CHUTE DE LA RÉACTION
RBNyOI DE M. PACHECO. — CONDUrTE DE M. DE SALIGNT.
Le yol dont nous yenons d'entretenir nos lecteurs, ayait été, comme on la yu, accompagné de toutes les circonstances aggravantes de yiolenoe et de préméditation. Ce fut le dernier aete public de l'administration de 11 Miramon. Un mois après, c'est-A-^Ure le 22 décembre^ il fuyait honteusement, pour la seconde fois, devant les forces libérales commandées par M. Gonsalei Ortéga, et se trouvait obligé d'aller mendier la protection de ces mêmes étrangers dont il s'était plu à fidre ses victimes pendant tout le temps qu'il était resté an pouvoir.
L'armée constitutionnellei victmeusedans les champs de Calpnlsl-
pam, arrÎTa jusqu'à Mexico sans tirer un seul coup de fusil; M. le Président Juarez y fit son entrée le 11 janvier 1861, et le lendemain 12, Tambassadenr d'Espagne, en compagnie de M. Luis Clémenti, ar« chevdque in partibus de Damas et nonce du pape; de M. Felipe Neri del Barrio^ M^istre de Guatemala, et de M. Francisco de P. Pas* tor. Ministre de l'Equateur, reçut l'ordre de sortir le plus proptement possible de la République, pour s'y être montré dans sa conduite, ennemi déclaré du gouvernement légitimé et des institutions libérales.
Ce renvoi nécessité par les circonstances et justifié par la conduite des individus dont il s'agit, était d'ailleurs entièrement confiNrmeà la doctrine admise en pareil cas par le droit des gens, et à ce que nous avons nous-même dit, page 21 de ce volume, des droits que conserve chaque gouvernement à l'égard des ambassadeurs et ministres accrédités près de lui: car, il est évident, que si le gouvernement peut, dans certains cas, refuser l'entrée de son pays à un agent étranger, uniquement parceque cet agent lui est suspect, à plus forte raison il doit avoir le droit de le renvoyer de chez lui quand sa conduite a changé en certitude la suspicion dont il était l'objet Cependant l'Espagne a cru pouvoir faire du renvoi de son ambassadeur un des ses griefii con* tre la République, et pour ce motif nous ne saurions non plus le passer inaperçu.
Les anciens avaient coutume d'exprimer leur sentimens sur la différence qui existe encore de nos jours entre les forts et les faibles par cette prhase toute empreinte de l'orgueil patricien: De minimis non curât prœtor, — " Le préteur ne s'occupe pas des malheureux"— Eh bien! les choses se passèrent de la même manière dans la question dont nous nous occupons. Personne ne s'intéressa anreni^ dunonce du papCi ni à celui du ministre de Guatemala; mais il n'en fut pas de même de M. Pacheco. Celui-ci protesta avant départir, non pas contre l'ordre qui lui enjoignait de sortir de la République dans le temps strictement néces* saire pour faire ses préparatifs de voyage; mais contre un simple oubli d'étiquette en disant: "qu'il n'était pas venu au Mexique comme simple ^' particulier, mais en qualité d'ambassadeur de la reine d'Espagne, " ainsi que cela résultait des archives conservées au palais, et qu'en ^ conséquence, les communications qui lui étaient personnellement *^ adressées devaient porter sur leur suscription sa qualité d'ambas- " sadeur de la sus dite reine."
' Kbns n'ahrièns eertecT'piafl relevé une ehose d^nsri peti d'ittiportsncé| si M. Pacheco lin-inéitie n'aVâit pss renotiyelé sa proteètatian dc^ Tatit le crénat dé son pays, et si derrière une ptétbntion qui ne parait' dMiorâ que rididde, on lïe Ttiyait poindre nne qtieâtion bien' autre^ mtont impétteâi^ nous vonlotûs parler- dé la- sonreiiLineté même dtt P«3fB-
ih etfet, cd M; Paoheco a' été envoyé' au Mecque en qualité d'ambassadeur, il a dû être accrédité auprès du gouvernement légitimé de là-République, et non auprèa d'une faction qui j. temporairementmaitresse de là capitale, ne pouvait cependant én^ticune mamère-représenter le pajs aux Teûx* de l'étranger.
Le gouvernement légitime^ issu dé h cônlstitution de 1857, était momentanément établi à Yéraeruz; c'était donc à' ce gbuTememèxit; qttHl' devait présenter ses lettres de créance.
M; PachéCb, libre de' ses actions, a préféré les reta&etb'e au chef dé' la* fiictidn Itbeitiéidé' qui; depuis trois ans, convint le pays de san^ et dé rtdtiés. Dé ce jouk', il abdiquait voloniairenient sa qualité d^ambtUttadéuk' pbiilt ie hÎM lùÉthiMit de pairti, et lious lioua serîoiiB feirt étonné, si quelque chose avait pu encore nous étonner, en voyant l'Espagne fidre de son expulsion un grief) et lui-même réclamer avec tattt d'instance une qualification qui ne pouvait sérieusement lui être dûé; que daiid lé caâ où" il a'ùitit tàii wAe d'ambassadeur en pré^enta&t efeé lettres^ de oréanée alu' géùVememeM légitimé du pays.
Klais, dii^t-on; î/t. Pachécb était accrédité près des autorités' émanées du plan de Tftubaya, autorités reconnues dès le prii^cipe par M. dé Gàbriac, alors chargé des allfaiïeâ de l'Espa'ghé, et q^,* pour ce motif,) représentaient auxyeuxdu gouve^ement de larei^e, la seule autorité lé^time du pays.
L'autorité légitime,' qVest-ce à dire? — ^Lsr reébnuaissance de M.ile Gabriac aurait donc suffi pour constituer en faveur dea Tacubaystcs xsDé légitimité qui n'aurait pas exùsté sans elle? — Alors, pour être octtséquent avec une pareille doctrine, il faudrait établir, à priori, que la souveraineté de la République réside en &it dans les repréeentans étrangers qui peuvent, au gré de leurs caprices, et quelque-^
fois de leura intérêts, transfl'rer cette Kgîtimité au parti qu'ils désJ» rent favoriser, et parmi les absurdités de toute sorte que nous avons entendu soutenir depuis cinq ans à Toccasion du coup d'Etat^ il faut avouer que rien n'approche de celle-là.
Avant, pendant, comme après le succès de l'insurrection clérioa-militaire des 17 décembre 1857-11 janvier 1858, le gouvernement établi par la constitution était le seul gouvernement légitime. Ce gou* Temement, ainsique nous Pavons déjà dit plusieurs fois, n'a jamais cessé de remplir ses devoirs tant envers le pays, qu'envers les gour Ternemens étrangers, et M. Pacheco, en venant par sa reconnaissance aussi intempestive que ridicule, protester, lui étranger, contre une souveraineté que s'imposait par sa seule puissance et qu'il aurait dft tout d'abord reconnaître, perdait par ce seul &it les droits et les hnmunités attachés au rang dont il avait été revêtu par sa souveraine»
Il était aux yeux du gouvernement légitime comme s'il n'avait jar' mais existé.
Cette dernière phrase pouvait encore, mais pour d'autres moti^ s'appliquer au nouveau ministre de France, M. Dubois de Salignj.
Pendant, en effet, que le premier, voulant à toute force se cendre utile, prétendait faire accepter au gouvernement constitutionnel leé services qu'il était venu offrir au parti réactionnaire; l'autre, arrivé seulement à Mexico depuis le 12 déceipbre, et dont le nom, fort heureusement pour lui, était pur de tous ces tripotages qui rendaient aussi profond»^ment impopulaire celui de M. Pacheco, attendait prudemment dans l'ombre ce qui adviendrait du parti conservateur auprès du quel il avait été lui-même accrédité par un office daté de Fontainebleau le 28 juin 1860: et pour ne pas être une déclaration positive de guerre, son silence, dans les circonstances où l'on se trouvait, n^n* était pas moins significatif.
C'était, pourtant, le cas de mettre en pratique, ne fut-ce que pour justifier par une reconnaissance obligatoire la conduite tenue le 2% janvier 1858 par M. de Gabriac, cette fameuse théorie de reconnaître, quand même, le gouvernement maître de la capitale; mais les journaux avaient beau harce'er M. de Saligny, celui-ci se plaisait dans
on silence, qui, disait-il, lui était imposé par les circonstances, et lais* fait le champ libre aux faits et à l'appréciation des nouvellistes dont les uns prétendaient que le ministre de France voulait faire payer sa reconnaissance au gouvernement ^ , tandisque les autres * allaient jusqu'à douter qu'il fut réellement acrédité près du gouvernement mexicain. •
Cet état de choses dura jusqu'au milieu du mois de février, époque à la quelle il donna tout- à-coup signe de vie, et voici à quelle occasion. -
Le gouvernement avait de bonnes raisons de soupçonner l'abbesse de la Conception d'avoir caché tout ou partie des valeurs précieuses de son couvent dans la maison-mère des sœurs de charité. II ordonna, en conséquence, à M. le général Yalle, d'j faire des recherches, et celui-ci en confia la direction à M. le colonel Réfugio Gonzalez. Celui-ci se mit aussitôt à l'œuvre, et découvrit presque immédiatement une somme de 41,600 piastres,— 215,000 francs environ, — cachée dans un conduit pratiqué sous la niche numéro 17 du panthéon qui se trouve dans cet établissement.
Les religieuses prétendirent d'abord que cet argent appartenait k madame Ferez Galvez; mais s'apercevant bientôt de l'impossibilité de soutenir ce mensonge officieux, elles se hâtèrent d'ajouter qu'elles n'en étaient cependant pas bien sûres, et qu'il leur était impossible de désigner au juste à qui il appartenait.
Dans la soirée on trouva encore dans des caisses déposées dans les appartemens, une couronne, des chandeliers, des vases, des plats, le tout en or ou en a^ent massif, et mis en dépôt dans cette maison, floit comme on le supposait généralement par l'abbesse de la Conception, soit par des prêtres qui avaient dépouillé les églises, et espéraient i^tiliser ces objets volés pour leur service personnel, ou pour provoquer le zèle mercenaire des amateurs de pronunciamentos.
Ici se pose cette question: Le gouvernement avait-il. oui ou non, le droit de faire opérer les perquisitions dont il s'agit?
1 Le Mùvimiento du 2 février 1861.
% Le CoA9tt/«ci<mai du £8 janvier.
i^Ad
Nous n'hésitons pas h répondre par l'affirmative. Cette communauté comme toutes les autres congrégations religieuses était uoiquement dirigée par les ordres, ou, si Von aime mieux, par les avis du clergé. Dans un moment oix les intrigues cléricales étaient très-actives, où Marquez et Zuloaga, cela nVtait un mystère pour personne, recevaient de Mexico des subsides et des informations journalières, la maison des sœurs de Saint Vincent de Paul pouvait devenir, même à l'insu des bonnes sœurs qui ^habitaient, un lieu de recel, de refuge ou de dépôt, en un mot le point de départ des correspondances et des menées du clergé. Dès lors il est évident qu'en vertu du droit qui nous possédons tous, les gouvememens aussi bien que les individus, de veiller à notre sûreté, le ministère pouvait surveiller les actes justement suspects des chefs de l'église, et en suivre les traces jusqu'au milieu de l'enceinte où vivaient réunies les sœurs de charité.
Ce fut cependant le moment que choisit M. de Saligny pour sortir du silence caractéristique qu'il avait gardé jusqu'alors, et la manière dont il s'y prit indique une coKre concentrée dont il nous serait impossible de comprendre les motifs, à moins de supposer quelques exigences antérieures de sa part, aux quelles le gouvernement avait refusé de se prêter.
Voici la lettre sur papier libre, et non la note, qu'il adressa à ce sujet à M. Francisco Zarco, alors ministre des relations extérieures.
*• Mon chez Monsieur :
" Votre gouvernement Ort-U donc résolu de me pjusser à bout et de se brouiller avec la France ? Je dois le croire en le voyant persister dans les incroyables outrages dont l'établissement des sœurs de charité est le théâtre depuis trente six heures. Malgré toutes les recommandations que je vous ai fait adresser hier par M. de la Londe, cet établissement continue à être occupé par une soldatesque grossière et brutale qui se livre à toutes sortes d'insultes envers la supérieure et les autres sœurs. Je n^ assisterai pas plus longtemps à nn tel spectacle qui est U7ie offense directe et préméditée envers le gouveniement de Ventpereur sous la protection du quel ces saintes femmes sont placées dans le monde entier,
'* Si donc TOUS ne retirez immédiatement vos Boldats dont^ la présence ne peut se justifier par aucune bonne raison, je vous adresse aujourd'hui môme une protestation, et renatice à nouer aucune espèce de rdaiion avec un gouvernement pour qui je suis forcé de reconnaître qu'il n'y a plus rien de sacoé.
'' Je 1R0US renouTellcL dCttc. • » •
'^ Signé,, A» DE Saligny.
" A S« K M. FranciscQ Zarco, Ministre dea BelatioQff eztôrieores . . % • Mejdco* • -^r"
Nous ignorons si, dans la pratique des perquisitions qui se firent en cette circonstance, il y eut réellement, ainsi que le prétend dans sa lettre M. de Saligny,. des insultes adressées à la supérieure et aux autres sœurs; mais nous en doutons fort, car poussé comme tant d'aor très par la curiosité, nous nous trouvions dans cet établissement le 17 février 1861, et nous nous rappelons parfaitement avoir assisté à la découverte de l'argent caché dans un conduit pratiqué sous la niche, num. 17, du panthéon. Nous avons vu, de nos yeux vu, sept à huit religieuses au moins, causer à plusieurs reprises, soit avec le général Valle, soit avec le colonel Gonzalez, soit avec les autres personnes chargées de diriger les recherches, et nous n'avons rien vu ni entendu, pendant tout le temps que nous y sommes resté, qui put justifier cette accusatiou banale d'outrages incroyables dont M. de Saligny ne fournit aucune preuve.
Il nous semble donc qu'avant de faire tant de^ bruit pour une chose d'administration toute intérieure dont il n'avait pas le droit de se mêler^ et surtout avant de menacer le gouvernement de rompre, avant même d'avoir noué des reUtions officielles avec lui, M. le Ministre de France aurait du commencer par présenter les lettres de créance qui l'accréditaient auprès du gouvernement mexicain en qualité de Minis* tre Plénipotentiaire du gouvernement français ; car tant qu'il n'avait pas présenté ses lettres afin de constater officiellement sa qualité, il est clair que M. de Saligny, ministre ou non, n'était et ne devait être considéré par le gouvernement du.pays que comme un simple cito-> yen. Jusque-là il n'avait pas plus le droit, légalement parlant bien
entendu, dlntenrenir en faveur des sœurs de charité ou de toute natre personne, que tel ou tel autre îndividu> et ses menaces de départ étaient souverainement déplacées.
n y a plus, mêm^ après l'échange des discours officiels aux quels nous n'atftd(^lîons^ pas plus d'importance qu'ils n'en méritent, loin de 1&, M. de Saligny au^-ait eiicore eu à faire connaître en vertu de quelle Btipulation spéciale passée entre la France et le Mexique, lé gouvernemélll/ mé)cicàiii avait abandbtiné son droit légitime du surveillance sur l'établissement des sd&urs de charité, pour le placer sous la surveillance d'un ministre étranger ; les termes même dont on s'était servi pour expliquer cette étonnante concession, et finalement si, en cas de traité, te traité autorisait M. le Ministre de France à intervenir dans une question qui, de Taveu même des religieuses, ne paraissait qu'une affiiire privée entre une fiimille mexicaine et le gouvernement de la République.
ï)'après l'es' reuseignemeiis que nous avons pu nous procurer sur la question, l'es* sœurs de charité appartenant à la congrégation de Saint- Vincent de Paul, furent admises à fonder un établissement à Mexicb, en l'année 1845, conformément aux termes d'un décret rendu par le congrès le 23 juin de la même année.
iLe souvewin qui régnait alors sttr la France s^appelaît Louis Philippe premier ; et comme ce monarque, pacifique s'il en fut, ne pensait îi'uHement ^imposer sa volonté au mùnde entier y nous ne sachons plw qu'il ait exigé par un trait«S en faveur de sa personne et de celle de ses successeurs, la reconnaissance d'un droit spécial de protection et de surveillance dur Pétablissement dont il s'ajit.
Il est vrai qu'en 1858, et le 18 janvier, c'est-à-dire, quand le goa- Temement constitutionel était aux prises avec les insurgés de Tacu<baya, M, de Gabriae, qui ne perdait aucune occasion d'augmenter les dîfficttUés de la situation en suscitant, autant qœ le f»it dc^pendait de lui, de nouveaux embarras au pouvoir près du quel il avait cependant été accrédité, s'adressa par écrit à M. Lucas de Palacio y Magarola pour lui reccommandef d'une manière teute spéciale l'église des Lazaristes, située rue del Esplritu Santc^ et TétabUssement des sœurs de la charité, situé e& &ce du eosvent de la Conception ; sous préteste,
disait-il dans sa note, que la communauté-mère de ces établissemens était française et établie à Paris, et qu'il avait reçu de sonr gouvernement l'ordre de les prendre sous sa protection particulière.
D'après cette étrange doctrine dont M. de Gabriac n'avait probablement pas calculé toutes les conséquences avant d'adresser sa note à M. Lucas de Palacio y Magarola, il faudrait admettre que les congrégations religieuses, autorisées par les gouvernemens à s'établir dans tels ou tels pays, perdent, par le seul fait d'appartenir k telle ou telle famille de moines, leur nationalité première pour adopter en échange celle du fondateur de l'ordre ; et alors le roi de Naples, quand il y avait un royaume de Naples, aurait été le protecteur naturel en France, des Bénédictins et des Franciscains, par le motif très-simple que le premier de ces ordres religieux a eu pour fondateur, au VP siècle, Saint Benoit de Nursia qui en établit le siège principal au Mont-Cassin (Royaume de Naples) ; et que le second fut fondé en 1208 à Portiuncula, également près de Naples, par Saint François d'Assise. Or, une pareille prétention eut ^té à bon droit réputée absurde par le gouvernement au nom du quel M de Gabriac, et après lui M. de Saligny, voulurent l'imposer en ce pays ; et à moins de nier au Mexique, uniquement parce qu'il est faible, le souveraineté à la quelle il a droit en sa qualité de puissance indépendante, nous ne voyons pas comment M. de Saligny pouvait réclamer ici, en faveur de la France, une protection et une surveillance que, dans des circonstances exactement semblables, le gouvernement français n'aurait certainement point reconnues au gouvernement napolitain.
Mais on avaiMâte d'en finir avec des subtilités sans cesse renaissantes qui ne faisaient qu'entretenir la résistance du parti réactionnaire en lui laissant espérer que jamais le gouvernement constitutionnel ne serait reconnu par le successeur de M. de Gabriac. Au lieu de maintenir avec fermeté le droit de surveillance du gouverne* ment sur une communauté d'origine toute mexicaine, et qui n'avait pu s'établir dans le pays qu'avec son consentement, on proposa à l'Bnvoyé Extraordinaire de France d'en réf^er à son propre gouvernement; et cette grosse difiiculté se trouvant tant bien que mal aplanie M. de Saligny était à la veille de présenter enfin ses lettres de créance quand, sur l'avis qu'il reçut qu'une nouvelle perquisition avait été
pratiquée dans ce même établissement, il adressa toujours sur papier Ubre ', la lettre snirante à M. Zaroo.
" 12 mars 1861.
Particulière.
" Mon cher Monsieur :
" An moment où nous Tenions de nous mettre d'accord, et où rien ne s'opposait plus k la présentation immédiate de mes lettres de créance \ une difficulté bien inattendue surgit, qui remet tout en question.
" Le colonel Hernandez, agissant en vertu de l'ordre dont ci-joint copie, s'est présenté ce matin à l'établissement des sœurs de charité, où il Ta faire ''pratiquer des fouilles et se livrer à je ne sais quelles perquisitions. Un pareil acte est tellement contrairB à ce qui a été convenu entre nous, que je tfe puis me l'expliquer que par un malentendu. Quoiqu'il en soit, je m'adresse à tous pour vous prier de mettre fin immédiatement à ce qui se passe; autrement fai des ordres si impératifs, que je ne saurais me dispenser d!y obéir, et je me verrais forcé, à mon grand regret, de rompre toute relation avec votre gouvernement et de quitter la capitale.
^ Agréez, mon cher Monsieur éctc
'^ Signé, A. DE Salignt.
<' A S. E. M. Francisco Zarco, Ministre des Relatifs."
1 La note officielle relative à PdJfûre Jecker, que nous avona inaérée à la ]page 127 de ce volume, eat écrite aiir papier au timbre de la légation et de la nain d'un aecrétaire. Lea lettrea dont noua parlona lont tontea de l'écriture de M. de Satigny lui-même, et nur de simplea chifTona de papier —Cette difierencè à nos yeux, suffit |)0ur établir que M. de S«ligny ne a'ent cona'^éré comme re* préaentant officiel de la £rance au Mexique, qu'après avoir présenté ses lettrea de
créance.
2 Nouvelle preuve qu'avant de reconnaître un gouvernement dont l'existence était indépeuilante de son plus ou moins de bonne volonté, M. de Saligny avait Itiia à fâre aea conditioaa.'
CTcst-à-dire que M. de Salignj continuait à abriter son mauvais vouloir personnel derrière les ordres supposés de son gouvernement, et oubliait que cette affaire des sœurs de charité n'ayant surgi qu'à la date du 17 février, il avait eu tout le temps, depuis le 11 janvier, jour de l'entrée de M. Juarez à Mexico, jusqu'à l'époque dont il s'agit, de présenter, s'il l'eut voulu, ses lettres de Ci-éance au gouverne ment légitime.
M. 2iaroo céda encore. Il répondit que la perquisition nouvelle dont se plaignait M. de Saligny était le résultat d'une «Fr<cur ; et celui*^i, n'ayant plus rien à objecter, devait enfin être reçu en séanoe officielle le jeudi 16 mars, quand la veille, il demanda par le billet ci-joint, la renvoi de cette cérémonie ou samedi suivant.
« 15 mars 18Ô1.
^'Moii' cher Mcumuf :
^ Pour des raisons d'une nature toute vulgaire etqueM. Moni voudra' bien vous expliquer, je crains de n'être pas en mesure pour ma présentation jeudi. Vendredi est un jo^r de mauvais ait* ouRE. Donc, je voudrais que cela pût être remis h samedi Soyes assez bon pour prendre à cet égard les oi^dres de S. E. le Président.
'^ Au reste, j'aurai à vous adresser une communication h ce sujet^ et à vous voir pour vous donner connaissance de mon dbcours de présentation.
" Agréez, non cher Monsieur &tc • • • •
'" Signé, 'A. BE S ALIONT.
^r A S. E. M. Francisco Zarco, Ministre des Ilelations.^
.Ainsi M. oe Saligny,, c'est lui .même qui a bien voulu noua l'apprendre, partage les préventions répandues par l'ignorance, d<9M ki close vulffaire^eoiAre' ce jour dédié, dans la mythologie payenne, à la gracieuse déesse de Paphos : Yenerisdies.-^VovLT lui ce jour est funeste, il est maudit. — Prévention pour prévention, il nous sembleau Wùr
trire, qn'^u point, de vue exclusivement chrétien, la mort de J. C, la rédemption du genre humain. la chute du pouvoir de Satan, devraient nous engager à le considérer comme le plus heureux de la semaine; mais les personnes superstitieuses ouhlient tous les malheurs qui leur arrivent les autres jours, pour se fn^pper l'imagination de ceux qu'elles éprouvent le veolKedi. Néanmoins, que M. Salignj nous permette de le lui dire, ce jour tant colomnié a eu également d'illustres partisans.— Sixte-Quint aimait le vendredi avec passion, parceque c^était le jour de sa promotion au cardinalat, de son ôlectidn à la papauté et de son couronnement.-*^François I assurait que tout lui réussissait le vendredi. — Henri lY aimait ce jour de préfi^ence, parceque c'était on vendredi qu'il vit, pour la première fois, la belle marquise de Yerneuil, celle de toutes ses maîtresses qu'il aima le plus après Gabrielle d'Estrées.^^Par contre, le peuple est persuadé que le vendredi est un jour sinistre et que rien ne réussit ce jour-là ; mais, si un homme fait une perte, «n autre. fuit un giun, et dès lors si le vendredi est malheureux pottr l'iin, en compensation, il est heureux pour un- autre.
Quoiqu'il en soit; la présentation eut lieu le samedi, jour consacré à la Vierge dans la liturgie catholique, et aux accouplemens immondes, selon M. Garinet ', dans les orgies monstrueuses du sabbat.
Nous ne suivrons pas M. de Saligny dans les détails de sa conduite à Mexico dçpuis cette époque jusqu-'à celle de son. départ. Cette conduite n'a peut-être pas toujours été celle qui convenait à un représentant de la France, mais il était, jusqu'à un certain point solidairCi ^algré lui, de la politique do son devancier, et si, dans sa conduite personnelle, il aurait pu conserver souvent plus de dignité, nous ne voulons pas oublier que, dans ses relations publiques avec le gouvernement, à part quelques excentricités qui tiennent t l'irascibilité de son caractère, il n'a rien ajouté à la large série de maux dont son prédécesseur, M. de Gabriac, est avant tout responsable devant la conscience des honnêtes gens.
Cependant il est des faits qui indiquent de sa part un parti tellement arrêté de déguiser la vérité, que nous ne saurions les passer sous silence, et telle est, à notre sens, sa dépêche à M. de Thouveneli en date du 28 septembre 1861.
1 HtMMfeàklamBigieen'FrcMS.
Cette d<^pêche contient IVnumération des attentats commis contre des svjets français pendant le cours de Vannée précitée; et du moment où M. de Saligny, nommé commissaire du gouvernement français au Mexique, a jugé convenable, pour l'œuvre de la rég^ nératîon de ce malheureux pays, de faire cause commune avec les bandes réactionnaires quille dévastent et de les recevoir dansée camps français, on droit croire tout d'abord que les attentats ( numérés dans cette dépêche ont été commis par des chefs appartenant au parti constitutionnel, et que leurs auteurs ont été plus tard prot^^g^s par les autorités contre les justes réclamations du ministre de France. Pourtant il n'en est rien, et sauf, bien entendu, le respect que nous devons au représentant de notre pays, nous mettons au di'fi M. de Saligny de rencontrer un seul cas, parmi les vingt trois qui font l'objet de sa dépêche, oà le crime ait été commis par des hommes appartenant à l'opimon libérale.
Nous n'avons ni le droit, ni les moyens de faire une instruction en règle sur les faits dont il s'agit: cependant nous ne voudrions pas les laisser sans réponse, et pour montrer combien, dans cette circonstance, M. de Saligny a Hé dominé par ses préventions, il nous suffira, nous l'espérons, de reproduire la relation de l'assassinat commis sur M. Pierre Lacoste, telle que nous la trouvons insérée dans le journal VEstafette, numéro du 13 mai 1861.
M, de Saligny connaissait cette histoire lamentable autant et même mieux que nous. En sa qualité de ministre de France, il a dû recevoir la déclaration des deux témoins de ce lâche assassinat, MM. Mayou fils et Allard; il a dû même écrire sur les lieux pour contrôler, autant que possible, la déclaration de ces deux témoins avec les dépositions reçues par le juge de la localité où s'est commis le crime: comment donc se fait-il que, dans sa correspondance officielle avec M. de Thouvenel à l'occasion de ces attentats, il ne donne aucun renseignement sur les auteurs d'un crime dont les détails étaient connus do toute la ville?
Voici comment s'exprime à cet égard, le journal X Estafette^ dans son numéro précité.
Assassinat d^un Français, " Un français, Pierre Lacoste, ancien soldat du génie, Agé de près
de soixante ans et arrivé depuis denz mois Sdaleittent an Mexique, a été lâchement assassiiïâ dans'^les ctrconstanoes suivEAtes.
'^ Lacoste voyageait en compagnie de deux antrea français ^ que fours affaipes appelaient également dans Tintérieiir. Les tarois corn* pagnons de rout^ui s'étaient arrêtés à la hacienda del Bosario, à deux lieax de Arroyozarco, étaient en conversation avec le maître de la tienda, lorsqu'ils virent arriver à bride abattue trois individus qui s'arrêtèrent brusquement devant eux en leur criant: ^^ Halte \ii, donnes vos armes!" L'air suspect de ces individus, leur apostrophe, leuss menaces, tout indiquait que les voyageurs ariâent à fedre à des bandits de grand chemin. Chacun d'eux prit son fusil et se mit en devoir de résister aux malfaiteurs.
^ Cependant les itgresséurs intimi(]tes par cette contenance énergique toumèréÂt bride en disant qu'ils reviendraient avec la troupe. Sd effet, c'étaient des soldais de Marques. Ils repmriirent bientôt aooompagnôs.d'hcfmmes à cheval qui entourèrent les trois français. Ceux-ci expliquèrent comment ils s'étaient crus attaqués par des voleurs, et donnèrent avec empressement le fusil et le sabre que chacun d'eue portait, comme c'est l'usage, lorsqu'on voyage à cheval dans ce pays. Les hommes de Marquez prirent les armes et Vun deux appu^ yant le canon cPun fusil sur lajigtire de Lacoste, lâcha la détente* Le malheureux français n'eut pas le temps de prononoer une parole: il tomba mort sur le coup.
Les deux autres auraient eu probablement le mâme sort, car les assassins leur avaient déjà mis les armes sur la poitrine^ quand i} survint quelques officiers de Marquez. L'un d'eux, homme de haute tsille, blond, jeune encore et d'un grade supérieur, rapprocha du cadavre et s'informa avec une émotion visible de ce qui venait de se passer. Lorsqu'il eut les circonstances du crime, et que let meurtriers étaient les trois individus qui se tenaient debout devant lui avec l'impassibilité de la brute, ne pouvant contenir son indignation et sa colère: << Misérables, s'écria-t-il, vous n'êtes que des assassins!" Puis se tournant vers un officier : " Gardes ces hommes à vue, lui-dit-il, vmê m'en répondez sur votre tête;" et Fofficier continua son chemin.
1 MM. Ms^ou fils et AUani—K. de VA.
'^ Quelques minutes après arriva M. Léonardo Marquez. A son tour il se fit raconter les détails du drame dont il avait sous les yeux la victime sanglante; puis il dit avec emportement: Ah! c'est un français; vous AVEZ BIEN PAIT. PlUT A DiEU QUE TOUS CES FRAN- ÇAIS EUSSENT LE MEME sort! Puis le chof des religionnaires remonta tranquillement à cheval et s'éloigna." *^
Le rédacteur de V Estafette ajoute cette phrase significative qui prouve que M. de Saligny devait être instruit aussi bien que lui des détails que nous venons de rapporter, et que, s'il ne le fût pas, ce fut uniquement parce qu'il ne daigna pas s'en occuper.
Cet (assassinat a été commis le 9 mai à 5 heures du soir. Nous en avons recueilli les tristes et hideux détails de la bouche même des deux compagnons de voyage du malheureux Lacoste quiy dans la crainte d^itre assassin és^ sont revenus à Mexico. Ajoutons qu^avant de se mettre en route ils ont requis Pintervet^on du juge de la localité afin de recueillir les dépositions des témoins de cet horrible attentat.
Cependant M. de Salignj si décidé quand il s'agit d'empêcher le gouvernement de surveiller les trames qui peuvent s'ourdir contre lui dans l'établissement des sœurs de charité; si prolixe quand il trouve l'occasion de se plaindre des autorités constitutionnelles, s'est contenté cette fois de deux lignes pour constater le crime:
Pierre Lacoste, assassiné à Rosas^ à dix huit lieues de Mexico, et tué sur place, le 9 maL
Du reste aucun détail, ni sur la manière dont le crime a été <$om-
mis, ni sur les auteurs d'un si lâche attentat; toutes choses, ainsi que nous venons de le voir par l'article publié dans V Estafette, connues depuis près de six mois à Mexico. On dirait qu'il a peur, en disant toute la vérité, d'indisposer le gouvernement français contre les hommes de la réaction; et quand dernièrement, le chef de ces bandits s'est présenté au camp, les mains encore rouges du sang de notre infortuné compatriote, le ministre de France, au lieu de l'obliger, comme il le devait, à rendre un compte sévère de sa conduite dans la soirée du 9 mai, a jugé convenable de se taire, et autorisé par ce silence inex-
plicable, l'admission en qualité d'auxiliaire d'un misérable qui doit compte à l'humanité:
1 P Du sang versé par ses ordres à Tacubaya, le 9 avril 1859.
2 P De Vassagsinat commis également par ses ordres sur la personne d'un citoyen américain, ainsi que cela résulte de la note adressée le 80 août 1860, par M. Mathews, chargé d'affaires du gouvernement anglais, h M. Larès, ministre par intérim de la dernière administration de M. Miramon.
3 P De celui de M. Melchor Ocampo, un des citoyens les plus illustres de cette République, enlevé de son hacienda le 29 mai 1861 par l'espagnol Lindoro Cajigas, livré à Marquez, et assassiné le 8 juin suivant à Tepeji del Rio sur un ordre de ce bandit, contre-signe par Zuloaga.
' 4 -^ De celui du jeune général Léandro Yalle, et d'un de nos compatriotes, M. Achille CoUin, assassinés l'un et l'autre, le 23 juin^ par ordre du même Marquez.
La première de ces généreuses victimes a été tuée par derrière sous prétexte que le général, en servant le gouvernement constitutionr nel, avait trahi la religion de ses pères; et la seconde, M. Collin, attaché à la personne du général en qualité d'aide de camp, ayant appris que ce dernier avait été fait prisonnier, s'était généreusement présenté au camp de Marquez, pour y partager le sort de son chef; et fut en recompense fusillé sur le champ.
5 P De celui commis par ses bandes sur la perAnne d'un autre de nos compatriotes, M. Pierre Lacoste.
6 P Enfin du vol commis par lui avec effraction, le 17 novembre 1860, rue Capuchinas, dans la maison de la légation britannique; après avoir rompu les sceaux de cette légation.
Quatre de ces assassinats, ceux de MM. Melchor Ocampo, Yalle, Collin et Lacoste, ont eu lieu depuis l'arrivée de M. de Saligny au Mexique en qualité de ministre de France: il en connaît, ou du moins
il doit en connaître fous les afiVeox détails; et cependant îl a anCorîse la réception de leur auteur dans le camp français; il a assisté luinièjoe à cette réception, et il n'a pas compris que, par son silence, il se rendait en quelque sorte complice d'un des attentats contre les quels il protestait avec tant de raison dans sa dépêche du 28 Septembre 1861. ey
Eh bien! ce n'est pas tout encore. Ce que nous venons de dire de Marquez, nous pourrions également le dire de Taboada, son lieutenant, dépositaire infidèle du testament de M. Melchor Ocampo; de Galvez, l'assassin de Tillustre et modeste général Santos Dégollado; de Pespagnol Cobos, dont la yie entière n'est qu'une chaîne non interrompue de crimes, et de tous ces autres croisés ^ qui, depuis bientôt cinq années, couvrent le pays de sang et de ruines pour le plus grand avantage des moines de toutes les couleurs et de l'omnipotence des chefs militaires.
Mais un pareil travail nous entraînerait au de là des bornes que nous nous sommes prescrites; et pour cela nous devons nous arrêter. M. le général Laurencez tient sous sa main un des hommes qui ont fait le plus de mal en ce pays, tant à ses compatriotes qu'aux nôtres; nous lui dénonçons cet homme, et nous le prions de faire juger comme il le mérite, le chef des misérables qui ont assassiné le nïalheareux Lacoste, dans la soirée du 9 mai 1861.
1 A la suite du triomphe du coap d'£tat, en janvier et février I8885 les héros de l'époque» pareils à ceux de la saint Barthélémy, se distinguaient par nne croix en drap rouge qu'ils portaient sur le côté gauche de la poitrine. — ^Les mêmes pas« •ions produisent toujours les mêmes résultats.
EÉCAPITULATION.
Nous croyons avoir suffisamment démontré :
Que dans la hitte engagée depnis le 17 décembre 1857, entre la Révolution et la contre-Révolution, le gouvernement constitutionnel représentait à la fois la Révolution et la souveraineté du pays, puisqu'il était une émanation de celle-ci. Ce gouvernement établi d'abord à Guanajuato, puis à Guadalajara et enfin à Yéracruz n'a jamais succombé; ^t comme il ne saurait y avoir deux gouvememens dans un même pays, il en résulte logiquement que le seul gouvernement légitime a toujours été le gouvernement constitutionnel.
MM. de Gabriac et Otway, Wnistres de France et d'Angleterre, ont bien reconnu, en qualité de gouvernement de fait, l^utorité émanée de l'insurrection, cela est vrai, mais cette reconnaissance, entier ment contraires à la conduite tenue en 1828, par leurs propres gouvememens dans la question de Portugal, ne pouvait transmettre au-
cune légitimité aux Tacubaystes; autrement il faudrait admettre en principe que la légitimité d'an gouvernement quelconque, du gouvernement français aussi bien que du gouvernement mexicain, lui vient de la reconnaissance des puissances étrangères, et non des titres qu'il puise, dans son droit héréditaire, si c'est une moAPrcliiey ou dans la volonté du peuple, s'il est question d'une République; ce qui, dans Tan et l'autre cas, serait également absurde, et l'absurde ne se discute pas.
Donc le gouvernement constitutionnel a toujours été le seul gouvernement légitime du pays; et par conséquent les individus qui ont traité volontairement avec les aventuriés de Tacubaya ont par ce seul fait, accepté les chances bonnes ou mauvaises des négociations qu'ils suivaient avec eux.
Que le droit des gens ne saurait permettre aux ambassadeurs ou ministres des puissances étrangères de comploter impunément contre les autorités légitimes du pays, près du quel il sont accrédités.
Que de son propre aveu, M. de Gabriac, Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire du gouvernement français au Mexique, chargé uniquement de défendre les intérêts de ses compatriotes en ce pays, s'est fait ici le protecteur .officieux de l'avarice et de l'ambi* lion cléricales, et a conspiré avec le clergé contre la constitution de 1857, ce qui esf un crime de haute trahison contre la souveraineté de la nation mexicaine.
Que pour ce motif, les autorités mexicaines avaient le droit de l'arrêter à son passage à Yéracruz, et qu'aujourd'hui encore le gouvernement français se doit à lui-même de punir d'une manière exemplaire un agent qui, pour mieux arriver à ses fins réactionnaires, s'est étudié pendant si longtemps à le tromper sur les hommes et sur les choses de ce pays.
Que ce fut pendant son séjour au Mexique, et alors qu'il était tout puissant auprès des hommes de la réaction, que ceux-ci imposèrent pour la première fois ces contributions arbitraires contre les quelles les étrangers n'ont jamais, cessé de protester, et que loin de soutenir ses nationaux dans ces circonstances, il leur a toujours au contraire recommandé de payer quand même, ce qui était un oubli des plus, graves, pour ne pas dire une trahison de ses deyoirs envers la France.
Que grâce à cet oubli, nous tenons toujours à rester poli, les contributions payées par les français résidons à Mexico, se sont élevées en 1858 au quadruple, et en 1859 au septuple des plus fortes contri* butions payées en 1855, §6 et 57t pendant la dernière année de l'administration du général Santa-Anna^ et les deux années prêsidei^ tielles de M. Oomonfort.
Que le parti de l'ordre était et est encore un composé d'élémens si hétérogènes, que 11 mois après le coup d'Etat de Tacubaya^ ce prétendu parti s'est dissous de lui-même, sous le souffle des ambitions particulières de ceux qui le composaient, et a aidé les généraux Boblés et Echéagaray dans la perpétration d'une nouvelle insurrection militaire connue sous le nom de pronunciamento de Noël,
Que quelques jours après le parti réactionnaire pour punir M. Bobles d'une certaine humanité dont il avait fait preuve le jour de son entrée au pouvoir en ouvrant les portes des prisons aux détenus poliqucs, s'empressa de revenir sur ses pas, et nomma président provisoire le général Miramon dont la conduite jusqu'à cette époque n'avait été que celle qu'on pouvait attendre d'un soudard despote et mal élevé.
Que ce même Miramon voulant maintenir mtaete PœtiTre de ténèbres atcGompIie dans la nuit de Tacnbaya, refasa ostensiblement de se prêter au plan des réactionnaires qni l'avaient appeléau pouvoir; mais que tout en rétablissant le général Zuloaga sur le siège présidentiel» il eut soin, bmt jours après, de le contraindre^ lui déléguer le pouvoir en quafité de Président substitué.
Que M. de Gabriac, témoin occulaire de tous ces scandales, n'hésita pas cependant nn instant à le reconnaître ^i compagnie du Ministre d'Angleterre, Otway, bien qu'il sût parfaitement que, denx mois auparavant, ce dernier avait demandé ofiSciellement sa destittttiosi an nom de son gouvemement^en réparation des outrages commis par luij à San Li^s Potosf^ sur la personne et les propriété^ deplusienra ci' toyens anglais et français.
Que le 11 avril 1859, à la suite d'un triomphe obtenu à Tacubaya par les réactionnaires sur les forces du^ouvemement légitime, il s'est commis des assassinats affreux sur la personne des prisonniers, et notamment sur celle de sept médecins, occupés à panser les blessés, qui furent arrachés de ce sanctuaire de la douleur pour être sommairement passés par les armes.
Que ces assassinats infâmes furent commandés par Miramon, et exécutés par Marquez*
Que les ministres de France et d'Angleterre, MM. de Gabriac et Otway, n'ont pas même protesté contre ces horribles boaoherietf'
Qae le gouTemement anglais en a été instruit par une maison de commerce de Mexico, et a immédiatement chargé son représentant officiel, M. Otwaj, de protester en son nom contre ces massacres, et d'exiger une indemnité de 25,000 piastres — 125,000 francs,— en fayeur de Madame Duval veuve de l'une de ces malheureuses victimes.
Qu'en cette occasion le gouvernement anglais reconnut hautement Perreur qu'il avait commise à l'instigation de son ministre au Mexique, en prêtant l'appui moral de l'Angleterre aux insurgés de Tacubaya, et a déclaré qui si Ton ne faisait pas droit A sa réclamation en faveur de Madame Duval, il ferait fermer la légation afin de ne pas partager te responsabilité de ces assassinats en cojitinucnit à entretenir des relations amicales avec ceux qui les avaient commis.
Que dans la circonstance dont nous parlons les autorités réactionnaires procédèrent avec si peu de scrupules, qu'elles massacrèrent indifféremment tous les individus qui leur tombèrent sous la main ; et qu'un honnête ouvrier anglais, le citoyen George Silley, aurait été infailliblement victime de leur fureur, sans une suite de circonstances imprévues qui lui sauvèrent la vie, en dehors des démarches officieuses du Représentant de son pays, M. Otway, et des promesses de l'autorité locale qui se moquait à la fois du ministre et de son intervention.
xvn.
Que M. de Gabriac voulait se servir de la présence de l'amiral Penaud et de son escadre; pour faire bombarder la place de Véracruz et livrer cette ville au parti réactionnaire.
Que M. Penaud, au contraire, en compagnie de l'amiral anglais Banlop, célébra une convention nouvelle avec le gouvernement légi-
time séant à Yéracruz ; mais que èette convention, en enlevant à ce gouyernement le plus clair de ses revenus, alors surtout qu'il avait besoin de toutes ses ressources pour lutter contre la réaction et mettre un terme à la guerre civile, éloignait la fin de la lutte, et mettait le gouvernement dans l'impossibilité de pouvoir toujours faire face à ses engagemens.
Que M. Jecker, banquier suisse et non français, dans sa fameuse négociation célébrée le 29 octobre 1859 avec l'administration réactionnaire, savait parfaitement qu'il traitait avec un gouvernement qui, au point de vue du droit international, n'avait pas qualité suffisante pour représenter le pays ; et qu'en fournissant l'argent destiné à payer à la Qavane l'escadrille Marin, il a reconnu ipso facto s'être mêlé activement, quoique étranger, aux affaires intérieures de la Bépublique.
Que dans cette circonstance il a volontairement attaché sa fortune à celle du parti réactionnaire, et qu'en bonne conscience il doit partager les chances bonnes ou mauvaises de ce parti : parcequ'îl serait souverainement injuste de la part d'une puissance aussi forte que la France de contraindre le gouvernement légitime de la République à payer les projectiles dont les insurgés se sont servis pour lui faire la guerre ; et qu'il serait aussi dangereux qu'immoral d'élever à la hauteur d'un Cfisus belli une spéculation monstrueuse, entreprise par un agioteur avec des insurgés, dans le but de s'enrichir en leur fournissant les moyens de prolonger la guerre civile.
Que môme en admettant, au pis aller, que le gouvernement français se crut obligé de couvrir aujourd'hui M. Jecker de sa protectioDi uniquement parceque M. de Gabriac avait commis la faute de reconnaître l'administration issue du coup d'Etat du 17 décembre 1857, et que le contrat célébré le 29 octobre 1859 n'est qu'une conséquent
ce de cette reconnaissance, raisonnement faux en Ini-méme puisque M. de Gabriac n'avait pas le droit de la reconnaître, et que cette reconnaissance même ne lui donnait pas un fétu de légitimité, on ne pourrait encore, en ce cas, réclamer que le remboursement strict des sommes avancées f^r M. Jecker ; et le gouvernement mexicain, dans Pintérât de la paix et du maintien de la bonne harmonie avec le gou- Temement français, a été le premier à faire cette offre.
Qu'à l'occasion de la médiation offerte par le gouvernement anglais, aux termes d'une dépêche de Lord John Rusaell, en date du 29 janvier 1860, l'administration réactionnaire s'est toujours refusée à ad* mettre la tolérance civile et religieuse.
Que M. le caditaine W. Comwallis Aldham, commandant un navîre de guerre anglais, témoin impartial et occulaire de tout ce qui s'est passé pendant le second siège de Yëracruz, n'a point hésité à stigmatiser du nom cPinfâme la conduite tenue par M. Miramon durant ce si^ge, et a rejeté, comme^cela est vrai, sur le clergé mexicain, la responsabilité du sang qui coule depuis si longtemps pour le maintien de prérogatives que l'Evangile condamne et qui ne sont plus de notre époque.