarté par la fidélité aux principes fondamentaux de l'ordre social et par une volonté ferme de les faire respecter. C'est donc snr les principes de droit public et sur l'évidence des faits que s'appuie aujourd'hui la commission pour conseiller au Cfouvemement Suprême la conduite qu'il lui convient de suivre pour parer aux difficultés que peut faire naître la disparition inatten< due de M. Zuloaga.

'^ Nous devons répondre à la consultation qui nous est adressée: le Gouvernement Suprême ne nous demande expressément notre opinion ni sur la disparition de M. Zuloaga, ni sur le caractère de ce fait imprévu, ni sur les titres de souveraineté dont est revêtu S. E. M. le général Miramon. Il se borne à nous demander, d'une manière générale, quelles mesures il convient de prendre pour surmonter les di£5eultés qui peuvent se présenter.— -Mais quelles sont ces difficultés? D'après la manière de voir de la commission, elles peuvent être de deux sortes. Il pourrait arriver que M. Zuloaga se ^présentât sur un point du territoire et abrogeât le décret du 81 janvier 1859 où il est dit: '' Le Président substitué de la République est le général Miramon!^ Il pourrait aussi se &ire qu'il s'éloignât de la République, ou se trouvftt, pour toute autre cause, empêché d'exercer le pouvoir présidentiel. Dans le premier cas, il se présente deux éventualités: M. Zuloaga peut s'unir aus ennemis du gouvernement soit en arborant un nouveau drapeau opposé aux principes catholiques et d'ordre proclamés par la réaction de Tacubaya, soit en conservant le progranmie que défend le Gouvernement Suprême avec le titre de Président intérimaire ou en nommant un président substitué pour défendre la cause du gouvernement national ou toute autre cause. Il peut arriver en second lieu, que M. Zuloaga disparaisse complètement ou qu'il sorte de la République; ces deux derniers cas sont les plus éloignés. — De tout cela, Excellence, ressort cette question: Cet état de choses abolit-il, amoindrit-il, affaiblit-il l'autorité suprême de S. E. M. le général Mi» ramon? La commission sur tous les points de ce délicat problème affirme le contnure. Les motifs snr les quels elle fonde son opinion seront indiqués dtos sa résolution et expliqués dans la discussion.

^ Dans le cas où M. Zuloaga se présenterait pour défendre une cause différente de celle que lui confia la nation en 1858, ses titres de président intérimaire seraient^ par le fait même de sa prévarication,

annulés et de nul effet; parce qu'on ne peut pas supposer que la nation l'autorise à se servir, pour l'établissement de la tyrannie, du pouvoir qu'elle lui conféra pour s'en aS'ranchir. Dans le cas oà M. Zaloaga abrogerait le décret du 31 janvier 1859 qui nomme Président substitué S. E; M. le général Miramon, le conseil ferait connaître son opinion; quant à la commission elle déclare à ce^ujet que, pour le maintien de l'ordre public et le triomphe de la grande x^use catholique et sociale que défend le gouvernement suprême, aussi bien que pour le respect dû aux lois constitutives et divines des nations et pour la raison suprême du salut de la République, on ne devrait aucune obéissance à un pareil décret d'abrogation qui produirait des résultats redoutables et funestes à la République mexicaine. TeUe serait encore l'opinion de la commission si M. Zuloaga venait à nommer un autre Président substitué, ce qui augmenterait la discorde, les périls, le désordre, l'anarchie, la faiblesse et les désastres de la République. Si ces éventualités se réalisaient et que la commission fût alors consultée, elle donnerait son avis sur chacun de ces points, elle proposerait une conduite â suivre et des lois adaptées aux circonst|i,nces; mais en attendant, la commission pense que dans ces ocurrences, comme dans le cas où M. Zuloaga cesserait de fait d'exercer la présidence, S. E. M. le général Miramon doit continuer à marcher d'un pas ferme dans la voie de la restauration, sans aucune restriction de pouvoir, parce que ses titres à l'autorité souveraine reposent sur d'autres droits que ceux que lui confère le décret du 31 janvier 1859; sur la reconnaissance de toutes les classes de la société, sur la sanction de la République, sur l^ppui unanime de la force armée, sur son zèle et sa loyauté à défendre les bons principes.

" Lorsqu'il s'agit de discuter et résoudre dans un pays comme le Mexique, la question de légitimité du pouvoir suprême, il importe de ne pas oublier ce qu'est la République, ce qu'est son droit public, ce qu'est sa situation actuelle. En passant par toutes sortes de révolutions et de formes de goi;ivernement, le Mexique a vu s'écrouler pour ainsi dire jour par jour les anciens titres de légitimité et les traditions de bon gouvernement; il n'a pas de dynastie régnante, ni de constitution établie. La République ne reconnaît d'autres titres de légitimité que l'assentiment et la reconnaissance de tous; entant toutefois que ces titres sont prouvés par l'évidenoe des faits et fondés sur l'observation de la loi morale qui régit les peuples dans la c<Histitution naturelle de

FEtat Bi BOUS comparons tes ùâiB d'acceptation, de reconnaissance ei d'obéissance sur lesquels repose Vautoritô de M. Miramon, à ceux qui donnaient un caractère de légalité k l'autorité des autres Présidena de la République, nous n'apercevrons aucune différence essentielle. Tout ce qu'on pourrait dire aujourd'hui contre l'autorité légiti* me do M. Miraraonf s'applique aussi à l'autorité des présidons, sea predéoeeears au pouvoir, et de M. Zuloaga lui-même.

•* Le décret du 31 janvier 1859, en vertu duquel M. Mîramon est entré à la Présidence n'est pas le seul titre qu'il possède à conserver le pouvoir. La nomination de M. Miramori comme Président substitué fut une conséquence de la nécessité reconnue par tout le monde de retirer à M. Zuloaga l'exercice de l'autoritë suprême; et la préférence qui porta M. Miramon au pouvoir fut le résultat des conseils inspirés par les circonstances à la partie saine de l'opinion publique. Si ces principes ne sont pas observés, si la volonté de M. Zuloaga est mise au dessus des vœux du pays, c'en est fait des formules essentielles de tout gouvernement, des lois humaines conformes aux principes immuables du droit social, et nous tombons dans cette situation absurde où la volonté d'un seul homme pourrait disposer arbitraire-' ment du gouvernement et des destinées du pays.

" Dans lea hautes questions d'Etat, les lois immuables do droit dea gens doivent être seules obéîes. Les règles de légalité observées dena l'administration de la justice ne sauraient s'appliquer qu'aux affaires privées; dana cette sphère, les dommages personnels sont réparablee» et les abus privés eontenus par le pouvoir public. La commission n'hé^ site pas il affirmer que l'autorité de S. £. M. Miramon est aussi lé^ j^time, aussi étendue, aussi solidement établie qu'auj^ravant. ISe seraitree pas une calamité publique, et ne serions-nous pas bien ooupablés, si nous laissant arrêter par des arguties de lé^ste, noux expri* miens des vues tendant à frapper de mort les gr^inds intérêts, terriblement menacés de la République, de l'autorité, de la famille, de l'ordre, de la propriété et d'une liberté bien entendue! La commission juge que le salut de l'Etat passe avant ses lois; que les lois sont faites pour la nation, et non la nation pour les lois; qu'il faut d'abord exister vrant de s'occuper du mode d'existence; et qu'enfin il vaut mieu^ gar^ der intacts les préceptes étemels de la Divinité et de la nature que des

lois hnmsânes sujettes aux réyolutions. Toutefois, dans la situation actuelle, nous n'ayons pas à choisir entre la ruine de la nation et la violation d'une loi publique. C'est une situation exceptionnelle. Nous n*ayons pas, Excellence, un code complet de droit publie» la Béyolution les ayant détruits les uns après les autres. Nous n'avons que la loi du 27 janvier 1859, et cette loi n'a pas prêvu^e cas qui nous occupe. Elle suppose seulement un président intérimaire, ayant été promulguée avant celle du 29 du même mois qui attribue au président la faculté de nommer un substitut. Le Président substitué n'était pas encore nommé, comme il le fut plus tard par le décret du 31 janvier. Le décret du' 27 janvier suppose la République privée de cbe£ Tel n'est pas le cas en ce moment. En effet, il est vrai que M. le Président Félix Zuloaga fait défaut, mais S. E. M. le Président Miguel Miramon est U. Eh quoi! ce dernier cesserait d'être, par la seule raison que l'autre fait défaut? Non, cela ne saurait être, c'est là ce qu^aucune loi ne déclare, ce qu'aucun principe n'établit, ce qu'aucun intérêt vital ne demande. Au contraire, la nécessité, les conve< nances politiques, les principes, les lois elles-mêmes exigent que S. E. M. Miramon continue à gouverner, comme par le passé, en sa qualité de président légitime et reconnu, indépendamment du sort, des desseins, des faitsjet gestes ou des déclarations de M. Zuloaga. Celui-ci a pu nommer un substitut, mais il ne saurait le révoquer â son gré, comme si la souveraineté de l'Etat était matière à litige. M. Zu« loaga n'est pas le chef d'une dynastie et la nation n'a jamais entendu lui conférer le pouvoir de désigner arbitrairement une série de cheft miprêmes de la République. Un roi peut abdiquer en faveur de l'héritier de la couronne, mais peut-il révoquer son abdicati<»i3 C'est U une question de droit public: mais lorsque la révolution gronde de toutes parts, nous n'avons pas le droit de nous arrêter à des discussions académiques, et de mettre en péril les plus chers intérêts de la nation. En conséquence, la commission soumet aux délibérations de y. E. la proposition suivante:

'' n sera déclaré au Gouvernement Suprême que, dans Fopinion du Conseil, S. E. M. le général Miguel Miramon doit continuer à exercer le pouvoir suprême de la République, en ra qualité de Président légitime, remplissant, et ayant rempli ces fonctions depuis le 81 janvîer 1869.

^ J'ai l'honneur d'adresser à Y. E« la présente communication, en réponse ft sa note en date d'hier.

^ Dieu et loi. Mexico 7 août 1860.

^ Signé Manuel Labrainzar^

'* A S. E. M, le Ministre de L'Intérieur."

Mr. Corona s'empressa de &ire connaître à M. MIramon, l'opinion de son fidèle conseil; et certain alors du résultat qu'il ambitionnait, le facétieux général pensa qu'il serait peut-être bon de donner une suite à la saynète du mois de janvier 1859. En conséquence, il adressa sa démission au président de la cour suprême par acte daté de Silao, le 9 août 1860; et joignit, dans sa réponse au conseil d'Etat, le persifla* ge au mépris que lui inspirait sans doute ces âmes vendues, en stigmatisant de la manière la plus énergique les malheurs que l'insubordination des chefs militaires avût jusqu'alors attirés sur le Mexique, libre ainsi de tout souci, il livra le lendemain 10, la bataille de Silao. Il 7 fut honteusement battu et s'enfuit avec tant de rapidité qu'il en apporta lui-même la nouvelle à Mexico, le 12 du même mois.

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