SÉNAT ESPAGNOL
discussion du 17 novembre 1861.
M. Pacheco. — Le Ministre me disait avant hier : " Tu es arrivé au ^ Mexique, et tu as rencontré cette répuhlique dans une situation vé- '* ritahlement extraordinaire. Le président intérimaire Zuloaga avait ^^ délégué l'autorité à M. Miramon en le d(fc1arant son subtitué : de- " puis celui-ci avait fait disparaître le président intérimaire, et le *^ corps diplomatique avait déclaré qu'il n'y avait pas de gouverne- " ment. Dans cette situation tu ne devais reconnaître personne, et '^ cependant tu as présenté tes lettres de créance à Miramon." Ce reproche, Messieurs, demande quelques mots d'explication, et le sénat me permettra d'y répondre aussi brièvement que possible.
*^ Le gënëi^l Zdoaga était efiecliTemetit }))ré8ident îniériitiau^ éè la République mexicaine; et il avait été rétabli éÈiîm ce poste par lé général Miram<m après le pronanoiatae&tè de Bobledi^Il romlut alors Fabanâonner, mais Miramon refusa de Vaceepter ailtrenletit que pair délégation ; et Zuloaga le lui délégua dans la crainte de "mr surgit de nouveaux plans circonstance très-ordinaire dans ce pays.
^* Cependant dix huit mois après, ce même Zuloaga voulut reprendre le pouvoir et un jour, sans forces pour l'appuyer, il fit poser aux coins des rues de Mexico, une affiche par la quelle il faisait savoir au corps diplomatique quHl réassumttêi le caÊnmandenient.
" Miramon blessé, à tort ou à raison, de ce procédé, se rendit chez Zuloaga^ le fit prisonnier^ et le conduisit en campagne avec lui. Le corps diplomatique se réunit, et déclara qu^il i\!y avait plus de gouvernement a Mexico, fhais que étendant Up demeurerait pour à^entendre, en oasde besoin^ avec les auiorités locales.
'< Je ne fus pas le pteihier i rendre compte de ces fait au gouver^ Dément, car, à mon arrivée, on les lui avait déjà fkit connaître au moyen de dépêches qui partirent à la fin de mai. J'arrivai en ce pays le mois suivant, et y trouvai, non pas tm, mais trois pi-ésidens distincts. — Le premier, Zuloaga avait aspiré & reprendre le pouvoir et n'avait pas réussi ; — le second, Miramon, continuait à la tête des af foires — et le troisième, Juarez, établi a Yéracrue, faisait la guerre ft Miramon '.
" Le grouvernement prétend " que j'aurais dû reconnaître Zuloa- " ga et lui présenter mes lettres de créance, ou ne les remettre à per- " sonne." Ils éÈt, Messieurs, bien facile de parler ainsi dans cette assemblée ; mais je ne sais comment s'y serait pris M. le Ministre pour agir ainsi au Mexique, puisque Zuloaga se trouvait à près de !200 lienes de la capitale. Je ne pouvais que m'abstenirj et c'est en effet ce que je fis pour le moment, car, arrivé le 23 juin, je ne présentait mes lettres de créance que le 22 août.
1 L'hoAomble ambassadear se trompe ici du tout au tout. Ce n'était pas M» JttArez qui s'était insurgé contre Miramon ; mais Miramon qui avait pris les armes contro la eonfttitufion de 1857 et qui continuait contre le pacte fdndamental Pinauneetioa conmcncév le 17 déeembre 1807 ave« l'aide dé M< CknNnfort
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" Le gomT^rnement a eonati tout oe qui s'était f»a8«é-au ïlexiqni^ d'abord par lee dépéches'de Ototre oonsul, M» Th. Eaealentê, puis par les miennes, et eette feki je le prérenam de koondaite que j'allais te» nir. Cependant je n'ai connu son opinion à ce sujet que par les re* proches qui m'ont été adressés avant hier, attendu quil ne m'a jamais répondu.
* Je puis m'être trompé, je l'avoue, mais je prie le sénat de ne point oublier que le gouvernement avait été prévenu et par le consul et par moi.
" Je parlai avec tous les membres du corps diplomatique ; tous, à l'exception du chargé d'affaires anglais, qui faisait une opposition personnelle à Miramon, me dirent qu'il n'y avait de gouvernement possible dans la République qu'avec Juarez ou Miramon; et que si, à Parrivée de ce dernier, ou légalisait sa situation eu le nommant président cPune manière qui fût rtiexicainemerU légale^ ils le reconnaîtrient ^ Je dit mexicainemen légale^ et il ne faut pas vous en étonner, car dans un pays qui a eu 55 gouvernemens en 40 ans, je ne saurais dire, en vérité, où se trouve la légalité *.
" D'autre part, il m'était impossible de reconnattre M. Juarez. Le Ministre d'Etat sachant parfaitement qu'il y avait deux gouvermens dififérens à Mexico, m'avait donné pour instructions de ne reconnaître que celui qui avait accepté le traité signé avec VEspagîte. Or, M. Juarez refusait de reconnaître le traité Mon-Almonté ; donc il m'était impossible de lui présenter mes lettres de créance. •
" Mais, ajoute le gouvernement, quand Miramon ^vint il avait été battu, et les autres membres du corps diplomatique ne voulurent pas
1 M. Pacheeo ne dit pas ici la Térrté,car après la nomination de Miramon par Im prétendus notables^ le ministre de Prusse ne ie reeomiat pas plasqae le oharg'd d'aiTaîres dû goavemcmeAt anglais, et ce fut luî«Béme qui pHtendit le recdmrdtre aa nom de la Fnmceyqai ne lui avait certes pas doaa6 raipsion à cet effet.
3 L'ambassadeur oubliait, en parlant du Mexique, que le système des pronun*
ciamentos avaient été apporté ici par des espag;noIs> et que depuis la mort de Fer-
dinand VI(, c'est-à-dire pendant les 27 années du règne d'Isaj^elle II, l'Espagne
a vu se succéder 47 présidens du conseil des ministres, ce qui fait, si nous ne liou^
rompons, 47 pronunciamentos contre le pouvoir existant.
le reconnattre ^ La première partie de ce reprocbe est vraie ; il avait été battu à Silao, sa position était cofnpromise; mais il n'avait pas entièrement perdu conrage, et ses ennemis étaient peu nombreux.
" Maintenant, je me trouvais en présence d!un homme qui avaU signé un traité avec F Espagne; en présence Wun homme que je tuais moralemerU si je ne lui présentais pas immédiatement mes lettres de créance^ et je le tuais au profit de M^ Juarez qui refusait de reconnaître les traités célébrés avec nous : que fallait il jGûre? — Il est facile de répondre ici ; il ne &llait rien faire ; il fallait s'abstenir. — L4 les circonstances étaient autres; elles étaient impérieuses; il fallait se décider: Je reconnus le Général Miramon !"
On vait que la relation de M. Pacheco ne diffère de la nôtre que par les détails. Le fond en est exactement le même, et comme nous il admet également qu'il n'a reconnu le général Miramon que pour sauver du naufrage le fameux traité Mon-Almonté.