CONVENTION
CÉLÉBRÉE ENTRE ^L. MM. LA REINE UU ROYAUME UNI d'aNGLE- TERRE ET d'iKLANDE, LA REINE d'eSPAQNE ET l'eMPEREUR DES FRANÇAIS, POUR OBTENIR LA RÉPARATION DES DOMMAGES ET PRÉJUDICES CAUSÉS A LEURS SUJETS PAR LE GOUVERNEMENT MEXICAIN.
" S. M. la reine du royaume uni d'Angleterre et d'Irlande; S. M. la reine d'Espagne, et S. M. l'empereur des français, se trouvant obligés par la conduite arbitraire et vexatoire des autorités mexicaines à
exiger des dites autorités U protection la plus efficace pour les personnes et les propriétés de leurs sujets résidons en ce pays; ainsi que l'exécution de tous les compromis contractés entre LL. MM. et la dite Bépublique, ont résolu de célébrer entre eux une Convention afin de combiner leurs moyens d'action contre le Mexique et ont nommé à cet eSet| en qualité de leurs plénipotentiaires! savoir:
^ S. M. la reine du royaume uni de la Grande Bretagne et d'Irlande, l'honorable comte John Russelli vicomte de Amberley de Amberley et Ardsalla, pair du royaume tuû, membre du conseil privé de S. M. B. et secrétaire d'Etat au ministère des- affaires étrangères.
'* S. M. la reine d'Espagne M. Xavier de Isturits y Montero, chevalier de l'ordre insigne de la Toison d'or, Grand croix de l'ordre royal et distingué de Charles III| et de l'ordre impérial de la Légion d'Honneur; chevalier des ordres de la Concepcion de Yillaviciosa et du Christ de Portugal, sénateur du royaume, dernièrement président du conseil des ministres, secrétaire d'Etat de S. M. C. et son Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiûre près S. M. B.
" Et S. M. Pempereur des français, M. le comte de Flahault de la Billarderie, sénateur, général de division, chevalier Grand croix de la Légion d'Honneur, Ambassadeur et Envoyé Extraordinaire de S. M« L près du gouvernement de S. M. B.
" Les quels après s'être mutuellement présenté leurs lettres de créance et leurs pleins pouvoirs qui furent trouvés en règle, ont arrêté en commun les articles suivans:
" Art. 1. S. M. la reine du royaume uni de la #rrande Bretagne et d'Irlande, S. M. la reine d'Espagne et 8. M. l'empereur des français s'engagent, immédiatement après la signature de la présente Convention, à faire les préparatifs nécessaires pour envoyer sur les côtes du Mexique, une expédition combinée^ militaire et navale, dont la force se déterminera dans les communications qui doivent suivre entre les trois gouvememens relativement à cette affaire, mais dont le chiffre total devra cependant être suffisant pour occuper et conserver les différentes forteresses et les points militaires de toute le câ-
te du Mexique.
* Les o<m)inaBdAn0 des forces alliéefl seront en outre antorisés à entreprendre et à poursuivre toutes les opérations militaires qu*ils jugeront nécessaires peur la réussite de Pexpédition, oonformément au but indiqué dans le préambule de la prôs^ite Convention, et particulièrement à prendre les mesures nécessaires pour garantir la yie et assurer les propriétés des sujets alliée résident au Mexique.
'< Toutes oes mesures devront être prises to nom des puissances contractantes, et sans qu'il soit nécessaire de spécifier la nationalité des forces qui seront chargées de telle ou telle opération militaire.
" Art IL Les hautes parties contractantes s'engagent mutuellement, en faisant usage des moyens de coaction prévus dans la présente Convention, à ne chercher pour elles-mêmes aucune acquisition de territoire ni aucun avantage politique; à vH exercer aucune influence dans les affaires intérieures de la République^ et à ne point restreindre le droit qui appartient à la nation mexicaine de choisir la forme de gotivernement qui lui convient le mieux^ ^ de se constituer librement^
" Art. m. Chaoune des trois parties contractantes nommera son eommissaire spécial, investi d'amples pouvoirs pour célébrer les ar^ rangemens que nécessitera la répartition des sommes qu^on va toucher au Mexique, et ces commissaires devront avoijr égard aux droiAs respectifis des parties contractantes.
^ Art. lY. Les hautes parties contractantes désirant en outre que les moyens quelles veulent adopter n'aient aucun caractère d'exclusion à l'égard des autres nations étrangères; et sachant aussi que le gouvernement àén Etate-^Unis d'Amérique possède, aussi bien qu'elles-mêmes, des réclamations à fiiire valoir contre le Mexique, s'en* gagent, immédiatement après la signature de la présente Conventioiit à en envoyer une copie au gouvernement des Btats-Unis, en l'invitant à s'unir aux alliés; et dans la prévision que les Bti^ts-Unis y oon^ sentiront, les hantes parties contractantes autorisent d'avance leurs ministres à Washington, à conclure et à signer séparément ou collée* tivement, avec le plénipotentiaire que Je gouvemem^it des Etats-- Unis nommera & cet efet, une Convention identique à celle-ci, mais en supprimant le présent article qui n'est pas nécessaire peur eux.
** Toutefois, comme un retard qnelooDqtid âaBS TcMBcoBiptissemeiit des stipoIfttionB qai font l'objet des articlee I et II de la présente Cou* ye&tion, ponrnit coivproœettre le sttecèe -à& l'expédition, les hautes parties contractantes déclarent qu'elles continueront leurs préparatifs, et que malgré le désir qn'UIes ont d'obtenir l'accession du gouFeme* ment des Etats-Unis, ce désir cependant ne fera pas retarder h commencement des opérations plus detemsque celui qui est nécessaire pour réunir les forces combinées dans les eaux de Véracruz.
*' Art» y. La présente Ooayentioii sera ratifiée, et les ratificatioiis en seront échangées à Londres, dans les quinze jours qui suivront sa fligittitnija
^' Ssk &i de quoi les plénipotentiaires sus-nommés l'ont signée et j ont apposé le sceau de leurs armes.
" Eait triple à Londres, le 81 octobre de l'aA de Chrftoe 1861.
" Bigné^ BuÉwELL.
Xavier thk Istveitz.
FttABAULT."
Maintenant, qu'on se figure un négociant, le gouvememefU msxû eaJTt, dont les affaires, par suite d'un événement de Ibree majeure, et par conséquent indépendant de sa volonté, Is coup JiEtat^ se trouvent dans une situation désespérée; et dont les créanciers, les gou* vememens WAngleterre^ d^EspcLgne et de France, au lieu de s'en*t^idre ttvee lui à l'amiable pour lui donner le temps, au moyen d'un eenoordat débattu en commun, de rétablir ses affaires et de les payer plus tard intégralement, se réunissent dans un ba(# diamétralement opposé et viennent, le pistolet au poing, exiger un paiement que leur malheureux délnteur, en dépit de son bon vouloir, ne saurait effectuer, et Von aura, commerdàlement pariant, le sens exact et précis de cet acte diplomatique.
8a valeur morale était toute entière contenue dans les prescriptions de l'article 8: ^ Chacune des trois parties contractantes nommera son ^ commissaire spécial, investi df amples pouvoirs pour célébrer les '^ arriângemmê fuenécessiteru la répartition des sommes qu^on va
" toucher au Mexique/" et le premier paragraphe lui-même de Varticle premier. " Les trois puissances s'engagent à enyojer un cbif* ** fre de forces sufSsant potir occuper et conserver les différentes for- ^' teresses et les points militaires de toute la côte du Mexique^ n'était que le moyen ostensible d'obliger, coûte que coûte, le débiteur insolvable à s'exécuter. *
Toutefois, ne l'oublions pas: la Convention de Londres en donnant une forme positive au but entièrement mercantil de l'expédition, avait eu soin de déclarer à l'avance que les puissances contractantes «'interdissaient le droit de la faire servir de point de départ à l'ambition de l'une d'elles, pour s'emparer, à force ouverte, d'une ou de plusieurs provinces du pays: ou de prétexte pour s'ingérer dans les dissentions intérieures de la République. Elle stipulait, au contraire, de la manière la plus expresse, que les puissances signataires se proposaient uniquement d'exiger une réparation des dommages et préjudices causés aux sujets anglais, espagnols et français, et non de prendre parti pour ou contre la constitution; pour ou contrôle gouvernement actuel du Mexique; et pour peu qu'on connaisse la nature des institutions qui régissent les destinées et.les attributions du gouvernement anglais, on comprendra tout d'abord qu'il ne pouvait pas en être autrement. Ce fut en efiet pour rester fidèle au principe proclamé et reconnu par toutes les puissances de l'Europe, de la non interveniionj que l'Angleterre refusa, dès le principe, de se mêler a la lutte que soutient, en ce moment, le peuple italien, pour constituer son autonomie et conquérir sa liberté. Ce fut par respect pour le même principe, que ce gouvernement insista avec tant de force pour l'évacuation de la Syrie par les troupes françaises; et que dernièrement encore, dans une question qdkintéresse au plus haut degré la prospérité et la tran* quilité de l'Angleterre, puisqu'il s'agit du travail, et par conséquent des moyens d'existence de plusieurs millions de citoyens anglais, nous voulons parler de la question américaine, il déclara, dès le commencement, qu'il observerait la plus stricte neutralité entre le Nord et le Sud. La conduite du négociateur anglais se trouvait donc toute tracée par les pr^cédens de son pays, et à moins de soupçonner Lord John Bussell d'une inconséquence contre laquelle proteste sa longue carrière ministérielle, il était impossible de supposer qu'il put consentir à ce que l'expédition dirigée contre le Mexique fût détournée de
ion bat pour semr de piédestal aux ambitions européennes, ou de drapeau aux ocmtre-réyolutionnaires du pays.
• Cependant en dépit de toutes les précautions prises par Lord Jhon pour assurer la durée de son œuvre et empêcher qu'elle ne fût livrée à l'arbitraire des ii^rprétations de ses alliés; la Convention du 31 octobre 1861 est venue trébucher une première fois contre les impatiences de l'Espagne, dont les troupes se sont emparées de Véracruz avant l'arrivée des escadres combinées, ce qui était une violation flagrante des prescriptions contenues*dans le second paragraphe de l'article 4; et elle s'est enfin brisée contre les exigences des commissaires du gouvernement français qui, oubliant en cette circonstance l'exemple mémorable donné par la France de 1792, et sans tenir compte de la différence des temps qui explique et cependant ne justifie pas l'émigration, ont voulu jouer ici à l'égard du général Almonté le rôle du duc de Brunswick à l'égard du prince de Gondé. L'avenir nous dira bientôt si cette seconde tentative doit être plus heureuse que la première: pour le moment nous nous contentons de la signaler. comme un fait, et sans nous arrêter à des considérations qui trouveront naturellement leur place quand nous aurons à parler des motifs qui ont amené la rupture de la Convention, nous allons interroger les pièces officielles, pour tâcher d'y découvrir la pensée intime de chacun des gouvememens qui s'étaient ostensiblement réunis dans un but commun^ et qui, quoiqu'ils fissent pour cacher leurs mésintellingenoes secrètes, restaient cependant séparés les uns des autres par la ligne infranchissable de leurs intérêts ou de leurs prétentions respectives.